A B C D E F G H I K L M N O P Q R S T U W XYZ

    
XS. f. (Gram.) c'est la vingt-troisieme lettre, & la dix-huitieme consonne de l'alphabet françois. Nous la nommons ix e, & c'est ce nom qui est féminin ; mais cette dénomination ne sauroit convenir à l'épellation ; & pour désigner ce caractere, relativement à sa destination originelle, il faut l'appeller x e, nom masculin.

Nous tenons cette lettre des Latins, qui en avoient pris l'idée dans l'alphabet grec, pour représenter les deux consonnes fortes C S, ou les deux foibles G Z. C'étoit donc l'abréviation de deux consonnes réunies, ou une consonne double : X duplicem, loco C & S, vel G & S, posteà à graecis inventam, assumpsimus, dit Priscien, (lib. I.) c'est pourquoi Quintilien, (I. iv.) observe qu'on auroit pu se passer de ce caractere ; X litterâ carere potuimus, si non quaesissemus : & nous apprenons de Victorin (Art. gram. I.) que les anciens Latins écrivoient séparément chacune des deux consonnes réunies sous ce seul caractère ; latini voces quae in X litteram incidunt, si in declinatione earum apparebat G, scribebant G & S, ut conjugs legs. Nigidius in libris suis X litterâ non est usus, antiquitatem sequens.

J'ai dit que les latins avoient pris l'idée de leur X dans l'alphabet grec ; non qu'ils y ayent pris le caractere qui y avoit la même valeur, savoir ou , mais parce qu'ils ont emprunté le X, qui y valoit K H, ou K, pour signifier leur C S ou G Z.

Cette lettre a dans notre orthographe différentes valeurs ; & pour les déterminer je la considérerai au commencement, au milieu, & à la fin des mots.

I. Elle ne se trouve au commencement que d'un très-petit nombre de noms propres empruntés des langues étrangeres, & il faut l'y prononcer avec sa valeur primitive C S, excepté de quelques-uns, devenus plus communs & adoucis par l'usage ; comme Xavier, que l'on prononce Gzavier ; Xénophon, que l'on prononce quelquefois Sénophon ; Ximénez, qui se prononce Siménez ou Chiménez.

II. Si la lettre X est au milieu du mot, elle y a différentes valeurs, selon les diverses positions.

1°. Elle tient lieu de C S entre deux voyelles, lorsque la premiere n'est pas un e initial ; comme axe, maxime, Alexandre, Mexique, sexe, flexible, vexation, fixer, Ixion, oxicrat, paradoxe, luxe, luxation, fluxion, &c.

On en exceptoit autrefois les mots Bruxelles, Flexelles, Uxelles, qui ne font plus exception, parce qu'on les écrit conformément à la prononciation, Brusselles, Flesselles, Usselles ; mais il faut encore excepter aujourd'hui sixain, sixieme, deuxieme, dixain, dixaine, dixainier, dixieme, où X se prononce comme Z ; & soixante, soixantaine, soixantieme, que l'on prononce soissante, soissantaine, soissantieme.

2°. Elle tient encore lieu de C S, lorsqu'elle a après elle un C guttural, suivi d'une des trois voyelles a, o, u, ou d'une consonne, ou lorsqu'elle est suivie de toute autre consonne, excepté H ; comme excavation, excommunié, excuse, exclusion, excrément, exfolier, expédient, mixtion, exploit, extrait.

3°. Elle tient lieu de G Z, lorsqu'étant entre deux voyelles, la premiere est un e initial ; & dans ce cas le lettre h qui précéderoit l'une des deux voyelles est réputée nulle : comme dans examen, héxametre, exécution, exhérédation, exil, exhiber, exorde, exhorter, exultation, exhumer.

4°. Elle tient lieu de C guttural, quand elle est suivie d'un C sifflant, à cause de la voyelle suivante e ou i ; comme excès, exciter, qui se prononcent eccès, ecciter.

III. Lorsque la lettre X est à la fin des mots, elle y a, selon l'occurence, différentes valeurs.

1°. Elle vaut autant que C S à la fin des noms propres, Palafox, Pollux, Styx ; des noms appellatifs, borax, index, larinx, lynx, sphinx ; & des deux adjectifs perplex, préfix.

2°. Lorsque les deux adjectifs numéraux six, dix, ne sont point suivis du nom de l'espece nombrée, on y prononce x comme un sifflement fort ; j'en ai dix, prenez-en six.

3°. Deux, six, dix, étant suivis du nom de l'espece nombrée, commençant par une voyelle, ou par une h muette, ou bien dix n'étant qu'une partie élémentaire d'un mot numéral composé & se trouvant suivi d'une autre partie de même nature, on prononce X comme un sifflement foible, ou Z : deux hommes, six aunes, dix ans, dix-huit, dix-neuf, dix-neuvieme.

4°. A la fin de tout autre mot X ne se prononce pas, ou se prononce comme Z. Voici les occasions où l'on prononce X à la fin des mots, le mot suivant commençant par une voyelle, ou par une h muette ; 1°. Après aux, comme aux amis, aux hommes. 2°. A la fin d'un nom suivi de son adjectif, quand ce nom n'a pas x au singulier ; chevaux alertes, cheveux épars, travaux inutiles, feux ardens, voeux indiscrets. 3°. A la fin d'un adjectif suivi du nom avec lequel il s'accorde ; heureux amant, faux accords, affreux état, séditieux insulaires. 4°. Après les verbes veux & peux ; comme je veux y aller, tu peux écrire, je peux attendre, tu en veux une.

X dans la numération romaine, valoit 10 ; & avec un trait horisontal valoit 10000. X valoit seulement 1000. I avant X en soustrait une unité, & IX = 9 : au contraire XI = 11, XII = 12, XIII = 13, XIV = 14, XV = 15, &c. X avant L ou avant C, indique qu'il faut déduire 10 de 50 ou de 100 ; ainsi XL = 40, XC = 90.

La monnoie frappée à Amiens est marquée X. (B. E. R. M.)


X & P(Médail. Monnoie, Littérat.) on voit souvent les lettres grecques X & P, jointes ainsi sur les anciennes médailles. Nous trouvons la premiere lettre, c'est-à-dire, un X, sur de grandes monnoies de cuivre, où cette marque paroît avoir été mise pour des raisons de police civile.

Quelques antiquaires ont pris cette marque pour une date, & d'autres pour la lettre initiale d'un nom propre ; mais ces deux conjectures ne sont appuyées d'aucune raison solide. M. Ward suppose bien mieux que cette lettre est une abréviation du mot grec XPHMA, qui veut dire monnoie, & qu'on a gravé cette marque sur ces pieces pour indiquer leur cours comme monnoie ; ce moyen a paru d'autant plus propre, que ces sortes de monnoies n'ont aucune empreinte de tête de roi, comme l'ont nos monnoies d'or & d'argent, mais on y voit un Jupiter avec une aigle perchée sur un foudre au revers.

Ce caractere fut ensuite transporté, par Constantin, sur ses monnoies & ses drapeaux à un tout autre dessein ; il en fit usage pour désigner en abregé le mot XPICTOC ; en quoi il fut suivi non-seulement par quelques-uns de ses successeurs, mais par des particuliers qui firent graver dévotement la même marque sur leurs lampes & autres meubles. Le même usage eut lieu pour les vases consacrés dans les églises.

Dans la suite, la marque vint à être employée dans les manuscrits, simplement pour notes critiques, servant à coter des endroits remarquables ; & alors cette marque fut mise pour les deux lettres initiales du mot grec XPHCIMON, utile ; c'est ce que nous apprenons d'Isidore, Orig. l. I. c. xx. Voyez les Trans. Philos. n °. 474. §. 1. (D.J.)


X X x(Ecriture) du côté de leur figure, les deux premieres sont composées dans leurs premieres parties de la 1, 8, 7, 6, 5, parties d'O, & un plain boutonné en forme de point. Dans leurs secondes, c'est un C entier.

A l'égard de la troisieme x, la premiere partie est un e renversé, la seconde est un e pur ; celles-ci se forment en un seul tems, du mouvement mixte des doigts & du poignet ; celles - là en deux tems, du même mouvement. Voyez le vol. des Pl. de l'Ecriture, & leur explic.


X(Econom. rustiq.) l'x du moulin est une piece de fer, en forme d'x, qui a un trou quarré au milieu pour recevoir la tête du petit fer. Sur cette piece est posée la meule de dessus, & l'x est entaillée de toute son épaisseur dans la meule de dessus. Voyez nos Pl. de moulin, (Econom. rustiq.)


XABEAEXABIA, (Géog. mod.) dans le Portulan de Michelot ; petite ville d'Espagne, au royaume de Valence, avec une rade, dont le cap S. Martin, fait l'entrée. (D.J.)


XACAS. m. (Hist. mod.) nom d'un dieu japonois. Voyez les articles philosophie des INDIENS, & des JAPONOIS.


XAGUAS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) le xagua d'Oviedo paroît être le genipanier, dont on a donné les caracteres au mot GENIPA.

C'est un grand arbre commun dans toutes les îles de l'Amérique. Il est haut comme un chêne, épais, droit, solide, couvert d'une écorce cendrée & ridée. Ses branches s'étendent d'espace en espace en maniere de bras, de même que celles des sapins de l'Europe. Ses feuilles sont disposées par touffes ondées, longues d'un pié, larges de 4 pouces, & finissant en pointe.

Il s'éleve du milieu de ces feuilles de gros bouquets de fleurs d'une seule piece, en cloche, larges, découpées profondément en cinq pointes ; de couleur blanche en s'épanouissant, & enfin d'un jaune-foncé. Du centre de cette fleur sortent cinq étamines & un pistil, qui a son origine dans le fond du calice.

Quand la fleur est tombée, ce calice devient un fruit gros comme le poing, de figure ovale, également pointue par les deux bouts. Ce fruit est charnu, couvert d'une écorce épaisse, grise - verdâtre, & comme saupoudrée de poussiere ; la chair du fruit est tendre, blanche, séparée en deux loges qui sont remplies de semences demi-rondes, applaties, semblables à nos gesses communes. Le suc de ce fruit teint en noir ; mais d'une noirceur qui se dissipe d'elle-même, au bout de quelques jours.

Le janipaba de Pison, n'est qu'une espece de xagua ou de genipanier. Voyez JANIPABA. (D.J.)

XAGUA, (Géog. mod.) port de l'Amérique, dans l'île de Cuba, sur sa côte méridionale entre l'île de Pinos & la ville de Spiritu - Sancto, environ à 15 lieues du port de la Trinité. C'est un des plus beaux ports de l'Amérique ; il a 6 lieues de circuit ; & une petite île dans le milieu, où l'on trouve de l'eau douce. (D.J.)


XAHUALIS. m. (Hist. nat. Botan.) bel arbre de la nouvelle-Espagne, dont les feuilles ressemblent à celles du frêne. Son bois est fort pesant & compacte ; sa couleur est jaune & mouchetée : il porte un fruit semblable au poivre. Les Indiens en tirent une liqueur qui les fortifie, & dont ils se servent pour se noircir les jambes & le corps. Cette couleur ne s'en va point à l'eau, mais elle disparoît d'elle-même en une quinzaine de jours.


XAINTES(Géog. mod.) ville de France, capitale de la Saintonge. Voyez SAINTES.


XALAPPA(Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, province de Tlascala, dans les terres, à 16 lieues de la VeraCruz. Ses habitans sont un mêlange d'indiens & d'espagnols. (D.J.)


XALCOCOTLS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom que les Mexicains donnent à un arbre qui paroît être le même que le goyavier, appellé par les Espagnols guyabo. Il y en a de deux especes au Mexique. La premiere a les feuilles de l'oranger, mais elles sont plus petites & velues ; ses fleurs sont blanches ; son fruit est rond, & rempli de petits grains comme les figues. Ses feuilles sont astringentes & acerbes ; elles guérissent, dit-on, la galle. L'écorce est aussi très-efficace ; on lui attribue la vertu de guérir les enflures des jambes, les plaies fistuleuses, & même la surdité. Son fruit sent la punaise, ce qui n'empêche pas que son goût ne soit excellent. La seconde espece differe de la premiere, en ce que son fruit est plus gros & n'a point une odeur si forte.


XALISCOLES ILES DE, (Géog. mod.) îles de la mer du Sud, sur la côte de la nouvelle Espagne, à l'occident de Guadalajara, & tout auprès du cap Corriente, au midi de l'embouchure de la mer Vermeille. Elles sont au nombre de quatre. (D.J.)


XALONLE, (Géog. mod.) riviere d'Espagne. Elle a sa source dans la vieille-Castille, auprès de Médina-Céli, & se perd dans l'Ebre, au - dessus de Saragosse. C'est le Salo des anciens. (D.J.)


XALXOCOTLS. m. (Hist. nat. Botan.) Voyez XALCOCOTL.


XAMABUGISS. m. (Hist. mod. superstition) ce sont des especes de bonzes ou de moines japonois, qui suivent le budsdoïsme, ou la religion de Siaka. Ils servent de guides aux dévots pélerins qui vont visiter les temples de leurs fausses divinités. Ils leur font faire le voyage piés nuds ; les obligent d'observer une abstinence très-sévere, & ils abandonnent sans pitié les infortunés qui sont hors d'état de suivre la caravane, & qui périssent faute de secours dans les déserts que l'on est forcé de traverser. Ensuite ces moines barbares remettent leurs pélerins sous la conduite des genguis, bonzes encore plus inhumains, qui les traitent avec une dureté que le fanatisme le plus outré auroit peine à justifier. Voyez SIAKA.


XAMDELLILHAterme de relation, priere d'action de graces que font les pauvres arabes après leur repas. Les grands seigneurs arabes invitent souvent des gens du petit peuple, & même des pauvres, à manger avec eux ; ces sortes de conviés se levent toujours d'abord qu'ils ont fini de manger, & pour lors ils ne manquent jamais de dire à haute voix xamdellilha, mot qui signifie Dieu soit loué. Ce discours est très-noble, & ne s'adresse point au maître de la maison ; mais à Dieu seul qui est l'auteur de tous les biens. (D.J.)


XAMIS. m. (Méd. arabe) les Arabes désignent par ce mot le caroubier, mais ce n'est pas notre caroubier de Naples ou d'Espagne ; c'est un arbre bien différent, qui est peut-être l'acacia, lequel porte des siliques, & donne un fruit qui est astringent, qualité que les Arabes attribuent à la plante qu'ils appellent xami. (D.J.)


XAMOle desert de, (Géog. mod.) vaste desert de la Tartarie, vers les frontieres de la Chine. La nouvelle carte de la grande Russie le coupe en quatre parties.


XANS. m. (Hist. mod.) on nomme ainsi en quelques endroits de la domination du grand-seigneur, ce qu'on nomme communément kan, chan, & caravanserai. Voyez ces mots. Diction. de commerce.


XANTHES. m. (Mythol.) les poëtes ne parlent point comme l'histoire. Chez eux rien ne s'opere que merveilleusement.

Un orage terrible aux yeux des matelots,

C'est Neptune en courroux qui gourmande les flots.

Après le sanglant combat qui fut donné sur les rives du Xanthe, le lit de ce fleuve se trouva chargé de corps morts, son eau se déborda dans la campagne, on retira de l'eau les cadavres, on les brûla sur un bucher. Comment Homere raconte - t - il ce fait ? Il feint, Iliad. l. XXI. que ce fleuve oppressé dans son lit, en fit ses plaintes à Achille, & que ce héros ne l'ayant pas satisfait, il se déborda contre lui, & le poursuivant avec rapidité, il l'auroit noyé, si Neptune & Minerve envoyés par Jupiter, ne lui eussent promis une promte satisfaction. Le même poëte ayant à nous apprendre que les inondations de la mer ruinerent, quelque tems après la retraite des Grecs, cette fameuse muraille, qu'ils avoient élevée pendant le siege de Troie, pour se mettre à couvert des insultes de leurs ennemis, dit que Neptune irrité de l'entreprise des Grecs, étoit allé prier Jupiter de lui permettre de l'abattre avec son trident ; & qu'ayant intéressé Apollon dans sa vengeance, ils avoient travaillé de concert à renverser cet ouvrage. Si Turnus brûle la flotte d'Enée, Virgile fait paroître Cybele, qui change ses vaisseaux en nymphes de la mer. (D.J.)

XANTHE, Xantus, (Géog. anc.) fameuse riviere de la Troade, dans l'Asie mineure. Elle a sa source au mont Ida, & se perd dans l'Hellespont. Pline, l. V. c. xxx. dit qu'elle se joint avec le Simoïs, autre riviere célebre dans les poëmes d'Homere & de Virgile ; ces deux rivieres vont ensemble au port des Achéens.

Bien des auteurs croyent que le Xanthe & le Scamandre ne sont qu'une seule riviere, fondés sur ces vers d'Homere, Iliad. v. 74.

Les dieux l'appellent Xanthe, & les hommes Scamandre.

Elien dans son histoire des animaux, l. VIII. c. xxj. donne une origine assez naturelle de ce double nom. Il dit que le Scamandre a la vertu, que les brebis qui boivent de son eau, deviennent rousses, : de-là, ajoute-t-il, cette riviere a pris le nom de Xanthe, tiré de la couleur qu'elle donne aux brebis.

2°. Xanthe, riviere de l'Asie mineure, dans la Lycie ; elle a sa source dans le mont Taurus, arrose les villes de Xanthe & de Patare, & se jette ensuite dans la mer Méditerranée. Ptolémée, l. V. c. iij. en met l'embouchure après Telmesse, auprès de Patare. Strabon assure, l. XIV. p. 665. qu'on l'appelloit anciennement Sirbes. Il dit qu'en le remontant dix stades, on trouve le temple de Latone, & que soixante stades plus haut que ce temple, étoit la ville qu'il nomme Xanthe. Ovide, métamorph. l. IX. v. 645. dit cette riviere :

Jam Cragon, & Lymiren Xanthique reliquerat undas.

3°. Xanthe ou Xanthopolis, ancienne ville de l'Asie mineure, dans la Lycie. Strabon, l. XIV. p. 666. dit que c'étoit la plus grande ville de cette province. On a vu dans l'article précédent qu'elle étoit à 70 stades de son embouchure, selon cet auteur. Pline, l. V. c. xxvij. l'en met à 15 mille pas ; c'est 6 mille pas de plus que le calcul de Strabon. Ptolémée, l. V. c. iij. la nomme dans sa liste des villes méditerranées. Appien raconte comment les habitans de Xanthe, amoureux de leur liberté, voyant leur ville prise par Brutus, l'un des meurtriers de César, se donnerent eux-mêmes la mort, & brûlerent leur ville, plutôt que de se soumettre au vainqueur. Il remarque que c'étoit pour la troisieme fois que cette ville éprouvoit un pareil destin ; que la même chose étoit arrivée lorsque Harpale, général du grand Cyrus, avoit assiégé la ville de Xanthe, & lorsqu'Alexandre, fils de Philippe avoit cru s'en rendre maître.

Cette ville se releva dans la suite ; car outre que Strabon & Pline, postérieurs au tems de Brutus, en parlent comme d'une ville subsistante, je la trouve au rang des villes épiscopales de la Lycie, sous le nom de Xanthi, qui est le génitif de son nom, dans la notice de Léon le sage. Mais elle est nommée , Xanthus dans celle d'Hiéroclès ; elle est du Mentasili, dans la Natolie, sur la côte méridionale.

4°. Xanthe, riviere d'Epire. Helenus, qui s'étoit établi dans ce pays-là, après le sac de Troie, avoit donné le nom de Xanthe à un petit ruisseau. C'est ce que Virgile, Aeneid. l. III. v. 350. exprime par ce vers :

Arentem Xanthi cognomine rivum

Agnosco.

5°. Xanthe, ville ancienne de l'île de Lesbos, selon Etienne le géographe.

C'est de Xanthe, ville de Lycie, qu'étoit Olen, poëte grec, plus ancien qu'Orphée. Il composa plusieurs hymnes, que l'on chantoit dans l'île de Délos aux grandes solemnités de la religion, nommément en l'honneur de la déesse Lucine, qu'il disoit être la mere de Cupidon. Quelques auteurs prétendent qu'il fut l'un des hyperboréens qui fonderent l'oracle de Delphes, & qu'il y exerça le premier la fonction de prêtre d'Apollon, je veux dire, celle de rendre réponse aux consultans en vers hexametres.

Ménécrate étoit de la même ville. Il avoit fait l'histoire de la Lycie, celle de Nicée, & celle d'Hercule. Il ne faut pas le confondre avec Ménécrate d'Elée, qui avoit décrit l'Hellespont, & les pays qui le bordent. C'est une perte considérable que celle de cet ouvrage, au - lieu que les oeuvres de Ménécrate de Lycie, n'étoient pas de la premiere réputation. (D.J.)


XANTHIQUESS. m. pl. (Antiquités grecques) ; fête des Macédoniens, & qui étoit ainsi nommée, parce qu'elle se célébroit dans le mois Xanthus, & dans le tems que toute la famille royale étoit purifiée, ainsi que l'armée, par la lustration. Après cette cérémonie, la fête commençoit, l'armée se partageoit en deux camps, qui se mettoient en bataille l'un contre l'autre, & faisoient pour le plaisir des spectateurs toute sorte d'évolutions & de combats feints. Voyez Potter, Archaeol. graec. l. II. c. xx. t. I. p. 417. (D.J.)


XANTHIUMS. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante qu'on a déja caractérisé sous le nom vulgaire de petit glouteron, au mot GLOUTERON.

Tournefort compte trois especes de ce genre de plante, entre lesquelles nous nous contenterons de décrire la plus commune, xanthium vulgare, en anglois, the small vurdock.

Sa tige s'éleve seulement à la hauteur d'un pié & demi ; elle est rameuse, velue, marquée de points rouges, s'étendant au large : ses feuilles sont beaucoup plus petites que celles de la bardane, vertes, approchant de celles du pas-d'âne, dentelées en leurs bords, d'un goût un peu âcre, tirant sur l'aromatique ; sa fleur est un bouquet à fleurons, semblable à de petites vessies, & contenant chacune une étamine ; ces fleurons tombent facilement, & ils ne laissent après eux aucune graine ; mais il naît sur les mêmes piés qui fleurissent, des fruits oblongs, gros comme des petites olives, hérissés de piquans qui s'attachent aux habits ; chacun de ces fruits est divisé dans sa longueur en deux loges, qui renferment des semences oblongues ; sa racine est petite, blanche, garnie de fibres assez grosses. Cette plante croît dans les terres grasses, contre les murailles, & dans les fossés dont l'eau a été desséchée. Sa racine est d'un goût âcre & amer, ce qui fait qu'on l'estime digestive & résolutive ; on l'emploie, mais sans succès, dans les tumeurs scrophuleuses. (D.J.)


XANTHOS. f. (Mytholog.) une des nymphes océanides, compagne de Cyrene, mere d'Aristée, selon Virgile.


XANTHON(Hist. nat.) nom que les anciens naturalistes ont donné à un marbre d'un jaune verdâtre. On l'appelloit aussi marmor herbosum : on croit qu'il étoit le même que celui qu'on nommoit marbre ténarien.


XANTHURUS DES INDES(Ichthyol.) nom que nos naturalistes ont donné au poisson appellé par les Hollandois geel-stard. Il est de la grosseur & de la forme de la carpe ; ses machoires sont armées de petites dents serrées, & fort pointues ; son dos est jaune, & sa queue l'est encore davantage ; son ventre est d'un blanc bleuâtre ; sa tête est brune, & ses nageoires sont d'un beau rouge. On prend ce poisson à l'hameçon entre les rochers, sur le bord de la mer des Indes orientales, & il est également bon & sain. Ray, Ichthyograph. (D. J.)


XANTHUSS. m. (Hist. nat. Lithol.) les anciens naturalistes ont donné ce nom à une pierre, ou plutôt une espece d'hématite, ou de mine de fer, d'un jaune pâle. Son nom grec , annonce cette couleur. C'est la même substance à qui quelques auteurs ont donné le nom d'élatites.

XANTHUS, mois, (Calend. des Macédon.) mois macédonien, qui étoit le second du printems, & qui répondoit au mois judaïque nommé Nisan, & au mois égyptien, appellé Pharmuthi. Le nom de ce mois se trouve au II. liv. des Macchab. xj. 30. Antiochus écrit aux juifs : " Nous accordons jusqu'au trentieme du mois Xanthicus, protection & sûreté à tous ceux qui se trouveront en route pour venir ici. " (D.J.)


XANXUSS. m. (Conchyliog.) gros coquillage semblable à ceux avec lesquels on a coutume de peindre les Tritons ; les Hollandois le font pêcher vers l'île de Ceylan, ou à la côte de la pêcherie où est le royaume de Travançor : ceux qu'on pêche sur cette côte, ont tous les volutes de droit à gauche ; s'ils s'en trouvoit quelqu'un dont les volutes fussent disposées de gauche à droite, les Indiens l'estimeroient infiniment, parce qu'ils croyent que ce fut dans un xanxus de cette espece qu'un de leurs dieux fut obligé de se cacher.

La compagnie hollandoise des Indes orientales ne permet pas aux indiens de sa domination de vendre à d'autres qu'à elle les xanxus qu'ils peuvent pêcher ; elle les débite à un prix fort cher dans le royaume de Bengale, où on les scie pour en faire des bracelets. (D.J.)


XAOCHEU(Géog. mod.) ville de la Chine, dans la province de Quantong, dont elle est la seconde métropole. Long. suivant le P. Noël, 150. 43. 30. lat. 24. 42. 10.


XARAFFES. m. (Commerce) les xaraffes sont à Goa, & dans toutes les villes de commerce de la côte de Malabar, des especes de changeurs, qui, pour un petit profit qu'on leur donne, examinent les especes d'argent, sur - tout les pardaos sérafins, qui ont cours dans le négoce, & dont la plûpart sont faux ou altérés. Ces xaraffes sont des chrétiens indiens qui se tiennent au coin des rues, & qui sont si expérimentés dans la connoissance de ces pardaos, que sans les peser, & sans se servir de la pierre de touche, ils distinguent une piece fausse entre mille.

On doit d'autant plus se fier à ces changeurs, qu'ils sont obligés de garantir les pieces qu'ils ont visitées. Outre cet emploi qu'ont les xaraffes, ce sont aussi eux qui changent les monnoies, & qui fournissent aux marchands les especes dont ils ont besoin, en se contentant pour tout profit de quelques busamos d'étain, petite monnoie, dont les trois valent deux reis de Portugal, c'est-à-dire, deux deniers en France. Il y a aussi de ces xaraffes à Constantinople, au Caire, & dans les villes de négoce de l'empire Ottoman. (D.J.)


XARAGUA(Géog. mod.) ville capitale du royaume de même nom, dans l'île de Saint-Domingue ; c'est une ville toute délabrée.


XARAMALE, (Géog. mod.) petite riviere d'Espagne, dans la nouvelle Castille. Elle a sa source aux confins de la vieille Castille, & se rend dans le Tage, à 8 lieues au - dessus de Tolede, & proche d'Aranjuez. (D.J.)


XATIVA(Géog. mod.) ville d'Espagne au royaume de Valence, sur le penchant d'une colline, au pié de laquelle coule le Xucar, à neuf lieues au midi de Valence, & à vingt au nord - ouest d'Alicante.

Philippe V. traita inhumainement cette ville dans le cours de la guerre du commencement de ce siecle, parce qu'elle s'étoit déclarée par la force en faveur de Charles, archiduc d'Autriche. Il la fit assiéger, en 1706, & raser de fond-en-comble après l'avoir prise. Ensuite considérant la beauté de sa situation, il éleva sur ses ruines une autre ville qu'on nomme à-présent San-Phelipe. Long. 16. 50. latit. 58. 55.

Le pape Calixte III. étoit natif de Xativa. Il canonisa l'homme qui lui avoit prédit son élévation au pontificat, qu'il n'obtint cependant qu'à l'âge de 76 ans. Il excita toute l'Europe à prendre les armes contre le turc, & ce projet ne fut pas heureux pour les chrétiens. Il donna les meilleurs bénéfices à ses parens qui ne les méritoient guere. Il mourut en 1458, au bout de trois ans & quelques mois de regne.

André, (Jean) mahométan, naquit à Xativa dans le XV. siecle, & succéda à son pere dans la charge d'alfaqui de cette ville ; mais il abandonna sa religion, & se fit chrétien. Il est auteur d'un livre intitulé confusion de la secte de Mahumed. Ce livre a été publié premierement en espagnol, & traduit sur l'italien en françois par M. le Févre de la Boderie, Paris 1574, in -8°. Tous ceux qui écrivent contre le mahométisme, citent beaucoup cet ouvrage.

Malvenda (Thomas) religieux dominicain, né à Xativa en 1566, mourut à Valence en Espagne en 1628 à 63 ans. Les ouvrages qui subsistent encore de lui, sont : 1°. un traité de Anti - Christo, dont la meilleure édition est celle de 1621. 2°. Une nouvelle version du texte hébreu de la bible, avec des notes, imprimée à Lyon en 1650, en 5 vol. in-fol.

Espagnolet (Joseph-Robert Ribera, dit l') peintre dont je n'ai point parlé en traitant des écoles de peinture, naquit en 1589 à Xativa, & mourut à Naples en 1656. Il étudia la maniere de Michel-Ange Caravage, & se plut comme lui à représenter des sujets terribles & pleins d'horreurs. Né dans la pauvreté, un cardinal fut frappé de ses talens, & touché de son indigence, il l'emmena dans son palais & le combla de faveurs ; mais l'Espagnolet voyant que son changement de fortune le rendoit paresseux, quitta le cardinal pour reprendre le goût du travail. Il se rendit à Naples, s'y fixa, en devint le premier peintre, & s'y enrichit. Ses principaux ouvrages sont dans cette ville, & à l'Escurial. Il y a beaucoup d'expression dans ses têtes, mais son goût n'est pas noble, & son pinceau n'a rien de gracieux. (D. J.)


XAUXA(Géog. mod.) ou la riviere de Maragnan, riviere de l'Amérique méridionale, & une des plus considérables. Sa principale source est dans le lac Cincha-Cocha, vers les 304, 20 de longitude, & les 10. d. de latitude méridionale. Elle prend ensuite le nom d'Ucayalé, & va se rendre dans l'Amazone à S. Joachim d'Omaguas. La vallée de Xauxa où court cette riviere, a 24 lieues de long, & 5 ou 6 de large. Elle étoit peuplée de plus de vingt mille habitans quand les Espagnols y arriverent. On n'y trouve aujourd'hui çà & là que quelques chetives bourgades d'Indiens. (D.J.)


XAUXAVA(Géog. mod.) montagne, riviere & ville d'Afrique, selon Marmol. La montagne fait partie du grand Atlas, au royaume de Maroc. La riviere sort de cette montagne, & la ville est bâtie sur le bord de la riviere, à environ cinq lieues de Maroc. (D.J.)


XAVIER(Géog. mod.) château d'Espagne, dans la Navarre, au pié des Pyrénées, à sept ou huit lieues de Pampelune. Je parle de ce château, parce que François & Jérôme Xavier, oncle & neveu, y prirent naissance.

Le premier surnommé l'apôtre des Indes y naquit en 1506, & se lia d'amitié à Paris avec Ignace de Loyola. Il se destina pour missionnaire dans les Indes orientales, & arriva à Goa en 1542, sous la protection de Jean III, roi de Portugal. Il mourut dans l'isle de Sancian, à vingt-trois lieues des côtes de la Chine, en 1552, âgé de 46 ans. Grégoire XV. le canonisa en 1622, & soixante ans après le P. Bouhours écrivit sa vie sur les mémoires qu'on lui communiqua, & qu'il embellit à sa guise.

Il est certain que François Xavier n'étoit pas un homme du commun, ni un apôtre évangélique, car il prétendoit " qu'on n'établiroit jamais aucun christianisme de durée parmi les payens, à-moins que les auditeurs ne fussent à la portée d'un mousquet ". C'est le P. Navarette, traité 6. p. 436. col. 6, qui nous apprend cette façon de penser de son confrere, sur les moyens d'opérer la conversion des payens. Dezia el santo que mientras no estuvieran debaxo del mosquete, no avia de aver christiano de provecho. Le P. Tellez dans son histoire d'Ethiopie, l. IV. c. iij. ne fait point de difficulté d'avouer la même chose : " ç'a toujours été, dit-il, le sentiment que nos religieux ont formé concernant la religion catholique, qu'elle ne pourroit être d'aucune durée en Ethiopie, à moins qu'elle ne fût appuyée par les armes ". Esto foy sempre o parecer que os nossos religiosos formaram d'aquellas cousas tocantes à la religiam catholica, a qual nam podia fer de dura em Ethiepia, sem ter authoritade di armas.

Jérôme Xavier servit son oncle dans les missions des Indes orientales où il passa en 1581, après être entré chez les jésuites en 1568. Il fut successivement recteur à Bazin & à Cochin, maître des novices, & supérieur de la maison professe de Goa. Il est mort dans cette ville en 1617, après avoir été nommé à l'archevêché d'Angamale, transporté alors à Cranganor.

Ses confreres disent des merveilles de sa mission auprès du grand mogol Akébar ; cependant malgré les distinctions que ce prince accorda à Jérôme Xavier, il continua de célébrer avec ses fils sa fête ordinaire en l'honneur du Soleil ; & quand il fut au lit de mort, il déclara au P. Xavier que loin d'être converti, il étoit comme engagé d'honneur à maintenir la secte qu'il avoit jusqu'alors favorisée ; c'est le P. Catrou qui dans son histoire du Mogol, nous apprend cette particularité ; mais il y en a une autre qui a fait connoître le P. Jérôme Xavier en Europe, plus que ses conversions aux Indes ; ce sont deux ouvrages qu'il a composés, & que Louis de Dieu a fait imprimer à Leyde, en 1639, in-4°. L'un est l'histoire de Jesus-Christ, & l'autre celle de S. Pierre, en Persan. Louis de Dieu les traduisit en latin, & les mit au jour avec des remarques.

" L'ouvrage, en lui-même, dit M. la Croze, hist. du Christ. des Indes, p. 333, est un amas monstrueux de fictions & de fables grossieres, ajoutées & souvent substituées aux paroles des saints évangélistes. Au reste, Jérôme Xavier n'est auteur de cette espece d'alcoran, que pour ce qu'il y a de profane & de superstitieux. Il l'avoit composé en portugais, & la version persane dont Alégambe & les autres jésuites lui font honneur, n'est nullement de lui. Elle a pour auteur un mahométan de Lahor dans les indes, nommé Abdel Senarim-Kasem ; comme Xavier lui-même l'avoue à la fin de son premier ouvrage, page 586 ".

M. Simon est du même sentiment, que cette histoire a d'abord été composée en portugais, & il en dit assez sur le fond du livre, pour faire voir ce qu'il en pense. " Il (Xavier) composa cette histoire, dit M. Simon, Hist. crit. des vers. du N. T. ch. xvij. p. 206. à Agra où il étoit alors, à la sollicitation du grand-mogol. Il paroît de plusieurs mots qui sont dans le persan, qu'il a été d'abord composé en langage portugais, d'où il a été ensuite mis en persan. Louis de Dieu s'est fort emporté contre cet ouvrage, à-cause des additions prises des livres apocryphes qu'on y a insérées. Et en effet, quoique ce protestant n'ait pas gardé assez de modération dans sa préface & dans ses notes, on ne peut nier qu'il n'eût été plus à-propos de traduire en persan le texte pur des évangiles, que de donner un mêlange de ces évangiles & des pieces apocryphes, sous le titre de l'histoire de Jesus-Christ. Le P. Jérôme Xavier a aussi composé un ouvrage semblable, intitulé l'histoire de S. Pierre, qui n'est pas écrit avec plus d'exactitude que le premier ".

Pietro-Della Valle, de retour de ses voyages de Perse, examina la version latine de Louis de Dieu, & la trouva à peu de choses près fidele, suivant le récit de Nicolas Antonio.

Il est vrai que le P. Pétau prétend que les deux pieces dont il s'agit ne sont point de Jérôme Xavier ; mais il a contre lui l'aveu d'Alégambe, de Nicolas Antonio & de M. Simon. On trouvera les deux pieces du P. Jérôme Xavier dans J. A. Fabricius, cod. apoc. N. T. t. I. p. 301. edit. 1719. On voit dans l'histoire de Jesus-Christ, composée par ce jésuite, entr'autres pieces supposées, deux lettres, l'une de Lentulus & l'autre de Pilate, toutes deux écrites à Tibere. Dans la premiere, l'auteur fait le portrait de Jesus-Christ, comme les peintres le représentent depuis long-tems dans leurs images, & racontent quelques-uns de ses miracles ; dans la seconde, il parle aussi des miracles de Jésus-Christ & de son ascension dans le ciel ; mais il n'y est fait aucune mention de sa mort, & moins encore de sa résurrection. (D.J.)


XELVA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne, au royaume de Valence, près du Guadalaviar, à sept lieues de Ségorbe, & à dix lieues au-dessus de Valence. Long. 17. 16. latit. 39. 42. (D.J.)


XÉNÉLASIEde Lacédémone. (Hist. de Lacédémone) La xénélasie est en général le droit de bourgeoisie, ou de la qualité de citoyen d'un lieu accordé à un étranger.

Les loix de Lacédémone étoient si remarquables par leur singularité à cet égard, qu'on ne se lasse point d'en parler. Lycurgue qui en fut l'auteur, les tira de son vaste génie. Il forma dans le sein même de la Grece, un peuple nouveau, qui n'avoit rien de commun avec le reste des Grecs que le langage. Les Lacédémoniens devinrent par son moyen des hommes uniques dans leur espece, différens de tous les autres par leurs manieres comme par leurs sentimens, par la façon même de s'habiller & de se nourrir comme par le caractere de l'esprit & du coeur ; mais rien ne contribua davantage à en faire une nation isolée, que la belle loi de Lycurgue, de n'accorder la xénélasie à aucun étranger, sans de pressans motifs, & même d'empêcher que tout étranger eût à sa volonté, la libre entrée en Laconie.

Cet établissement avoit les plus grands avantages. Il s'agissoit d'établir une forme de gouvernement & des regles de conduite extraordinaires, une religion simple & dénuée de cette pompe extérieure qui en faisoit ailleurs l'objet principal, un culte libre de la plûpart des superstitions qui regnoient chez les autres peuples, des fêtes & des jeux où la jeunesse de l'un & de l'autre sexe paroissoit nue, un partage égal des terres entre les particuliers, avec ce qu'il falloit précisément à chacun pour vivre ; l'obligation de manger en commun avec une extrême frugalité, la proscription de l'or & de l'argent, l'usage enfin de ne vendre ni acheter, de ne donner ni recevoir, de ne cultiver ni art de luxe, ni commerce, ni marine, de ne point voyager hors du pays, sans la permission de l'état, & de ne point se conduire par les maximes étrangeres. Ces différentes loix ne pouvoient s'observer en laissant à l'étranger un libre accès, les unes auroient été souverainement imprudentes, & les autres auroient renfermé une entiere impossibilité. Qu'on juge ensuite si la xénélasie n'étoit pas un réglement nécessaire pour leur servir d'appui.

Elle étoit propre à prévenir toutes les violences & les perfidies dont les étrangers jaloux pouvoient se rendre coupables. Lacédémone n'avoit plus à craindre, ni un Hercule qui après avoir été reçu dans ses murs, massacrât ses princes, ni un Pâris qui enlevât la femme de celui qui lui donnoit un trop facile accès, ni de nouveaux Myniens, qui par la plus noire ingratitude, conjurassent la perte de ceux qui leur auroient accordé l'hospitalité. Le peuple étoit à couvert des espions, & de toutes personnes mal-intentionnées, que le desir de nuire auroit pû amener ou retenir dans le pays. Les forces de l'état inconnues aux voisins, leur en devenoient plus redoutables. Les endroits foibles dont ils auroient pû tirer avantage, étoient dérobés à leur vue ; tout étoit mystere pour eux, non-seulement l'intérieur de la république, ses projets, ses desseins cachés, mais encore ses moeurs & sa police ; rien de plus capable de les tenir dans le respect.

Le grand bien de la xénélasie, étoit encore de prévenir les innovations que le commerce des étrangers ne manque jamais de faire dans le langage & dans les moeurs. Les maximes une fois établies parmi les Lacédémoniens devoient s'y conserver plus saines, nul mêlange n'en altéroit la pureté ; elles devoient y être plus longtems uniformes, nul genre de vie différent n'inspiroit le goût de la nouveauté ; & si l'inconstance ou la malice des particuliers les portoient à innover, du-moins ils n'avoient point d'exemples étrangers qui fomentassent leur envie. Il étoit par conséquent & plus rare d'y voir le désordre, & plus facile d'y remédier.

Les étrangers sont souvent dans des dispositions peu favorables au pays dans lequel ils viennent voyager. Les mieux intentionnés apportent nécessairement avec eux des façons de penser & d'agir, capables de troubler l'harmonie d'un petit état, où doit regner une régularité parfaite. Lycurgue voulut que le sien fût de cette nature. Il avoit établi dans l'intérieur un arrangement sûr & constant, que les atteintes seules du dehors pouvoient troubler. Dans cette idée, les étrangers lui parurent suspects, il crut devoir les éloigner pour prévenir dans son état la corruption des moeurs.

Rome avilit peu-à-peu la dignité de citoyen, en la rendant trop commune. Lacédémone par son extrême réserve à accorder ce droit, le rendit estimable & précieux. Le titre de citoyen, devenu très-rare, acquit un nouveau prix dans l'idée des étrangers. Nous en avons un bel exemple dans Hérodote. Les Lacédémoniens vouloient attirer auprès d'eux Tisamene éléen de nation & devin célebre, pour le mettre avec leurs rois à la tête des troupes contre les Perses. L'oracle l'avoit ordonné, car il falloit des raisons supérieures à la politique ordinaire, pour les obliger de prendre un général étranger. Ils lui firent donc les offres les plus avantageuses ; Tisamene les rejetta, demandant uniquement les privileges & l'honneur de citoyen de Sparte. Ils le refuserent d'abord, mais à l'approche de l'ennemi, il fallut y consentir. Alors Tisamene exigea qu'on lui accordât encore la même grace pour son frere Hegias, & l'on fut obligé d'acquiescer à sa requête : ce sont là, dit Hérodote, les deux seules personnes à qui Lacédémone ait accordé le droit de xénélasie. L'historien se trompe, mais ce qu'il dit prouve au-moins l'idée avantageuse qu'on avoit de son tems, d'un citoyen de Sparte. Les Athéniens montroient bien le cas qu'ils en faisoient, lorsqu'ils se plaignoient ouvertement, de ce que les Lacédémoniens ne communiquoient leurs privileges à aucun étranger.

Il n'est pourtant pas vrai que l'entrée de Sparte fût fermée à tous les étrangers ; Lycurgue lui-même fit passer Thalès de l'île de Crete à Lacédémone, afin que cet étranger qui joignoit au talent d'un poëte, tout le mérite d'un législateur, prêtât les charmes de la poésie à des loix dures & rebutantes. Les Lacédémoniens le reçurent par un ordre exprès de l'oracle, & attribuerent à son arrivée la cessation d'une peste qui les désoloit. Quelque tems après, les magistrats firent aussi venir de Lesbos, le poëte Terpandre, qui radoucit le peuple mutiné ; Phérécyde, qui étoit, je pense, athénien, vint aussi à Sparte comme citoyen, & ces trois étrangers qui chantoient continuellement les nouvelles maximes de la république, y furent comblés d'honneurs : il est vrai que Phérécyde périt ensuite malheureusement, mais le bien public en décida.

Ce fut encore un oracle qui fit venir à Lacédémone Tyrtée, poëte athénien, sa patrie l'envoya par dérision aux Lacédémoniens, pour leur servir de chef dans la guerre de Messéne, mais ils en tirerent des avantages réels. Les soldats animés par son chant & sa poésie, remporterent une victoire complete. Les Lacédémoniens d'ailleurs, peu partisans des poëtes, firent grand cas de celui-ci, jusqu'à ordonner qu'on ne marcheroit jamais à l'ennemi, qu'on n'allât entendre auparavant à la tente du roi, les vers de Tyrtée, pour en être plus disposé à combattre, & à mourir pour la patrie. Telle fut l'origine de leurs chansons guerrieres si connues dans l'antiquité. Tyrtée écrivit de plus en faveur des Lacédémoniens, un traité de leur république, qui n'est point parvenu jusqu'à nous. Une chose remarquable est qu'ils ne reçurent cet étranger dans leur patrie qu'en le naturalisant, & le faisant citoyen de Sparte ; afin, dit un Lacédémonien, qu'il ne soit pas dit, que nous ayons jamais eu besoin d'un général étranger.

Il y avoit d'autres étrangers que Lacédémone se trouvoit heureuse d'accueillir, sans crainte d'enfraindre les intentions de son législateur. Je parle des alliés, qui avec des troupes venoient à son secours. C'est ainsi qu'à la naissance de la république, sous le regne de Télécus, les Egides qui composoient une famille thébaine, vinrent de la Béotie à Sparte, pour faciliter la prise des deux ou trois villes voisines que les Doriens avoient laissées aux anciens habitans. La troupe auxiliaire avoit pour chef Timomachus, qui le premier fit exécuter aux Lacédémoniens les loix de la guerre prescrites par Lycurgue. On peut donc joindre Timomachus & sa famille à Tyrtée, à Phérécide, à Terpandre, & à Thalès.

La xénélasie n'empêchoit point les Lacédémoniens d'appeller chez eux des médecins, & d'autres personnes habiles, à mesure qu'ils en avoient besoin. Le scythe Abaris trouva Sparte exposée à de fréquentes mortalités causées, dit-on, par les vapeurs & par le chaud qu'envoyoit le voisinage du mont Taygete. Il fit des sacrifices & des lustrations accompagnées sans-doute de remedes plus efficaces, & ces maladies ne reparurent plus. Bacis béotien, célebre par plusieurs opérations merveilleuses, guérit par des purifications, les femmes lacédémoniennes qu'une espece de manie avoit saisies. Anaximandre physicien de Milet, avertit un jour les Lacédémoniens de quitter la ville, parce qu'il alloit arriver un tremblement de terre. Ils le firent, & ils se retirerent dans la campagne avec leurs meubles, c'est-à-dire, leurs armes. La violence de la secousse détacha le sommet du mont-Taygete, & renversa la ville, où quelques jeunes-gens demeurés au milieu du portique, périrent sous les ruines. Ce fut le même Anaximandre, suivant Diogène Laerce, ou son disciple Anaximene de Milet, suivant Pline, qui fit à Lacédémone le premier cadran solaire.

On ne transgressoit point la xénélasie, en recevant les ministres étrangers à Lacédémone pour des raisons d'état ; les Spartiates se trouvant nécessairement engagés dans le cours des affaires publiques, de négociation, de confédération, de projets de guerre, & de traités de paix qui demandoient le ministere des étrangers. Aussi furent-ils reçus à Sparte avec toutes sortes d'égards & de politesse, sur-tout depuis l'attentat qu'on y eut commis contre les ambassadeurs de Perse en les précipitant dans un puits. Les Lacédémoniens affligés d'abord après de plusieurs maux, les attribuerent à leur cruauté. Persuadés que le ciel en poursuivroit la vengeance, ils proposerent dans une grande assemblée d'expier leur crime par la mort volontaire de quelque citoyen. Sperthiès & Bulis, deux spartiates des plus illustres, s'offrirent aussi-tôt pour victimes, & s'allerent présenter au roi de Perse. Ils furent traités magnifiquement sur la route par les satrapes ; arrivés à Suze, Xercès leur dit que s'ils avoient violé le droit des gens par le meurtre de ses ambassadeurs, il n'avoit garde de faire une action pareille à celle qu'il avoit à leur reprocher, ni de leur donner occasion de cesser d'être coupables en acceptant leur satisfaction, & il les renvoya avec cette réponse pleine de grandeur. Les Lacédémoniens en profiterent & reçurent depuis ce tems-là aussi dignement que les Athéniens, tous les députés qu'on leur envoyoit des pays voisins ou éloignés. Les exemples en sont fréquens dans l'histoire, il seroit ennuyeux de les rapporter.

Nous avons déja remarqué que la xénélasie ne regardoit point les troupes étrangeres qui venoient au secours de Lacédémone. La politique demande qu'on ait encore plus d'égards pour des alliés, que pour les naturels d'un pays, & il est de l'intérêt d'un peuple guerrier d'en user ainsi. Celui-ci cependant crut devoir conserver avec ses alliés une certaine réserve. Les étrangers avec lesquels ils faisoient des campemens & des marches ignoroient jusqu'au nombre des Lacédémoniens qui composoient l'armée confédérée. Ils avoient beau faire des questions ou des plaintes sur cet article, elles étoient reçues avec une sorte de fierté, comme il paroît par quelques réponses d'Agésilas, d'Ariston & d'Agis.

Mais dans le tems des solemnités & des fêtes qu'on célébroit certains jours de l'année, il étoit permis aux étrangers de venir à Sparte en être les témoins. La maniere dont on y produisoit la jeunesse de l'un & de l'autre sexe, devoit piquer une curiosité déréglée. De-là cette proposition cynique rapportée dans Athénée : " Nous n'avons que des éloges à donner à la coutume de Sparte, qui montre ses filles nues aux étrangers ". Ils accouroient en foule à ces spectacles. On les plaçoit à l'ombre, tandis que les Lacédémoniens demeuroient exposés aux ardeurs du soleil. Xénophon parle de Lichas, qui se distinguoit par son attention à régaler les étrangers qui venoient pour-lors à Lacédémone ; & peut-être qu'il faut rapporter à ces sortes d'occasions le festin Copis, décrit fort-au-long par Athénée, où les étrangers mangeoient sans distinction avec les habitans du pays.

La xénélasie lacédémonienne crut encore devoir se relâcher dans les conjonctures en faveur de quelques particuliers, ou même de quelques peuples entiers, que des raisons uniques rendoient agréables à la nation. Arion, célebre musicien de Lesbos, ayant fait naufrage vers les côtes de Laconie, se sauva sur le cap Ténare ; on lui donna retraite, & il consacra dans le temple d'Apollon, situé sur le même promontoire, une statue de bronze pour monument de son aventure. Thémistocle, après la bataille de Salamine, ne recevant ni d'Athènes sa patrie, ni du reste des Grecs les honneurs qu'il méritoit, se rendit à Lacédémone. On lui donna la couronne d'olivier, avec le plus beau char qui fut dans la ville, & trente des principaux citoyens l'escorterent à son retour jusqu'à la frontiere ; honneurs inouis, que les Lacédémoniens ne déférerent jamais à aucun étranger.

Alcibiade & quelques autres, obligés de sortir de leur pays par des raisons d'état, trouverent aussi un asyle à Lacédémone. Il y eut entre ce général athénien & un citoyen de Sparte une hospitalité particuliere, dont Endéas, fils du lacédémonien, tira dans la suite de grands avantages.

L'athénien Périclès fut uni à Archidamus, roi de Sparte, par les mêmes liens de cette hospitalité personnelle, dont les droits étoient si sacrés, qu'Archidamus ravageant les terres des Athéniens, n'osoit toucher à celles de Périclès. Agésilas, autre roi de Sparte, qui aimoit Xénophon athénien, l'exhorta d'envoyer ses enfans à Sparte pour être élevés à la lacédémonienne. Toutes les fois que les Déliens alloient à Lacédémone, ils y étoient reçus avec distinction ; on leur donnoit la préséance sur tout le monde, parce que leurs ancêtres faciliterent aux Dioscures la délivrance d'Hélene. Les Phliasiens qui avoient été fideles à leur alliance avec la république dans le tems de ses malheurs, comme dans ses plus beaux jours, s'étant rendus à Lacédémone, reçurent toutes sortes d'honneurs.

Si d'autres n'eurent point à se louer de l'accueil des Lacédémoniens, ils devoient s'en prendre à eux-mêmes ; Archiloque de Paros étoit à peine entré dans la ville, qu'on l'en fit sortir pour avoir autrefois dit dans ses poésies, qu'il vaut mieux fuir que mourir les armes à la main. Ils chasserent encore Méandrius tyran de Samos, pour avoir distribué des vases d'or & d'argent ; & Mythécus, trop habile cuisinier, pour avoir employé des mets qui flattant le goût, ne convenoient point à la frugalité lacédémonienne. Cette extrême attention à réprimer l'affluence des étrangers dans leur pays étoit d'autant plus nécessaire, que ces étrangers s'aviserent quelquefois d'abuser des bontés dont on les honoroit après les avoir reçus, jusqu'à commettre de basses insolences au milieu même de Lacédémone : témoins ces hommes hardis de Clazomene, qui remplirent de boue & d'ordures les chaires des éphores destinées à rendre la justice, & à regler les affaires de l'état. Ces magistrats affecterent de n'en point paroître offensés ; ils firent simplement annoncer dans les rues cette ordonnance laconique : " Qu'on sache qu'il est permis aux Clazoméniens de faire des sottises. "

Lacédémone eut des magistrats particuliers pour avoir l'oeil sur les étrangers ; on les nomma proxenes, du nom de leur emploi ; ils étoient chargés de recevoir les étrangers, de pourvoir à leur logement, de fournir à leurs besoins & à leurs commodités, de les produire en public, de les placer aux spectacles & aux jeux, & sans doute de veiller sur leurs actions. L'usage des proxenes devoit être commun parmi les différens peuples de la Grece, qui s'envoyoient continuellement des députés les uns des autres pour traiter les affaires publiques : par exemple, Alcibiade athénien & Polydamas thessalien furent proxenes des Lacédémoniens, l'un à Athènes, & l'autre en Thessalie ; par la même raison, les Athéniens & les Thessaliens avoient leurs proxenes lacédémoniens dans la ville de Sparte.

L'étranger n'eut jamais plus de liberté de venir chez les Lacédémoniens, que lorsqu'ils se furent rendus maîtres d'Athènes. Le relâchement qui s'introduisit alors dans les moeurs entraîna peu-à-peu la décadence de leur xénélasie, & des principales maximes de leur gouvernement. Ils commencerent à rechercher les plaisirs de la vie, & il fallut bien que les étrangers leur en procurassent les moyens, puisque Lacédémone n'avoit ni négoce, ni connoissance des arts frivoles. On en vint dans la suite des tems jusqu'à ouvrir aux étrangers dans la ville de Las un entrepôt général pour le commerce maritime. Enfin la xénélasie s'oublia, & les Spartiates perdirent leurs vertus. Cet article peut paroître long, mais il s'agit de Lycurgue & de Lacédémone. (D.J.)


XENIAE(Géog. anc.) Cicéron nomme ainsi des bains. On les appelloit de ce mot, quasi hospitales, comme il paroît par l'oraison pour Coelius, c. xxv. Quelques éditions portent Xeniae ad Balneas Xenias.

Gruter a rétabli le mot Xenias sur l'autorité des manuscrits. Ces bains étoient publics. (D.J.)


XÉNIESS. f. pl. xenia, (Littérat.) ce mot signifioit chez les Grecs les présens qu'ils faisoient à leurs hôtes pour renouveller l'amitié & le droit d'hospitalité. Les gens riches & magnifiques dans cette nation avoient des appartemens de réserve, avec toutes les commodités possibles, pour y recevoir les étrangers qui venoient loger chez eux. La coutume étoit qu'après les avoir traités le premier jour seulement, ils leur envoyoient ensuite chaque jour quelques présens des choses qui leur venoient de la campagne, comme des poulets, des oeufs, des herbages & des fruits. Les étrangers de leur côté ne manquoient pas de rendre à leurs hôtes présens pour présens, & ces divers dons de part & d'autre s'appelloient , comme on le voit dans Homere, qui nomme ainsi les présens que se font Glaucus & Diomede. C'est du mot xénia qu'a été formé celui de xénodochion, maison où l'on reçoit gratuitement les étrangers qui voyagent. (D.J.)


XÉNILLE, (Géog. mod.) riviere d'Espagne. Elle prend sa source au royaume de Grenade, passe près de la ville de Grenade, & va se rendre dans le Guadalquivir. C'est la Singules des anciens.


XÉNISMESS. m. (Antiq. grecq.) , sacrifice qu'offroient les Athéniens dans leurs fêtes anacées en l'honneur des Dioscures. Ces sacrifices s'appelloient , parce que ces deux divinités étoient , c'est-à-dire, étrangeres. Athénée, deipnos. l. II. fait mention des jeux qu'on célébroit dans cette réjouissance. Voyez Potter, archaeol. graec. l. II. c. xx. tome I. p. 366. (D.J.)


XÉNIUS(Mythologie) c'est-à-dire l'hospitalier, c'étoit chez les Grecs une des épithetes de Jupiter.


XÉNOCLÉES. f. (Mytholog.) prêtresse de Delphe. Ayant vu venir Hercule pour consulter l'oracle d'Apollon, elle refusa de lui rendre aucune réponse, parce qu'il étoit souillé du sang d'Iphitus qu'il venoit de tuer. Hercule offensé de ce refus emporta le trépié de la prêtresse, & ne consentit de le rendre qu'après qu'il eut reçu satisfaction. C'est de-là, dit Pausanias, que les Poëtes ont pris occasion de feindre qu'Hercule avoit combattu contre Apollon pour un trépié. (D.J.)


XENODOQUES. m. (Hist. nat.) c'étoit dans l'église romaine un officier chargé de l'inspection du lieu nommé Xenodochium, destiné à recevoir les hôtes, pélerins, pauvres, voyageurs, ce que nous pourrions rendre en françois par hospitalier. Voyez HOSPITALIER.

S. Isidore, prêtre d'Alexandrie, & qui vivoit dans le quatrieme siecle, fut nommé Xenodochus, parce qu'on lui avoit confié dans cette église le soin de la réception & du traitement des étrangers.


XENSI(Géog. mod.) province de la Chine, la troisieme de cet empire ; elle est bornée par la grande muraille, par le fleuve jaune & par des montagnes. Elle contient huit métropoles & cent sept cités, quelques mines & beaucoup de rhubarbe ; le terroir y est fertile, à cause des rivieres & des torrens qui l'arrosent : Sigan est la capitale de cette province. (D.J.)


XENXUSS. m. (Hist. mod. superstit.) ce sont des moines du Japon qui professent la religion de Budsdo. Le P. Charlevoix, jésuite, nous apprend que pour se rendre agréables aux grands, ils ont cherché à rendre la morale facile, & à débarrasser la religion de tout ce qu'elle peut avoir de gênant ; ce sont des casuistes relâchés qui décident toujours en faveur des passions.

Ils nient l'immortalité de l'ame, & l'existence de l'enfer & du paradis ; ils enseignent que toutes les espérances des hommes doivent se borner aux avantages de la vie présente, & ils prétendent appuyer leurs opinions sur la doctrine intérieure de Siaka, qu'ils accommodent à leur morale corrompue. Voyez SIAKA.


XERANTHEMES. m. xeranthemum, (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur radiée, dont le disque est composé de plusieurs fleurons soutenus par un embryon ; la couronne de cette fleur est formée de pétales plats qui ne tiennent à aucun embryon, & qui sont contenus avec les fleurons dans un même calice. L'embryon devient dans la suite une semence garnie d'un chapiteau composé de petites feuilles. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.


XERES DE BADAJOSou XERES DE LOS CAVALLEROS, (Géog. mod.) ville d'Espagne dans l'Estramadure, au royaume de Léon, sur le torrent d'Ardilla, à 4 lieues au midi de Badajos. Charles V. lui accorda le titre de cité. Son terroir est rempli d'excellens pâturages, où l'on nourrit quantité de bêtes à cornes. Long. 10. 40. latit. 38. 8. (D.J.)


XERES DE LA FRONTERA(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie, sur le bord du Guadalquivir, à deux lieues du port de Sainte-Marie, à trois d'Arcos, à quatre de Saint-Lucar, à cinq de Cadix, à quinze de Séville, à vingt-huit de Cordoue, & à cent de Madrid. Elle est grande & peuplée de beaucoup de noblesse. Elle a été bâtie sur les ruines de l'ancienne Asta regia. Son terroir est des plus fertiles, couvert d'orangers, de citronniers, d'oliviers & d'autres arbres fruitiers. Les vignes y produisent les meilleurs vins d'Espagne. C'est aux environs de cette ville que Roderic, dernier roi des Goths, perdit en 712 une bataille décisive. Long. 11. 30. latit. 36. 37. (D.J.)

XERES DE LA FRONTERA, (Géog. mod.) nom de deux bourgades de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne ; l'une est dans l'audience de Guatimala, l'autre dans la province de la nouvelle Galice, à 30 lieues de Guadalajara.


XÉRICA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne, au royaume de Valence, sur le Morvédro, au-dessus de Ségorbe, & à deux lieues de cette ville. Long. 16. 52. latit. 39. 56.


XERIMENHA(Géog. mod.) petite ville de Portugal, dans la province d'Alentéjo, au sud-ouest d'Elvas, près de la Guadiana.


XEROMYRONS. m. (Pharmacie anc.) les anciens nommoient ainsi une composition d'aromates secs réduits en poudre, qu'on appelle improprement onguent gras ; car il n'entroit dans leur composition aucun ingrédient qui fût tel. (D.J.)


XÉROPHAGIE(Hist. ecclés.) dans l'histoire ecclésiastique, est l'action de se nourrir d'alimens secs. Ce mot est dérivé du grec, & composé de , sec, & de , manger, comme qui diroit jeûne où l'on ne mange que des choses seches.

C'étoit le nom que dans la primitive église on donnoit aux jours de jeûne auxquels on ne mangeoit que du pain avec du sel, & où l'on ne buvoit que de l'eau. Ces grands jeûnes se faisoient pendant les six jours de la semaine sainte par dévotion, mais non par obligation ; & Tertullien, dans son livre de l'abstinence, remarque que l'Eglise recommandoit la xérophagie comme une pratique utile en tems de persécution. Elle condamna les Montanistes qui vouloient faire de la xérophagie un précepte pour tout le monde pendant plusieurs carêmes, qu'ils prétendoient instituer dans le cours du carême. Philon rapporte que les Esséens ou Esséniens & les Thérapeutes observoient aussi des xérophagies en certains jours, n'ajoutant au pain & à l'eau que du sel & de l'hyssope. Voyez ESSENIENS & THERAPEUTES.

Les athletes chez les payens pratiquoient aussi en certains jours la xérophagie, mais uniquement par principe de santé, & pour entretenir leurs forces. Voyez ATHLETES, JEUNE, ABSTINENCE.


XÉROPHTHALMIou plutôt SCLÉROPTHALMIE, s. f. (Chirurgie, Malad. des yeux) en latin lippitudo arida palpebrarum, gratelle des paupieres ; c'est une chassie seche, fermement adhérente aux bords des paupieres, lesquelles sont un peu enflées, rouges, médiocrement douloureuses, & pesantes. (D.J.)


XÉROPHTHALMIQUES(Médecine) de & , ophthalmica sicca ; ce sont des remedes propres pour l'inflammation seche des yeux ; tels sont le lait de femme, le petit-lait, l'eau de guimauve, les eaux de chélidoine, d'euphraise, de cyanus ou bluet, & de plantain. Voyez OPHTHALMIQUES.


XÉROTRIBIES. f. (Médec. anc.) xerotribia en latin, en grec , de , sec, & , frotter ; c'étoit, chez les anciens, toute friction seche faite avec la main ou autrement sur une partie malade, pour y rappeller la chaleur & la circulation. (D.J.)


XERTELA, (Géog. mod.) ou la Xerete, riviere d'Espagne, au royaume de Léon, dans l'Estramadure. Elle a sa source au mont de Tornavacas, & après un cours de treize lieues elle se rend dans l'Aragon. (D.J.)


XESTEXESTA, du grec , s. m. (Hist. anc.) mesure attique égale au sextier romain. Voyez SEXTIER.


XICONA(Géog. mod.) & par l'auteur de la Poblacion général de las Espagnas, Sexonae ; petite ville d'Espagne, au royaume de Valence, entre des montagnes, au nord d'Alicante, avec un château bâti sur une hauteur. Il croît dans ses environs du vin aussi estimé que celui d'Alicante. Long. 17. 22. latit. 38. (D.J.)


XILOALA, (Géog. mod.) riviere d'Espagne, en Aragon. Elle a sa source auprès d'Albarazin, & se jette dans le Xalon auprès de Calatajud.


XILOCASTRO(Géog. mod.) bourg de la Morée, au duché de Clarence, à deux lieues au sud du golphe de Lépante, & à treize au levant de la ville de Patras. Niger suivi par M. Delisle, croit que ce bourg a été fondé sur les ruines de l'ancienne Aegyra, ville du Péloponnèse, dans l'Achaïe propre.


XILOTÉPEQUE(Géog. mod.) canton de l'Amérique septentrionale, au Méxique. Il est au nord-ouest de Méchoacan, entre la riviere de Panuco & la ville de México. Il renferme quelques bourgs & des villages.


XIMENA(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans l'Andalousie, à cinq lieues au nord de Gibraltar, sur une montagne pleine de rochers, au pié de laquelle est du côté de l'orient, un pays très-fertile, arrosé par une petite branche du Guadiaro. L'ancienne Ximena est sur le sommet de la montagne, & l'on juge par les arcades & par les voûtes, qu'elle a été bâtie par les Maures. M. Conduitt y a trouvé l'inscription suivante sur une pierre d'une des portes de cette ville ruinée : L. Herenniano Herenniano, L. Cornelius Herennius Rusticus Nepos ex testamento posuit nonis Martiis. Sex. Quintilio Condiano. Sex. Quintilio Maximo Coss. Le pere Mariana, liv. III. ch. ij. dit que la caverne où Crassus vint se cacher, étoit proche de Ximena. M. Conduitt fit sans succès trois lieues à la ronde pour la découvrir ; cependant il est vrai qu'il y a plusieurs cavernes dans cette partie de l'Espagne. Long. 12. 30. latit. 36. 15. (D.J.)


XIMENIES. f. (Hist. nat. Bot.) Ximenia, genre de plante à fleur monopétale, en forme de cloche, divisée en trois parties, dont l'extrémité est ordinairement recourbée en-dehors. Le pistil sort du calice, & devient dans la suite un fruit ovoïde & mou, qui contient un noyau dans lequel il y a une amande de la même forme que le fruit. Plumier, nova plant. amer. genera. Voyez PLANTE.


XINGULE, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique méridionale, qui prend sa source dans les mines du Brésil, & se rend dans l'Amazone, entre les forts de Paru & de Curupa, par plusieurs bouches. Le Xingu. peut avoir une lieue de large à son embouchure.

C'est la même riviere que le P. d'Acunha nomme Paranaiba, & le P. Fritz dans sa carte, Aoripana ; elle descend, ainsi que celle de Topayos, des mines du Brésil ; elle a un saut à sept à huit journées au-dessus de son embouchure, ce qui n'empêche pas qu'on ne puisse la remonter en canot, au-moins deux cent lieues, s'il est vrai que cette navigation demande plus de deux mois.

Ses bords abondent en deux sortes d'arbres aromatiques, l'un appellé cuchiri, & l'autre puchiri. Leurs fruits sont à-peu-près de la grosseur d'une olive ; on les rape comme la noix muscade, & on s'en sert aux mêmes usages. L'écorce du premier a la saveur & l'odeur du clou de girofle, que les Portugais nomment cravo : ce qui a fait appeller par corruption l'arbre qui produit cette écorce, bois de crabe par les François de Cayenne. Si les épiceries qui nous viennent de l'Orient, laissoient quelque chose à desirer en ce genre, celles-ci seroient plus connues en Europe. On ne laisse pas d'en porter à Lisbonne une assez grande quantité. Elles passent en Italie & en Angleterre, où elles entrent dans la composition de diverses liqueurs. (D.J.)


XINIA(Géog. anc.) ville de Thessalie, avec un lac nommé Xynias ; ce nom n'est que le génitif de l'autre, & veut dire de Xynie. Tite-Live, liv. XXXII. & l. XXXIX. parle de Xyniae au pluriel. Ce n'étoit qu'une bourgade aux confins des Perrhèbes. (D.J.)


XIPHIASS. m. (Phys.) météore igné en forme d'épée. Voyez METEORE.

Il differe de celui qu'on appelle acontias, en ce que ce dernier est plus long & moins large dans le milieu, ressemblant davantage à un dard. Voyez ACONTIAS. Chambers.


XIPHINUS(Hist. nat.) nom sous lequel on a voulu désigner le saphir.


XIPHIONS. m. (Hist. nat. Botan.) genre de plante décrit sous le nom d'iris bulbeux. Voyez IRIS BULBEUX.


XIPHOIDECARTILAGE, (Anat.) le cartilage xiphoïde est une petite appendice du sternum ; on appelle ce cartilage xiphoïde ou ensiforme, parce qu'il est aigu, & ressemble un peu à la pointe d'une épée. Quelquefois ce cartilage est triangulaire, ou oblong, ou partagé en deux, dont la plus grande partie passe par-dessus la plus petite, comme on le voit dans la plante que l'on nomme hippoglossum, & entre ces deux parties, l'artere & la veine mammaire passent de chaque côté. D'autrefois ce cartilage est séparé en deux comme une fourchette. Il est ordinairement de la longueur d'un pouce, quelquefois de deux, trois, & même de quatre, ainsi que Palfin l'a remarqué. Bourdon rapporte avoir vu un sujet où ce cartilage manquoit.

Plusieurs anatomistes prétendent que lorsque ce cartilage n'est point divisé, il se rencontre un trou par lequel passent les vaisseaux mammaires internes. Quelquefois aussi on observe un trou au milieu du sternum par où passent ces vaisseaux, ce qui arrive plus souvent aux femmes qu'aux hommes ; mais quand il manque aux femmes, l'on trouve presque toujours un trou dans ce cartilage ; quelquefois aux hommes ces vaisseaux passent aux côtés. Riolan assure avoir vu une femme, qui avoit ce trou si grand dans le sternum, que l'on y pouvoit presque introduire le petit doigt.

Il arrive quelquefois par une cause intérieure, que le cartilage xiphoïde vient à se relâcher & à s'enfoncer en-dedans : cet accident est suivi de grandes douleurs, par la compression que souffre alors le ventricule, avec perte d'appétit, & vomissemens : ce qui fait que le malade devient maigre & fort foible.

Pour réduire ce cartilage, quelques chirurgiens conseillent d'appliquer deux ou trois fois une ventouse qui ait une grande embouchure, & de la tirer subitement & avec effort, après l'avoir laissée un peu de tems, afin de donner au malade la liberté de respirer. Cependant cette sorte de réduction proposée par les anciens, n'est plus en usage & est mal imaginée ; on se contente dans ce cas de porter le doigt assez profondément, en l'appuyant sous la courbure du cartilage, pour le redresser autant qu'il est possible ; mais il faut convenir qu'on n'en vient point à bout ; cependant le lecteur peut consulter la dissertation de Codronchus, de prolapsu cartilaginis mucronatae.

Le commun peuple appelle la courbure du xiphoïde dont nous venons de parler, le brechet. (D.J.)


XIPHOSS. m. (Antiq. grecq.) , nom d'un supplice capital chez les Athéniens qui consistoit à avoir la tête tranchée par l'épée. Potter, Archaeol. graec. tome I. page 133. (D.J.)


XIRIA(Géog. mod.) montagne de la Morée, sur les confins de la Zaconie & du Belvéder. On la prend pour l'ancienne Pholoë, montagne de l'Arcadie, dont Pline parle, l. IV. c. vj. (D.J.)


XIRISS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom que les Botanistes, les Bauhins, Gérard, Parkinson, Ray, Tournefort, & autres, ont donné à notre glayeul puant. Voyez-en l'article.

Mais dans le systême botanique de Linnaeus, le xiris forme un genre de plante particulier, dont voici les caracteres.

Le calice de la fleur est une sorte d'épi fait d'écailles arrondies, creuses, rangées en maniere de tuiles, qui divisent la fleur ; la bâle de l'épi a deux battans, arqués en forme de petit bateau. La fleur est composée de trois pétales, grands, applatis, déployés, & dentelés dans les bords ; les étamines sont trois filets déliés, plus courts que la fleur ; les bossettes des étamines sont oblongues & droites ; le germe du pistil est arrondi ; le style n'est qu'un simple filet ; le stigma est divisé en trois parties ; le fruit est une capsule arrondie, contenant intérieurement le calice, avec trois loges, & trois battans ; les graines sont très-nombreuses, & fines comme de la poussiere. Linnaei, gen. plant. p. 11. (D.J.)


XOAou XAOA, ou SEWA, (Géog. mod.) royaume de l'Ethiopie, dans l'Abissinie ; c'est un grand royaume arrosé du fleuve Jéma, qui le coupe de l'est à l'ouest. (D.J.)


XOCHICOPALLIS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) arbre de médiocre hauteur des Indes occidentales ; il est commun dans la province de Méchoacan. Son tronc & son écorce produisent par incision une liqueur qui sent le limon, & à laquelle on attribue les vertus de la résine copal. Les feuilles de cet arbre sont longues de cinq à six pouces, larges de deux, d'un verd obscur ; ses fleurs sont composées de quantité d'étamines jaunes. (D.J.)


XOCHINACAZTLIS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) plante mexicaine qui croît dans la nouvelle Espagne ; sa fleur, dit Hernandez, entre dans la composition du chocolat ; elle contribue à le rendre agréable à l'odeur & au goût. (D.J.)


XOCHIOCOTZOLS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est le nom que les Indiens mexicains donnent à l'arbre qui fournit par incision la résine appellée liquidambar. Cet arbre est d'une grandeur extraordinaire ; ses feuilles ressemblent à celles du larix ; elles sont divisées dans leurs deux parties en trois angles, blanchâtres d'un côté, d'un verd obscur de l'autre, & dentelées à l'entour ; l'écorce de cet arbre est rougeâtre. Voyez LIQUIDAMBAR.


XOCOXOCHITLS. m. (Hist. nat. Botan.) arbre particulier à la province de Tabasco, dans la nouvelle Espagne ; ce qui fait que les Espagnols ont nommé son fruit poivre de Tabasco. Cet arbre est très-grand ; ses feuilles sont semblables à celles d'un oranger, & sont d'une odeur agréable ; ses fleurs sont rouges, ressemblent à celles d'un grenadier, & ont l'odeur de l'orange ; ses fruits sont ronds, d'abord verds, ensuite rougeâtres ; enfin ils deviennent noirs ; leur goût est fort âcre ; on s'en sert pour assaisonner les alimens.


XODOXINSS. m. plur. (Hist. mod. superstit.) ce sont des bonzes ou moines japonois de la secte de Budsdo ou de Siaka, qui suivent littéralement les préceptes de Siaka, & qui ont en horreur la morale relâchée des Xenxus ; ils rendent un culte particulier au dieu Amida. Voyez SIAKA (religion de.)


XOIS(Géog. anc.) ville d'Egypte, dans le nôme qui prenoit d'elle le nom de Xoïte ; Ptolomée, l. IV. c. v. parle du nôme & de la ville. (D.J.)


XOLO(Géog. mod.) grande île d'Asie, dans l'Archipel des Moluques, à trente lieues de Mindanao, vers le sud-est, & qui est gouvernée par son roi particulier. J'ai déjà parlé de cette île sous le nom de Gilolo : j'ajouterai seulement que c'est dans cette île qu'arrivent tous les navires de Borneo ; & on peut l'appeller la foire de tous les royaumes maures. La chaleur de l'air y est tempérée par des pluies fréquentes qui rendent le terroir abondant en riz.

On assure que cette île est la seule des Philippines où il y ait des éléphans ; & parce que les Indiens ne les apprivoisent pas, comme l'on fait à Siam & à Camboye, ils s'y sont extrêmement multipliés ; on y trouve des chevres, dont la peau est mouchetée comme celle des tigres. On estime beaucoup un oiseau nommé salangan, qui fait son nid comme les moineaux ; ces nids étant bouillis, passent pour fortifians. Parmi les fruits, cette île a le durion, & beaucoup de poivre que les habitans recueillent verd, & un fruit particulier qu'ils appellent du paradis, & les Espagnols fruit du roi ; parce qu'il ne se trouve que dans son jardin. Il est gros comme une pomme ordinaire, de couleur de pourpre ; il a de petits pepins blancs, gros comme des gousses d'ail, couverts d'une écorce épaisse comme la semelle d'un soulier, qui sont d'un goût très-agréable. (D.J.)


XOMOTLS. m. (Hist. nat. Ornitholog.) nom d'un oiseau d'Amérique, dont les Indiens employent les plumes pour se parer ; c'est un oiseau de riviere ou de marécage à piés plats, & garnis d'une membrane comme l'oie ; sa gorge est brune ; son dos & la partie supérieure de ses aîles sont noires ; quand cet oiseau est en colere, il dresse les plumes de sa tête en forme de crête. (D.J.)


XOXOUHQUITICLIPATLIS. m. (Hist. nat. Ornitholog.) nom amériquain d'une pierre du genre des jaspes, & d'un très-beau verd ; mais ordinairement elle est pâle, quelquefois teinte de gris, & marquetée de taches d'un verd foncé. On trouve cette pierre parmi les néphrétiques dont le pays abonde, & dont les Indiens font grand cas à cause des vertus qu'ils lui attribuent dans diverses maladies ; cependant ils n'en donnent aucune à cette espece particuliere. (D.J.)


XPHSTOS(Inscript.) ce mot qui veut dire très-bon, se trouve fréquemment sur les tombeaux, & dans les anciennes épitaphes des Grecs & des Romains. (D.J.)


XPOA(Musique ancienne) n'est point le genre chromatique, comme l'ont cru plusieurs traducteurs. n'est autre chose que la division d'un genre musical en ses différentes especes, selon Euclide. (D.J.)


XPUSOPHULAX(Antiq. grecq.) c'est-à-dire, gardien de l'or d'Apollon ; quoiqu'il n'eût point l'or en garde. C'étoit un ministre subalterne du temple de Delphes, administrateur de tout ce qui regardoit la propreté de ce temple sacré ; il habitoit à l'entrée du sanctuaire. Il falloit qu'il se levât tous les jours avec le soleil, & qu'il balayât le temple avec des rameaux de laurier cueillis autour de la fontaine de Castalie ; qu'il attachât des couronnes du même laurier sur les murailles du temple & sur les autels autour du trépié sacré ; qu'il en distribuât aux prophetes, aux phaebades, aux poëtes, aux sacrificateurs, & aux autres ministres.

Il alloit après cela puiser de l'eau de la fontaine de Castalie dans des vases d'or, & en remplissoit les vases sacrés placés à l'entrée du temple, où l'on étoit obligé de purifier ses mains en entrant. Il faisoit ensuite une aspersion de cette même eau sur le pavé du temple, sur les portes, & sur les murs, avec un goupillon de laurier.

Quand tout cela étoit achevé, il prenoit un arc ou un carquois, & alloit donner la chasse aux oiseaux qui venoient se poser sur les statues dont le temple étoit environné ; voilà d'où lui vint le nom de gardien de l'or d'Apollon. Il ne tuoit pourtant ces oiseaux qu'à la derniere extrémité, & lorsqu'il avoit employé sans effet les cris & les menaces ; mais entre les oiseaux la colombe étoit privilégiée, & pouvoit habiter en sûreté dans le temple du dieu.

Le ministre dont nous parlons, étoit obligé de vivre dans la continence pendant les fonctions de son ministere ; il est vraisemblable qu'il y en avoit plusieurs de son ordre qui se relayoient tour-à-tour. (D.J.)


XUCAHAou XUCAAHI, (Botan. des Arabes) nom d'une plante célébrée pour ses vertus par les anciens médecins arabes ; mais nous ne connoissons plus aujourd'hui cette plante. Sa racine étoit formée de différens noeuds, qui étant séparés & séchés, acquéroient une couleur jaunâtre ; la substance de cette racine étoit très-légere, spongieuse, d'une odeur aromatique agréable, mais d'un goût amer ; du reste semblable de figure à la racine du souchet ; ils la vantoient pour ses vertus cordiales & stomachiques. (D.J.)


XUCARLE, (Géog. mod.) riviere d'Espagne, au royaume de Valence. Le Xucar est le Sucro fluvius des anciens, fleuve de l'Espagne tarragonoise. Il prend sa source dans la nouvelle-Castille, traverse la petite province de la Sierra, où il reçoit deux petites rivieres, le Cabriel & l'Oriara ; après cela il vient arroser le royaume de Valence en largeur, de l'occident à l'orient, & va perdre son nom & ses eaux dans la mer, près d'une petite place nommée Cullera, qui donne son nom à un cap voisin. (D.J.)


XUCHINACAZTLIS. m. (Hist. nat. Bot.) fleur du Mexique, qui a la forme d'une oreille humaine. Les pétales sont d'un beau pourpre à l'intérieur, & vertes en-dehors ; l'odeur en est très-agréable. Les Espagnols la nomment flor de la oreja, ou fleur de l'oreille.


XUEHIA(Géog. anc.) contrée de la Sicile, selon Diodore de Sicile, l. V. c. viij. on l'a nommée ensuite Leontinus ager. L'ancien nom venoit de Xutus son ancien maître, & le nouveau de la ville Leontini, aujourd'hui Lentini. Etienne le géographe fait une ville de ce canton.


XUITCHEU(Géog. mod.) ville de la Chine dans le Kiangsi, elle est voisine du fleuve Hoayang. Long. suivant le P. Noël, 152d. 46'. 30". latit. 28. 52. (D.J.)


XUXUY(Géog. mod.) autrement & plus communément San-Salvador ; ville de l'Amérique méridionale au Paraguay, dans la partie septentrionale du Tucuman, sur une riviere qui se jette dans Rio-Vermejo.


XV-VIR(Antiq. Inscrip. Méd.) écriture abrégée qui veut dire quindecim vir. Les Antiquaires se servent de cette abréviation d'après les médailles, & autres monumens de l'antiquité. (D.J.)


XYLO-ALOEle bois de l'aloës, appellé aussi agallochum. Voyez ALOES : Ce mot est composé de ξυλον, bois, & de αλον, aloës.


XYLOBALSAMUM(Hist. des drogues) ou balsami lignum, en grec , est un nom sous lequel on apporte en Europe des tiges ou des rameaux grèles, ligneux, minces, tortus, noueux, branchus, de la grosseur d'une plume d'oie, ou du petit doigt, couverts de deux écorces ; l'extérieure de ces écorces est mince, ridée, rousse ; l'intérieure est d'un verd-pâle, d'une saveur & d'une odeur un peu résineuse, qui approche de celle de l'opobalsamum, lorsqu'il est récent. Il est rare de trouver le vrai bois du baumier dans les boutiques ; ou si l'on en trouve, il est vieux & sans aucune odeur. A la place du xylobalsamum on y substitue des rameaux de lentisque oints d'opobalsamum. (D.J.)


XYLOCARPASUMS. m. (Hist. nat. Bot. anc.) nom donné par les anciens auteurs à une sorte de bois vénéneux ; c'étoit le bois d'un arbre dont la gomme s'appelloit carpasum, & qui étoit encore plus vénéneuse que le bois même. Sa couleur étoit tout-à-fait semblable à celle de la myrrhe, venoit du même pays, & se trouvoit quelquefois mêlée avec elle, ce qui causoit de cruels accidens à plusieurs particuliers : aujourd'hui nous ne connoissons plus ni l'arbre, ni cette gomme vénéneuse ; & notre myrrhe n'est funeste à personne. (D.J.)


XYLON ARBOREUMJ. B. (Hist. nat. Botan.) cette plante est un arbrisseau que l'on cultive en Egypte ; ses branches & son tronc sont durs & ligneux. Les Chirurgiens de ce pays se servent de son coton pour faire des tentes au lieu de linge, dans le pansement des plaies & des ulceres : ils en font le même usage que celui que nous faisons du linge dans les hémorrhagies. Ils emploient très-fréquemment le mucilage du xylon dans toutes les fievres brûlantes, & dans les poisons qui menacent d'érosion l'estomac & les intestins, ainsi que dans les toux qui viennent de la chûte d'humeurs âcres & salées. Prosper Alpin, de med. aegyp.

Cette plante a les propriétés des mauves. Ses semences sont employées dans les maladies de poitrine, & dans les toux violentes ; elles facilitent l'expectoration.


XYLOPHORIES. f. (Hist. anc.) formé du grec , bois, & de , je porte.

La xylophorie étoit une fête des Hébreux, dans laquelle on portoit en solemnité du bois au temple, pour l'entretien du feu sacré qui brûloit toujours sur l'autel des holocaustes. Nous ne trouvons cette fête marquée dans aucun endroit de l'Ecriture ; mais Josephe en fait mention, liv. II. de la guerre des Juifs, c. xvij. & l'on croit communément qu'elle fut instituée dans les derniers tems de la nation, lorsque la race des Nathinéens étant presqu'éteinte, les prêtres & les lévites n'avoient plus de serviteurs pour leur préparer & leur apporter le bois nécessaire aux sacrifices. Voyez NATHINEENS.

Selden veut que cette provision se fît dans le mois Ab, qui revient à-peu-près à Juillet. D'autres la mettent au mois Elul, qui répond à notre mois d'Août. Les rabbins enseignent qu'on préparoit avec grand soin le bois qui devoit être brûlé sur l'autel ; qu'on le nettoyoit très-proprement, & qu'on n'y laissoit ni pourriture, ni rien de gâté & de vermoulu. Mais on sait quel fond il y a à faire sur la plûpart de leurs traditions. Calmet, diction. de la bible.


XYLOPOLIS(Géog. anc.) ancienne ville de la Macédoine dans la Mygdonie, selon Ptolomée, lib. III. c. xiij. Pline, l. IV. c. x. donne le nom des habitans selon sa coutume, & dit Xylopolitae. (D.J.)


XYLOSTÉONS. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur monopétale, soutenue par un calice double, qui n'a qu'un pédicule, & qui est profondement découpé, & fait en forme de tuyau. Ce calice devient dans la suite un fruit à deux baies molles, qui renferment chacune une semence applatie & presque ronde. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.

On n'en connoît qu'une seule espece, celle des Pyrénées. C'est un arbrisseau qui se soutient de lui-même, sans s'attacher aux plantes voisines. Il pousse un bois blanc ; ses feuilles sont oblongues, molles, d'un verd-blanchâtre, un peu velues. Ses fleurs sont blanchâtres, attachées deux à deux sur un même pédicule, formées en tuyaux, évasées en cloche, & découpées en quatre ou cinq parties ; ces tuyaux sont soutenus par un double calice. Ce calice après la chûte des fleurs, devient un fruit à deux baies, grosses comme de petites cerises, molles, rouges, remplies d'un suc amer, désagréable, & de quelques semences applaties, presque ovales. Ce fruit au nombre de cinq ou six baies, est émétique & purgatif ; il n'est point d'usage en médecine, & avec raison. (D.J.)


XYNELOPOLIS(Géog. anc.) ville bâtie par Alexandre. On ne sait pas trop où elle étoit. Elle ne subsistoit déja plus du tems de Pline, l. VI. c. xxiij. qui dit : La navigation d'Onesicrite & de Néarque, ne marque ni les mentions, ni les distances ; & premierement, on n'explique point ni sur quel fleuve, ni en quel endroit étoit Xynelopolis bâtie par Alexandre, d'où leur route commençoit. Cellarius, Geogr. ant. l. III. c. xxij. p. 854. ajoute : il semble qu'elle ait été au bout de la Gédrosie, près de l'embouchure de l'Indus, parce que leur navigation commence en ce canton là. (D.J.)


XYNOCÉESS. f. pl. (Hist. anc.) fêtes célebres chez les Athéniens, instituées au sujet de la réunion que Thésée fit de toutes les bourgades & petites communautés de l'Attique, en un seul corps de république. Elles étoient signalées par des sacrifices, des jeux, & des repas publics dans le Prytanée. Leur nom est formé du grec ou , ensemble ou avec, & de , inhabito, pour marquer la réunion ou société qu'avoient alors formée tous ces habitans, auparavant indépendans & dispersés. Potter.


XYSTARQUES. m. (Antiq. grecq.) officier qui présidoit aux xystes & au stade. Son autorité s'étendoit, non sur tout ce Gymnase ; mais seulement sur tous les endroits de cet édifice, où s'exerçoient les athletes, c'est-à-dire sur les xystes, le stade, la palestre, comme l'insinue Tertullien, & comme il est facile de le conjecturer d'une ancienne inscription grecque, qu'on lit à Rome sur le piédestal d'une statue, dans le forum Trajani, & qui est rapportée en latin par Mercurial. Au reste, si le xystarque n'étoit pas précisément le même que le gymnasiarque, on doit se persuader qu'il lui étoit peu inférieur, & qu'il tenoit dans le Gymnase un rang très-honorable, puisque Ammian Marcellin fait mention en quelque endroit, de la pourpre & de la couronne du xystarque ; ce qui prouve que cet officier présidoit aux jeux & aux exercices. (D.J.)


XYSTES. m. (Littérat. & Archit. antiq.) c'étoit chez les Grecs & les Romains, un lieu d'exercice consacré à divers usages ; mais quoique le mot grec xystos, désigne un lieu couvert destiné aux exercices de la gymnastique, le mot xystus des Latins signifie d'ordinaire une promenade découverte. Indiquons la forme & la coupe des xystes, car c'est une chose peu connue.

1°. On faisoit l'alignement d'une place quarrée ayant de circuit deux stades, qui font 250 pas. Trois de ses faces avoient un portique simple, avec des grandes salles dessous, où les Philosophes & autres gens de lettres se rendoient pour discourir & s'entretenir ensemble.

A la face, qui devoit être tournée au midi, les portiques étoient doubles, de peur que les pluies d'hiver ou d'orage, ne pussent passer jusqu'au second, & qu'en été l'on eut aussi le moyen de s'éloigner davantage du soleil. Au milieu de ce portique, il y avoit une grande salle d'un quarré & demi de long, où l'on donnoit leçon aux enfans ; à côté de cette salle étoient les écoles de jeunes filles ; sur le derriere étoit le lieu où les athletes alloient s'exercer : plus avant, tout-au-bout de la façade du portique, on avoit les bains d'eau froide.

A main gauche de la salle des jeunes gens, les lutteurs s'alloient frotter d'huile, pour se rendre les membres plus souples & plus robustes, & proche de-là étoit la chambre froide, où ils venoient se dépouiller. On entroit ensuite dans la chambre tiéde, dans laquelle on commençoit à faire du feu & se tenir un peu chaudement, pour entrer après dans l'étuve, où le poële étoit d'un côté, & de l'autre le bain d'eau chaude. L'architecte ayant bien considéré que la nature ne passe jamais d'une extrémité à l'autre, que par des milieux tempérés, voulut à son imitation, que pour aller d'un lieu froid en un autre chaud, le passage se trouvât tiede.

A l'issue de tous ces appartemens, il y avoit trois portiques ; celui du côté de l'entrée étoit situé vers le levant ou le couchant ; les deux autres étoient à droite & à gauche, tournés l'un au septentrion, & l'autre au midi ; celui du septentrion étoit double, & large comme la hauteur de ses colonnes. Le portique qui regardoit le midi étoit simple, mais beaucoup plus ample que le précédent. Pour faire son compartiment on laissoit, tant du côté du mur, que du côté des colonnes, 10 piés de largeur. Cet espace donnoit un chemin en forme de levée, de laquelle on descendoit deux marches par un escalier de 6 piés, qui entroit dans un parterre couvert ayant au moins 12 piés de profondeur. C'étoit-là que les athletes venoient s'exercer en hiver, sans recevoir aucune incommodité de ceux qui s'assembloient sous le portique pour les regarder : les spectateurs de leur côté avoient aussi l'avantage de bien voir, à cause de l'enfoncement du terrein où combattoient les athletes ; ce portique s'appelloit proprement le xyste.

On avoit soin en bâtissant les xystes, de ménager entre deux portiques quelques bosquets, & des allées d'arbres pavées à la mosaïque. Proche du xyste, à la face du portique double, on faisoit les alignemens des promenades découvertes, qu'on nommoit péridromides, dans lesquelles les athletes se rendoient en hiver.

A côté de ces édifices étoit une place, où le peuple venoit se ranger pour voir plus commodément les jeux. A l'imitation de ces sortes d'édifices, quelques empereurs romains pour se faire aimer du peuple, bâtirent des thermes magnifiques, où tout le monde pouvoit aller & prendre le plaisir des bains. Voyez THERMES. (D.J.)


XYSTIQUES. m. (Antiq. rom.) nom que l'on donnoit à Rome aux athletes des gymnases & aux gladiateurs qui, l'hiver, se battoient sous des portiques, & non pas en plein air. Suétone, vie d'Auguste, c. xlv. en parle.


XYSTIS(Géog. anc.) ancienne ville d'Asie, dans la Carie, selon Etienne le géographe. Pline, l. V. ch. xxix. en fait mention, & nomme ses habitans Xystiani. (D.J.)


YS. m. c'est la vingt-quatrieme lettre & la sixieme voyelle de notre alphabet, où on l'appelle i grec. Cette dénomination vient de ce que nous en faisons usage au lieu de l'v (u psilon) des Grecs, dans les mots qui nous en viennent & que nous prononçons par un i, comme martyr, syllabe, symbole, syntaxe, hypocrite, &c. car la figure que nous avons prise, après les Romains, dans l'alphabet grec, y représentoit le G guttural, & s'y nommoit gamma.

Les Latins avoient pris, comme nous, ce caractere pour représenter l'v grec ; mais ils le prononçoient vraisemblablement comme nous prononçons u, & leur u équivaloit à notre ou : ainsi ils prononçoient les mots syria, syracusae, symbola, comme nous prononcerions suria, suracousae, sumbola. Voici à ce sujet le témoignage de Scaurus : (de orth.) Y litteram supervacuam latino sermoni putaverunt, quoniam pro illâ U cederet : sed cùm quaedam in nostrum sermonem graeca nomina admissa sint, in quibus evidenter sonus hujus litterae exprimitur, ut hyperbaton & hymnus, & hyacinthus, & similia ; in eisdem hâc litterâ necessariò utimur.

Le néographisme moderne tend à substituer l'i simple à l'y dans les mots d'origine grecque où l'on prononce i, & fait écrire en conséquence martir, sillabe, simbole, sintaxe, hipocrite. Si cet usage devient général, notre orthographe en sera plus simple de beaucoup, & les étymologistes y perdront bien peu.

Dans ce cas, à l'exception du seul adverbe y, nous ne ferons plus usage de ce caractere que pour représenter deux ii consécutifs ; mais appartenans à deux syllabes, comme dans payer, payeur, moyen, joyeux, qui équivalent à pai-ïer, pai-ïeur, moi-ïen, joi-ïeux.

Anciennement, les écrivains avoient introduit l'y à la fin des mots, au lieu de l'i simple : on ne le fait plus aujourd'hui, & nous écrivons balai, mari, lui, moi, toi, soi, roi, loi, aujourd'hui, &c. c'est une amélioration réelle.

Baronius nous apprend, que Y valoit autrefois 150 dans la numération, & 150000.

Y est la marque de la monnoie de Bourges. (E. R. M. B.)


Y, Y, y, (Ecriture) ces deux dernieres dans leur figure sont composées dans leur premiere partie, de la derniere partie d'm & de l'j consonne ; la premiere est composée d'un accent circonflexe, de la derniere partie d'une ligne mixte, & de la queue d'un g. Voyez le volume des Planches à la table de l'Ecriture, Pl. des alphabets mineurs.


Y (Géog. mod.)l', (Géog. mod.) l'Y ou l'Yé, est un golphe du Zuyderzée, qui sépare presque entierement la Hollande méridionale de la septentrionale ; c'étoit autrefois une riviere. Elle en conserve encore le nom, quoique par l'inondation du Zuyderzée, elle soit devenue une espece de bras de mer, sur lequel est située la ville d'Amsterdam, en forme de croissant.

Antonides Van-der-Goès, ainsi nommé du lieu de sa naissance, & l'un des célebres poëtes hollandois du dernier siecle, a immortalisé l'Y, par le poëme qu'il intitula de Y-Stroom, la riviere d'Y ; le plan de ce poëme, au défaut de l'ouvrage même, mérite d'être connu des étrangers.

Il est divisé en quatre livres. Dans le premier, l'auteur décrit ce qu'il y a de plus remarquable sur le bord de l'Y du côté d'Amsterdam ; il ne néglige aucun ornement pour embellir, & pour varier sa matiere. Il y a quelque chose d'heureux dans le tableau qu'il trace d'un quartier d'Amsterdam appellé l'île-neuve. Il compare la rapidité dont les bâtimens de cette île ont été construits, à la maniere dont les murailles de Thèbes s'éleverent d'elles-mêmes, dociles au son de la lyre d'Amphion ; cependant, dit-il, cette île avec ses palais magnifiques qui seront un jour leurs propres sépultures, ne se fera connoître à la postérité la plus reculée, que par la gloire d'avoir été le séjour de l'amiral Ruyter. Il prend de-là occasion de chanter les louanges de ce grand homme de mer ; ensuite il expose aux yeux du lecteur des bâtimens qui couvrent les bords de l'Y ; mais ce n'est pas d'une maniere seche qu'il les peint, tout y brille d'ornemens, & des couleurs les plus vives.

En parlant de la compagnie des Indes occidentales, il rapporte les guerres que cette société a eues avec les Portugais. Il décrit avec étendue le magasin de l'amirauté, & le palais de la compagnie des Indes orientales. Dans la description du premier, il fait une peinture aussi grande que terrible, de tous les instrumens de guerre qu'on y trouve entassés. C'étoit autrefois, dit l'auteur, l'ouvrage des plus grands monarques, d'élever un capitole ; mais ici des marchands osent élever jusqu'au ciel, un bâtiment qui surpasse les palais des rois. La puissance de la compagnie est assez connue, par l'orient soumis à ses loix ; & le château prodigieux qu'elle a fait construire reçoit le jour de plus de trois mille & trois cent fenêtres.

Dans le second livre, le poëte parcourt une carriere très-vaste, & qui renferme en quelque sorte une partie de l'univers. Après avoir fait l'éloge de la navigation, il passe en revûe les flottes nombreuses qui couvrent l'Y, & qui vont prendre dans le monde entier tout ce qui peut servir à la nécessité & à l'orgueil des hommes. A cette occasion, il parle des expéditions hardies de l'amiral Heemskerk, destinées à chercher une route abrégée vers les Indes par la mer Glaciale. Il s'étend sur les malheurs où l'Amérique est tombée par ses propres richesses. Il introduit l'ombre d'Attabalipa, qui, charmée de voir dans les Hollandois les ennemis de ses bourreaux, leur fait l'histoire des cruautés des Espagnols.

L'auteur suit dans sa description la flotte des Indes : sa muse parcourt les différens pays de cette vaste contrée, & décrit avec pompe les différentes richesses dont chacune de ces provinces charge les vaisseaux hollandois. Non contente de donner une idée de l'étendue du négoce de la Hollande dans ces climats, elle dépeint la puissance de ses armes & de ses trophées, & nous trace pour exemple le tableau d'une bataille où ses soldats remporterent une victoire signalée sur les habitans de Macassar. L'auteur retourne ensuite vers l'Y, en décrivant les pays qu'il découvre sur son passage.

Etant de retour, il détaille les principales marchandises que les autres parties de l'univers fournissent à la Hollande, comme une espece de tribut qu'elles payent à l'industrie de ses habitans. En parlant des vins & d'autres objets de luxe qui viennent de France, il déclame avec autant de force que de bon sens contre les vices que ce même pays tâche de communiquer aux Hollandois.

Le livre troisieme est une fiction d'un bout à l'autre : le poëte est entraîné tout-d'un-coup au fond de l'Y : il voit le fleuve avec ses demi-dieux & ses nymphes, allant à une fête qui devoit se donner à la cour de Neptune pour célébrer l'anniversaire du mariage de Thétis & de Pelée. L'auteur ne suit ici ni Ovide, ni les autres mythologistes : il feint que Thétis autrefois mariée au vieux Triton, & lasse de la froideur de cet époux suranné, s'étoit retirée de la cour de Neptune, pour pleurer ses malheurs dans la retraite. Neptune & les autres divinités de la mer touchées de sa douleur, la rappellent, cassent son mariage, & se résolvent à l'unir au courageux Pelée, à qui ils destinent en même tems l'immortalité avec une éternelle jeunesse. Thétis accepte joyeusement ce parti, & Triton plus charmé des plaisirs de la bonne chere que de ceux de l'amour, n'y fait aucune opposition. Le mariage s'acheve, & les dieux des eaux en solemnisent tous les ans la mémoire.

C'est à une de ces fêtes que le fleuve alloit alors avec toute sa cour : le poëte y fut mené aussi par une des divinités aquatiques, qui le cacha dans un endroit du palais de Neptune, où sans être vu il pouvoit tout voir. Les autres fleuves entrent dans la salle du festin, & à mesure qu'ils arrivent, le poëte est instruit de leurs noms, de leur origine & de leur puissance. Les descriptions qu'il en fait sont poëtiques & savantes, c'est l'endroit le plus beau du poëme. Le dieu présomptueux de la Seine, éclate contre l'Y en paroles injurieuses : l'Y lui répond avec autant d'éloquence que de phlegme. Le dieu de la Seine piqué, finit sa déclamation en s'adressant à l'Ebre, & lui reprochant d'être insensible à la fierté d'un sujet rebelle. L'Ebre réplique que la haine qui l'avoit animé autrefois contre l'Y, avoit été purifiée par le feu de la guerre, qu'il l'avoit reconnu pour libre. On voit assez que cette fiction est une allégorie de l'invasion de la France dans les pays-bas espagnols, & de la triple alliance.

Dans le quatrieme livre, l'auteur s'attache à dépeindre l'autre bord de l'Y, qui est embelli par plusieurs villes de la nord-Hollande : elles fourniroient cependant une matiere assez seche, si l'imagination fertile du poëte ne savoit tirer des moindres sujets, des ressources propres à enrichir son ouvrage. En décrivant la ville d'Edam, autrefois nommée Y dam, c'est-à-dire, digue de l'Y, il rappelle l'ancienne fable d'une syrene prise auprès de cette ville par des pêcheurs : il en fait une espece de sibylle, en lui prêtant la prédiction de toutes les catastrophes que les Bataves devoient surmonter avant que de parvenir à cette puissance, dont l'auteur a donné de si grandes idées. Cette prophétie est un abregé de l'histoire de Hollande, & ce n'est pas l'endroit de l'ouvrage sur lequel les fleurs de la poésie sont répandues avec le moins de profusion. La syrene finit par tracer un affreux tableau de ces batailles navales qui se devoient donner un jour sur les côtes de Hollande, entre cette république & l'Angleterre ; enfin, l'ouvrage est terminé par un discours aux magistrats d'Amsterdam, à la sagesse desquels l'auteur rapporte avec raison la richesse de cette puissante ville.

Si ce poëme ne mérite pas le nom d'épique, il ne paroît pourtant point indigne de ce titre par l'heureuse fiction qui y regne, par la noblesse des pensées, par la variété des images, & par la grandeur de l'expression. A l'égard des défauts qu'on y remarque, si l'on réfléchit à la précocité des talens de l'auteur qui n'avoit que vingt-quatre ans quand il le mit au jour, l'on croira sans peine que s'il ne fut pas mort à la fleur de son âge, il auroit conduit son ouvrage plus près de la perfection. Quoi qu'il en soit, il y a peu de poëmes hollandois où l'on trouve plus de beautés que dans celui-ci. (Le chevalier DE JAUCOURT)


YABACANIS. m. (Hist. nat. Botan. terme de relation) nom que les sauvages donnent dans quelques îles de l'Amérique à une racine dont on vante la grande vertu contre les serpens. Les François nomment cette racine la racine apinel : on peut en voir l'article dans l'histoire de l'acad. des sciences, qui eût mieux fait de ne point transcrire dans son beau recueil les petits contes fabuleux de M. de Hauterive à ce sujet, ann. 1724. p. 19. Le plus plaisant est la réflexion qui les termine : " rien, dit l'historien, n'est si commun que les voyages & les relations, mais il est rare que leurs auteurs ou ne rapportent que ce qu'ils ont vu, ou ayent bien vu ". (D.J.)


YABAQUE(Géog. mod.) petite île de l'Amérique, une des Lucayes, au nord-ouest de celle de Maguana, & au nord de celle de S. Domingue. Latit. selon de Laet, 22. 30. (D.J.)


YACARANDAS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) arbre de l'île de Madagascar ; son fruit est gros comme les deux poings, & bon à manger quand il est cuit. Les sauvages en font une espece de bouillie pour leur nourriture.


YACHICAS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) espece de prunier de Madagascar ; il porte des fleurs jaunes, & des fruits semblables aux prunes, dont le noyau contient une amande blanche & douce.


YACHou YAC, s. m. (Marine) bâtiment ponté & mâté en fourche, qui a ordinairement un grand mât, un mât d'avant & un bout de beaupré, avec une corne, comme le heu, & une voile d'étai. Il a peu de tirant d'eau, & est très-bon pour des petites bordées, & sert ordinairement pour de petites traversées, & pour se promener. On jugera de sa forme & de sa grandeur par les proportions suivantes.

Proportions générales d'un yacht.

Les grands yachts sont à-peu-près de la même fabrique que les semaques ; ils ont des écoutilles, une tengue élevée à l'arriere, & une chambre à l'avant, au milieu de laquelle il y a une ouverture qui s'éleve en rond au-dessus, en lanterne, & qui est entourée d'un banc pour s'asseoir. Ils ont encore un faux-étai, deux pompes de plomb, une de chaque côté. La barre de leur gouvernail, qui est de fer, est un peu courbée, & il a au-dessus une petite tenque, dont la grandeur est proportionnée à la hauteur de la barre. Ordinairement leur beaupré n'est pas fixe, & on peut l'ôter & le remettre quand on veut. Voyez Pl. XIII. fig. 2. le dessein d'un yacht.


YAGUTHS. m. (Hist. anc.) divinité adorée par les anciens Arabes idolâtres : elle avoit la figure d'un lion.


YAMAMAH(Géog. mod.) ville de l'Arabie heureuse, dans le canton d'Hégias ; c'est une ville du désert, dans la région des montagnes, mais dans une plaine à l'orient de la Mecque. Elle a peu d'habitans, peu de palmiers & beaucoup de ruines : Atwal & Resem lui donnent 71 d. 45. de long. & 21 d. 31. de latit. (D.J.)


YAMBO(Géog. mod.) petite ville d'Asie dans l'Arabie, sur la côte orientale de la mer Rouge, route de Médine, avec un petit port qui en est éloigné de 10 lieues. Long. 53. 42. latit. 21. 38.


YAMÉOSLES, (Géog. mod.) peuple sauvage de l'Amérique méridionale ; leur langue est d'une difficulté inexprimable, & leur maniere de prononcer est encore plus extraordinaire que leur langue : ils parlent en retirant leur respiration, & ne font sonner presqu'aucune voyelle. Ils ont des mots que nous ne pourrions écrire, même imparfaitement, sans employer moins de neuf ou dix syllabes, & ces mots prononcés par eux, semblent n'en avoir que trois ou quatre. Poetarrarorincouroac signifie en leur langue le nombre trois ; heureusement pour ceux qui ont affaire à eux, leur arithmétique ne va pas plus loin.

Les Yaméos sont fort adroits à faire de longues sarbacanes, qui sont l'arme de chasse la plus ordinaire des Indiens. Ils y ajustent de petites fleches de bois de palmier, qu'ils garnissent, au-lieu de plume, d'un petit bourlet de coton plat & mince, qu'ils font fort adroitement, & qui remplit exactement le vuide du tuyau. Ils lancent la fleche avec le souffle à trente pas, & ne manquent presque jamais leur coup. Un instrument aussi simple que ces sarbacanes, supplée chez eux au défaut des armes à feu. Ils trempent la pointe de leurs fleches dans un poison si actif, que quand il est reçu, il tue en moins d'une minute l'animal, pour peu qu'il soit atteint jusqu'au sang. Mém. de l'acad. des scienc. ann. 1745. (D.J.)


YAMGAYA(Economie) espece de mets fort en usage chez les Koreki & les autres habitans de Kamtchatka. On le fait en mêlant le sang des rennes avec de la graisse ; on met ce mêlange dans l'estomac de l'animal, & on le fait fumer dans la cheminée.


YAMIAMAKUNDA(Géog. mod.) ville d'Afrique dans le royaume de Tomani, au midi de la riviere de Gambra. Ses habitans commercent en ivoire & en esclaves : les Anglois y ont un comptoir. (D.J.)


YANDONS. m. (Hist. nat. Ornitholog.) espece d'autruche de l'île de Madagascar.


YANG-CHEU(Géog. mod.) ville de la Chine, dans la province de Nankin, & sa septieme métropole ; elle est marchande, riche & peuplée. Long. suivant le P. Noël, 156. 39'. 30". lat. 33. 6. (D.J.)


YANI(Géog. mod.) pays d'Afrique à l'est du royaume de Bursali, le long & au nord de la riviere de Gambra, dans l'espace de 80 lieues. On le divise en haut & en bas-Yani, qui sont séparés par la riviere de Sami. (D.J.)


YANOou JANOW, (Géog. mod.) nom de deux petites villes de Pologne ; l'une dans la Podolie, au couchant de Kaminiek, sur la petite riviere de Ferret ; l'autre aux confins de la Poldaquie & de la Lithuanie, sur le Boug. (D.J.)


YAPOCO(Géog. mod.) riviere de l'Amérique méridionale dans la Guiane ; elle a plus d'une lieue de longueur à son embouchure. (D.J.)


YAQUÉ(Géog. mod.) grande riviere de l'île de S. Domingue ; elle a sa source dans les montagnes de Cibar, & après s'être grossie de plusieurs autres rivieres, elle se jette enfin dans la mer, au couchant de Monte-Christo, longue chaîne de montagnes ; les François nomment cette riviere la riviere de Monte-Christo, mais c'est un nom ridicule. (D.J.)


YARDS. f. (mesure d'Angleterre) nom de la verge d'Angleterre ; elle est de sept neuviemes d'aune de Paris, ainsi neuf verges d'Angleterre font sept aunes de Paris, ou sept aunes de Paris font neuf verges d'Angleterre. La maniere de réduire les verges d'Angleterre en aunes de Paris, est de dire en se servant de la regle de trois : si neuf verges d'Angleterre font sept aunes de Paris, combien tant d'aunes de Paris ? Et si au contraire l'on veut faire la réduction des aunes de Paris en verges d'Angleterre, il faut dire, si sept aunes de Paris font neuf verges d'Angleterre, combien tant d'aunes de Paris feront-elles de verges d'Angleterre ? La regle vous indiquera ce que vous cherchez. (D.J.)


YARELA, (Géog. mod.) riviere d'Angleterre dans le comté de Norfolck ; elle prend sa source vers le nord-ouest, d'où coulant vers le sud-est, elle arrose la ville de Norwich qui en est la capitale ; ensuite après s'être grossie d'autres rivieres, elle se rend dans la mer, & forme à son embouchure un bon port appellé de son nom, Yarmouth. (D.J.)


YARMOUTH(Géog. mod.) ville d'Angleterre dans la province de Norfolck, à l'embouchure de l'Yare, d'où lui vient son nom, à 36 lieues au nord-est de Londres ; elle est grande, bien bâtie, & a quelques fortifications : son port est fort bon. La principale richesse de ses habitans consiste dans la pêche des harengs, qui est très-abondante sur la côte. Cette ville s'est accrue des ruines de l'ancienne Gariam nonum dont il est parlé dans la notice de l'empire ; car la riviere d'Yare, qui donnoit son nom à la ville, se nommoit en latin Gariam. Sa long. 18. 55. latit. 52. 3. Long. suivant Stréet, 19. 6'. 30". latit. 52. 55. (D.J.)


YASSAS. f. (Hist. mod. Jurisprud.) c'est ainsi qu'on nomme chez les Tartares, un corps de loix, dont le fameux conquérant Gengis-Kan passe pour être l'auteur. Timur-Beg ou Tamerlan les fit observer dans ses vastes états, & elles sont encore en vigueur aujourd'hui chez les tartares de Crimée, & dans plusieurs autres parties de l'Asie, où ces loix sont appellées Yassa J'enghiskani. Quelques orientaux amis du merveilleux prétendent que Genghis-Kan n'en est point l'auteur, mais qu'elles sont dues à Turk qui, suivant les traditions orientales, étoit fils de Japhet, & petit-fils de Noé, fondateur de la nation tartare. M. de la Croix a donné dans la vie de Genghis-Kan un extrait de ces loix, en vingt-un articles.

1°. Il est ordonné de ne croire qu'un seul Dieu, créateur du ciel & de la terre, qui donne la vie & la mort, les richesses & la pauvreté ; qui accorde & refuse ce qu'il veut, & qu'il a un pouvoir absolu sur toutes choses.

2°. Les prêtres de chaque secte, & tous les hommes attachés aux cultes, les médecins, ceux qui lavent les corps des morts, seront exempts de tout service public.

3°. Nul prince ne pourra prendre le titre de grand-kan, sans avoir été élu légitimement par les autres kans généraux & seigneurs monguls assemblés en diete.

3°. Il est défendu aux chefs des tribus de prendre des titres pompeux, à l'exemple des souverains mahométans.

5°. Il est ordonné de ne jamais faire la paix avec aucun souverain ou peuple, avant qu'ils fussent entierement subjugués.

6°. De partager toujours les troupes en dixaines, centaines, milliers, dix milliers, &c. parce que ces nombres sont plus commodes.

7°. Les soldats, en se mettant en campagne, recevront des armes des officiers qui les commandent, & ils les leur remettront à la fin de l'expédition ; les soldats tiendront ces armes bien nettes, & les montreront à leur chef, lorsqu'ils se prépareront à donner bataille.

8°. Il est défendu, sous peine de mort, de piller l'ennemi, avant que le général en ait donné la permission. Chaque soldat demeurera maître du butin qu'il aura fait, en donnant au receveur du grand-kan les droits prescrits par les loix.

9°. Depuis le mois qui répond au mois de Mars, jusqu'à celui d'Octobre, personne ne prendra de cerfs, de daims, de lievres, d'ânes sauvages, ni d'oiseaux d'une certaine espece ; afin que la cour & les armées trouvent assez de gibiers pour les grandes chasses d'hiver.

10°. Il est défendu, en tuant les bêtes, de leur couper la gorge ; mais il est ordonné de leur ouvrir le ventre.

11°. Il est permis de manger le sang & les intestins des animaux.

12°. On regle les privileges & les immunités des tarkani, c'est-à-dire, de ceux qui sont exemptés de toute taxe pour les services qu'ils ont rendus.

13°. Il est enjoint à tout homme de servir la société d'une maniere ou d'une autre ; ceux qui ne vont point à la guerre, sont obligés de travailler un certain nombre de jours aux ouvrages publics, & de travailler un jour de la semaine pour le grand-kan.

14°. Le vol d'un boeuf ou de quelqu'autre chose du même prix, se punissoit en ouvrant le ventre du coupable. Les autres vols moins considérables étoient punis par sept, dix-sept, vingt-sept, trente-sept, & ainsi de suite jusqu'à 700 coups de bâton, en raison de la valeur de la chose volée. Mais on pouvoit se racheter de cette punition en payant neuf fois la valeur de ce qu'on avoit volé.

15°. Il étoit défendu aux Tartares de prendre à leur service des gens de leur nation : ils ne pouvoient se faire servir que par ceux qu'ils faisoient prisonniers de guerre.

16°. Il étoit défendu de donner retraite à l'esclave d'un autre, sous peine de mort.

17°. En se mariant, un homme étoit obligé d'acheter sa femme. La polygamie étoit permise. Les mariages étoient défendus entre les parens du premier & du second degré, mais on pouvoit épouser les deux soeurs. On pouvoit user des femmes esclaves.

18°. L'adultere étoit puni de mort, & il étoit permis au mari de tuer sa femme prise sur le fait. Les habitans de Kaindu furent à leur sollicitation, exemptés de cette loi, parce qu'ils étoient dans l'usage d'offrir leurs femmes & leurs filles aux étrangers. Mais Genghis-Kan, en leur accordant cette exemption, déclara qu'il les regardoit comme infames.

19°. Il étoit permis pour l'union des familles, de faire contracter des mariages entre les enfans, quoique morts, & l'on faisoit la cérémonie en leur nom. Par-là les familles étoient réputées alliées.

20°. Il étoit défendu, sous des peines rigoureuses, de se baigner, ou de laver ses habits dans des eaux courantes dans le tems où il tonnoit ; les Tartares craignant extraordinairement le tonnerre.

21°. Les espions, les faux témoins, les sodomistes, les sorciers étoient punis de mort.

22°. Les gouverneurs & magistrats qui commandoient dans les provinces éloignées, étoient punis de mort, lorsqu'ils étoient convaincus de malversation ou d'oppression. Si la faute étoit légere, ils étoient obligés de venir se justifier auprès du grand-kan.

Gengis-Kan publia un grand nombre d'autres loix, mais celles qui précedent sont les principales ; elles furent en vigueur sous le regne de ce conquérant & de ses successeurs. Par la premiere de ces loix, on voit que les tartares monguls étoient théistes dans l'origine, ce qui n'empêcha point presque tous les princes de la maison de Gengis-Kan, de tolérer & de favoriser les sectaires de toutes les religions dans leurs états ; ce sont même les seuls souverains dont l'histoire fasse mention, qui ayent été assez sensés pour accorder à tous leurs sujets une tolérance entiere.


YASSI(Géog. mod.) Les françois écrivent mal Iassi, & peut-être ai-je moi-même commis cette faute. C'est une grande ville de la Moldavie, sur la petite riviere de Scisa, qui se rend peu après dans le Pruth, au nord-est de Soczowa. Long. 44. 56. latit. 47.

Yassi riche par son commerce avec l'Asie, est toute ouverte, sans portes & sans murailles ; mais on y voit une douzaine de vastes châteaux flanqués de tours terrassées. Tous ont du canon & des magasins d'armes pour se défendre. Ce sont autant de monasteres où des moines grecs font leur salut sous la protection du turc. Le christianisme n'a point de moines aussi anciens. S. Basile fut leur patriarche au quatrieme siecle ; mais il y avoit long-tems que les perses & les indiens au sein de l'idolâtrie, avoient des moines. L'occident s'est livré plus tard à l'inaction de la vie contemplative. C'est dans ces forteresses basiliennes que le peuple cherche un asyle, lorsque les Tartares viennent à passer. On ne voit peut-être nulle part autant de moines rassemblés ; car le même spectacle se montre sur un côteau en face de la ville.

Cette grande quantité d'hommes qui consomment & ne produisent rien, diminue les richesses de Yassi, & les revenus de l'hospodar. L'ignorance où ils vivent doit moins s'attribuer à leur paresse, ou aux bornes de leur esprit, qu'à l'esclavage, & on s'apperçoit en général, qu'on tireroit un grand parti des Moldaves du côté des armes, des arts & des sciences, si on les mettoit en liberté. Comme le prince qui les gouverne achete cette souveraineté, c'est ensuite au peuple à rembourser l'acquéreur.

Jean Sobieski s'approchant de cette place en 1586, n'eut pas la douleur de donner bataille pour s'en rendre maître ; l'évêque, le clergé, les premiers de la ville & le peuple, lui en apporterent les clés. Il y entra en ami, & ménagea Yassi comme son bien propre. Les boutiques resterent ouvertes, les marchés libres, & tout fut payé par le vainqueur comme par le bourgeois. Les soldats dispersés dans les monasteres, n'en troublerent point l'ordre ; & les femmes moldaves aussi piquantes par l'ajustement que par les graces, furent respectées. L'abbé Coyer. (D.J.)


YAUKS. m. (Myth. & Hist. anc.) nom d'une divinité adorée par quelques tribus d'arabes idolâtres, qui lui donnoient la figure d'un cheval.


YAVAROW(Géog. mod.) ville de la petite Pologne, dans le palatinat de Russie, à sept lieues au couchant de Léopol, & à deux de Nimirow. (D.J.)


YAWS. m. (Médecin. pratiq.) maladie exotique inconnue en Europe, très-commune & endémique sur les côtes de Guinée, & dans les pays chauds d'Afrique, qui est caractérisée par des éruptions fongueuses sur les différentes parties du corps ; nous ne la connoissons que par la description très-détaillée que M. *** en a donnée, & qui se trouve dans les essais & observat. de méd. de la société d'Edimbourg, tom. VI. article lxxvij. pag. 419. & suiv. c'est dans cette source que nous puiserons tous les matériaux de cet article.

Le yaw exerce ses ravages sur les personnes de tout sexe, de toute condition, & choisit principalement ses victimes dans les âges les plus tendres de l'enfance & de l'adolescence, mais il se répand si généralement, qu'il y en a peu qui meurent à un certain âge, sans avoir éprouvé les atteintes de cette fâcheuse maladie. Elle se manifeste d'abord par de petites taches à peine perceptibles, & qui ne sont pas plus grandes que la pointe d'une épingle ; l'enflure s'y joint bientôt, elles s'étendent & grossissent de jour en jour, & deviennent autant de petits boutons : peu de tems après l'épiderme se détache, & alors au-lieu de pus & de matiere ichoreuse, on ne trouve dans ces petites tumeurs qu'une escare blanche, sous laquelle on voit un petit champignon rouge qui naît de la peau, qui parvient insensiblement à différentes grandeurs ; les plus considérables égalent les plus grosses mûres auxquelles ils ressemblent d'ailleurs beaucoup par la figure, & paroissent être comme elles un amas de petits grains. Pendant que ces champignons croissent à ce point, les poils noirs qui se trouvent sur les parties attaquées du yaw, perdent leur couleur, deviennent blancs & transparens comme les cheveux de vieillards. Ces champignons qu'on appelle aussi les yaws, viennent indifféremment sur toutes les parties du corps, mais le plus grand nombre & les plus gros se trouvent ordinairement aux aines, autour des parties externes de la génération, sous les aisselles & au visage. Leur nombre est en raison inverse de leur grosseur. Les negres robustes bien nourris, chargés d'embonpoint ont leurs yaws ou champignons plus gros & beaucoup plus tôt fermés que ceux qui étoient maigres, affoiblis, & qui n'avoient que de mauvaise nourriture.

On n'assigne point d'autre cause de cette maladie que la contagion ; les excès dans aucun genre, ne paroissent capables ni de la produire ni de l'augmenter. Elle se communique par le voisinage, la cohabitation, le coït, l'allaitement ; elle se transmet aussi avec la vie des parens aux enfans, & sans doute que le germe de cette maladie, ou la disposition qu'ont ces peuples à en être attaqués, est un héritage funeste qui passe de génération en génération à la postérité la plus reculée. Le yaw paroît en cela avoir quelque rapport avec la lepre des anciens, & les maladies vénériennes. Il a aussi par son endémicité, & par l'universalité de ses ravages, quelque analogie avec la petite vérole ; mais il faudroit beaucoup d'observations qui nous manquent, pour constater l'identité de ces deux maladies ; du-reste elles ont encore cette ressemblance que la nature de l'une & de l'autre est entierement inconnue.

Les malades qui ont le yaw paroissent jouir d'ailleurs d'une bonne santé, ils mangent avec appétit, dorment très-bien, ne ressentent aucune douleur, & n'ont en un mot que l'incommodité qu'entraînent nécessairement la saleté, & quelquefois la puanteur de ces ulceres ; ils ne courent aucun danger si on les traite à tems, & d'une maniere méthodique, ils n'ont alors ni rechûte ni accident étranger à craindre ; mais cette maladie est longue, difficile à guérir, & souvent incurable chez ceux qui ont déja pris intérieurement du mercure, sur-tout si la dose en a été assez forte pour exciter la salivation, chez ceux aussi qui ont retombé une ou plusieurs fois ; la complication du yaw avec la vérole, peut en augmenter le danger, soit en excitant des symptomes graves, soit en trompant le médecin sur la cause de ces symptomes, & lui fournissant des indications fautives qui l'engagent à donner des remedes peu convenables. Cette erreur est plus fréquente, & d'une plus grande conséquence sur les suites de ces maladies, parce qu'il n'est pas aisé de distinguer à laquelle des deux elles appartiennent, & qu'il est dangereux d'insister trop sur les remedes qui ont paru les plus appropriés, & qui alors conviennent plus à une maladie qu'à l'autre. Lorsqu'on a mal traité le yaw, il survient des douleurs dans les os, des exostoses, des caries ; il est très-douteux si ces accidens surviendroient en cas qu'on s'abstint entierement de remedes ; il peut se faire que la maladie cessât par le desséchement des champignons.

L'usage du mercure dans cette maladie est un remede très-ancien & très-efficace, pourvû qu'il soit administré avec circonspection, & d'une maniere convenable ; on se servoit autrefois du sublimé corrosif, dont on faisoit dissoudre deux gros dans huit onces d'eau de barbade ; on donnoit le matin au malade, dès que sa peau se couvroit de champignons, vingt-cinq gouttes de cette dissolution, observant de faire boire beaucoup d'eau chaude toutes les fois qu'il avoit des nausées ; ce remede le faisoit vomir & cracher tout le matin ; on le réitéroit de même pendant plusieurs jours, en augmentant seulement de cinq gouttes chaque jour ; par ce moyen le malade se trouvoit en peu de tems beaucoup mieux ; mais on a remarqué que les excroissances fongueuses reparoissoient à la plûpart de ceux qui avoient été traités par cette méthode, ou qu'il leur survenoit des douleurs insupportables dans les os, ou des ulceres en différentes parties du corps ; la maladie dans la rechûte étoit trop long-tems à parvenir à son dernier période, & il falloit donner du mercure pendant un tems considérable pour nettoyer la peau, & quelquefois après tous ces remedes, ils avoient deux ou trois rechûtes. L'auteur qui a communiqué à la société d'Edimbourg le mémoire que nous abrégeons ici, assure avoir guéri plusieurs de ces malades attaqués d'ulceres au moyen de la salivation qu'il excitoit par un long usage d'aethiops minéral, avec la décoction des bois sudorifiques dans l'eau de chaux ; il avoue qu'à quelques-uns ces remedes n'ont rien fait, & que d'autres ont été beaucoup plus malades après les avoir pris. Tels sont ceux principalement qui avoient des douleurs rongeantes dans les os, suivies de nodus, d'exostoses & de carie, & dans qui les os des bras & des jambes se rompoient sans cause manifeste. Il est très-vraisemblable que cette préparation de mercure fort analogue à celle qu'a proposée van Swieten, n'avoit ces suites funestes, qu'à cause de la trop petite quantité de liqueur spiritueuse, relativement à la dose du sublimé corrosif, de façon que ce poison actif étoit donné presque inaltéré, & à très-haute dose.

La méthode que suit l'auteur que nous venons de citer, est de séparer d'abord le negre infecté du yaw des autres, pour empêcher la communication de la maladie, & de le tenir enfermé dans une maison où il soit seul ; & lorsque l'éruption caractérise bien le yaw, il donne tous les soirs, pendant quinze jours ou trois semaines, ou jusqu'à ce que les yaws soient parvenus à un état fixe sans augmenter, un bol fait avec flor. sulphur. E. j. camph. in spirit. vin solut. gr. v. theriac. andromach. . j. syrup. croci, m. s. m. f. bol. Après cela il passe tout-de-suite, sans préparation aux remedes mercuriaux, dans la vue d'exciter une legere salivation. Il se sert du mercure doux, qu'il donne à petite dose, afin qu'il ne purge ni par enhaut, ni par en-bas ; il n'en donne jamais plus de cinq grains, qu'il réitere deux ou trois fois par jour, selon que le malade paroît en état de le supporter ; ne pousse jamais la salivation au-delà d'une pinte par jour ; & lorsqu'elle a été portée à ce point, il arrive souvent que les champignons se couvrent d'une croute écailleuse & seche, ce qui présente un spectacle très-désagréable ; ces écailles tombent peu-à-peu, & dans dix ou douze jours la peau reste unie & nette ; il faut alors cesser l'usage du mercure doux, & laisser tomber la salivation d'elle-même, après quoi l'on fait suer le malade deux ou trois fois, par le moyen de la lampe à l'esprit-de-vin, & on leur fait prendre l'électuaire suivant. . aethiop. mineral. j. s. gumm. guayac, s. olei sassafr. gtt. xx. theriac. andromach. conserv. ros. rub. ana, . j. syrup. croci, q. s. m. f. elect. cap. aeg. . xj. manè & sero. L'auteur ordonne encore la décoction de gayac & de sassafras fermenté avec le syrop de sucre pour toute boisson, pendant l'usage de l'électuaire, & la fait continuer huit ou quinze jours après.

Quelquefois après que tous les champignons ou yaws ont disparu, que la peau est nette, & que la salivation est tombée, il en reste un gros, dont les grains sont fort saillans, & qui est rouge & humide, on l'appelle communément le maître yaw ; il a couté la vie à plusieurs negres, parce que quelques praticiens se sont imaginé qu'il falloit exciter une seconde, & même une troisieme salivation, tandis qu'il auroit suffi pour consumer ce champignon, qui n'est plus qu'un vice local, d'employer pendant quelques jours les corrosifs seuls, tel que le précipité rouge, de les unir ensuite avec quelque suppuratif, d'avoir recours enfin aux sarcotiques.

Après que les yaws sont guéris, il y a des malades à qui il survient des especes de charbon aux piés, qui leur rendent l'usage de ces parties ou impossible, ou très-douloureux ; quelquefois toute la partie du pié est affectée au point qu'ils ne peuvent souffrir qu'on y touche ; & d'autres fois, il n'y a qu'une tache d'une médiocre largeur ; on croit que cette seconde maladie est dûe à l'humeur viciée qui n'a pu avoir son issue aussi facilement par les piés, à cause de la dureté de l'épiderme, les negres ayant coutume d'aller piés nuds ; cette nouvelle affection se dissipe aussi, dès que par le moyen de l'inflammation, le champignon suppure & se fond tout-à-fait : quelquefois cette chair fongueuse n'est consumée qu'après plusieurs années par des inflammations ou des suppurations qui reviennent fréquemment, ou par des caustiques appropriés ; les maîtres des habitations des negres ont différentes recettes pour réussir à dissiper cet accident, mais la plus sûre consiste dans les bains ou dans la destruction de l'épiderme, après quoi on procede comme pour le maître yaw ; on doit éviter les caustiques trop actifs, & avoir attention qu'ils ne portent pas jusqu'aux tendons & au périoste.

Cette maladie se traite de même dans les enfans que dans les grandes personnes ; on doit seulement prendre garde de ne pas exciter une salivation trop forte, il suffit de leur tenir la bouche un peu ulcerée ; peut-être même pourroit-on ménager le mercure de façon qu'il ne portât point du tout à la bouche ; alors il faudroit le donner à plus petite dose, & le continuer plus long tems ; les enfans qui sont à la mamelle sont guéris par les remedes qu'on fait prendre à leur nourrice, ou à leur mere ; car la barbare coutume, qui chez les nations policées a fait distinguer ces deux titres, n'est pas suivie, pas même connue par des peuples, qui ne sont dirigés que par le flambeau lumineux & certain de la nature. (m)


YAYAUHQUITOTOTLS. m. (Hist. nat. Ornit.) nom indien d'un oiseau d'Amérique décrit par Nieremberg, & qui est remarquable pour avoir deux plumes de la queue plus longues que les autres, en partie nues, & seulement garnies à l'extrémité de petits poils noirs & bleux. Cet oiseau est de la grosseur d'un étourneau, mais son plumage est admirablement mêlangé de gris, de jaune, de verd & de bleu. Ray pense que c'est le même oiseau dont parle Marggrave sous le nom de guaira-guainumbi. (D.J.)


YBAGUE(Géog. mod.) petite ville de l'Amérique méridionale, au nouveau royaume de Grenade, près de la province de Popayan, & à 30 lieues de Santa-Fé, vers l'ouest. (D.J.)


YBOUYAPAP(Géog. mod.) montagne de l'Amérique méridionale, dans l'île de Maragnan. C'est une montagne extrêmement haute, & dont le sommet s'étend en une plaine immense, tant en longueur qu'en largeur.


YCHOS. m. (Hist. nat. Bot.) plante du Pérou qui ressemble assez au petit jonc, excepté qu'elle est un peu plus menue, & qu'elle se termine en pointe. Toutes les montagnes de la Puna en sont couvertes, & c'est la nourriture ordinaire des Llamas. (D.J.)


YDAUZQUERIT(Géog. mod.) contrée d'Afrique, dans le Sus de Numidie, du côté du Zara, ou du Désert. Elle est fertile, renferme plusieurs places, & est habitée par des communautés de Béréberes. (D.J.)


YE(Géog. mod.) les Hollandois lui ajoutent en leur langue l'article het, qui marque le neutre. Quelques françois trompés par cette prononciation, disent le Tey, parce que l'y, chez les Hollandois, se prononce comme notre ei ; & ces françois ajoutent notre article à l'article hollandois, ce qui fait un plaisant effet.

Il seroit difficile à présent de déterminer ce que c'est que l'Ye, ruisseau qui donne son nom à cet amas d'eau. On appelle aujourd'hui Ye, une étendue d'eau qui est entre Beverwick & le Pampus, & dont le port d'Amsterdam fait partie. C'est une continuation de la Zuiderzée, & qui lui sert de décharge dans les vents du nord. Cette étendue d'eau reçoit les eaux de plusieurs lacs de la Nord-Hollande, & celle de la mer de Harlem, à laquelle elle communique par de belles écluses. Les barques chargées passent de l'Ye dans la mer de Haerlem, par Sparendam. Voyez Y l '. (D.J.)


YEBLES. m. (Botan.) c'est le sambucus humilis, sive ebulus, C. B. P. 456. I. R. H. 606. en effet, cette plante ressemble fort au sureau, elle s'éleve rarement à la hauteur de quatre piés, & très-souvent à celle de deux. Sa racine est longue, de la grosseur du doigt : elle n'est point ligneuse, mais charnue, blanche, éparse de côté & d'autre, d'une saveur amere, un peu âcre, & qui cause des nausées. Ses tiges sont herbacées, cannelées, anguleuses, moëlleuses, comme celles du sureau, & elles périssent en hiver. Ses feuilles sont placées avec symmétrie, & sont composées de trois ou quatre paires de petites feuilles, portées sur une côte épaisse, terminées par une feuille impaire. Ces petites feuilles sont plus longues, plus aiguës, plus dentelées, & d'une odeur plus forte que celle du sureau.

Ses fleurs sont disposées en parasol, petites, nombreuses, odorantes, d'une odeur approchante de celles de la pâte d'amandes, d'une seule piece, en rosette, partagées en cinq parties, dont le fond est percé par la pointe ou calice en maniere de clou, au milieu de cinq étamines blanches, chargées de sommets roussâtres.

Après le regne des fleurs, les calices se changent en des fruits ou des baies noires dans la maturité, anguleuses, gaudronnées d'abord, & presque triangulaires, mais ensuite plus rondes, & pleines d'un suc qui tache les mains d'une couleur de pourpre ; elles renferment des graines oblongues, au nombre de trois, convexes d'un côté, & de l'autre anguleuses. On trouve fréquemment cette plante le long des grands chemins, & des terres labourées. (D.J.)

YEBLE, (Mat. méd.) toutes les parties de cette plante sont d'usage, & elles sont toutes purgatives, à l'exception des fleurs, qui sont comptées parmi les remedes sudorifiques.

Les racines d'yéble, & sur-tout leur écorce, fournissent un purgatif hydragogue très-puissant. L'écorce moyenne de la tige est aussi un purgatif très-fort.

Ces remedes sont très-usités dans les hydropisies, & ils servent en effet utilement dans cette maladie, lorsque les purgatifs forts sont indiqués, & que les forces du malade le permettent. On donne ou le suc de ces écorces ordinairement mêlé avec la décoction d'orge, ou des fruits appellés pectoraux, ou-bien en infusion. Geoffroi rapporte, d'après Fernel, que la vertu purgative de l'yéble se dissipe par l'ébullition. Mais cette prétention n'est pas confirmée par l'expérience ; car l'extrait même de l'écorce d'yéble est très-purgatif. Le suc dont nous venons de parler se donne à la dose d'une once ; & celle de l'écorce, pour l'infusion dans l'eau ou dans le vin, est depuis demi-once jusqu'à deux onces.

Les graines purgent aussi très-bien, données en poudre, jusqu'à la dose d'un gros, ou en infusion à la dose de demi-once.

On prépare un rob avec le suc des baies, qui, à la dose de demi-once jusqu'à une once, est aussi un puissant hydragogue.

Les feuilles & les jeunes pousses sont regardées comme des purgatifs plus tempérés.

Quant à l'usage extérieur de l'yéble, qui est aussi assez commun, on croit ses feuilles fort utiles, si on les applique en forme de cataplasme sur les tumeurs froides & oedémateuses, & qu'elles dissipent sur-tout les hydroceles, & même les tumeurs inflammatoires des testicules & du scrotum. On les applique encore sur les érésypeles & sur les brûlures.

La racine d'yéble entre dans l'emplâtre de grenouilles, la semence dans la poudre hydragogue de la pharmacopée de Paris, & les feuilles dans l'extrait panchymagogue de Crollius, &c. (b)


YECOLT(Botan. exot.) fruit de l'Amérique, ainsi nommé par les naturalistes du pays : ce fruit est long, couvert de plusieurs écailles, couleur de châtaigne, & ressemblant beaucoup à la pomme de pin ; il renferme une espece de pruneau bon à manger. L'arbre qui le fournit, croît dans les montagnes de la nouvelle Espagne ; c'est le palmier-pin des botanistes, arbor fructu nucis pineae specie, C. B. Il pousse d'une seule racine, deux ou trois troncs qui portent des feuilles longues, étroites, épaisses comme celles de l'iris, mais beaucoup plus grandes ; on en tire un fil délié, fort, dont on fait de la toile. Ces fleurs sont composées chacune de six pétales blancs & odorans ; elles sont disposées par grappes, & suspendues par un pédicule. (D.J.)


YEMANS. m. (Hist. mod.) nom de ceux qui en Angleterre sont les premiers après les gentils-hommes, dans les communes. Voyez COMMUNE & GENTILS HOMMES.

Les yemans sont proprement ceux qui ont des francs fiefs, qui ont des terres en propre. Le mot anglois yeoman vient du saxon geman, qui veut dire commun. Le mot youngman est employé au-lieu de yeoman, dans le 33 stat. Henr. VIII. & dans les vieux actes on le trouve quelquefois écrit geman, qui en allemand signifie un gaidant.

Suivant le chevalier Thomas Smith, un yeman est en Angleterre un homme libre, qui peut tirer de son revenu annuel la somme de quarante shelings sterlings.

Les yemans d'Angleterre peuvent posseder des terres en propre jusqu'à une certaine valeur, & peuvent remplir certaines fonctions, comme de commissaires, de marguilliers, de jurés ; ils ont voix dans les élections du parlement, & peuvent être employés dans les troupes.

Les yemans étoient autrefois fameux par leur valeur à la guerre, ils étoient sur-tout distingués par leur adresse à manier l'arc, & l'infanterie étoit en grande partie tirée du corps des yemans. Voyez ARCHER.

Dans plusieurs occasions, les loix sont plus favorables aux yemans qu'aux gens de métier.

Par le réglement d'Henri IV. il est porté qu'aucun yeman ne portera la livrée, sous peine de prison & d'amende à la volonté du roi. Voyez LIVREE.

Yeman est aussi le titre d'une petite charge chez le roi, moyenne entre l'usher & le groom. Tels sont les yemans ou valets de garderobe, &c.

Les yemans de la garde, appellés proprement yemans de la garde du corps, étoient anciennement deux cent cinquante hommes choisis parmi tout ce qu'il y avoit de mieux après les gentils-hommes. Chaque yeman de la garde devoit avoir six piés. Voy. GARDE.

Il n'y a à-présent que cent yemans de service, environ soixante & dix surnuméraires. Si un des cent vient à mourir, la place est remplie par quelqu'un des 70. Ils doivent être habillés suivant qu'on l'étoit du tems d'Henri VIII. Ils avoient la nourriture outre leurs gages, lorsqu'ils étoient de service, avant le regne de la reine Anne. Leurs fonctions sont de garder la personne du roi, tant au-dedans du palais qu'au-dehors ; ils ont une chambre particuliere, qu'on appelle en anglois guard-chamber.

Les officiers des yemans sont à la disposition du capitaine, & le capitaine est à la nomination du roi.


YEMEN(Géog. mod.) ce mot yemen ou yamen, signifie la main droite en arabe, & avec l'article al-yaman, il signifie l'Arabie heureuse, que les Cartes appellent ordinairement ayaman ou hyaman, par corruption. La raison de ce nom-là vient de ce que cette partie de l'Arabie est au midi des autres ; car en hébreu jamin signifie la main droite, & ensuite le midi : il en est de même en Arabe. C'est de ce lieu-là que la reine de Saba vint à Jérusalem pour voir Salomon ; c'est pourquoi elle est appellée la reine du midi, ce qui exprime fort bien la signification du mot al-yemen, qui veut dire la même chose.

L'un des plus considérables royaumes de l'Arabie, est celui d'Yemen ; il comprend la plus grande partie du pays qui a été nommé l'Arabie heureuse. Ce pays s'étend du côté de l'orient, le long de la côte de la mer Océane, depuis Aden jusqu'au cap de Rasalgate, c'est-à-dire d'un golfe à l'autre. Une partie de la mer Rouge le borne du côté du couchant & du midi ; & le royaume, ou pays de Hidgias, qui appartient au chérif de la Mecque, en fait les limites du côté du septentrion.

Sanaa, située dans les montagnes, passe pour la capitale de tout le pays ; ce sont les montagnes qui font l'agrément & les richesses naturelles du royaume d'Yemen : car elles produisent des fruits, plusieurs especes d'arbres, & en particulier celui du caffé : on y trouve de la bonne eau & de la fraîcheur, au-lieu que toute la côte qui s'étend le long de la mer Rouge, & qui en quelques endroits a jusqu'à dix lieues de largeur, n'est qu'une pleine seche & stérile. (D.J.)


YENS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) nom d'un fruit de la Chine, commun dans la province de Fokien, & autres lieux ; sa figure est ronde, son écorce externe est lisse, grise d'abord, ensuite jaunâtre ; la chair du fruit est blanche, acide, succulente, fraîche, & agréable pour appaiser la soif : l'arbre qui le porte est de la grosseur de nos noyers ; c'est là toute la description qu'en fait le Pere le Comte. (D.J.)


YENNE(Géog. mod.) village de Savoie, sur le Rhône, à deux lieues de la ville de Belley ; l'abbé de Longuerue dit que c'est l'ancienne Epaona, qui a été une ville considérable, où Sigismond, roi des Bourguignons assembla un concile d'évêques de son royaume, l'an 517. Thomas, comte de Savoie, lui donna ses franchises & ses privileges, l'an 1215.


YERDEGERDIQUEadj. (Astron.) année yerdegerdique est l'année ancienne dont les Perses se sont servis jusqu'à l'an 1089, & dont l'époque étoit fixée à l'an 632 de Jesus-Christ, au commencement du regne d'Yerdegerd, roi des Perses, & petit fils de Cosroës. Ce prince est appellé par quelques auteurs, Jesdagir. Voyez ANNEE.


YEREL ', (Géog. mod.) riviere de France en Normandie. Elle a sa source au pays de Caux, & tombe dans la mer à une grande lieue de la ville d'Eu. (D.J.)


YERONDA(Géog. mod.) M. Delisle écrit ainsi, & le Portulan de la Méditerranée écrit Gironda, port de Turquie sur la côte méridionale de l'Anatolie, dans la Caramanie, au couchant du cap Chelidoni. (D.J.)


YESDou YEST, ou JESSEDE, (Géog. mod.) ville de Perse, sur la route d'Ispahan à Kerman, au milieu des sables qui s'étendent deux lieues à la ronde ; il y a cependant quelques bonnes terres qui produisent d'excellens fruits. C'est une grande villace où l'on a établi des caravanserais, & des bazards. Il y a beaucoup de manufactures d'étoffes en laine & en soie pure, ou mêlée d'or & d'argent. Longit. selon Tavernier, 7. 15. latit. 32. 15.

Moulla Scherefeddin Aly, qui composa l'histoire des conquêtes du prince Timur, en persan, étoit né à Yesd ; il publia cet ouvrage à Schiraz, l'an de grace 1424, & de l'Hégire 828. Kondemir le préfére pour la beauté du style, à tous les auteurs qui ont traité l'histoire des Mogols & des Tartares : d'ailleurs, les routes sont exactement décrites dans ce livre, & elles éclaircissent beaucoup la géographie de ces pays là. (D.J.)


YETTUSS. m. (Hist. nat. Lithol.) pierre d'une couleur de sang, dure & opaque, qui servoit quelquefois de pierre de touche.


YEUL'ILE DE, (Géog. mod.) en latin Oya, petite île de France sur la côte du Poitou. Elle n'a qu'une lieue d'étendue en longueur. (D.J.)


YEUKES. f. terme de relation, c'est le nom que les Turcs donnent à la femme qui couche la mariée le jour de ses nôces. Deloir. (D.J.)


YEUSES. m. (Hist. nat. Bot.) ilex, genre de plante décrit sous le nom de chêne-verd. Voyez CHENE-VERD.

Il est si petit qu'il n'est qu'un arbrisseau ; mais nous ne devons pas le mépriser, puisque c'est sur ses feuilles & ses tendres rejettons, que se forme la coque de kermès, toute remplie de petits oeufs & d'insectes, qui étant pressés entre les doigts, donnent une liqueur de couleur écarlate ; on ne trouve ces galles-insectes que sur les yeuses des pays les plus chauds, & seulement au fort des chaleurs, dans les mois de Mai & de Juin. Voyez KERMES.

L'yeuse est nommée ilex aculeata, cocci-glandifera, par C. B. P. 4. 25. Quercus foliis ovatis, dentato spinosis, Van-Royen, Flor. Leyd. Prodr. 81. 8.

C'est un arbrisseau dont la racine ligneuse rampe au loin & au large, couverte d'une écorce de différente couleur, selon la nature du terroir, tantôt noirâtre, tantôt rougeâtre ; elle est grêle, épaisse de quatre ou six lignes, quelquefois fibrée ; elle pousse plusieurs jets de la hauteur de trois ou quatre palmes, ligneux, revêtus d'une écorce mince, cendrée, partagés en plusieurs rameaux.

Ils sont chargés de feuilles placées sans ordre, dont les bords sont sinueux, ondés, armés d'épines, semblables aux feuilles du houx, mais plus petites, longues de huit ou dix lignes, larges de six ou sept, lisses des deux côtés, d'un beau verd ; elles ne tombent pas, & sont portées sur une queue longue d'environ deux lignes.

Cet arbrisseau donne des fleurs mâles & femelles sur le même pié ; les fleurs mâles forment un chaton lâche ; elles sont sans pétales, & ont un calice d'une seule piece, divisé en quatre ou cinq parties, dont les découpures sont partagées en deux, & terminées en pointes ; les étamines sont au nombre de huit ou environ, mais très-courtes, & à sommets à deux bourses. Les fleurs femelles sont aussi sans pétales, & posées sur un bouton sans pédicule, composées d'un calice d'une seule piece, coriace, hémisphérique, raboteux, entier, & que l'on a peine à découvrir.

L'embryon est ovoïde, & très-petit ; il porte deux ou cinq stiles déliés, plus longs que le calice, garnis de stigma simples, & qui subsistent. Le fruit est un gland ovoïde, lisse, couvert d'une coque coriace, attachée dans un petit calice, court, & comme épineux.

Cet arbuste croît dans les collines pierreuses des pays chauds, autour de Montpellier, de Nismes, d'Avignon, & autres endroits du Languedoc, où la graine d'écarlate est d'un grand revenu : il vient aussi en Provence, en Espagne, & en Italie. (D.J.)


YEUX(Médec. séméiotiq.) les yeux ne sont pas moins le miroir fidele des affections du corps que des passions de l'ame ; le séméioticien éclairé y voit représentés avec exactitude & netteté les divers états de la machine, tandis que l'observateur inhabile, le charlatan effronté, le chirurgien déplacé, la ridicule bonne femme, & autres médecins subalternes, qui sans connoissance de la médecine se mêlent d'en faire le dangereux exercice, ne soupçonnent pas même qu'ils puissent rien signifier, & ne voient pas le rapport qu'il peut y avoir entre une petite partie en apparence isolée, peu nécessaire à la vie, & les différens organes à l'action desquels la santé & la vie sont attachées. Mais ces lumieres ne sont pas faites pour eux, ce n'est que pour les vrais & légitimes médecins que leur illustre législateur a prononcé que " l'état du corps est toujours conforme à celui des yeux, & que sa bonne ou mauvaise disposition influe nécessairement sur la couleur & l'action de ces organes ". (Epidem. lib. VI. sect. IV. n °. 26.) Ce n'est que pour eux qu'il a établi & fixé d'une maniere invariable le rapport qu'il y a entre certains états des yeux & certains dérangemens présens ou futurs de la machine, & qu'il a en conséquence établi les signes prognostics & diagnostics que les yeux peuvent fournir. Dans le détail où nous allons entrer, nous suivrons la même méthode que nous avons adoptée dans les autres articles de Séméiotique, & qui nous paroît la plus avantageuse, c'est-à-dire nous ne ferons qu'extraire des différens ouvrages d'Hippocrate les axiomes que cet exact observateur y a répandus, & qui sont relatifs à notre sujet, & nous les exposerons tels qu'il les a donnés lui-même, sans prétendre démontrer l'enchaînement qui doit se trouver entre le signe & la chose signifiée, laissant par conséquent à part toute discussion théorique.

Nous remarquerons d'abord avec lui que les yeux bien disposés, c'est-à-dire bien colorés, brillans, clairvoyans, ni rouges, ni livides, ni noirâtres, ni chargés d'écailles connues sous le nom de ems, indiquent une bonne santé, ou font espérer dans l'état de maladie une parfaite guérison. Il y a peu d'exemples de maladies qui aient eu une issue peu favorable avec un pareil état des yeux. Les vices de cet organe dénotent toujours dans le courant des maladies, un nouveau dérangement, un trouble survenu dans la machine, qui dans quelques cas peut être avantageux, & qui le plus souvent est funeste. Les yeux sont censés vicieux, lorsqu'ils sont mal colorés, qu'ils ont perdu leur force & leur éclat, qu'ils ne peuvent pas supporter la lumiere, que leur action est ou diminuée ou tout-à-fait anéantie, que les larmes coulent involontairement, qu'ils sont étincelans, enflés, hagards, immobiles, obscurs, sombres, pesans, de travers, creux, fermés, &c. Pour que les yeux puissent dans ces différens états contre nature avoir quelque signification, il faut qu'ils aient été rendus tels par l'effort de la maladie, & non par aucun accident étranger ; c'est pourquoi il faut, avant de juger par les yeux, être instruits de leur disposition naturelle ou antérieure à la maladie ; car les seuls effets peuvent être signes de leur cause. Les présages que l'on peut tirer de la plûpart de ces dérangemens dans l'extérieur ou l'action des yeux, seront salutaires, s'ils sont occasionnés par un effort critique, s'ils arrivent après la coction, & s'ils sont accompagnés par d'autres signes critiques ; ils seront plus ou moins desavantageux, si ces dérangemens ne sont ni précédés de coction ni suivis de crise, s'ils se rencontrent avec une extrême foiblesse, ou avec quelque autre accident fâcheux dont ils augmenteront le danger. Ainsi, dit Hippocrate, on doit attribuer à la force du mal le mauvais état des yeux qui s'observe le trois ou quatrieme jour. Prognost. lib. I. n °. 3 & 4.

1°. Lorsque dans une fievre aiguë qui n'a rien de funeste, une douleur constante occupe la tête & les yeux, ou que la vue s'obscurcit, & qu'en même tems le malade sent de la gêne à l'orifice supérieur de l'estomac, il ne tardera pas à survenir un vomissement de matieres bilieuses ; mais si avec la douleur de tête, les yeux, au lieu d'être obscurcis tout-à-fait, ne sont qu'hébétés ou louches, ou s'ils sont fatigués par des éclairs ou des étincelles qui se présentent fréquemment, & au lieu de cardialgie, il y ait une distention des hypocondres sans inflammation & sans douleur, il faut s'attendre à une hémorragie du nez, & non pas au vomissement, sur-tout si le malade est jeune ; car à ceux qui ont passé trente ans, il faudroit s'en tenir au premier prognostic. Hippocr. prognost. lib. III. n °. 23 & 29.

La rougeur des yeux & la douleur du col sont un signe d'hémorragie du nez. Prorrhet. lib. I. sect. III. n °. 45. La même excrétion est aussi annoncée par une rougeur foncée des yeux & par une douleur de tête très-opiniâtre, par le clignotement des yeux. Coac. praenot. cap. iv. n °. 7.

Personne n'ignore la fameuse prédiction que Galien fit d'une hémorragie du nez, & la fermeté avec laquelle il s'opposa à une saignée que des médecins peu éclairés vouloient faire à un malade attaqué d'une fievre violente. Il tira ces signes & ses contrindications principalement de la rougeur des yeux, & de ce que le malade s'imaginoit voir toujours voltiger devant ses yeux des serpens rouges ; le succès le plus complet & le plus prochain justifia son prognostic & sa conduite. Le malade saigna abondamment du nez un instant après, & sa guérison fut décidée dès ce moment. Si la saignée eût été faite, il y a lieu de présumer que cette crise auroit échoué ou dumoins n'auroit pas été aussi prompte & aussi heureuse, & que le malade auroit été plongé dans un très-grand danger. Tel est l'avantage qu'ont les médecins qui savent temporiser, qui étudient & suivent la nature ; tels sont les risques que courent les malades qui confient leurs jours à des aveugles routiniers, qui prétendent maîtriser la nature sans la connoître, & qui assassinent les malades par les efforts impuissans & mal concertés qu'ils font pour les guérir. L'hémorragie du nez est aussi quelquefois annoncée par le larmoyement des yeux ; mais il faut que les larmes soient involontaires, & qu'en même tems les autres signes concourent ; car s'il paroît quelque signe mortel, elles n'annoncent point l'hémorragie, mais la mort prochaine (epidem. lib. I. stat. III.) ; & si les larmes sont volontaires, elles ne signifient rien. Aphor. 52, lib. IV.

L'état des yeux qui précede dans la plûpart des femmes, & qui accompagne l'excrétion des regles, est connu de tout le monde ; on sait qu'ils perdent une partie de leur force & de leur éclat, qu'ils deviennent languissans, & que tout le tour des paupieres inférieures devient plus ou moins livide ou violet, & dans l'état où il seroit après un coup violent qui auroit produit une contusion plus ou moins forte. Les éruptions des pustules autour des yeux dans les malades qui commencent à se rétablir, dénotent un dévoiement prochain. Coac. praenot. cap. vj. n °. 10. On peut tirer aussi le même présage de la rougeur de ces parties voisines du nez & des yeux. Ibid. n °. 5. La rougeur des yeux marque aussi quelquefois un fond de dérangement chronique dans le ventre. Ibid. n °. 9. Lorsque les yeux auparavant obscurs, sales & mal colorés reprennent leur brillant, leur pureté & leur couleur naturelle, c'est un signe de crise d'autant plus prochaine que les yeux se dépouillent plus promptement. Ibid. n °. 6. La distorsion des yeux & leur renversement fournissent aussi quelquefois le même présage ; tel est le cas du malade qui étoit au jardin de Déalces, qui fut attaqué le neuvieme jour d'un frisson, d'une fievre légere & de sueurs auxquelles le froid succéda, qui tomba ensuite dans le délire, eut l'oeil droit de travers, la langue seche, fut tourmenté de soif & d'insomnie, & cependant se rétablit parfaitement. Epidem. lib. III. aegrot. xiij. Galien dans le commentaire de ce passage remarque que le délire & la distorsion des yeux qui paroissent le neuvieme jour, sont assez ordinairement des signes critiques.

2°. Lorsque les affections des yeux n'annoncent aucun mouvement critique, elles sont de mauvais augure, & présagent ou quelque maladie, ou quelque nouvel accident, ou la mort même. La couleur jaune des yeux est un signe d'ictere commençant ou de la mauvaise constitution du foie ; elle est plus fâcheuse, lorsqu'elle se rencontre avec une certaine lividité dans les pleurésies. Les yeux à demi fermés, & dont on ne voit que le blanc, sont des signes avant-coureurs des convulsions, & dénotent la présence des vers dans les premieres voies. Les convulsions sont aussi annoncées, suivant Hippocrate, par l'obscurcissement des yeux joint à la foiblesse (coac. praenot. cap. vj. n °. 10), ou accompagné de défaillances, d'urines écumeuses & de refroidissement du col, du dos, ou même de tout le corps. Prorrhet. lib. I. sect. III. n °. 20.

La férocité des yeux qu'on observe avec douleur de tête fixe, délire, rougeur du visage, constipation, dénotent une convulsion prochaine des parties postérieures qu'on appelle opistotonos (ibid. sect. II. n °. 55, & coac. praenot. cap. iv. n °. 3.) ; & si pendant les convulsions les yeux ont beaucoup d'éclat, sont très-animés, c'est signe que le malade est dans le délire & qu'il trainera long-tems. Prorrhet. lib. I. sect. III. n °. 32. Les yeux étincelans, fixes, hagards, marquent le délire ou les convulsions (epidem. lib. VI. text. 1.), & les malades qui avec les yeux féroces ou fermés sont dans le délire, vomissent des matieres noirâtres, ont du dégoût pour les alimens, ressentent quelque douleur au publis, sont en très-grand danger ; les purgatifs ne feroient dans ces circonstances qu'irriter encore le mal ; il faut soigneusement s'en abstenir. Pr. l. I. sect. II. n °. 36. Les yeux poudreux, la voix aiguë, clangosa, comme celle des grues, succédant aux vomissemens nauséeux, présagent le délire ; tel fut le sort de la femme d'Hermozyge, qui eut un délire violent, & mourut ensuite après avoir tout-à-fait perdu la voix. Ibid. sect. I. n °. 17. Les ébranlemens de la tête, les yeux rougeâtres & les délires manifestes sont des accidens très-graves ; il est cependant rare qu'ils occasionnent la mort du malade ; leur effet le plus ordinaire est d'exciter des abscès derriere les oreilles.

On tire en général un mauvais présage dans les maladies aiguës du brisement () des yeux, de leur obscurcissement, de leur fixité ou immobilité, de leur distorsion, soit simple, soit jointe à des selles fréquentes aqueuses & bilieuses dans le cours des fievres ardentes, avec refroidissement ; & le frisson qui survient à ces distorsions des yeux accompagnées de lassitude, est très-pernicieux. Ces malades sont aussi dans un danger pressant, s'ils tombent alors dans quelque affection soporeuse. Prorrhet. lib. I. sect. II. n °. 48, 51, 56, &c. La situation droite des yeux & leur mouvement rapide, le sommeil troublé ou des veilles opiniâtres, l'éruption de quelques gouttes de sang par le nez dans le courant des maladies aiguës, n'annoncent rien de bon. Coac. praen. n °. 17. cap. vj.

Les signes que les yeux fournissent le plus ordinairement mortels, sont les suivans : les larmes involontaires, la crainte de la lumiere, leur distorsion, leur grosseur inégale, le changement de la couleur blanche des yeux en rouge, livide ou noirâtre, l'apparition de petites veines noires sur le blanc, la lividité, la pâleur, la rigidité, circumtension, la distorsion des paupieres, la formation de petites écailles, , l'élévation des yeux & leur tremblement ; de même s'ils sont trop portés en-dehors avec rougeur, sur-tout dans l'angine, ou s'ils sont trop enfoncés, ce qui est un des signes de la face hippocratique, si leur action, leur force & leur éclat sont considérablement diminués ou tout-à-fait anéantis, si les paupieres ne fermant pas exactement pendant le sommeil, ne laissent voir que le blanc des yeux, pourvû que le malade n'ait pas le dévoiement naturel ou occasionné par un purgatif pris dans le jour, ou qu'il n'ait pas accoutumé de dormir dans cet état. Prognost. lib. I. n °. 5, 6 & 7. Cependant ce dernier signe est si funeste, qu'il annonça ou précéda la mort dans Guadagnina, femme de Prosper Alpin, quoique, remarque cet auteur, elle eut quelquefois les yeux disposés de cette façon pendant le sommeil ; mais il étoit accompagné d'affection soporeuse, du refroidissement des extrémités, d'inquiétudes, de la noirceur & de la rudesse de la langue, sans altération. De praesag. vit. & mort. aegrot. lib. V. cap. vij. pag. 309.

L'immobilité ou une espece de stupéfaction des yeux, , fut un signe mortel dans la fille de Nerios, dans qui Hippocrate l'observa peu de jours après avoir reçu un coup du plat de la main sur le sommet de la tête. Epidem. lib. V. text. 47. La grosseur inégale des yeux fut un des avant-coureurs de la mort qui survint le lendemain dans le fils de Nicolas & la femme d'Hermoptoleme. Epidem. lib. VII. text. 100. & 13. La flétrissure & le desséchement des yeux fournissoient aussi le même présage, qui se trouve confirmé par l'exemple d'un malade qui avoit reçu une blessure au foie, dont il est parlé ibid. text. 13. A ces signes Hippocrate ajoute encore l'augmentation du blanc des yeux, qui est quelquefois telle que tout le noir est caché par la paupiere supérieure, & le rétrécissement du noir ou de la pupille, la courbure & le clignotement continuel des paupieres. Coac. praen. cap. vj. n °. 8. J'ai souvent observé dans les moribonds, que la pupille se dilatoit beaucoup, sans doute par une suite du relâchement général, de l'apathie universelle ; on peut aussi mettre au nombre des signes mortels, la fausse apparence de mouches, des pailles qui paroissent voltiger devant les yeux, & que le malade s'efforce de prendre ; la fausse apparence de corps noirs qu'on imagine sur les corps voisins ou sur quelque partie de son corps, indique ordinairement la gangrene dans les yeux : ce fut un signe de mort dans un malade attaqué de la petite vérole.

Quelque certains que soient tous ces différens signes, nous répétons encore qu'il faut, pour ne pas hazarder un jugement qui peut nuire à la santé du malade & à sa propre réputation, les combiner avec les autres ; il ne faut négliger aucune partie de la séméiotique ; le travail est immense, j'en conviens ; mais l'importance de la matiere doit être un motif assez pressant, & l'avantage de l'humanité une récompense assez considérable. (m)

YEUX de serpent, (Physique générale) sorte de pierres figurées, qui ne sont autre chose, suivant plusieurs physiciens, que les petites dents pétrifiées d'un poisson des côtes du Brésil, qu'on y appelle le grondeur, & les plus grandes de ce poisson, celles qui broyent, se nomment crapaudines. Il y a aussi des yeux de serpent & des crapaudines, qui se peuvent rapporter à des dents de dorade, poisson qui se trouve dans nos mers, & ce systême seroit plus simple, quoi qu'il en soit, voyez l'article CRAPAUDINE. (D.J.)

YEUX à neige, (Hist. nat.) c'est ainsi que les Esquimaux nomment dans leur langue des especes de lunettes, dont ils se servent pour garantir leurs yeux de l'impression de la neige, dont leur pays est presque perpétuellement couvert. Ce sont des petits morceaux de bois ou d'os, qui ont une fente fort étroite, précisément de la longueur des yeux, & qui s'attachent au moyen d'un cordon que l'on noue derriere la tête. On voit très-distinctement au-travers de cette fente, & sans aucune incommodité ; de cette façon les sauvages se garantissent de maladies des yeux très-douloureuses, auxquelles ils sont exposés, sur-tout au printems ; ils se servent même de ces lunettes pour voir les objets qui sont dans l'éloignement, comme nous ferions d'une lunette d'approche.

YEUX DE BOEUF, (Marine) on appelle ainsi les poulies qui sont vers le racage, contre le milieu d'une vergue, & qui servent à manoeuvrer l'itague. Il y a six de ces poulies aux pattes de boulines, trois pour chaque bouline. Il y en a aussi une au milieu de la vergue de civadiere, quoiqu'il n'y ait point de racage, parce que sa vergue ne s'amene point. Dans un combat on la met le long du mât, quand on veut venir à l'abordage.

YEUX DE PIE, voyez OEIL DE PIE.

YEUX DE PERDRIX, (Soierie) étoffe, partie de soie, partie de laine, diversement ouvragée & façonnée, qui se fait par les hauts-lisseurs de la sayeterie d'Amiens. (D.J.)


YEVA-CHARUMS. m. (Hist. nat.) nom donné par les naturels des Indes orientales à une sorte de litharge, commune dans cette partie du monde, & qu'on dit être faite en partie de plomb, en partie de zink ; elle est moins pesante que notre litharge jaune, & d'une couleur plus pâle. (D.J.)


YGA(Hist. nat. Bot.) gros arbre du Brésil, dont les Indiens détachent l'écorce entiere pour en faire des canots, qui sont capables de porter chacun quatre ou six personnes ; cette écorce est épaisse d'un pouce, longue d'une vingtaine de piés, & large de quatre ou cinq. (D.J.)


YGUALADA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne, dans la Catalogne, sur le torrent de Noya, & sur la route de Barcelone à Cervere. Quelques-uns croyent que c'est l'ancienne Ergavia, ville des Lacetains, & d'autres l'ancienne Anabis, où Ferdinand III. roi d'Aragon, mourut en 1416.


YLAL ', (Géog. mod.) riviere d'Ecosse. Elle sort des montagnes de Balvanie, arrose & donne son nom au petit pays de la province de Banf, qu'on appelle Strath-Yla, ensuite coule à l'orient, puis au sud-est, jusqu'à ce qu'elle se jette dans le Dovern. (D.J.)


YNAGUAl'île de, (Géog. mod.) petite île de l'Amérique, au nord de la partie occidentale de l'île Saint-Domingue. Elle est inhabitée. Long. entre les 304. 36. & les 305. 15. latit. méridionale 21. (D.J.)


YNCAS. m. terme de relation, nom des anciens rois du Pérou, & des princes de leur famille ; ce nom signifie seigneur, prince du sang royal. Le roi s'appelloit proprement capac-ynca, c'est-à-dire grand-seigneur. Leurs femmes se nommoient pallas, & les princes simplement yncas. Avant l'arrivée des Espagnols, ils étoient extrêmement puissans & redoutés. Les peuples les regardoient comme fils du soleil, & croyoient que les yncas du sang royal n'avoient jamais commis de faute. Ils avoient de beaux palais, des jardins superbes, des temples magnifiques, & des peuples soumis. Voyez l'histoire des yncas, par Garcilasso de la Vega. (D.J.)


YOKOLA(Hist. mod. Economie) nourriture ordinaire des habitans de Kamtschatka & des peuples sauvages, qui demeurent à l'orient de la Sibérie, vers les bords de l'Océan oriental.

Le yokola se prépare avec toutes sortes de poissons, & l'on s'en sert, comme nous faisons du pain. Tout le poisson que ces habitans prennent, se divise en six parts. Ils font secher les côtés & la queue en les suspendant en l'air ; ils préparent séparément le dos & la partie la plus mince du ventre, qu'ils fument & font secher sur le feu ; ils amassent les têtes dans des troncs, où elles fermentent, ils les mangent malgré leur odeur infectée ; les côtes & la chair qui y reste attachée se sechent & se pulvérisent pour l'usage ; on seche de même les os les plus gros, ils servent à nourrir les chiens.


YOLATOLTS. m. terme de relation, sorte de boisson des Indes, composé de malsi moulu, torréfié, mis en fermentation dans un vaisseau avec une certaine quantité d'eau ; on y ajoute un peu de poivre d'Amérique, pour donner à la liqueur de la force & de la couleur. (D.J.)


YOLES. f. terme de Pêche, usité dans le ressort de l'amirauté de Dieppe ; c'est une sorte de chaloupe ou de biscayenne, à l'usage des pêcheurs de cette amirauté.


YOLOXOCHITLS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre du Mexique, qui produit des fleurs odorantes, dans lesquelles on voit la forme d'un coeur. Elles sont blanches à l'extérieur, rougeâtres par-dedans, fort grandes, mais un peu visqueuses. On leur attribue de grandes vertus contre les vapeurs hystériques.


YONL ', (Géog. mod.) petite riviere du Poitou, où elle a sa source. Elle se rend dans le Semaigne, au-dessus de Mareuil. (D.J.)

YON, SAINT-, s. m. (Hist. monachale) ordre de séculiers, aggrégé depuis l'an 1725 à l'état monastique : les freres de cet ordre, sous le nom de freres des écoles chrétiennes, se sont consacrés à l'instruction des petits garçons. La maison chef de l'ordre porte le nom de Saint-Yon, & est située à Rouen, dans le fauxbourg Saint-Sever. Trévoux. (D.J.)


YONG-CHING-FUS. m. (Hist. mod.) c'est ainsi qu'on nomme à la Chine un tribunal suprême, dont la jurisdiction s'étend sur tout le militaire qui est à la cour de l'empereur. Le président de ce tribunal est un des seigneurs les plus distingués de l'état ; il a sous lui un mandarin & deux inspecteurs, qui sont chargés de veiller sur sa conduite, & de borner son pouvoir, en cas qu'il fût tenté d'en abuser.


YONNEL ', (Géogr. mod.) riviere de France. Elle prend sa source dans le duché de Bourgogne, aux montagnes du Morvant, près du château de Chinon, & va se rendre dans la Seine à Montereau, à 17 lieues au-dessus de Paris. L'Yonne est l'Icanna des écrivains du moyen âge. (D.J.)


YOPUS. m. (Hist. nat. Ornithol.) espece de pie du Brésil ; elle a le corps noir, la queue jaunâtre, les yeux bleus, le bec jaune, avec trois pinnules qu'elle dresse sur sa tête, comme si c'étoient des cornes.


YORCK(Géog. mod.) en latin Eboracum ou Brigantium oppidum ; ville d'Angleterre, dans la province de même nom, sur la riviere d'Ouze, à 60 milles au nord-ouest de Lincoln, & à 150 de Londres.

Cette ville étoit déja célebre du tems des Romains, & elle l'est encore, car elle s'est relevée de tout ce qu'elle a souffert dans les fréquentes révolutions de l'état des Saxons, des Danois, & des Normands. Yorck est aujourd'hui belle, grande, riche, bien peuplée, & la ville la plus considérable d'Angleterre après Londres. L'on y compte jusqu'à 28 églises, & elle est le siege d'un archevêque de son nom. Egbert, qui occupoit ce siege, y érigea, l'an 740, une grande bibliotheque, où Alcuin, précepteur de Charlemagne, & fondateur de l'université de Paris, puisa ses connoissances. Un autre ornement d'Yorck est sa cathédrale, qui est une des belles églises de l'Europe. Enfin, le maire de cette ville porte, par courtoisie, le titre de lord, comme celui de Londres. Long. 16. 24. lat. 53. 52.

Dans le nombre des savans dont Yorck est la patrie, je me contenterai d'en citer quatre, Herbert (Thomas), Maruel (André), Morton (Thomas), & Poole (Matthieu).

Herbert naquit en 1607. Guillaume, comte de Pembroke son parent, lui fournit de l'argent pour voyager, & il employa quelques années à visiter divers pays de l'Europe, de l'Afrique, & de l'Asie. En 1647, il fut nommé avec Jacques Harrington, auteur de l'Oceana, valet-de-chambre du lit de sa majesté Charles, & demeura toujours auprès du roi jusqu'à la mort de ce prince. Il finit lui-même ses jours à Yorck, en 1683, âgé de 76 ans. La relation de ses voyages en Afrique, en Asie, & sur-tout en Perse, a été imprimée à Londres, en 1634, 1638 & 1677, in-fol. cette derniere édition est la plus ample. Outre sa Threnodia Carolina, qui contient l'histoire des deux dernieres années de la vie de Charles I. il a écrit les dernieres heures de ce prince, que Wood a publiées dans ses Athenae Oxonienses.

Maruel, ingénieux & vertueux auteur du xvij. siecle naquit en 1620, & après avoir étudié à Cambridge, il voyagea dans les pays les plus policés de l'Europe. A son retour, il entra dans les emplois, & servit de second à Milton, en qualité de secrétaire pour les dépêches latines du protecteur. Dans la suite il se lia intimement avec le prince Robert, qui lui faisoit de fréquentes visites en habit de particulier. Le roi desirant de se l'attacher, lui envoya le grand trésorier Danby, pour lui offrir de l'argent & des emplois ; mais M. Maruel répondit au grand-trésorier, qu'il étoit très-sensible aux bontés de sa majesté, qu'il connoissoit parfaitement les cours, & que tout homme qui recevoit des graces du prince, devoit opiner en faveur de ses intérêts ; enfin les offres les plus pressantes de mylord Danby, ne firent aucune impression sur lui. Il persista à lui déclarer qu'il ne pouvoit les accepter avec honneur, parce qu'il faudroit ou qu'il fût ingrat envers le roi, en opinant contre lui, ou infidele à sa patrie, en entrant dans les mesures de la cour. Que la seule grace qu'il demandoit donc à sa majesté, c'étoit de le regarder comme un sujet aussi fidele qu'aucun qu'il eût, & qu'il étoit plus dans ses véritables intérêts, en refusant ses offres, que s'il les avoit acceptées. Mylord Danby voyant qu'il ne pouvoit absolument rien gagner, lui dit que le roi avoit ordonné de lui compter mille livres sterlings, qu'il espéroit qu'il accepteroit, jusqu'à ce qu'il jugeât à-propos de demander quelqu'autre chose à sa majesté. Cette derniere offre fut rejettée avec la même fermeté que la premiere, quoiqu'il fût obligé, immédiatement après le départ du grand trésorier, d'envoyer emprunter une guinée chez un ami. En un mot, comme les plus puissantes tentations du côté des honneurs & des richesses ne purent jamais lui faire abandonner ce qu'il croyoit être le véritable intérêt de sa patrie, les plus éminens dangers ne purent aussi l'effrayer, & l'empêcher d'y travailler. Il mourut, non sans soupçon de poison, en 1678, dans la cinquante-huitieme année de son âge. Ses écrits sont en grand nombre, & roulent principalement sur la religion. M. Cooke a donné à Londres, en 1726, en deux volumes in-8°. les poésies de cet écrivain.

Morton, savant évêque anglois du xvij siecle, naquit en 1564, & fut promu au siege de Chester, en 1615 ; en 1618 il obtint l'évêché de Coventry & Lichfield, & en 1632 celui de Durham. Dans toutes ces places, il s'occupa sans cesse à l'étude, & mourut comblé d'années en 1659. Il a publié plusieurs ouvrages, qui concernent presque tous la défense de l'église anglicane contre la doctrine romaine. Ses manuscrits passerent à sa mort entre les mains du docteur Barwick.

Poole, savant critique & théologien, naquit en 1624, & pensa perdre la vie dans la célebre conspiration d'Oates, parce qu'il écrivit contre les catholiques romains un livre intitulé nullité de la foi romaine. Depuis ce tems-là la crainte du risque qu'il couroit toujours, s'empara tellement de lui, qu'il prit le parti de se retirer à Amsterdam, où il mourut en 1679, dans sa 56 année.

Il travailla pendant dix ans à sa synopsis criticorum, dont les deux premiers volumes parurent à Londres en 1669, in-fol. & les trois autres ensuite. Outre cette édition de Londres, il s'en est faite une à Francfort, en 1678, une à Utrecht 1686, une seconde à Francfort 1694, in-4°. & une troisieme, beaucoup meilleure, en 1709, in-fol. en six volumes.

Poole a très-bien choisi les écrivains qui devoient entrer dans son ouvrage, outre ceux qui étoient déja dans les critiques sacrées qu'il abrégeoit ; mais il n'a pas pris garde qu'en donnant les différentes versions dans la bible, comme elles sont dans les traductions latines, il ne pouvoit que commettre une infinité d'erreurs. La grande multitude d'interprétations qu'il a recueillies sur le texte, cause de la confusion ; l'on a bien de la peine à joindre tous les mots ensemble quand ils sont bien éloignés, & qu'on les a expliqués en tant de manieres différentes.

De plus, l'auteur se contentant ordinairement de rapporter les diverses explications, sans juger quelles sont les meilleures, n'instruit pas assez le lecteur qui a de la peine à se déterminer, principalement quand il ne voit point de raisons qui le portent à préférer un sentiment à un autre.

Cependant on ne peut trop louer dans cet abrégé des critiques, le travail de Poole, qui a ramassé avec beaucoup de soin & de peine ce qui étoit répandu en différens ouvrages, & l'a placé aux lieux où il devoit être, en l'abrégeant utilement pour la commodité des lecteurs.

Enfin, les difficultés de la chronologie, éclaircies par les meilleurs critiques, se trouvent ici rapportées en abrégé ; & de cette maniere, la plûpart des matieres difficiles de l'Ecriture, sur lesquelles on a composé des livres entiers, sont expliquées dans ce recueil, où l'auteur a pris la peine d'insérer les extraits qu'il avoit faits lui-même des meilleurs ouvrages en ce genre.

On a encore de lui en anglois, un volume de remarques sur la bible, qui ont été jointes à celles d'autres savans auteurs ; & le tout a paru à Londres en 1685, en 2 vol. in-fol. (D.J.)


YORCK-SHIRE(Géog. mod.) province d'Angleterre, maritime & septentrionale, dans le diocèse d'Yorck qui en est la capitale. C'est la plus grande province du royaume ; elle a trois cent vingt milles de circuit : on la distingue en trois parties, qui sont Nord, Est & West-Riding. Elle est très-fertile en blé, bétail, gibier & poisson ; elle produit quantité de beaux chevaux, de la pierre à chaux, du jayet, de l'alun & du fer. Ses principales rivieres sont l'Humber, l'Are, la Nyd, l'Ouse, l'Youre, &c. Elle contient soixante villes ou bourgs à marché, ou simples bourgs ; mais elle est encore plus remarquable par la foule des hommes de lettres qui y sont nés. Voici les principaux, entre lesquels se trouvent d'illustres & célebres personnages.

Je commence par Alcuin (Flaccus), né dans le huitieme siecle. Il fut disciple d'Egbert, archevêque d'Yorck, diacre de l'église de cette ville, & abbé de S. Augustin de Cantorbery. En 780, Charlemagne l'invita à venir en France, & le reçut avec de grandes marques de distinction. Ce prince lui donna plusieurs abbayes, entr'autres celle de S. Martin de Tours, où il passa la fin de sa vie, après y avoir formé une école brillante, d'où les sciences se répandirent en plusieurs endroits de la monarchie françoise.

Pendant qu'Alcuin étoit à Paris, il y faisoit des leçons publiques & particulieres ; il eut l'honneur d'instruire Charlemagne, la princesse Giselle sa soeur, les princesses Giselle & Rictrude ses filles ; Riculfe qui fut ensuite évêque de Soissons ; Angilbert, gendre de Charlemagne, & les jeunes seigneurs qui étoient alors élevés à la cour de ce prince. Il leur apprit l'orthographe, qui est le fondement de la littérature, & qui étoit alors fort négligée : il composa en faveur de la noblesse des traités sur les sept arts libéraux, les mit en forme de dialogues, & y introduisit le prince regnant au nombre des interlocuteurs, ce qui étoit assez adroit.

Vossius & d'autres savans prétendent que l'école du palais a donné naissance à l'université de Paris, & que cette académie doit son origine à Charlemagne & à Alcuin, c'est une erreur ; il est seulement vrai que le prince & le savant Anglois prirent le soin de faire fleurir les lettres dans ce royaume & de les tirer de la barbarie. Alcuin possédoit passablement le latin & le grec, il étoit de son tems le plus habile écrivain après Bede & Adelme. Il mourut à Tours en 804, & y fut inhumé.

Ses ouvrages qui subsistent encore aujourd'hui, ont été recueillis en un vol. in-fol. par André Duchesne, & imprimés à Paris en 1617. Ils sont divisés en trois parties ; la premiere, contient ses traités sur l'écriture ; la seconde, ses livres de doctrine, de discipline & de morale ; la troisieme, comprend les écrits historiques, avec les lettres & les poésies. Depuis l'édition de Duchesne, on a imprimé à Londres, à Paris & ailleurs divers autres ouvrages d'Alcuin, ou qui lui sont attribués, la plûpart à tort. Tel est la purification de la B. Vierge Marie. Il faut convenir que ses vrais ouvrages sont tous assez médiocres, & à la légere ; il y travailloit quelquefois pendant ses voyages, & manquoit par conséquent, comme il le dit lui-même, du repos, du loisir & des livres nécessaires. Quoiqu'il ait écrit avec plus de pureté que les auteurs de son tems, son style est en réalité dur & barbare.

Ascham (Roger) naquit en 1515, & fit ses études à Cambridge, où il fut reçu maître-ès-arts en 1536. Il écrivoit parfaitement bien, & fut chargé par cette raison de transcrire toutes les lettres de l'université au roi ; en 1548, il fut nommé pour instruire la reine Elisabeth, qui fit pendant deux ans des progrès extraordinaires sous lui, en latin & en grec, & elle l'estima toujours infiniment. " Je lui apprends des mots, écrivoit-il à l'évêque Aylmer, & elle m'apprend des choses : je lui apprends des langues mortes, & ses regards modestes m'apprennent à agir ". Il accompagna le chevalier Moryson auprès de Charles-Quint, & fut très-utile à ce ministre. A son retour, il devint secretaire de la reine Marie : Elisabeth à son événement au trône lui donna une prébende dans l'église d'Yorck, & il ne tenoit qu'à lui de se procurer de plus grands établissemens, s'il avoit voulu se prévaloir de son crédit auprès de cette reine. Il mourut en 1568, âgé de 53 ans, généralement regretté, sur-tout d'Elisabeth, qui dit qu'elle auroit mieux aimé perdre dix mille livres sterling que son Ascham. Ses ouvrages sont estimés : sa méthode d'enseigner le latin fut imprimée en 1570, & a été remise au jour en 1711, in-8°. Ses lettres latines sont élégantes ; il y en a plusieurs éditions, mais la meilleure est celle d'Oxford, en 1703, in-8°. Son livre intitulé Toxophilus, ou l'art de tirer de l'arc, a paru à Londres en 1571 in-4°. il l'avoit dédié à Henri VIII. qui récompensa cette dédicace d'une bonne pension annuelle.

Briggs (Henri), un des grands mathématiciens du dix-septieme siecle, naquit vers l'an 1560, & fut nommé en 1596 premier professeur en mathématiques dans le college de Gresham. En 1619, le chevalier Savile le pria d'accepter la chaire de Géométrie qu'il venoit de fonder à Oxford : chaire qui étoit plus honorable que celle de Londres, & accompagnée de plus grands appointemens ; il mourut en 1631, âgé de 70 ans. Ses principaux ouvrages sont, 1°. les six premiers livres d'Euclide rétablis sur les anciens manuscrits, & imprimés à Londres en 1620 infol. 2°. On lui a l'obligation d'avoir perfectionné la doctrine des logarithmes par son bel ouvrage intitulé Arithmetica logarithmica, Londres 1624, in-fol. M. Jones de la société royale, a plusieurs manuscrits latins de Briggs sur les mathématiques, écrits de la main de l'illustre M. Jean Colins.

Gale (Thomas), savant écrivain du dix-septieme siecle, naquit en 1636, & devint professeur en langue grecque à Cambridge. C'est-là qu'il publia en 1671 in-8°. un recueil en grec & en latin intitulé Opuscula mythologica, ethica & physica, réimprimés à Amsterdam en 1688 in-8°. Ce recueil précieux contient plusieurs traités, & entr'autres, 1°. Palaephatus de incredibilibus historiis, de inventione purpurae, & de primo ferri inventore. 2°. Phornuti ou Cornuti de naturâ deorum. Ce Cornutus, grec de nation & Stoïcien, fleurissoit à Rome sous l'empire de Néron, qui lui demanda son sentiment sur un poëme de sa main ; mais Cornutus s'étant expliqué avec trop de liberté au gré du prince, il fut banni. 3°. Sallustius philosophus, de diis & mundo, avec des notes. 4°. Ocellus Lucanus, philosophus, de universâ naturâ, avec la version latine & les notes de Louis Nogarola. 5°. Sextii Pythagorei sententiae, è graeco in latinum à Ruffino versae. M. Gale dit que l'auteur de ces sentences vivoit du tems de Jules-César, & que c'est ce même Sextius, philosophe romain, que Plutarque loue dans ses traités de morale, aussi-bien que Sénéque dans sa 59 lettre, où il l'appelle virum acrem, graecis verbis, romanis moribus philosophantem. Enfin, on trouve dans ce recueil des fragmens d'Archytas, diverses lettres de Pythagore & autres, ainsi que Heliodori Larissaei capita opticorum.

En 1675, M. Gale publia à Paris en grec & en latin Historiae poëticae antiqui scriptores in-8°. & l'année suivante à Oxford, Rhetores selecti, scil. Demetrius Phalereus, Tiberius rhetor, anonymus sophista, Severus Alexandrinus. Tiberius le rhéteur, qui au jugement de M. Gale est un écrivain ancien, élégant & concis, n'avoit point encore paru avant que l'illustre éditeur le publiât avec une version latine. Suidas donne à ce Tiberius le titre de philosophe & de sophiste, & il lui attribue divers écrits.

En 1678, Gale mit au jour à Oxford in-fol. Jamblichus chalcidensis, de mysteriis. L'année suivante, parut à Londres, in-fol. son édition d'Hérodote. En 1687, il donna à Oxford, in-fol. Historiae anglicanae scriptores quinque, nunc primùm in lucem editi ; & en 1691, Historiae britannicae, saxonicae, anglo-danicae, scriptores quindecim. Oxoniae, in-fol.

Le docteur Gale a ajouté à ces quinze historiens un appendix, où il donne divers passages touchant la grande-Bretagne ; un catalogue des terres (hydes) de quelques provinces en-deçà l'Humber, avec une relation des loix & des coutumes des Anglo-Saxons, tirée du livre appellé le Doom's-Day-Book, une table alphabétique des anciens peuples, des villes, des rivieres & des promontoires, d'après Cambden, & la généalogie des rois bretons, tirée du texte de Rochester (textus Roffensis). Enfin on trouve une ample table pour tout l'ouvrage.

En 1697, il fut installé doyen d'Yorck, & mourut dans cette ville en 1702, dans la 67 de son âge. Il étoit non-seulement géometre, mais très-versé dans la connoissance de la langue grecque, & de l'histoire de son pays. M. Roger Gale son fils a publié sur ses manuscrits, à Londres en 1709 in-4°. un fort bel ouvrage intitulé Antonini iter britannicum, avec plusieurs conjectures, & les noms anglois des lieux autant que la chose étoit possible. Mais comme les distances des lieues sont marquées dans l'itinéraire par milles romains, M. Gale a indiqué sur la carte dressée sur l'itinéraire même, la proportion entre les milles romains & anglois, telle qu'elle a été déterminée par le docteur Edmond Halley.

Les premieres notes du docteur Gale regardent le titre de l'ouvrage qu'il commente, Antonini iter britannicum, (quoique son manuscrit porte itinerarium Antonii, & que le docteur Bentley lise Antonii Augusti). Il observe qu'on est avec raison en doute auquel des empereurs romains, du nom d'Antonin, on doit attribuer cet ouvrage, ou même s'il est d'aucun de ces princes. Il croit que divers auteurs y ont travaillé ; la chose est incontestable, si quelqu'un des Antonins y a eu part, puisque le dernier de ces princes a vécu long-tems avant la fondation de Constantinople & de plusieurs villes, dont il est parlé dans cet itinéraire. Le docteur Gale conjecture qu'il a peut-être été commencé par un des Antonins, & continué par d'autres à mesure qu'ils ont eu occasion de connoître plus particulierement ces parties du monde.

M. Gale remarque sur le mot de Britanniarum, que les Romains appelloient cette île indifféremment Britannio ou Britannia, avant qu'elle fût partagée en provinces. La premiere division s'en fit du tems de Severe, par le fameux grand chemin qui alloit depuis Clausentium jusqu'à Gabrosentum. Notre auteur l'appelle dans un autre endroit the Fossed-Way, & il dit qu'il va au nord en traversant les comtés de Leicester & de Lincoln, reparoissant ensuite à un village nommé Spittle in the Street ; il passe par Hibberstow, Gainstrop, Broughon & Applebey, & vient finir pas fort loin de Wintringham, sur le bord de l'Humber.

Par cette division, toute la partie de la grande-Bretagne située à l'orient du chemin, s'appelloit Britannia prima, qui étoit la plus voisine de la mer, par rapport à Rome, & que Dion nomme . Le pays situé à l'ouest du chemin portoit le nom de Britannia secunda : Dion l'appelle . Le docteur Gale rapporte succinctement les divisions de la grande-Bretagne, & il nous apprend ensuite l'ordre des provinces qui étoit tel : premierement la Britannia prima ou basse-Bretagne ; c'étoit du tems de Severe la partie orientale de l'île. En second lieu, Britannia secunda, ou haute-Bretagne ; c'étoit du tems du même empereur, la partie occidentale de l'île. Constantin le grand ajouta deux nouvelles provinces nommées Flavia Caesariensis, & Maxima Caesariensis, dont la premiere commençoit à Glocester, & s'étendoit dans le milieu de l'Angleterre : la seconde comprenoit tout ce que les Romains possédoient dans le nord de l'île ; la partie la plus reculée de cette province située entre Sterling-Forth & la muraille des Pictes, & reprise par Théodose, fut appellée Valentia, en l'honneur de l'empereur Valentinien.

Le docteur Gale ne croit point que la ville d'Yorck ait jamais été appellée Brigantium par aucun auteur qui fût juge compétent ; il doute que le passage de la Syntaxis magna de Ptolomée, qu'on cite communément pour prouver qu'elle a porté le nom de Brigantium, soit concluant. Voici ce que dit Ptolomée : premierement il place Brigantium dans le vingt-deuxieme parallele ; il met ensuite le milieu de la grande-Bretagne dans le vingt-troisieme, & Cattarick dans le vingt-quatrieme ; par où il paroît évidemment qu'Yorck & Cattarick ne sont pas à une si grande distance l'une de l'autre. Le docteur soupçonne donc que Brigantium a été mis là pour Segontium ou Brecannioc, Brecknoc, à qui les paralleles de Ptolomée conviennent beaucoup mieux. Il cite quelques autorités pour prouver qu'Yorck a été la capitale d'Angleterre ; & il parle de plusieurs anciennes inscriptions qu'on y trouve. Outre ce détail M. Gale a inséré dans son ouvrage d'autres voyages dans la grande-Bretagne, tirés du même itinéraire.

Garth (Samuel) poëte & médecin, encouragea en 1696 la fondation de l'infirmerie, qui étoit un appartement du college des Médecins, pour le soulagement gratuit des pauvres. Cette oeuvre de charité l'ayant exposé au ressentiment de plusieurs de ses confreres, aussi-bien que des Apoticaires, il les tourna en ridicule avec beaucoup d'esprit & de feu dans un poëme intitulé the dispensary. La sixieme édition de ce poëme ingénieux qui contient six chants, a paru à Londres en 1706, in-8°. avec de nouveaux épisodes.

Le duc de Marlborough affectionnoit Garth particuliérement, & le roi George I. le fit chevalier avec l'épée de ce seigneur. Il fut ensuite nommé médecin ordinaire de S. M. & médecin général de l'armée. Il mourut en 1709, estimé de tout le monde. Le lord Lansdowne fit de très-beaux vers sur la maladie de Garth. " Macaon, dit-il, est malade ; admirable en son art, il a plus sauvé de vies que nos guerres n'en ont ravi. Le téméraire buveur, & la femme aventuriere, ne peuvent redouter avec lui que la honte ou le remords. Dieu des arts, protege le plus cher de tes enfans ! rétablis celui à la vie duquel la nôtre est attachée ; en conservant Garth, tu nous conserves nous-mêmes ".

Gower (Jean) poëte du xiv. siecle florissoit sous le regne de Richard II. auquel il dédia ses ouvrages. Il en a écrit en latin, en françois & en anglois. Sa confessio amantis en vers anglois, parut à Londres en 1532. L'auteur mourut en 1402 dans un âge fort avancé.

Hickes (George) naquit en 1642, & prit le parti de l'église après avoir fait ses études à Oxford. Il devint chapelain du duc de Lauderdale, & ensuite doyen de Worcester. Il mourut en 1715 âgé de 74 ans. Il entendoit parfaitement les anciennes langues du nord, dont il avoit joint l'étude à celles de sa profession. Ses ouvrages théologiques sont en grand nombre. On a fait un recueil de ses sermons en 2 vol. imprimés à Londres en 1713, in-8°. Sa grammaire Anglo-saxonne parut à Oxford en 1689 in-4°. mais l'ouvrage qui lui a fait le plus d'honneur, est intitulé antiquae litterariae septentrionalis, libri duo, Oxoniae, 1705. in-fol.

Saunderson (Robert) évêque de Lincoln, naquit en 1587, & fut nommé professeur en théologie à Oxford en 1642. Il souffrit beaucoup pendant les guerres civiles, fut pillé plusieurs fois, blessé en trois endroits de son corps, & réduit à une grande nécessité, ayant femme & enfans. Robert Boyle lui envoya une fois cinquante livres sterling, en le priant d'accepter la même somme chaque année, sa vie durant ; mais sa mauvaise fortune changea de face bientôt après, ayant été promu à l'évêché de Lincoln en 1660. Il mourut en 1663, âgé de 76 ans. Outre la théologie polémique, il étoit fort versé dans l'étude des antiquités & de l'histoire d'Angleterre. Ses sermons ont été imprimés au nombre de 34 en 1660 in-fol. & au nombre de 36 en 1681, avec la vie de l'auteur par Isaac Walton. Son ouvrage sur les cas de conscience parut en 1678 & en 1685, in-8°. Son livre de juramenti promissorii obligatione, a été imprimé à Oxford, 1646. Londres 1647, 1670, 1676 & 1683, in-8°. On en a donné une traduction angloise. M. François Peck a publié dans ses desiderata curiosa l'histoire & les antiquités de l'ancienne église cathédrale de Lincoln, recueillies par Saunderson.

Savile (Henri) naquit en 1549, & après avoir voyagé dans les pays étrangers, pour se perfectionner dans les sciences, dans la connoissance des langues & des hommes, il fut nommé pour enseigner la langue grecque à la reine Elisabeth, qui faisoit grand cas de lui. Le roi Jacques I. voulut l'élever aux dignités, mais il les refusa, & se contenta de l'honneur d'être créé chevalier par ce prince. Il mourut à Oxford en 1622. C'étoit un homme parfaitement versé dans les langues grecque & latine, laborieux à rechercher, & généreux à publier les monumens de l'antiquité ; non-seulement il y employa une grande partie de son bien, mais il s'est immortalisé en fondant en l'année 1619 deux chaires, l'une de géométrie & l'autre d'astronomie, dans l'université d'Oxford.

1°. Sa traduction de Tacite, dédiée à la reine Elisabeth, & accompagnée de notes, parut à Londres en 1581, in-fol. & a été réimprimée plusieurs fois depuis. 2°. Son commentaire sur des matieres militaires, imprimé à Londres en 1598, in-fol. a été traduit en latin par Marquard Fréher. 3°. Il a mis au jour en 1596, in-fol. Fasti regum & episcoporum Angliae, usque ad Willemum seniorem. 4°. Il a aussi fait imprimer à Oxford en 1621, in-4°. des praelectiones in elementa Euclidis.

Mais rien ne lui fait plus d'honneur que sa belle édition des oeuvres de S. Chrysostome, en grec, imprimée au college d'Eaton en 1613, en 8 vol. in-fol. avec des notes de sa façon, & d'autres savans hommes qui l'aiderent dans ce travail, dont la dépense lui couta huit mille livres sterling. Il est vrai que cette édition toute grecque ne peut être à l'usage du grand nombre, & que c'est pour cela qu'elle n'a pas eu grand cours en France ; mais elle sera toujours estimée des connoisseurs qui laisseront aux autres l'avantage de pouvoir lire l'édition grecque & latine de S. Chrysostome, donnée par le P. Fronton le Duc, quelque tems après l'édition de Savile, & faite en réalité furtivement sur l'édition d'Angleterre, à mesure qu'elle sortoit de dessous la presse. Ajoutons que l'édition du jésuite n'a des notes que sur les dix premiers tomes, & qu'on est obligé d'avoir recours, pour les tomes suivans, à l'édition de Morel, ou à celle de Commelin.

Sharp (Jean) archevêque d'Yorck, naquit en 1644, & fut nommé doyen de Norwich en 1681 ; mais en 1686, il fut suspendu pour avoir défendu dans un de ses sermons la doctrine de l'église anglicane contre le papisme ; cependant après sa suspension, il fut plus considéré que jamais, & son clergé témoigna plus de déférence pour ses conseils, qu'il n'en avoit auparavant pour ses ordres. La cour fut obligée de se tirer de ce mauvais pas comme elle put. En 1692, il fut nommé archevêque d'Yorck à la sollicitation de Tillotson son intime ami, & dont nous parlerons tout-à-l'heure. En 1702, il prêcha au couronnement de la reine Anne, entra dans le conseil, & eut l'honneur d'être grand aumonier de cette reine. Il mourut en 1713, âgé de 69 ans. On admire à juste titre ses sermons. La derniere édition publiée à Londres en 1740, forme sept volumes in-8°.

Tillotson (Jean) archevêque de Cantorbéry, & fils d'un drapier d'un bourg de la province d'Yorck, naquit en 1630, & étudia dans le college de Clare à Cambridge. Il eut successivement plusieurs petites cures que son mérite lui procura. En 1689, il fut installé doyen de l'église de S. Paul, & en 1691, il fut nommé à l'archevêché de Cantorbéry. Il mourut en 1694, dans la soixante-sixieme année de son âge.

Pendant qu'il fut dans une condition ordinaire, il mettoit toujours à part deux dixiemes de son revenu pour des usages charitables ; il continua cette pratique le reste de sa vie, & mourut si pauvre que le roi donna à sa veuve une pension annuelle de six cent livres sterling. Après sa mort on trouva dans son cabinet un paquet de libelles très-violens, que l'on avoit faits contre lui, sur lequel il avoit écrit de sa main : " Je pardonne aux auteurs de ces livres, & je prie Dieu qu'il leur pardonne aussi ".

Je ne m'étendrai point sur la beauté de son génie, & l'excellence de son caractere ; c'est assez de renvoyer le lecteur à l'histoire de sa vie, & à son oraison funebre, par Burnet évêque de Salisbury. La reine parloit de lui avec tant de tendresse, que quelquefois même elle en versoit des larmes. En 1675, il donna au public le Traité des principes & des devoirs de la religion naturelle, de l'évêque Wilkins ; & il y mit une préface. En 1683, il fut l'éditeur des oeuvres du docteur Barrow, & l'année suivante, de celles de M. Ezéchias Burton ; mais ses sermons ont rendu son nom immortel ; il en avoit paru pendant sa vie un volume in-fol. Après sa mort le docteur Barker, son chapelain, donna les autres en 2 vol. in-fol. dont le manuscrit se vendit deux mille cinq cent guinées. Ce fut la seule succession qu'il laissa à recueillir à sa famille, parce que sa charité consommoit tout son revenu annuel aussi régulierement qu'il le recevoit. Les sermons de ce digne mortel, passent pour les meilleurs qu'on ait jamais faits, & se réimpriment sans cesse en anglois. M. Barbeyrac en a donné une traduction françoise en six vol. in-12. & depuis on en a publié deux autres volumes tirés des Oeuvres posthumes. La traduction hollandoise forme six volumes in-4°.

M. Burnet dit qu'il n'a jamais connu d'homme qui eut le jugement plus sain, le caractere meilleur, l'esprit plus net, & le coeur plus compatissant ; ses principes de religion & de morale étoient grands & nobles, sans la moindre tache de relâchement ou de superstition ; sa maniere de raisonner simple, claire, & solide, jointe à ses autres talens, l'ont fait regarder par tous les connoisseurs, comme ayant porté la prédication au plus haut degré de perfection dont elle soit susceptible. Je ne sache pas, dit le spectateur, avoir jamais rien lu qui m'ait fait tant de plaisir : son discours sur la sincérité est d'un mérite rare, en ce que l'auteur en fournit lui-même l'exemple, sans pompe & sans rhétorique. Avec quelle douceur, en quels termes si convenables à sa profession, n'expose-t-il pas à nos yeux le mépris que nous devons avoir pour le défaut opposé ; pas la moindre expression trop vive ou piquante ne lui est échappée ; son coeur étoit mieux fait, & l'homme de bien l'emportoit toujours de beaucoup sur le bel esprit.

Walton (Brian), évêque de Chester, naquit en 1600, & étudia à Cambridge en qualité de servant (seizer). Il obtint successivement de petits bénéfices, & fut nommé en 1639, chapelain ordinaire du roi ; mais il fut continuellement maltraité dans le tems de la guerre civile. Enfin, après le rétablissement de Charles II. il fut sacré évêque de Chester, en 1660, & mourut l'année suivante à Londres, dans la soixante-unieme année de son âge.

Il forma le magnifique projet de la polyglotte d'Angleterre, & mit la derniere main à cet ouvrage qui parut à Londres en 1657, en six volumes in-fol. J'ai parlé ailleurs de cette polyglotte, à l'impression de laquelle plusieurs personnes de distinction contribuerent généreusement.

Wharton (Thomas), célébre médecin anglois, naquit vers l'an 1610, devint un des professeurs du college de Gresham, & mourut à Londres en 1673. Il publia en 1656, son Adenographia, réimprimé à Amsterdam en 1659, in-8°. Il donne dans cet ouvrage une description de toutes les glandes du corps humain, plus exacte qu'il n'en avoit encore paru, & leur assigne des fonctions plus nobles que celles qu'on leur attribuoit avant lui, comme de préparer & de dépurer le suc nourricier ; il a fait connoître les différences des glandes & leurs maladies ; enfin il à découvert le premier le conduit des glandes maxillaires, par lequel la salive passe dans la bouche.

Je ne dois pas oublier de dire que le fameux Jean Wicliffe, ou Wiclef, naquit environ l'an 1324, proche de Richemont, bourg de l'Yorck-shire. Après avoir fait ses classes, il fut aggregé à Oxford, en 1341, au college de Merton ; & s'y distingua par ses talens. Non content d'exceller dans l'étude de l'Ecriture sainte, & des ouvrages des peres ; il apprit aussi le droit civil, le droit canon, & les loix d'Angleterre. Il composa des homélies, qui lui valurent le tire de docteur évangelique.

L'an 1369, Wiclef s'acquit l'estime de l'université, en prenant son parti contre les moines mendians, qui prétendoient être reçus docteurs en théologie, sans subir les examens requis ; mais cette entreprise lui couta cher : car en 1367, il fut chassé de l'université par Langham, archevêque de Cantorbery, qui affectionnoit les moines & la cour de Rome. Ajoutez que l'année précédente il avoit pris le parti du roi Edouard, & du parlement, contre le pape ; cependant en 1372, il fut nommé malgré les moines, professeur en théologie à Oxford, & pour lors il attaqua ouvertement dans ses leçons, les abus qui régnoient dans les ordres mendians.

Il fut un des députés d'Edouard auprès de Grégoire XI. qui siégeoit à Avignon, pour le prier de ne plus disposer des bénéfices d'Angleterre. A son retour il combattit le luxe & la doctrine de Rome, l'ignorance & la vanité des prélats de cette cour. Le pape extrêmement irrité, écrivit au roi, à l'université d'Oxford, à l'archevêque de Cantorbery, & à l'évêque de Londres, de faire emprisonner Wiclef.

Le duc de Lancastre le protégea, & l'accompagna à Londres où il avoit été cité ; cette grande protection lui fut favorable, & l'assemblée convoquée à ce sujet, se sépara sans rien prononcer contre lui. Wiclef écrivit peu de tems après, un livre touchant le schisme des pontifes, & la nécessité de rejetter tous les dogmes qui ne sont pas fondés sur l'Ecriture.

Son entreprise de la traduction de la Bible en anglois, déplut fort aux ecclésiastiques ; il ne les irrita pas moins en attaquant ouvertement la transubstantiation. On le persécuta, on saisit ses livres, & on lui ôta son professorat. Il se retira dans sa cure à Lutterworth, où il mourut en 1384. Ses disciples se multiplierent prodigieusement, sur-tout depuis la loi que le parlement fit en 1400, contre le wicléfisme. Cette loi portoit la peine du feu contre ceux qui enseigneroient cette doctrine, ou qui favoriseroient ses sectateurs.

En 1428, Richard Flemming, évêque de Lincoln, à la sollicitation du pape, fit ouvrir le caveau de Wiclef, bruler ses os, & jetter ses cendres dans un courant qui porte le nom de Swift ; mais ses livres en grand nombre ne furent que plus recherchés, & le wicléfisme adopté en secret, jetta tacitement de profondes racines, qui produisirent un siecle après la révolution de la religion aujourd'hui régnante dans la Grande-Bretagne. (D.J.)


YORIMANL ', (Géog. mod.) province de l'Amérique, dans la Guyane. Elle a soixante lieues, le long de la riviere des Amazones. Ses habitans sont en grand nombre, & vont tout nuds, tant hommes que femmes. Ils n'habitent pas seulement la terre ferme de cette province, mais les grandes îles que forme la riviere des Amazones, par divers bras étendus. (D.J.)


YOUGHILL(Géog. mod.) & par quelques-uns Younghall ; ville d'Irlande, dans la province de Mounster, au comté de Cork, avec un bon port, & un quai fortifié, à l'embouchure de la riviere Blackwater, sur les confins de Waterford, à huit milles au levant de Cloyn ; elle est riche, peuplée, & envoie deux députés au parlement d'Irlande. Longitude 9. 50. latit. 51. 50. (D.J.)


YOUREL ', (Géog. mod.) en latin Urus, riviere d'Angleterre, en Yorckshire. Elle a sa source aux confins de Westmorland, reçoit dans son sein la Swalle, prend alors le nom d'Ouse, passe à Yorck, & tombe dans l'Humber. (D.J.)


YPAINAS. f. (Hist. mod. Superstition) c'est le nom que les Méxicains donnoient à une de leurs fêtes solemnelles, qui se célébroit au mois de Mai, en l'honneur de leur dieu Vitziliputzli. Deux jeunes filles, consacrées au service du temple, formoient une pâte composée de miel & de farine de maïz, dont on faisoit une grande idole, que l'on paroit d'ornemens très-riches, & que l'on plaçoit ensuite sur un brancard. Le jour de la fête, dès l'aurore, toutes les jeunes filles mexicaines, vêtues de robes blanches, couronnées de maïz grillé, ornées de bracelets & de guirlandes de la même matiere, fardées & parées de plumes de différentes couleurs, se rendoient au temple pour porter l'idole jusqu'à la cour. Là des jeunes gens la recevoient de leurs mains, & la plaçoient au pié des degrés, où le peuple venoit lui rendre ses hommages ; ensuite de quoi on portoit le dieu en procession vers une montagne, où l'on faisoit promptement un sacrifice ; on partoit de-là avec précipitation, & après avoir fait deux nouvelles stations, on revenoit à Mexico. La procession étoit de quatre lieues, & devoit se faire en quatre heures. On remontoit le dieu dans son temple, au milieu des adorations du peuple, & on le posoit dans une boëte parfumée & remplie de fleurs : pendant ce tems, de jeunes filles formoient avec la même pâte dont l'idole étoit faite, des masses semblables à des os, qu'elles nommoient les os du dieu Vitziliputzli. Les prêtres offroient des victimes sans nombre, & bénissoient les morceaux de pâte que l'on distribuoit au peuple ; chacun les mangeoit avec une dévotion merveilleuse, croyant se nourrir réellement de la chair du dieu. On en portoit aux malades, & il n'étoit point permis de rien boire ou manger avant que de l'avoir consommée. Voyez l'hist. générale des voyages, tom. XII. in-4°. pag. 547. & suiv.


YPEREAUou YPREAU, s. m. (Jardinage) c'est ainsi que nos jardiniers appellent une espece d'orme à larges feuilles, originaire de la ville d'Ypres, & qu'on cultive beaucoup dans ce royaume.


YPRESou IPRES, (Géog. mod.) ville des Pays-Bas, au comté de Flandres, dans une fertile plaine, sur le ruisseau d'Yper, à 7 lieues sud-est de Nieuport, à 9 de Dunkerque, de Saint-Omer, & de Bruges, à treize de Gand, à 6 de Lille, & 55 de Paris.

C'étoit autrefois une grande ville qui avoit trois fois le circuit qu'elle a aujourd'hui. Vers l'an 800, les Normands la saccagerent ; Baudouin la répara en 880 ; elle fut brûlée l'an 1240, & malgré cela, au dénombrement qui s'en fit deux ans après, on y compta deux cent mille habitans ; mais à peine y en compte-t-on aujourd'hui douze mille. Elle contient quatre paroisses, dix-huit couvens, & plusieurs hôpitaux.

Son évêché, suffragant de Malines, fut érigé en 1559, par le pape Paul IV. Le prince de Condé prit Ypres en 1648, & la perdit l'année suivante. Louis XIV. la reprit en 1678, & elle lui fut cedée par le traité de Nimegue ; mais elle passa à la maison d'Autriche, par les traités d'Utrecht, de Radstat, & de Bade. Louis XV. la prit en 1744, & l'a rendue démantelée, par la paix d'Aix-la-Chapelle. Longitude, suivant Cassini & Scheuchzer, 26. 51. 30. latitude 47. 22.

Hyperius (Gérard-André) théologien protestant, naquit à Ypres en 1511, & mourut professeur à Marpourg, en 1564, à 53 ans. Il composa beaucoup de livres tant sur la théologie que sur les sciences humaines. Un moine espagnol, nommé Laurentius a Villavicentio, en fit imprimer deux sous son nom, au rapport de Keckerman & de Colomies.

Lupus (Chrétien), savant religieux augustin, & l'un des célebres théologiens de son ordre, naquit à Ypres dans le dernier siecle, & mourut à Louvain en 1681, à 70 ans. On a de lui plusieurs ouvrages en latin, & quelques-uns ne manquent pas d'érudition ; tels sont, 1°. des commentaires sur l'histoire des canons des conciles ; 2°. un recueil des monumens concernant les conciles d'Ephèse & de Calcédoine.

Rupert, bénédictin du douzieme siecle, qui devint abbé de Deutsch, étoit né dans le territoire d'Ypres, & mourut en 1155, à 44 ans. Toutes ses oeuvres ont été imprimées à Paris en 1638, en 2 vol. in-fol. On pourra juger de leur mérite, en considérant qu'elles consistent en quarante-deux livres sur la Trinité, & en commentaires sur l'Ecriture, par les principes de la dialectique, & de la théologie scholastique. (D.J.)


YPSILOIDE(Anat.) est une des sutures vraies du crâne, appellée ainsi à cause qu'elle ressemble à l'y ou upsilon. Voyez SUTURE.

Quelques-uns appellent cette suture, , lambdoïdes. Voyez LAMBDOIDES.

Il y a encore un os placé à la racine de la langue, qu'on appelle ypsiloïde ou hyoïde. Voyez HYOIDE.


YPUPIAPRAS. m. (Hist. nat.) espece de monstres marins des mers du Brésil. On prétend qu'ils ont une tête qui approche de la face humaine, avec des yeux fort enfoncés. Les femelles ont, dit-on, une chevelure ; on les trouve à l'entrée du Jagoaripé, à quelque distance de la baie de tous les Saints. Cet animal, qui pourroit bien être exagéré par les Portugais, tue, dit-on, les Indiens à force de les embrasser étroitement ; mais on prétend que ce n'est point pour les dévorer ; on assure même que ces monstres gémissent des effets de leur maladresse. Cependant ils leur enlevent les yeux, le nez & les parties naturelles. Credat judaeus, &c.


YQUETAYAS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) plante du Brésil, que MM. Homberg & Marchand prétendent être notre grande scrophulaire aquatique. On attribue à l'yquetaya la propriété d'ôter au séné son mauvais goût & son odeur désagréable, sans rien diminuer de ses vertus. M. Marchand prétend aussi que l'espece de scrophulaire que nous venons de nommer, a le même avantage. Voyez SCROPHULAIRE. (D.J.)


YRAIGNEvoyez ARAIGNEE.


YRIER DE LA PERCHESAINT, (Géog. mod.) petite ville de France dans le Limousin, sur l'Ill, avec titre de prevôté, & une collégiale. Elle a pris son nom moderne de S. Yrier qui y a fondé un monastere. (D. J.)


YSARou YZARD, (Diete & Mat. méd.) nom sous lequel on connoît dans les Pyrénées l'animal plus connu en françois sous le nom de chamois. Voyez CHAMOIS.

Les prétendues propriétés médicamenteuses de quelques matieres retirées de l'yzard ou chamois, sont rapportées à l'article CHAMOIS, Mat. méd. Ses qualités diététiques sont les mêmes que celles du chevreuil, auquel l'ysard est pourtant un peu inférieur pour le goût. Voyez CHEVREUIL, Diete & Mat. méd. (b)


YSENDICK(Géog. mod.) petite ville des Provinces-unies, dans la Flandre, à quelque distance d'un bras de l'Escaut occidental, appellé le Blic, proche la mer, à un mille de Biervliet, à 5 au nord-est de Middelbourg, & à 5 à l'est de l'Ecluse. Les Etats-généraux à qui elle appartient, en ont fait une forteresse presque imprenable. C'est le boulevard de la Zélande, du côté de la Flandre. Long. 21. 10. latit. 51. 18. (D.J.)


YSSELL ', (Géog. mod.) riviere d'Allemagne, qui a ses deux principales sources au pays de Munster & dans le duché de Cleves. La plus septentrionale des deux sources, entre dans le comté de Zutphen. La méridionale se joint avec l'autre source, baigne Doesbourg, Zutphen, Deventer & Kempen, où elle se jette dans le Zuyderzée, dans la province d'Overissel. La riviere d'Yssel qui coule à Oudewater, à Gouda, & qui va tomber dans la Meuse au-dessus de Rotterdam, est différente de l'Yssel qui prend sa source dans le duché de Cleves. Peut-être néanmoins que ces deux rivieres n'en faisoient qu'une seule anciennement.

Quoi qu'il en soit, Drusus, surnommé Germanicus, fils de Claude-Tibere Néron, joignit le Rhin & l'Yssel par un canal qui subsiste encore aujourd'hui, & il commença des digues sur le bord du Rhin, qui furent achevées 63 ans après par Paulin Pompée. C'est cet illustre Drusus qui mourut âgé de 30 ans sur le bord de la Lippe, Luppia (riviere de Westphalie), dans son camp, que cette perte fit nommer le camp détestable, (castra scelerata) Rome dressa des statues à Drusus, & on éleva en son honneur des arcs de triomphe, & des mausolées jusque sur les bords du Rhin. Velleius Paterculus a fait son éloge en deux mots. " Il avoit, dit-il, toutes les vertus que la nature humaine peut recevoir, & le travail perfectionné. " (D.J.)


YSSELMONDE(Géogr. mod.) nom d'une bourgade des Provinces-unies. Cette bourgade appellée en latin, Isale ostium, se trouve dans la partie méridionale de la Hollande, & dans une île qui est à l'embouchure de l'Yssel dans la Meuse, environ à une lieue de Rotterdam.


YSSELSTEIN(Géog. mod.) petite ville & château des Provinces-unies, dans la province de Hollande, aux confins de celle d'Utrecht, sur le petit Yssel, à environ 2 lieues d'Utrecht. Long. 22. 28. lat. 52. 4.


YSTEou UDSTED, (Géog. mod.) ville de Suede dans la Scanie, sur la côte méridionale de cette province, à 2 lieues suédoises de Malmoë, à 3 de Christianstad, & à 9 de Lunden. Long. 30. 50. latit. 55. 38. (D.J.)


YTAHUS. m. (Hist. nat. Litholog.) nom indien d'une pierre qui se trouve dans le Paraguay. On dit que ce mot signifie cloche sonnante. Elle est creuse, de la grosseur de deux poings, & elle rend un son quand on la frappe. Elle se trouve dans quelques rivieres du pays ; elle a environ deux lignes d'épaisseur. Intérieurement elle est d'un verd de mer, ou quelquefois d'une couleur foncée & comme brûlée. Cette pierre est très-dure, & est jaune extérieurement, & couverte d'un sable de la même couleur. Ce sable est rempli de tubercules d'un blanc-sale, & qui prennent le poli. On regarde cette pierre comme fort astringente. Voyez de Laet, de lapidibus & gemmis.


YTICS. m. (Hist. nat. Ornit. exot.) nom qu'on donne dans les îles Philippines à une espece de canard qu'on y voit communément, & qui est de la grosseur de nos canards privés. Les Chinois en font couver les oeufs par la chaleur, comme on fait en Egypte pour les oeufs de poulets. (D.J.)


YUCAS. m. (Hist. nat. Bot.) genre de plante polypétale, liliacée, composée de six pétales qui n'ont point de calice, & qui sont attachées au reservoir. La partie intérieure de cette fleur est garnie de six étamines & d'autant de sommets ; elles deviennent dans la suite un fruit oblong, divisé en trois loges qui renferment des semences anguleuses, disposées en deux rangs. Ajoutez aux caracteres de ce genre, que la racine n'est point bulbeuse, & que les feuilles sont pointues & ressemblent à celles des gramen. Pontederae anthologia. Voyez PLANTE.

On en a déja donné les caracteres au mot CASSAVE, parce que c'est de sa racine préparée qu'on fait du pain, ainsi nommé en françois, & qui sert de nourriture aux Américains. L'article CASSAVE vous indiquera la maniere curieuse dont on fait ce pain ; il ne s'agit ici que de la plante.

Elle est nommée yucca foliis cannabinis, par J. B. yucca foliis aloës, par C. B. P. 91. C'est un arbrisseau qui croît à la hauteur de cinq ou six piés ; sa tige est ligneuse, tortue, noueuse, verruqueuse, fragile, moëlleuse : ses feuilles sont toujours vertes, larges comme la main, divisées chacune en six ou sept parties qui sont comme autant de doigts. Ses fleurs sont des cloches d'une seule piece, blanchâtres, ayant près d'un pouce de diametre, découpées profondément en cinq parties ; le pistil qui est au milieu devient un fruit presque rond, gros à-peu-près comme une aveline, composé de trois loges oblongues jointes ensemble, qui renferment chacune un noyau ou semence oblongue. Sa racine a la figure & la grosseur d'un navet ; elle est de couleur obscure en-dehors & blanche en-dedans. On cultive cette plante en plusieurs lieux de l'Amérique, dans les terres labourées en sillons : nos curieux en cultivent même dans leurs jardins trois ou quatre especes. Celle que nous venons de décrire souffre très-bien le froid de nos climats en plein air, & produit des fleurs.

On peut multiplier toutes les especes de ce genre de plante, soit de graine tirée du dehors, soit des têtes de la plante, comme on fait pour l'aloës. On seme celles qu'on éleve de graine dans un pot de terre légere, qu'on tient dans une couche chaude pendant une couple de mois. Au bout de ce tems-là, on met chaque nouvelle plante dans un pot à part, qu'on entretient de même dans une couche chaude ; on arrose les pots, & on donne de l'air à la plante, autant que la saison le permet. Vers la fin de l'été, on met ces pots dans une serre parmi les aloës. Enfin quand les plantes sont fortes, on en fait des bordures où elles se maintiennent pendant l'hiver, & fleurissent ensuite à merveille. (D.J.)


YUCATAou JUCATAN, (Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale, dépendante de la nouvelle Espagne. Christophe Colomb en 1502, eut la premiere connoissance de ce pays, mais il n'y entra point. La découverte en fut faite en 1517 par François Fernandès de Cordoue. En 1527, François de Montéjo qui joint à Grijalva, avoit parcouru toute la côte de l'Yucatan, en fit la conquête, & en fut le premier gouverneur.

L'Yucatan est une presqu'île qui s'avance dans le golfe de Mexique. Son terroir est si fertile en grains, qu'on y moissonne deux fois l'année. Il y a des mines d'or & d'argent, & plusieurs animaux qui lui sont particuliers, comme le paresseux & le chat tigre. Les vaches y sont extrêmement grosses.

On trouve dans cette province beaucoup de bois propre à la charpente, du miel, de la cire, du sucre, du maïs & de la casse. Les habitans y sont néanmoins en petit nombre. Outre la capitale, qui est Mérida, il y a la nouvelle Valladolid, Salamanque & Campêche. (D.J.)


YUMA(Géog. mod.) île de l'Amérique septentrionale, une des Lucaies, au nord de l'île de Cuba. Elle a environ vingt lieues de long & sept de large. Les Anglois l'appellent Long-Island. Latit. 20. 30. (D.J.)


YUNAL ', (Géog. mod.) riviere de l'Amérique, dans l'île Hispaniola. Elle tire son origine des hautes montagnes de la Porte, & se rend à la mer dans la baie de Sumana. (D.J.)


YUNES. f. (Comm.) mesure des liqueurs en usage dans le Wirtemberg.

L'yune contient dix masses, & l'ame est composée de seize yunes. Voyez MASSE & AME. Dictionn. de Comm. & de Trév.


YUPI(Géog. mod.) pays d'Asie, dans la Tartarie orientale, entre celui de Nieulan, la mer orientale, & la Chine, le long du fleuve Ségalien. Les peuples qui l'habitent sont farouches & errans de côté & d'autre. (D.J.)


YURUBESHL', (Géog. mod.) riviere de l'Amérique méridionale. Sa source est dans les montagnes, proche celle de l'Iquiari : après avoir passé sous la ligne, elle se rend dans le Rio-Negro. Elle communique avec l'Yupara, par le moyen du lac appellé Marachi. (D.J.)


YVERDUNbailliage d ', (Géog. mod.) c'est un de ceux du pays de Vaud en Suisse, qui dépendent du canton de Berne. Ce bailliage s'étend d'un côté jusqu'au mont Jura, & de l'autre environ trois lieues tirant vers Lausanne. Il comprend dix-sept ou dixhuit paroisses. (D.J.)

YVERDUN, (Géog. mod.) ville de Suisse au pays de Vaud, chef-lieu d'un bailliage de même nom, à la tête du lac de Neuchâtel, près des rivieres d'Orbe & de Thiele, qu'on passe sur deux ponts, dont un se leve la nuit à quinze lieues au sud-ouest de Berne. Cette ville nommée Castrum dans la notice des provinces, & Ebrudunum Sabaudiae, dans la notice de l'empire, a toujours été assez forte. Elle est à-présent décorée d'une grande place, bordée aux quatre côtés d'un temple, d'un château, de la maison de ville, & d'un grenier public. Il s'y fait du commerce, par le moyen d'un petit port que forme l'Orbe. On a trouvé à Yverdun quelques médailles d'empereurs & une inscription romaine fort délabrée, & rapportée si diversement par Plantin & Scheuzchzer, qu'elle est inintelligible. Long. 24. 30. latit. 46. 48. (D.J.)


YVETOT(Géog. mod.) bourg de France en Normandie, au pays de Caux, à deux lieues de Caudebec & à six de Rouen. Ce bourg a le titre de seigneurie, & ses habitans ne paient ni tailles, ni aides, ni gabelles. Cette seigneurie, après avoir été cent trente-deux ans dans la maison du Bellay, est entrée dans celle du marquis d'Albon S. Marcel, & les bénédictins en possedent aujourd'hui une partie, par leur abbaye de S. Vandreville.

On a raconté bien des fables au sujet de ce bourg, qu'on s'est avisé pendant long-tems de qualifier de royaume, d'après Robert Gaguin, historien du seizieme siecle. Cet écrivain, l. II. fol. 17. rapporte que Gautier ou Vautier, seigneur d'Yvetot, chambrier du roi Clotaire I. ayant perdu les bonnes graces de son maître par des charités qu'on lui prêta, & dont on n'est pas avare à la cour, s'en bannit de son propre mouvement, passa dans les climats étrangers, où pendant dix ans il fit la guerre aux ennemis de la foi ; qu'au bout de ce terme, se flattant que la colere du roi seroit adoucie, il reprit le chemin de la France ; qu'il passa par Rome, où il vit le pape Agapet, dont il obtint des lettres de recommandation pour le roi, qui étoit alors à Soissons capitale de ses états. Le seigneur d'Yvetot s'y rendit un jour de vendredi-saint de l'année 536 ; & ayant appris que Clotaire étoit à l'église, il fut l'y trouver, se jetta à ses piés, & le conjura de lui accorder sa grace par le mérite de celui qui en pareil jour avoit répandu son sang pour le salut des hommes ; mais Clotaire, prince farouche & cruel, l'ayant reconnu, lui passa son épée au-travers du corps.

Gaguin ajoute que le pape Agapet ayant appris une action si indigne, menaça le roi des foudres de l'Eglise, s'il ne réparoit sa faute, & que Clotaire justement intimidé, & pour satisfaction du meurtre de son sujet, érigea la seigneurie d'Yvetot en royaume, en faveur des héritiers & des successeurs du seigneur d'Yvetot ; qu'il en fit expédier des lettres signées de lui & scellées de son sceau ; que c'est depuis ce tems-là que les seigneurs d'Yvetot portent le titre de rois : & je trouve, par une autorité constante & indubitable, continue Gaguin, qu'un événement aussi extraordinaire s'est passé en l'an de grace 536.

Tout ce récit a été examiné selon les regles de la plus exacte critique, par M. l'abbé de Vertot, dans une dissertation insérée en 1714 parmi celles du recueil des Mémoires des inscriptions, tome IV. in-4°. Ce savant abbé prouve qu'aucun des historiens contemporains n'a fait mention d'un événement si singulier ; que Clotaire I. qu'on suppose souverain de cet endroit de la France où est située la seigneurie d'Yvetot, ne régnoit point dans cette contrée ; que le pape Agapet étoit déja mort ; que dans ce même tems les fiefs n'étoient point héréditaires ; & qu'enfin on ne datoit point les actes de l'an de grace, comme le rapporte Robert Gaguin.

Il est peut-être arrivé que dans l'espace de tems qui s'est écoulé depuis 1370 à 1390, le souverain, par une grace singuliere, tourna en franc-aleu & affranchit de tout devoir d'hommages & de vassalité la terre d'Yvetot : mais supposé qu'on veuille donner à ce franc-aleu noble le titre de royaume, les Anglois nos voisins nous en fourniront un pareil qu'on appelle le royaume de Man, de la petite île de ce nom située dans la mer d'Irlande, & au couchant de l'Angleterre.

La seigneurie d'Yvetot jouit encore aujourd'hui de tous les priviléges des francs-aleus nobles attachés à cette terre, à laquelle le vulgaire donnoit autrefois le nom de royaume, ainsi qu'il paroît par ces vers d'un de nos anciens poëtes :

Au noble pays de Caux,

Y a quatre abbayes royaux,

Six prieurés conventuaux,

Et six barons de grand arroy,

Quatre comtes, trois ducs, un roy.

Le lecteur curieux de consulter tout ce qui regarde le prétendu royaume d'Yvetot, peut lire, outre la dissertation que nous avons indiquée, le traité de la noblesse par M. de la Roque, le Dictionnaire géographique de la France, le Mercure du mois de Janvier 1726, & le traité latin du royaume d'Yvetot par Claude Malingre, intitulé de falsâ regni Yvetotti narratione, ex majoribus commentariis in fragmentum redactâ. Paris, 1615, in-8°. (D.J.)


YVOIRES. m. (Hist. nat.) dent, ou plutôt défense de l'éléphant, qui naît aux deux côtés de sa trompe en forme de longue corne. Voyez DENT.

L'yvoire est fort estimé à cause de sa couleur, de son poli, & de la finesse de son grain quand il est travaillé. Dioscoride dit qu'en faisant bouillir l'yvoire avec la racine de mandragore l'espace de six heures, il s'amollit, ensorte que l'on en peut faire tout ce que l'on veut. Voyez TEINTURE.

L'yvoire de l'île de Ceylan & de l'île d'Achand, a cela de particulier, qu'il ne jaunit point, comme celui de la terre-ferme, & des Indes occidentales ; ce qui le rend plus cher que l'autre.

On appelle noir d'yvoire, de l'yvoire que l'on brûle & que l'on retire en feuille quand il est devenu noir. On le broye à l'eau, & on en fait de petits pains plats & des trochisques dont les Peintres se servent. Voyez NOIR.

YVOIRE, (Chymie pharmaceut.) la rapure d'yvoire est assez souvent employée par les médecins dans les tisanes, dans les bouillons, & dans la gelée des malades ; la corne de cerf qui est plus commune, vaut encore mieux ; cependant puisque l'yvoire est d'usage, M. Geoffroy n'a pas voulu négliger de l'examiner ; voici le résultat de ses opérations sur cette matiere osseuse.

Une livre de rapure d'yvoire a donné un bouillon limpide, qui s'est coagulé en refroidissant ; mais dans l'évaporation il a déposé insensiblement une terre blanche très-fine, chargée d'une portion de sel essentiel ; ce qui a obligé M. Geoffroy de refiltrer la liqueur. La partie gommeuse qui est restée après l'évaporation de ce bouillon filtré pour la seconde fois, est devenue plus seche, plus dure, & plus solide, que celle des os de boeuf, mais moins unie, & moins liée que celle du bois de cerf. Cette matiere gommeuse pesoit quatre onces sept gros un grain ; analysée, elle a donné d'abord un peu de flegme, puis un esprit de couleur orangée, ensuite un sel volatil blanc en ramifications, qui a pesé un gros quarante-huit grains. L'huile épaisse & noire qui est venue la derniere, pesoit avec l'esprit trois gros trente-six grains. Mém. de l'acad. an. 1732. (D.J.)


YVOYou IVOY,, (Géog. mod.) petite ville de France, dans le Luxembourg françois, sur le bord du Chier, à six lieues au midi de Sédan, & à 12 au couchant de Luxembourg. La paix de Riswick en assura la possession à la France ; elle fut érigée en duché en 1662, sous le nom de Carignan, en faveur du prince Eugene. Long. 22. 53. latit. 49. 38. (D.J.)


YVRAIEVoyez YVROIE.


YVRESSES. f. (Médecine) état contre nature, dérangement plus ou moins considérable du corps & de l'esprit, que produisent le plus ordinairement les liqueurs fermentées bues avec excès. En nous renfermant, comme il convient dans notre sujet, nous ne devons voir dans l'yvresse qu'une maladie, & nous borner à l'examen des symptomes qui la caractérisent, des causes qui l'excitent, & des remedes qui la guérissent ; laissant au moraliste & au théologien le soin de joindre les désordres qu'entraîne l'yvresse en privant l'homme de sa raison ; & la grandeur de la faute commise par cette sorte d'intempérance, & d'en éloigner les hommes par les traits plus ou moins efficaces que leur fournissent la morale & la religion.

On peut relativement à la qualité & au nombre des symptomes, distinguer dans l'yvresse trois états ou degrés différens : le premier degré, ou l'yvresse commençante, s'annonce par la rougeur du visage, par la chaleur que la personne qui s'enyvre y ressent ; on voit alors son front se dérider, ses yeux s'épanouir & respirer la gaieté ; l'ennuyeuse & décente raison oubliée, pas encore perdue, & avec elle se dissipent les soucis, les chagrins, & les inquiétudes qu'elle seule produit, & entraîne constamment à sa suite ; l'esprit dégagé de cet incommode fardeau est plus libre, plus vif, plus animé ; il devient dans quelques personnes plus actif & plus propre à former de grandes idées, & à les exprimer avec force ; les discours sont plus joyeux, plus enjoués, plus diffus, moins suivis, & moins circonspects ; mais en même tems les paroles sont plus embarrassées, prononcées avec moins de netteté ; on commence déja à bégayer, & à mesure qu'on parle davantage, on parle avec moins de facilité ; la langue s'appesantit, elle exécute ses mouvemens avec peine, & trouve encore un obstacle dans la salive qui est épaisse & gluante.

Cet état est proprement ce qu'on appelle être gris ; il n'a rien de fâcheux, n'exige aucune attention de la part du médecin ; on le regarde comme un des moyens les plus propres à répandre & à aiguiser la joie des festins ; mais pour peu qu'on s'expose plus longtems à la cause qui l'a produit, la scene va changer ; les pleurs vont succéder aux ris, & ce trouble léger qui n'avoit servi qu'à remonter les ressorts de la machine, va dégénérer en une altération vraiment maladive ; c'est le second degré de l'yvresse, ou l'yvresse proprement dite.

Alors tous les organes des sens & des mouvemens affectés deviennent incapables d'exercer comme il faut leurs fonctions ; les yeux obscurcis ne sont plus que confusément frappés des objets ; ils les représentent quelquefois doubles, ou agités par un mouvement circulaire ; l'oreille est fatiguée par un bruissement continuel ; les sens intérieurs, les facultés de l'ame, les idées, les discours, & les actions qui les expriment & en sont les suites, répondent au dérangement des organes extérieurs ; on ne voit plus aucune trace ni d'esprit ni de raison ; on n'apperçoit que les effets des appétits grossiers & des passions brutales ; les personnes dans cet état ne parlent qu'à bâtons rompus & sans suite ; ils sont dans une espece de délire dont l'objet & la nature varient dans les différens sujets ; les uns l'ont gai, les autres mélancholique ; ceux-ci babillent beaucoup, ceux-là sont taciturnes ; quelquefois doux & tranquilles, plus souvent furieux & comme maniaques ; un tremblement universel occupe les différens organes des mouvemens ; la langue bégaye à chaque mot, & ne peut en articuler un seul ; les mains sont portées incertainement de côté & d'autre ; le corps ne peut plus se soutenir sur les piés foibles & mal assurés ; il chancelle de côté & d'autre à chaque pas, & tombe enfin sans pouvoir se relever. Alors l'estomac se vuide, le ventre quelquefois se lâche, les urines coulent, & un sommeil accompagné de ronflement troublé par des songes laborieux succede à tous ces symptomes, & les termine plus ou moins promptement.

Ce second degré d'yvresse très-familier à nos buveurs de vin & de liqueurs fermentées, est une maladie en apparence très-grave ; & elle le seroit en effet, si elle étoit produite par une autre cause ; elle ne laisse même aucune suite fâcheuse pour l'ordinaire, à-moins que devenant habituelle, elle ne mérite le nom d'yvrognerie. Dans la plûpart des sujets elle se dissipe après quelques heures de sommeil ; les buveurs sont censés pendant ce tems cuver leur vin ; on en a vu rester yvres pendant plusieurs jours. David Spilenberger rapporte qu'un homme toutes les fois qu'il s'enyvroit, restoit dans cet état durant trois jours, (Miscell. nat. curiosor. ann. 11. observ. 70.) Il peut arriver que ce degré d'yvresse soit suivi du troisieme, le plus grave de tous, & celui qui exige les secours du médecin.

Je fais consister ce troisieme degré dans l'apparition des accidens graves & moins ordinaires, tels que la folie, les convulsions, l'apoplexie, &c. qui succedent aux symptomes que nous venons de détailler, ou qui suivent immédiatement l'usage des corps enyvrans. Lorsque l'yvresse est à ce point, le danger est grand ; il est cependant moins pressant & moins certain que si ces symptomes devoient leur naissance à toute autre cause ; pour prononcer plus sûrement sur la grandeur du péril que courent les personnes yvres, dans ces circonstances il faut attendre que le vin soit cuvé, comme l'on dit, s'il est la cause de l'yvresse, parce que si les accidens persistent avec la même force, il y a tout à craindre pour les jours du malade. Hippocrate a remarqué que si une personne yvre devenoit tout-à-coup muette ou apoplectique, elle mouroit dans les convulsions, à-moins que la fievre ne survînt, ou qu'elle ne reprît la parole dans le tems que l'yvresse a coutume de cesser. Aphor. 5. lib. V.

Antoine de Pozzis raconte qu'un fameux buveur fut pendant une yvresse tourmenté de vives douleurs de tête excitées par le déchirement de la dure-mere, & qui ne cesserent que lorsque les os du crane se furent écartés les uns des autres : cet écartement qui étoit d'un pouce, avoit lieu à la suture coronale ; depuis cet instant cet homme eut l'avantage de pouvoir boire très-copieusement sans s'incommoder & d'enyvrer tous ceux qui vouloient disputer avec lui. Il ne manque pas d'exemples de personnes qui ont accéléré leur mort par l'excès du vin, mais c'est moins par l'yvresse que par l'yvrognerie, c'est-à-dire que leur mort a été moins la suite des symptomes passagers qui caractérisent l'yvresse, que l'effet de l'altération lente & durable que fait sur la machine l'excès des liqueurs fermentées réitéré souvent, l'yvrognerie ou l'yvresse habituelle. Lorsque les personnes yvres meurent, c'est pour l'ordinaire promptement & dans quelque affection soporeuse ; les yvrognes voient la mort s'avancer à pas lents, précédée par des gouttes-roses, des tremblemens, des paralysies, & déterminée le plus souvent par des hydropisies du bas-ventre ou de la poitrine.

Dans la description de l'yvresse que nous venons de donner, nous nous sommes uniquement attachés à celle qui se présente le plus fréquemment, peut-être même la seule véritable, qui est l'effet du vin & des liqueurs spiritueuses, & qu'on a plus spécialement désignée sous le nom de témulence, dérivé de temetum, ancien mot latin banni aujourd'hui de l'usage, qui signifioit vin. On voit cependant assez souvent produits par d'autres causes des symptomes assez analogues à ceux que nous avons exposés, & au concours desquels on a donné le nom générique d'yvresse. Parmi ces causes on range d'abord toutes les substances narcotiques veneneuses, parce qu'avant de produire leur effet immédiat, qui est l'assoupissement plus ou moins fort, l'apoplexie ou le troisieme degré d'yvresse ; elles excitent, quand leur action est lente, l'espece de gaieté, le délire & ensuite la stupeur qui caractérisent les autres degrés d'yvresse : ce qu'elles font aussi quand elles sont prises à petite dose ou par des personnes habituées ; dans cette classe sont renfermés les solanum, les stramonium, la mandragore, la belladona, la ciguë, les noix folles, nuces insanas, dont parle Clusius, la noix myristique, suivant Lobelius, les feuilles de chanvre, fort usitées chez les Egyptiens sous le nom d'assis, le suc des pavots ou l'opium, avec lequel les Turcs s'enyvrent fréquemment, & dont ils composent, suivant Mathiole & Sennert, leur maslach, liqueur très-enyvrante ; quand ils vont au combat, ils se servent aussi de l'opium pour s'étourdir & s'animer ; ils n'en prennent que ce qu'il faut pour produire le commencement du premier degré d'yvresse. Les semences d'yvraie, dont le nom fort analogue à celui d'yvresse, paroît ou l'avoir formé ou en avoir été formé, sont aussi très-propres à enyvrer ; ceux qui mangent du pain dans lequel elles entrent en certaine quantité, ne tardent pas à s'en appercevoir par des maux de coeur, des douleurs de tête, des vertiges, le délire, en un mot l'yvresse qui succede aussitôt ; quelquefois les convulsions surviennent ; le vomissement & le sommeil terminent ordinairement ces accidens. Schenckius dit avoir vu excité par l'usage de ces grains une nyctalogie ; Jacques Wagner, outre plusieurs exemples d'yvresse produites par la même cause, rapporte une histoire qui fait voir que les faits les plus absurdes ne manquent jamais d'être attestés par quelque autorité : " dans une maison de campagne, un cheval ayant mangé une grande quantité d'yvraie, tomba comme mort, & ayant été réputé tel, il fut porté dehors où il fut écorché ; après que l'yvresse fut dissipée, le cheval se réveille & revient tranquillement dans l'écurie, au grand étonnement de ceux qui furent les témoins de cet événement singulier ". On en trouve le détail manuscrit fait sur le champ avec autenticité dans la bibliotheque publique d'une ville voisine, Tigurum. Je doute fort que ce témoignage suffise pour forcer la croyance des lecteurs peu faciles.

Le lait, suivant quelques auteurs, mérite aussi d'être regardé comme une des causes d'yvresse ; il produit fréquemment cet effet chez les Scythes & les Tartares, après qu'ils lui ont fait subir quelques préparations ; les principales sont, au rapport des historiens, la fermentation & la distillation ; quoique nous ignorions la maniere d'exciter dans le lait la fermentation spiritueuse, la nature muqueuse du lait & son passage à l'acide nous la font concevoir très-possible ; & peut-être pourrions-nous l'obtenir si nous pouvions prendre le lait dans l'instant où la fermentation acéteuse commence, & si nous savions rendre cette fermentation plus lente ; le breuvage qui résulte de ce lait fermenté, est, suivant Luc, dans sa relation des Tartares, appellé par les habitans chyme ou poza. Prosper Alpin prétend que la liqueur à laquelle on donne ce nom, est faite avec la farine d'yvraie, les semences de chanvre & l'eau. Il n'est pas aussi facile d'imaginer comment le lait peut par la distillation fournir une liqueur enyvrante & par conséquent spiritueuse. Quoique Sennert croie en trouver la raison dans la nature du beurre, qui étant gras & huileux, doit, suivant lui, donner des huiles peu différentes des esprits ; l'état de perfection où est aujourd'hui la chymie, ne permet pas de recevoir de pareilles explications ; il est plus naturel de penser que le fait examiné par des yeux peu chymistes, se trouve faux ou considérablement altéré, du-moins il est permis d'en douter jusqu'à ce qu'il ait été vérifié par des observateurs éclairés.

Nous porterons le même jugement sur la faculté enyvrante que quelques auteurs ont attribuée à certaines eaux ; telle est sur-tout celle du fleuve Lincerte dont les effets passent pour être semblables à ceux du vin. Ovide dit que

Hunc quicumque parùm moderato gutture traxit,

Haud aliter titubat ac si mera vina bibisset.

Metam. lib. XV.

Sénéque rapporte la même chose, quaest. natur. lib. III. cap. xx. Ce fait vrai ou faux est encore attesté par Pline, histor. natur. lib. II. cap. 103. Cependant malgré ces autorités, il ne laisse pas d'être regardé comme très-incertain. Le témoignage d'un poëte menteur de profession, d'un philosophe peu observateur & d'un naturaliste pris souvent en défaut, ne paroissent pas assez décisifs aux personnes difficiles.

Bacon de Verulam assure que les poissons jettés du Pont-Euxin dans de l'eau douce, y sont d'abord comme enyvrés, hist. natur. & art. Il a pris cette inquiétude, cette agitation qu'ils éprouvent en passant dans une eau si différente, pour une véritable yvresse ; mais c'est abuser des termes que de confondre ces effets.

L'action de ces différentes causes n'étant ni bien décidée, ni même suffisamment constatée, & les principes par lesquels elles agissent, étant peu ou mal connus, nous ne nous y arrêterons pas davantage ; nous entrerons dans un détail plus circonstancié au sujet des liqueurs fermentées qui sont les causes d'yvresse les plus fréquentes & les plus exactement déterminées ; nous allons examiner en premier lieu, dans quelle partie réside la faculté d'enyvrer : 2°. quelle est la façon d'agir sur le corps pour produire cet effet.

On appelle en général liqueurs fermentées celles qui sont le produit de la fermentation spiritueuse : elles contiennent un esprit ardent inflammable, un sel acide, & souvent une partie extractive qui les colore, que Beccher appelle la substance moyenne ; quoique tous les végétaux qui contiennent une certaine quantité de corps doux, sucrés ou muqueux, soient susceptibles de cette fermentation, on n'y expose dans ces pays pour l'usage, que les raisins qui donnent le vin, les poires & les pommes qui fournissent le poiré & le cidre, & les grains dont on fait la biere. Voyez tous ces articles. Dans les Indes, au défaut de ces fruits, on fait fermenter les sucs des bouleaux, des acacia, des palmiers ; les Maldives font du pain & du vin avec le palmier sagoutier ; & les Tartares, si nous en croyons nos voyageurs, tirent du lait une liqueur spiritueuse ; on n'observe dans toutes ces liqueurs préparées avec ces diverses substances, aucune différence essentielle ; elles contiennent les mêmes principes plus ou moins purs & combinés dans des proportions inégales ; les médecins ne sont pas d'accord sur le principe qui contient la cause matérielle de l'yvresse ; les uns prétendent que c'est l'esprit ou la partie sulphureuse ; les autres soutiennent que c'est l'acide ; ils se réunissent tous à regarder la partie extractive colorante comme inutile ; on pourroit cependant leur objecter que la biere dans laquelle on a mis une plus grande quantité de houblon qui fait l'office de substance moyenne, & qui retarde la formation du spiritueux, est beaucoup plus enyvrante que les autres. Pour répondre à ce fait qui paroît concluant, ils seroient obligés de soutenir que la stupeur, l'engourdissement, l'espece de délire & les autres symptomes excités par ces sortes de biere, ne sont pas une véritable yvresse, mais une maladie particuliere fort analogue à l'effet des plantes soporiferes ; il est vrai que l'eau-de-vie, l'esprit-de-vin, les vins blancs, &c. n'enyvrent pas moins quoique privés de cette partie.

Tachenius & Beckius, partisans de la pathologie acide, n'ont pas cru devoir excepter l'yvresse d'une regle à laquelle ils soumettoient toutes les autres maladies ; ils ont reconnu dans le vin une partie acide, & ils lui ont attribué la faculté d'enyvrer avec d'autant plus de fondement, disent-ils, que les plantes qui contiennent de l'alkali, sont, suivant eux, le secours le plus efficace pour dissiper l'yvresse. Ils ajoutent que la gaieté excitée au commencement de l'yvresse, ne sauroit s'expliquer plus naturellement que par l'effervescence qui se fait entre les parties acides du vin & les substances alkalines des esprits animaux, & que le sommeil qui succede enfin, & qui est déterminé par une plus grande quantité de liqueurs fermentées, est une suite de l'excès de l'acide sur les alkalis, qui en détruit la force & l'activité.

Il n'est pas besoin d'argumens pour réfuter l'aitiologie de la gaieté & du sommeil établie sur le fondement que l'acide est la cause de l'yvresse. Cette explication ridicule tombe d'elle-même ; & pour en sapper les fondemens, il suffira de remarquer que les vins enyvrent d'autant plus qu'ils sont plus spiritueux, & par conséquent moins acides ; tels sont les vins d'Espagne, d'Italie & des provinces méridionales de France, que les vins les plus tartareux ou acides, comme ceux de Bourgogne & du Rhin, sont les moins enyvrans : que les vins foibles qui ne contiennent presque point de tartre, comme les vins blancs, enyvrent plus promptement que les vins plus forts & en même tems plus tartareux : que l'eau-de-vie & l'esprit-de-vin, qu'on a même fait passer sur les alkalis fixes, & qui se trouvent & par la distillation & par cette opération dépouillés de tout acide surabondant à sa mixtion, enyvrent à très-petite dose & très-rapidement ; on pourroit opposer à ce qu'ils disent sur la vertu des plantes alkalines contre l'yvresse, 1°. que ces plantes dont il faut retrancher les vulnéraires, & qu'il faut restreindre aux cruciferes, agissent principalement en poussant par les urines : 2°. que les remedes employés le plus fréquemment & avec le succès le plus constant sont les acides, & en particulier le tartre. M. Rouelle m'a assuré avoir fait des expériences particulieres sur ce sel avec excès d'acide, l'avoir donné fréquemment à des personnes yvres, & avoir toujours observé que l'yvresse se dissipoit très-promptement, quelquefois même dans moins de demi-heure.

Toutes ces considérations si décisives contre les prétentions de ceux qui plaçoient dans l'acide du vin sa faculté enyvrante, ont fait conclure à nos chimiatres modernes que cette vertu résidoit dans la partie spiritueuse, dans l'esprit ardent inflammable, produit essentiel & caractéristique de la premiere espece de fermentation. Ce sentiment est conforme à toutes les expériences & observations qu'on a faites sur cette matiere, il se plie avec beaucoup de facilité à tous les phénomenes chymiques & pratiques ; mais l'esprit de vin ne seroit-il pas aidé dans cet effet par les autres parties, par l'eau même qui entre dans la composition des liqueurs fermentées ? Cette idée paroît tirer quelque vraisemblance de l'observation de Vigénaire ; cet auteur assure (tractat. de aq. & fil.) qu'une quantité donnée d'esprit-de-vin, une once enyvre moins que la quantité de vin qui auroit pû fournir cette once d'esprit. En supposant le fait bien observé, on peut y répondre, 1°. qu'on n'a fait cette expérience que sur des allemands plus accoutumés à l'esprit-de-vin, & par-là même disposés à être, suivant la remarque d'Hippocrate, moins affectés par son action ; 2°. qu'il se dissipe beaucoup de parties spiritueuses dans la distillation de l'esprit-de-vin, qui souvent enyvrent les ouvriers peu circonspects ; 3°. que dans les rectifications il s'en évapore, & s'en décompose toujours quelque partie ; 4°. enfin que l'yvresse qui est produite par une certaine quantité de vin, suppose toujours une distention & une gêne dans l'estomac, qui peut en imposer pour l'yvresse, ou en rendre les effets plus sensibles.

La partie spiritueuse des liqueurs fermentées étant reconnue pour cause de l'yvresse, quelques chymistes, entr'autres van Helmont & Beccher ont poussé leurs recherches plus loin ; convaincus que cette partie n'étoit pas simple, qu'elle étoit composée d'autres parties, ils ont tâché de déterminer quelle étoit proprement celle qui enyvroit, & ils se sont accordés à reconnoître cette vertu dans la partie qu'ils appellent sulphureuse, & qui n'est autre chose que ce que Stahl & les chymistes qui ont adopté ses principes, désignent sous le nom d'huile très-atténuée, à laquelle l'esprit-de-vin doit son inflammabilité ; ce sentiment est très-probable, & paroît d'autant plus fondé que l'éther, qui n'est vraisemblablement que cette huile, a la faculté d'enyvrer dans un degré éminent ; il y a cependant lieu de penser que les autres parties de l'esprit-de-vin concourent à restreindre cet effet dans les bornes de l'yvresse ; du-reste le rapport qu'on admet entre ce soufre du vin, & le soufre qu'on dit retirer des substances narcotiques, ne paroît pas trop exact, & l'explication des phénomenes de l'yvresse fondée sur ces principes, n'est point du tout satisfaisante.

Après avoir déterminé quelle est dans les liqueurs fermentées la partie strictement enyvrante, il nous reste à examiner la maniere dont elle agit sur le corps pour produire ses effets ; mais dans cet examen nous sommes privés du témoignage des sens, & par conséquent du secours de l'expérience & de l'observation, & réduits à n'avoir pour guide que l'imagination, & pour flambeau que le raisonnement ; ainsi nous ne pouvons pas espérer de parvenir à quelque chose de bien certain & de bien constaté. Toutes les théories qu'on a essayé de nous donner de cette action, prouvent encore mieux combien il est difficile d'atteindre même le vraisemblable ; parmi les médecins qui se sont occupés de ces recherches, les uns ont avec Tachenius & Beckius, supposé qu'il y avoit des esprits animaux, & que ces esprits animaux étoient, comme nous l'avons déja dit, d'une nature alkaline, que la partie du vin qui enyvroit, étoit acide, & qu'il se faisoit une effervescence entre ces substances opposées ; les autres qui ont avec Beccher & van Helmont, placé la vertu enyvrante dans ce soufre du vin, ont exprimé son action par la viscosité & la ténacité des parties du soufre qui arrosoit, embourboit & enchaînoit pour-ainsi-dire les esprits animaux, & les rendoit incapables d'exercer leurs fonctions. Ceux-ci ont cru que les vapeurs du vin montoient de l'estomac à la tête, comme elles montent du fond d'un alambic dans le chapiteau, qu'elles affectoient le principe des nerfs, & en engourdissoient les esprits ; ceux-là plus instruits ont pensé que toute l'action des corps enyvrans avoit lieu dans l'estomac, & que les nerfs de ce viscere transmettoient au cerveau l'impression qu'ils recevoient par une suite de la correspondance mutuelle de toutes les parties du corps, & de la sympathie plus particuliere qu'il y a entre la tête & l'estomac ; ils ont en conséquence voulu qu'on regardât l'yvresse comme une espece d'indigestion qui étoit suivie & terminée par une purgation ; cette aitiologie est la seule qui soit dans quelques points conforme à l'observation, & qui satisfasse à une partie des phénomenes ; nous remarquerons cependant qu'elle ne sauroit être généralement adoptée : nous ne nous arrêterons pas aux autres, qui plus ou moins éloignées de la vraisemblance, ne valent pas la peine d'être réfutées. Lorsque l'yvresse est excitée par une grande quantité de liqueurs, il n'est pas douteux qu'il n'y ait alors une véritable indigestion ; mais peut-on soupçonner cette cause, lorsque l'yvresse sera occasionnée par un seul verre de vin spiritueux, d'eau-de-vie, ou d'esprit-de-vin ? je conviendrai encore que dans ce cas là les causes d'yvresse ont fait leur principal effet sur l'estomac, & n'ont affecté que sympathiquement le cerveau ; mais cette façon d'agir ne pourra avoir lieu, si l'on prend le vin en lavement, & que l'yvresse survienne, comme l'a observé Borellus, cap. j. observ. 56 ; encore moins pourra-t-on la faire valoir pour les yvresses qu'excite l'odeur des liqueurs fermentées. Le systême ingénieux de Mead sur l'action des narcotiques, qui est le fondement de celui-ci, tombe par le même argument, qui est sans réplique ; on voit des personnes s'endormir en passant dans des endroits où il y a beaucoup de plantes soporiferes : en respirant l'odeur de l'opium, & par conséquent sans éprouver ce chatouillement délicieux dans l'estomac, qui fixant l'attention de l'ame, & l'affectant aussi agréablement qu'elle se croit transportée en paradis, l'empêche de veiller à l'état des organes, & à l'exercice de leurs fonctions. Je suis très-porté à croire que les corps enyvrans, comme les narcotiques, agissent sur les nerfs, que pris intérieurement ils portent leurs effets immédiats sur ceux du ventricule ; mais comment agissent-ils ? c'est ce qu'il ne nous est pas encore possible de décider ; l'état de nos connoissances actuelles suffit pour nous faire appercevoir le faux & le ridicule des opinions ; mais il ne nous permet pas d'y substituer la vérité : consolons-nous du peu de succès de ces recherches théoriques, en faisant attention qu'uniquement propres à exciter, & à flatter notre curiosité, elles n'apporteroient aucune utilité réelle dans la pratique.

En reprenant la voie de l'observation, nous avons deux questions intéressantes à resoudre par son secours ; savoir, dans quelles occasions l'yvresse exige l'attention du médecin, & par quels remedes on peut en prévenir ou en dissiper les mauvais effets ; 1°. l'yvresse dans le premier, & le plus souvent dans le second degré, se termine naturellement sans le secours de l'art ; les symptomes qui la caractérisent alors, quoiqu'effrayans au premier aspect, n'ont rien de dangereux ; il est même des cas où le trouble excité pour lors dans la machine est avantageux ; par exemple, dans des petits accès de mélancolie, dans l'inertie de l'estomac, la paresse des intestins, la distension des hypochondres, pourvu qu'il n'y ait point de maladie considérable, dans quelques affections chroniques, & enfin lorsque sans être malade, la santé paroît languir, il est bon de la reveiller un peu, & une légere yvresse produit admirablement bien cet effet : les médecins les plus éclairés sont toujours convenus qu'il falloit, de tems-en-tems, ranimer, & remonter, pour ainsi dire, la machine par quelque excès ; on s'est aussi quelquefois très-bien trouvé de faire enyvrer des personnes qui ne pouvoient pas dormir, & auxquelles on n'avoit pu faire revenir le sommeil par aucun des secours qui passent pour les plus appropriés ; le troisieme degré d'yvresse est toujours un état fâcheux accompagné d'un danger pressant, les accidens qui le constituent indiquent des remedes prompts & efficaces ; cependant, comme nous l'avons déja marqué, quoiqu'ils soient très-grands, il y a beaucoup plus d'espérance de guérison, que s'ils étoient produits par une autre cause : ce n'est gueres que dans ce cas qu'on emprunte contre l'yvresse le secours de la médecine ; dans les autres, on laisse aux personnes yvres le soin de cuver leur vin, & de se défaire eux-mêmes par le sommeil & quelques évacuations naturelles, de leur yvresse, on pourroit cependant en faciliter la cessation.

2°. Les remedes que la médecine fournit, peuvent, suivant quelques auteurs, remplir deux indications, ou d'empêcher l'yvresse, ou de la guérir ; le meilleur moyen pour l'empêcher, seroit sans doute de s'en tenir à un usage très-modéré des liqueurs fermentées ; mais les buveurs peu satisfaits de cet expédient, voudroient avoir le plaisir de boire du vin, sans risquer d'en ressentir les mauvais effets, l'on a en conséquence imaginé des remedes qui pussent châtrer sa vertu enyvrante, qui pris avant de boire des liqueurs fermentées, pussent détourner leur action ; & l'on a cru parvenir à ce but en faisant prendre les huileux qui défendissent l'estomac des impressions du vin, & qui la chassassent doucement du ventre, ou des diurétiques qui le déterminassent promptement par les urines ; l'on a célebré sur tout les vertus de l'huile d'olives : Nicolas Pison prétend qu'après en avoir pris, on pourroit boire, sans s'enyvrer, un tonneau de vin. Dominicus Leoni-Lucencis recommande pour cet effet les olives confites avec du sel ; plusieurs auteurs vantent l'efficacité du chou mangé au commencement du repas ; Craton vouloit qu'on le mangeât crud, il y en a qui attribuent la même propriété aux petites raves & radis, qu'on sert dans ces pays en hors-d'oeuvre ; le lait a aussi été ordonné dans la même vue, & enfin les pilules de Glasius, qu'on a appellées pilules contre l'yvresse, passent pour avoir très-bien réussi dans ce cas. Plater assûre s'être toujours préservé de l'yvresse, quoiqu'il bût beaucoup de liqueurs fermentées, ayant seulement attention de ne pas boire dans les repas qui durent long-tems, jusqu'à ce qu'il eût beaucoup mangé pendant une ou deux heures. Observ. l. I. p. 41.

Si on peut parvenir à empêcher l'yvresse, & à détourner les hommes par les secours moraux de s'exposer aux causes qui l'excitent ; quelques auteurs promettent d'inspirer du dégoût pour le vin, en y mêlant quelques remedes (Faschius a fait le recueil de ceux dont on vante l'efficacité dans ce cas, ampelograph. sect. vj. cap. 11.) de ce nombre sont les renettes & l'anguille étouffées dans le vin, les oeufs de chouette, les pleurs de la vigne, les raisins de mer, &c. d'autres ont ajouté le brochet, les rougets, les tortues, les lézards étouffés dans le vin, la fiente de lion, les semences de chou, &c. infusées dans la même liqueur ; il est peu nécessaire d'avertir combien tous ces remedes sont fautifs & ridicules.

Lorsque l'yvresse est bien décidée, & qu'il s'agit de la dissiper, il n'y a point de remede plus assûré & plus prompt que les acides ; ils sont, dit Plater, l'antidote spécifique de l'yvresse ; dans cette classe se trouvent compris les vinaigres, l'oxicrat, les sucs de citron, de grenade, d'épine-vinette, le lait acide, les eaux minérales acidules, & sur-tout le tartre du vin ; je suis très-persuadé que ces remedes qui guérissent en très-peu de tems l'yvresse, en pourroient être, pris avant de boire, des préservatifs efficaces ; si l'yvresse est parvenue au troisieme degré, & si les accidens sont graves, il faut faire vomir tout-de-suite, soit par l'émétique, soit en irritant le gosier ; la nature excitant souvent d'elle-même le vomissement nous montre cette voie, que le raisonnement le plus simple auroit indiqué. Langius conseille de ne pas laisser dormir les personnes yvres avant de les avoir fait vomir. On peut aussi employer dans les cas d'yvresse avec apoplexie, les différentes especes d'irritans, les lavemens forts, purgatifs, les sternutatoires, les odeurs fortes, les frictions, &c. Henri de Heers dit avoir reveillé d'une yvresse en lui tirant les poils de la moustache, un homme qui étoit depuis quatre jours dans une espece d'apoplexie, & qu'enfin après avoir éprouvé inutilement toutes sortes de remedes on alloit le trépaner. Les passions d'ame vives & subites, telles que la joie, la crainte, la frayeur, sont très-propres à calmer sur le champ le délire de l'yvresse ; on peut voir plusieurs exemples qui le prouvent, rapportés par Salomon Reiselius, miscell. natur. curios. ann. ij. observ. 117. Cet auteur dit, qu'étant à Ottenville, un homme yvre étant tombé dans un fumier, & craignant de paroître dans cet état devant son épouse, descendit dans un fleuve pour se laver ; il fut si vivement saisi par la fraîcheur subite de l'eau, qu'il rentra tout-de-suite dans son bon sens. Un autre éprouva aussi dans l'instant le même effet ; à-peine toucha-t-il l'eau d'un fleuve où il étoit descendu, que soit la fraîcheur de l'eau, soit la crainte qu'il eut de se noyer, l'yvresse fut entierement dissipée : un troisieme, dont parle le même auteur, ayant blessé en badinant un de ses amis, fut si effrayé de voir couler son sang avec abondance, qu'il recouvra sur le champ l'usage de la raison. (m)

YVRESSE, (Critique sacrée) ce mot ne se prend pas toujours dans l'Ecriture pour une yvresse réelle ; très-souvent il ne désigne que boire jusqu'à la gaieté dans un repas d'amis ; ainsi, quand il est dit dans la Genèse, xliij. 34. que les freres de Joseph s'enyvrerent avec lui la seconde fois qu'ils le virent en Egypte ; ces paroles ne doivent point offrir à l'imagination une yvresse réelle ; celles-ci, qui inebriat ipse quoque inebriabitur, Prov. xj. 25. celui qui fait boire, boira semblablement, sont des paroles proverbiales, qui signifient que l'homme libéral sera librement récompensé. De même ce passage du Deuter. xxix. 19. absumet ebrius sitientem, la personne qui a bû, l'emporta sur celle qui a soif ; est une maniere de proverbe dont se sert Moïse, pour dire que le fort accablera le foible. Quand saint Paul dit aux Corinth. xj. 21. dans vos repas l'un a faim, & l'autre est yvre, , cela signifie tout-au-plus, boit largement ; c'est le sens du verbe , ou plutôt il faut traduire est rassasié ; car enyvrer dans le style des Hébreux, est combler de biens. Ecclés. j. 24. (D.J.)


YVROGNERIES. f. (Gram. & Jurisprud.) nous laissons au théologien à traiter cette matiere, selon les loix divines & ecclésiastiques : nous observerons seulement ici que, suivant les loix civiles, les nations mêmes qui ont permis l'usage du vin, soit aux hommes ou aux femmes, ont toujours envisagé comme un délit d'en boire avec excès.

Les Athéniens punissoient doublement une faute faite dans le vin ; & chez les Romains anciennement, une femme qui avoit bû du vin, pouvoit être condamnée à mort par son mari ; & depuis même que l'on eut permis aux femmes l'usage du vin, on les punissoit lorsqu'elles en buvoient outre mesure : la femme de Cneius Domitius, qui s'étoit enyvrée, fut condamnée à perdre sa dot.

L'yvresse n'excuse point les autres crimes qui ont été commis dans cet état ; autrement il seroit à craindre que des gens mal intentionnés ne fissent, de propos délibéré, un excès de vin ou autre liqueur, pour s'enhardir à commettre quelque crime grave, & pour trouver une excuse dans le vin ; on punit donc le vin, c'est-à-dire, l'yvrogne qui a commis un crime.

Cependant, quand l'yvresse n'a pas été préparée à dessein, elle peut donner lieu d'adoucir la peine du crime, comme ayant été commis sans réflexion.

La qualité des personnes peut rendre l'yvrognerie plus grave ; par exemple, si celui qui est sujet à ce vice est une personne publique & constituée en dignité, comme un ecclésiastique, un notaire, un juge.

Le reproche fondé contre un témoin sur ce qu'il est yvrogne, n'est pas admissible, à-moins qu'on ne prouvât qu'il étoit yvre lors de sa déposition ; néanmoins l'habitude où un homme seroit de s'enyvrer, pourroit diminuer le poids de sa déposition, & l'on auroit en jugeant tel égard que de raison au reproche. Voyez Bouchel au mot yvrogne & yvresse. Dargentré, art. 266. la Mare, tome I. l. IV. tit. ix. Thaumas. dict. canon. au mot yvrogne ; Catelan, liv. IX. ch. vij. & les mots CABARET, VIN. (A)


YVROIEZIZANIE, (Synonyme) yvroie se dit au propre & au figuré ; arracher l'yvroie, séparer l'yvroie d'avec le bon grain. Zizanie ne se dit qu'au figuré, & signifie division, discorde. Malheureux sont ceux qui sement la zizanie dans une famille, dans une compagnie, dans une communauté, ou parmi les peuples ! (D.J.)


YVROIE SAUVAGE(Botan.) espece de gramen nommée par Tournefort, gramen loliaceum, angustiore folio, & spica I. R. H. Cette plante pousse plusieurs tiges ou tuyaux à la hauteur de deux piés, grêles, ronds, ayant peu de noeuds, & portant chacun deux, trois ou quatre feuilles longues, étroites, cannelées, grasses, de couleur verte obscure : ces tiges sont terminées en leurs sommités par des épis semblables à ceux de l'yvroie, mais plus courts, plus grêles, garnis de feuilles à étamines rouges ou blanches : quand ces fleurs sont passées, il leur succéde de petits grains oblongs & rouges : ses racines sont nouées, & garnies de fibres. Cette plante croît dans les champs, le long des chemins, & sur les toîts des bâtimens : elle passe pour être détersive & astringente. (D.J.)


YVROIE (Diete)(Diete) le blé mêlé de beaucoup d'yvroie est d'une qualité très-inférieure : il devroit même être rejetté, si on n'avoit trouvé des moyens aisés de le monder de cette graine dangereuse, en le passant par des cribles ; on a des moulins destinés à cet usage. Le pain préparé avec du blé chargé de beaucoup d'yvroie cause des maux de tête, des vertiges, des assoupissemens, l'yvresse, & même la folie. C'est sans doute de cette qualité anciennement reconnue, que l'yvroie tire son nom françois.

On dit que les maquignons en font manger aux chevaux ou aux mulets vicieux, peu de tems avant que de les exposer en vente ; & que pendant que l'effet de cette nourriture subsiste, ces animaux sont très-doux. (b)


YVROIE (Botan.)(Botan.) voyez IVROYE


YZQUIATOLTS. m. terme de relation ; c'est une sorte de boisson médicinale, commune dans les Indes occidentales ; elle se fait de petites fêves cuites, avec une plante aromatique, que ceux du pays appellent épazolt. On use de cette boisson dans les maladies du poumon.


YZQUIEPATLS. m. (Hist. nat. des quadrupedes) nom que donnent les Américains à un animal de leur pays qui est du genre des renards, ou du-moins qui ressemble beaucoup dans sa jeunesse au renard européen.

C'est un animal bas de taille, d'un corps épais, allongé, & à courtes jambes ; son nez est pointu, ses oreilles sont petites ; il a tout le corps couvert de poils, particulierement vers la queue, qui est longue, chargée du même poil que le reste du corps ; ce poil est blanc & noir ; les ongles de cet animal sont très-affilés ; il vit dans les caves & dans les creux de rochers, où il fait ses petits ; il vit de vers, d'escargots, d'insectes semblables, & autres petits animaux. Quand il est poursuivi, il jette des vents qui sont d'une odeur insupportable ; son urine & ses excrémens sentent aussi prodigieusement mauvais ; d'ailleurs c'est une bête douce, & qui ne fait aucun mal ; elle tient beaucoup du lapin des Indes, & n'en differe presque que par son odeur puante. Hernandez en distingue une autre espece, que les habitans nomment conepatl, & qu'on distingue seulement de celle-ci par une longue raie, qui s'étend sur les deux côtés du dos jusqu'à la queue. (D.J.)


YZTACTEXS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) plante qui croît dans les montagnes du Brésil. Sa racine est fibreuse, ainsi que celle de l'asarum ; mais ses fibres ne sont pas inférieures ni pour le goût, ni pour l'odeur au nard indien, & l'emportent beaucoup sur la valeriane commune. Ses feuilles sont dentelées, comme celles de l'ortie ; ses tiges sont purpurines, rondes, unies & longues de quatre coudées. Ses fleurs viennent en touffe au sommet des tiges, & sont d'un blanc tirant sur le pourpre. Ses graines ont le goût de l'anis. Sa racine est échauffante, & sudorifique. (D.J.)


ZS. m. (Gramm.) la vingt-cinquieme lettre, & la dix-neuvieme consonne de l'alphabet françois. C'est le signe de l'articulation sifflante foible dont nous représentons la forte par s au commencement des mots sale, sel, simon, son, sur. Nous l'appellons zède, mais le vrai nom épellatif est ze.

Nous représentons souvent la même articulation foible par la lettre s entre deux voyelles, comme dans maison, cloison, misere, usage, &c. que nous prononçons maizon, cloizon, mizere, uzage, &c. c'est l'affinité des deux articulations qui fait prendre ainsi l'une pour l'autre. Voyez S.

Quelquefois encore la lettre x représente cette articulation foible, comme dans deuxieme, sixain, sixieme, &c. Voyez X.

Les deux lettres s & x à la fin des mots se prononcent toujours comme z, quand il faut les prononcer ; excepté dans six & dix, lorsqu'ils ne sont pas suivis du nom de l'espece nombrée : nous prononçons deux hommes, aux enfans, mes amis, vos honneurs, comme s'il y avoit deu-z-hommes, au-z-enfans, mé-z-amis, vo-z-honneurs.

Notre langue & l'angloise sont les seules où la lettre z soit une consonne simple. Elle étoit double en grec, où elle valoit , c'est-à-dire d s. C'étoit la même chose en latin, selon le témoignage de Victorin (de litterâ) : Z apud nos loco duarum consonantium fungitur ds ; & selon Priscien (lib. I.) elle étoit équivalente à S S : d'où vient que toute voyelle est longue avant z en latin. En allemand & en espagnol, le z vaut notre T S ; en italien, il vaut quelquefois notre T S, & quelquefois notre D Z.

Dans l'ancienne numération, z signifie 2000 ; & sous un trait horisontal, = 1000 x 2000 ou 2000000.

Les pieces de monnoie frappées à Grenoble, portent la lettre Z. (E. R. M. B.)

Z, (Littérat.) cette vingt-troisieme & derniere lettre de l'alphabet étoit lettre double chez les Latins, aussi-bien que le z des Grecs. Le z se prononçoit beaucoup plus doucement que l'x ; d'où vient que Quintilien l'appelle mollissimum & suavissimum, néanmoins cette prononciation n'étoit pas tout-à-fait la même qu'aujourd'hui, où nous ne lui donnons que la moitié d'une s. Elle avoit de plus quelque chose du D, mais qui se prononçoit fort doucement, Mezentius se prononçoit presque comme Medsentius, &c. Le z avoit encore quelque affinité avec le g à ce que prétend Capelle : z, dit-il, à graecis venit, licet etiam ipsi primò g graeci utebantur ; les jolies femmes de Rome affectoient d'imiter dans leur discours ce g adouci des Grecs : elles disoient délicatement figere ozcula ; & nous voyons aussi que dans notre langue ceux qui ne peuvent point prononcer le g ou l'j consonne devant e & i, y font sonner un z, & disent le zibet, des zettons, &c. pour le gibet, des jettons, &c. (D.J.)

Z, (Caractere médicin.) cette lettre étoit précédemment employée pour marquer plusieurs sortes de poids. Quelquefois elle désignoit une once & demie, très-fréquemment une demi-once, & d'autres fois la huitieme partie d'une once, c'est-à-dire une drachme poids de roy ; mais dans les tems antérieurs elle a été fort en usage pour exprimer la troisieme partie d'une once, ou huit scrupules. (D.J.)

Z Z, (Caract. médic.) deux z z ainsi faits, ont été employés par d'anciens médecins pour marquer de la myrrhe ; c'est encore ainsi que quelques médecins en Angleterre désignent dans leurs ordonnances le gingembre, qu'on nomme en latin & en anglois, zinziber. (D.J.)

Z Z z, (Ecrit.) Quant à leur figure sont composés de la premiere partie ronde de l'm, & de la partie inférieure de l's coulée ; ils se forment du mouvement mixte des doigts & du poignet. Voyez le volume des Planches de l'Ecriture, & leur explication.


ZAen Musique ; est une syllabe dont après l'invention du si plusieurs musiciens se servoient pour nommer le si bémol ; cette maniere de distinguer les idées ne pouvoit que faciliter l'art de solfier, mais nos docteurs en musique n'ont eu garde de l'adopter, & ils l'ont reléguée dans le plein-chant, qu'on ne se pique pas encore d'apprendre difficilement comme la musique. Voyez GAMME, TRANSPOSITION, SOLFIER. (S)


ZAAS. m. (Hist. nat. Bot.) arbre de l'île de Madagascar ; il rampe à terre ; les habitans se servent de son bois pour faire les manches de leurs dards ou zagaies.


ZAARA(Géog. mod.) on écrit aussi Zahara, Sara, & Sahara. Voyez SAHARA.

C'est assez de dire ici que tous ces mots signifient désert, & que c'est le nom donné par les Arabes à une grande partie de l'intérieur de l'Afrique, du levant au couchant ; c'est en partie le pays des anciens Gétules & des Garamantes. Le Zaara moderne est borné au septentrion, par le Bilédulgérid ; à l'orient, par la Nubie ; à l'occident, par l'Océan atlantique ; & au midi, par la Nigritie.

La plus grande partie de cette vaste contrée consiste en déserts & en campagnes de sable, que des tourbillons de vents portent de toutes parts. (D.J.)


ZAou ZEB, (Géog. mod.) en latin Zaba & Zabé ; contrée de Numidie, bornée à l'est par un désert qui conduit à Tunis, & au sud par un autre désert. C'est un pays de sable, où les chaleurs sont excessives ; on y manque d'eau & de blé, mais les dattes y sont communes.

Shaw dit que le Zab, compris autrefois dans la Mauritanie sitifienne & dans la Gétulie, est un terrein étroit, situé précisément au pié de la chaîne du mont Atlas ; qu'il s'étend depuis le méridien du Mésile, jusqu'à celui de Constantine, & qu'il s'y trouve des villages, dont le plus avancé vers l'ouest s'appelle Dousan. Du tems d'Ibn-Said, Biskieré ou Biscara, étoit la capitale du Zab. Il la place à 24 degrés de longit. sur 27. 30. de latit. (D.J.)


ZABACHEMER DE, (Géog. mod.) autrement dite la mer d'Asoph, en latin, palus Maeotis. C'est un lac situé sur les confins de l'Europe & de l'Asie, entre la petite Tartarie & la Circassie. On lui donne 600 milles, ou 200 lieues de tour ; mais il a si peu de fond, & tant de bancs de sable, qu'il ne peut porter que des barques. Ce lac formé en quelque façon par l'embouchure du Don ou Tanaïs, & par un grand nombre de petites rivieres, s'étend en longueur du nord oriental au midi occidental, depuis Asoph jusqu'à la péninsule de Crim. Il communique à la mer de Gnil, & il se décharge dans la mer Noire, par deux grands détroits, séparés l'un de l'autre par l'île de Tameraw. (D.J.)


ZABATUS(Géog. anc.) riviere d'Asie. Xénophon, Cyriacor, l. II. c. iij. qui en parle, fait entendre qu'elle étoit au voisinage du Tigre, & lui donne 400 piés de largeur. Ortelius soupçonne que cette riviere est celle que Cédrene & Caliste nomment Saba. Mais, ajoute-t-il, Cédrene & l'histoire Miscellanée connoissent dans ce quartier deux fleuves de ce nom, l'un qu'ils appellent le grand Zaba, & l'autre le petit Zaba.


ZABDICENA(Géog. anc.) contrée d'Asie, & l'une de celles qu'Ammien Marcellin, l. XXV. c. vij. appelle Transtigritanes, parce qu'elles étoient situées au-delà du Tigre, non par rapport aux provinces romaines, mais par rapport à la Perse.


ZABERN(Géog. mod.) ville ancienne de la basse Alsace, connue sous les empereurs romains par le nom de Taberna ; les hauts Allemands, depuis plusieurs siecles, changeant le t en z, écrivent Zabern, & les François disent Saverne. Voyez SAVERNE. (D.J.)


ZABES(Géog. mod.) petite ville du royaume de Hongrie dans la Transylvanie, au confluent de divers ruisseaux. Les Allemands la nomment Millenbach. C'est le chef-lieu d'un comté auquel elle donne son nom : elle a été appellée anciennement Zeugma.


ZABIE(Géog. mod.) ville d'Asie dans l'Arabie heureuse au royaume d'Yémen, sur la mer Rouge ; son port se nomme Alafakah, & est défendu à son entrée par une forteresse. Long. dans les tables d'Abulféda, 63. 20. lat. 14. 10. au commencement du premier climat de Ptolomée. (D.J.)


ZABIENSZabii, (Géog. anc.) peuples de l'Inde ou de l'Orient, qui paroissent être les mêmes que les Sabéens, & dont la religion répandue dans l'Orient, est connue sous le nom de Sabaïsme. Les anciens Perses Chaldéens & orientaux étoient Zabiens, ou attachés au Sabaïsme. Voyez SABAÏSME & SABEENS. (D.J.)


ZABIRNA(Géog. anc.) ville de Libye. Diodore de Sicile, l. III. c. lxxij. dit que Bacchus campa près de cette ville, & qu'il y tua un monstre épouvantable que la terre avoit produit, qui avoit tué plusieurs personnes, & auquel on avoit donné le nom de Canycé. Cette victoire, continue Diodore de Sicile, acquit une grande réputation à Bacchus, qui pour conserver la mémoire de cette action, éleva sur le corps du monstre un monument de pierre, lequel subsistoit encore il n'y a pas long-tems.


ZABOLCZ(Géog. mod.) comté de la haute Hongrie ; il est borné au nord par celui de Zemblin, au midi par celui de Zolnock, au levant par celui de Zatmar, & au couchant par la riviere de Teysse : son chef-lieu est la ville de Debrezen.


ZABUL(Géog. mod.) ville d'Asie, capitale du Zablestan. Long. selon M. Petit de la Croix, 102. latit. 33. (D.J.)


ZACALA, (terme de relation) La zaca est le nom que les Turcs donnent à l'aumône qu'ils font à leur volonté d'une certaine partie de leurs biens pour la nourriture & l'entretien des pauvres. Comme le montant de cette aumône n'est point désigné dans l'alcoran, les uns l'estiment à un centieme, d'autres à un cinquantieme, d'autres à un quarantieme, & les moralistes severes d'entre les Musulmans à la dixieme partie du revenu ; mais les Turcs eux-mêmes, les plus charitables, connoissent le danger où ils seroient exposés, si les richesses qu'ils possedent paroissoient au jour par la quotité de leur zaca, fixée sur celle de leur revenu. (D.J.)


ZACARATLE, (Géog. mod.) riviere de la Turquie en Asie ; elle coule à une journée de la ville d'Ada, & va se jetter dans la mer Noire.


ZACAT(Hist. mod.) L'alcoran de Mahomet impose à ses sectateurs deux especes d'aumônes ; l'une est légale, & l'autre est volontaire. La premiere s'appelle zacat, & la seconde Sadakat. Rien n'est plus expressément enjoint aux mahométans que la nécessité de faire l'aumône. Le Calife Omar Ebn Abdalazis disoit que la priere fait faire la moitié du chemin vers Dieu, que le jeûne conduit à la porte du palais, & que c'est l'aumône qui en procure l'entrée. Suivant l'alcoran l'aumône doit être faite sur les troupeaux, sur l'argent, sur le blé, sur les fruits & sur les marchandises. A la fin du ramadan, c'est-à-dire, du mois de jeûne, chaque Musulman est obligé de faire l'aumône pour lui-même & pour chaque personne de sa famille ; en un mot, le précepte de l'aumône est un des plus indispensables de la religion mahométane.


ZACATECASLOS, (Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale au Mexique, dans la nouvelle Galice ; elle est bornée au nord par la nouvelle Biscaye, au midi par la province de Guadalajara, au levant par celle de Guasteca ou Panuer, & au couchant par celles de Culiacan & de Chiametlan. Cette contrée a des mines d'argent que les Espagnols y ont découvertes en différens tems. (D.J.)


ZACATULA(Géog. mod.) ville de l'Amérique septentrionale dans la nouvelle Espagne, dans l'audience du Mexico, proche la côte de la mer du Sud, à l'embouchure de la riviere de même nom, à 90 lieues de Mexico, & à 18 d'Acapulco, avec un port. latit. 18. 10.

ZACATULA, la, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique septentrionale au Mexique ; elle a sa source près de la ville de la Puebla, coule par la province de Méchoacan, & entre dans la mer Pacifique, près de la bourgade de Zacatula.


ZACCHOUM(Botan. exot.) Le P. Nau, dans son voyage de la Terre-Sainte, l. IV. c. iij. nous apprend que c'est le nom d'un arbrisseau qui croît à six milles du Jourdain, & à dix de Jérusalem. Cet arbrisseau, dit-il, est en abondance dans le pays sans aucune culture, il est armé d'épines longues & très-piquantes ; il jette quantité de branches minces, mais d'un bois fort, couvert d'une écorce assez ressemblante à celle du citronnier ; sa feuille ressemble à celle du prunier, excepté qu'elle est un peu plus ronde & beaucoup plus verte ; son fruit approche assez de la prune : on en tire une huile vulnéraire, fort recherchée dans le pays ; elle y tient lieu du baume de Jéricho, qui ne s'y recueille plus, & qui peut-être n'étoit autre chose que l'huile du Zacchoum. (D.J.)


ZACCONS. m. (Hist. nat. Botan.) c'est une espece de prunier exotique qui croît dans la plaine de Jéricho ; il est grand comme un oranger, & a des feuilles semblables à celles de l'olivier, mais plus petites, plus étroites, plus pointues & fort vertes ; ses fleurs sont blanches, & son fruit est de la grosseur d'une prune, rond, verd au commencement, mais en murissant il devient jaune & renferme un noyau comme la prune. On tire de ce fruit, par expression, une huile qui est propre pour discuter & résoudre les humeurs froides & visqueuses ; on a nommé cet arbre zaccon, parce qu'il croît près des églises de Zacchée, dans la plaine de Jéricho. J. B. l'appelle zaccon hiericuntea, foliis oleae, & G. B. Prunus hiericunthica, folio angusto, spinoso. (D.J.)


ZACINTHES. m. Zacintha (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en demi-fleurons, composée de plusieurs demi-fleurons soutenus par un embryon, & contenus dans un calice écailleux qui devient dans la suite une espece de petite tête striée & composée de plusieurs capsules ; elles renferment une semence garnie d'une aigrette. Tournefort, inst. rei herb. Voyez PLANTE.


ZACKLA, (Géog. mod.) riviere ou plutôt torrent d'Allemagne en Silésie ; il sort des montagnes qui séparent la Boheme de la Silésie, & se jette dans le Bober. (D.J.)


ZACONIELA, ou ZACANIE, ou SACANIE, en latin Laconica, (Géog. mod.) province de la Morée, la quatrieme en rang ; elle est bornée au nord par le duché de Clarence, au midi par le golfe de Colochine, au levant par le golfe de Napoli de Romanie, & au couchant par la province de Belvedere.

La Zaconie est souvent nommée Brazzo di Maina ; elle fut premierement appellée Lelia, de Lelex le premier qui y commanda en qualité de roi. Virgile & les autres poëtes l'appellerent Oebalia, d'Oebalus qui en fut seigneur. Selon Strabon, elle fut encore nommée Argos, mais les Lacédémoniens en étant les maîtres, l'appellerent Laconie.

Cette province s'étend le long de la mer ; il s'y trouve quantité de rochers & de profondes cavernes aux environs du mont Taigete, appellé aujourd'hui du côté de Misitra (lieu principal du pays), Vouni tis Misitra. Les chiens de cette province, autrefois célebres, conservent encore leur réputation ; & le grand-veneur du Sultan en tire quantité tous les ans pour les meutes de sa hautesse. (D.J.)


ZACUTH(Géog. mod.) riviere de la Turquie asiatique en Anatolie ; elle traverse la Caramanie, & coule dans la mer Méditerranée. On croit que c'est l'Eurydemon des anciens. (D.J.)


ZACYNTHUS(Géog. anc.) île de la mer Ionienne, assez près du Péloponnèse, au couchant de l'Elide, au midi de l'île de Céphalénie, & au nord des Strophades. Strabon, l. X. compte Zacynthe & Céphalénie au nombre des îles qui étoient sous la domination d'Ulysse. Il donne à l'île de Zacynthe cent soixante stades de circuit, & il la place à 60 stades de Céphalénie. Il ajoute d'après Homere, Odys. I. v. 24. que cette île étoit couverte de bois & fertile.

Ce qui a été imité par Virgile, Aeneid. III. v. 270.

Jam medio adparet fluctu nemorosa Zacynthus,

Dulichiumque, Sameque, & Neritos ardua saxis.

L'île de Zacynthe, aujourd'hui l'île de Zante, avoit une ville de même nom, & selon Strabon, cette ville étoit considérable. Thucydide, l. II. p. 144. après avoir dit que l'île Zacynthe est située du côté de l'Elide, ajoute que ses habitans étoient une colonie d'Achéens, venus de l'Achaïe propre.

Tite-Live, l. XXVI. c. xxiv. fait mention de l'île qui est petite, dit-il, & située au voisinage de l'Etolie. Laevinus, continue-t-il, emporta la ville d'assaut, avec la citadelle. Pausanias, l. VIII. c. xxiv. nous apprend que cette citadelle s'appelloit Psophis, parce qu'un Psophidien nommé Zacynthe, fils de Dardanus, ayant débarqué dans l'île, y fit bâtir cette forteresse, & lui donna le nom de la ville où il avoit pris naissance.

Ptolomée, lib. III. c. xiv. compte l'île de Zacinthe parmi les îles situées sur la côte de l'Epire, & y remarque une ville de même nom. Scylax lui donne aussi un port, . Pline, l. IV. c. xij. remarque que Céphalénie & Zacynthe sont des îles libres ; que la derniere avoit une belle ville, que sa fertilité lui donnoit le premier rang parmi les îles de ce quartier, & qu'anciennement elle avoit été appellée Hyrie. Sur ce pié-là, Pomponius Mela a donc eu tort de distinguer l'île Hyria de celle de Zacynthe. Les habitans de cette île sont appellés Zacynthii par Cornelius Nepos, in Dione, c. ix. (D.J.)


ZADAONLE, ou ZADAN, (Géog. mod.) riviere de Portugal ; elle prend sa source dans les montagnes de l'Algarve, au midi du royaume, & va se rendre dans le golfe de Sétubal, un peu au-dessous de la ville de ce nom : on croit communément que c'est le Calipsus de Ptolomée, l. II. c. v. riviere de la Lusitanie. (D.J.).


ZADRA(Géog. mod.) ville ruinée d'Afrique en Barbarie, au royaume de Tunis, dans la province de Mesrate. (D.J.)


ZADRADUSou ZARADRUS, (Géogr. anc.) selon le manuscrit de Ptolomée de la bibliotheque palatine ; fleuve de l'Inde, en deçà du Gange ; il recevoit l'Hypasis & l'Adris avant que de se jetter dans le fleuve Indus. (D.J.)


ZADURAS. f. ; (Mat. méd. des nouv. gr.) nom donné par les derniers écrivains grecs à une racine des Indes qui étoit ronde, lisse & de la couleur du gingembre ; ils la recommandent extrêmement dans les maladies pestilentielles ; nous ne connoissons plus cette racine.


ZAFFO(Hist. nat. Bot.) arbre d'Afrique qui croît au royaume de Congo ; il est de la grandeur d'un chêne, & produit un fruit semblable à des prunes de la grande espece ; elles sont d'un rouge très-vif, & d'une odeur très-aromatique.


ZAFLANlac de, (Géog. mod.) lac considérable dans la haute Ethiopie ; il s'étend du septentrion au midi, & tire son nom d'une bourgade située sur ses bords. (D.J.)


ZAFRou SAFRA, (Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans l'Estramadure, proche la riviere de Guadaxéra, au pié des montagnes, à 2 lieues de Médina, & à 3 de Feria ; elle est défendue par un château. L'auteur de la poblacion général de España, croit que c'est la Julia restituta des anciens, & d'autres auteurs placent la Julia restituta à Carceres, petite ville de la même province ; quoi qu'il en soit, ce sont les Maures qui lui ont donné le nom Zafra. Ferdinand III. la prit sur eux en 1240. Long. 12. 10. lat. 38. 22. (D.J.)


ZAFRANIAS. f. (Médec. grecq.) terme barbare employé par les derniers écrivains grecs, pour désigner la couleur jaune du safran ; ils ont tiré ce mot littéralement d'Avicenne & de Sérapion, qui s'en sont servis pour désigner la couleur du bol d'Arménie de Galien, lequel, disent-ils, teignoit le papier d'un beau jaune doré, zafraniâ tincturâ. Les écrivains barbares du moyen âge ont rendu le mot arabe par le terme latin encore plus grossier, croceitas. (D.J.)


ZAGAIou SAGAIE, (terme de relation) espece de dard ou de javelot des insulaires de Madagascar ; le bois en est long d'environ quatre piés, il est fort souple & va toujours en diminuant vers le bout par lequel on le tient pour le lancer. Le fer de ces sagaies est ordinairement empoisonné, ce qui fait que les blessures en sont presque toujours mortelles. Les Negres manient fort adroitement ces dards, aussi-bien qu'une espece de demi-pique que quelques-uns d'eux portent à la guerre, avec une rondache faite d'un bois assez épais pour résister aux sagaies & aux autres armes du pays, mais qui n'est point à l'épreuve des armes à feu. (D.J.)


ZAGAON(Géog. mod.) montagne d'Afrique, dans la Barbarie, à une lieue de Tunis. C'est une montagne déserte, & qui étoit autrefois très-peuplée. Les Carthaginois faisoient venir de cette montagne de l'eau dans leur ville par des aqueducs soutenus sur de grandes voutes. (D.J.)


ZAGARA(Géog. mod.) montagne de la Turquie, en Europe, dans la Livadie, & connue anciennement sous le fameux nom d'Hélicon. Le nom moderne de Zagara lui a été donné à cause de la grande quantité de lievres qu'on y trouve. Il ne laisse pas néanmoins d'y avoir d'autres chasses : on y rencontre sur-tout des sangliers & des cerfs.

Par la description que Strabon nous a laissé de l'Hélicon, il est aisé de juger que c'est aujourd'hui la montagne Zagara. L'Hélicon étoit sur le golfe Crisséen ou de Corinthe, & bordoit la Phocide qu'il regardoit au nord, inclinant un peu à l'ouest. Ses hautes croupes pendoient sur le dernier port de la Phocide, qui de-là s'appelloit Mycus. Il n'étoit pas fort éloigné du Parnasse, & ne lui cédoit ni en hauteur, ni en étendue ; enfin ces deux montagnes n'étoient presque que rochers, & leurs croupes se trouvoient toujours couvertes de neiges. C'est-là l'état de la montagne de Zagara ; mais il ne faudroit pas y chercher les monumens d'Orphée, ni ceux des muses, d'Hésiode, que Pausanias dit y avoir vus de son tems.

Pour ce qui est de la fontaine d'Hippocrène, où les muses avoient coutume de s'assembler, Wheler (Voyage d'Athenes, dans les lieux voisins, t. II. l. III.) qui me fournit cet article, n'assure pas l'avoir distinguée ; il n'en parle que par conjecture. " Ayant avancé une lieue & demie, dit-il, vers le haut de la montagne, jusqu'aux neiges, il fallut m'arrêter & me contenter de descendre de cheval, & de tâcher de grimper sur quelque rocher plus haut, d'où je pusse découvrir les pays de dessous & le haut des montagnes ; ensorte que l'espace qui y étoit renfermé, me parut comme un lac glacé, & couvert de neiges ; mais mon guide me disant qu'il n'avoit passé par ce chemin qu'en tems d'été, avec M. de Nointel, ambassadeur de France, & qu'il y avoit vu une belle vallée couverte de verdure & de fleurs, avec une belle fontaine au milieu ; je me trouvai porté à croire que c'étoit-là la fontaine d'Hippocrène, & le bois délicieux des muses ".

Il croît sur cette montagne quantité de sapins mâles, dont la gomme, ou le benjoin, a l'odeur de la muscade, & celle de l'herbe que les Anglois appellent léopards-banne, dont la racine ressemble à un scorpion. Du haut de la montagne on découvre les plaines de la Livadie au nord ; directement à l'est on voit le mont Delphi d'Egripo, & une autre montagne de la même île à l'est-nord-est. En laissant le chemin de San Georgio, & tournant à main gauche, on descend dans une plaine qui se trouve entre le mont Zagara & une autre petite montagne, dont l'extrémité orientale n'est pas éloignée. Elle s'appelloit anciennement Laphytius de ce côté là, & du côté de l'occident on lui donnoit le nom de Telphysium.

En descendant de la montagne de Zagara, on trouve du côté qui regarde Livadia, quelques fontaines, qui sortent de terre, & dont il y en a qui se rendent dans la plaine de Livadie, & dans le lac où elles se perdent, tandis que d'autres se rassemblent dans une riviere de la vallée. Il y en a une qui fait une belle cascade presque du haut de la montagne, & qui sort apparemment du lac, qui est sur le haut du mont Zagara. Il croît quantité de narcisses sur le bord de cette riviere : ils ont une odeur agréable, & multiplient extrêmement. (D.J.)


ZAGARAH(Géog. mod.) ville située sur les confins de la Nubie, de l'Ethiopie & de la Nigritie. Elle est à huit journées de Mathan. (D.J.)


ZAGARDIS. m. (Terme de relation) valet de chiens de chasse du grand-seigneur. Les zagardis ont soin des braques & des chiens courans ; plusieurs d'entr'eux sont du nombre des janissaires. (D.J.)

ZAGARDI-BACHI, s. m. (Terme de relation) chef des zagardis. Ce chef a cinq cent hommes sous sa charge, qui ont soin de la meute du grand-seigneur. Il dépend de l'aga des janissaires. (D.J.)


ZAGATAISLES, (Géog. mod.) tartares de la grande Boucharie, & du pays de Chorasan.

Les tartares sujets de Zagataï-chan, second fils de Zingis-chan, qui eut la grande Boucharie & le pays de Chorasan en partage, garderent après la mort de leur maître, le nom de Zagataïs, qu'ils avoient adopté pendant sa vie ; ces provinces porterent toujours depuis le nom du pays des Zagataïs, & les tartares qui les habitoient, le nom de tartares Zagataïs, jusqu'à ce que Schabocht-Sultan, à la tête des Tartares Usbecks, ayant conquis ces provinces, le nom des Zagataïs fut englouti par celui des Usbecks ; de cette maniere il n'est plus question à présent du nom des tartares Zagataïs dans la grande Boucharie, ni dans le pays de Chorasan, que pour conserver l'arbre généalogique de diverses tribus tartares qui sont établies dans ces provinces, & pour distinguer les tartares premiers occupans de ce pays, d'avec les tartares qui en sont actuellement les maîtres. Du-reste ces deux branches de tartares, sont si bien mêlées ensemble, qu'ils ne font absolument qu'un seul & même corps, qui est compris sous le nom de Tartares Usbecks. (D.J.)


ZAGAUAH(Géog. mod.) ville du Zanguebar, ou de la côte de Cafrerie. Le géographe persien la met entre la ligne équinoxiale & le premier climat.


ZAGIS. m. ou ZEGI, (Hist. nat. des fossiles) c'est un terme employé par Avicenne & autres Arabes pour désigner toutes sortes de substances vitrioliques ; Avicenne dit qu'il y en a différentes especes, savoir une jaune qui est le colcothar ; une blanche qui est le calcadis ; une verte qui est le chalcantum, ou notre vitriol commun ; & une quatrieme rouge qui est le sory. (D.J.)


ZAGRAou ZAGRABIA, (Géog. mod.) & par les Allemands Agram, ville de la basse-Hongrie, dans l'Esclavonie, sur la rive gauche de la Save, capitale d'un comté du même nom, à 10 lieues au nord-est de Carlostad, & à 50 au sud-ouest de Bude. Elle a un évêché suffragant de Colocza. Long. 34. 10. latit. 45. 52. (D.J.)

ZAGRAB, comté de, (Géog. mod.) comté de la basse-Hongrie, dans l'Esclavonie. Ce comté s'étend en longueur le long de la Save, depuis le comté de Sagor, qui le borne à l'occident, jusqu'au comté de Possega, dont il est borné à l'orient, ainsi que par la petite Valaquie. Il a au nord encore le comté de Sagor, & celui de Creits. Son chef-lieu lui donne son nom de Zagrab. (D.J.)


ZAGRI-PORTAE(Géog. anc.) nous dirions en françois le col du mont Zagrus. Par les portes du mont Zagrus, Ptolomée, l. VI. c. ij. entend un passage étroit dans cette montagne de la Médie. Diodore de Sicile, l. II. c. xjv. qui appelle la montagne zarcaeus mons, nous apprend que ce passage fut pratiqué par Sémiramis qui voulut par-là laisser à la postérité un monument éternel de sa puissance.

La montagne, dit-il, qui s'étend l'espace de plusieurs stades, ne présentoit que des rochers escarpés, & des précipices qui obligeoient à faire de grands détours pour la traverser : mais Sémiramis trouva moyen d'adoucir ce chemin par la route aisée qu'elle fit pratiquer, en abattant les rochers, & en comblant les précipices ; ce qui exigea des travaux infinis.

Nous n'aurons pas de peine à croire que ce chemin portoit encore le nom de Sémiramis, lorsque Diodore de Sicile écrivoit, puisque Niger assure qu'on l'appelle présentement Sémirami. C'est ce que Strabon appelle les portes de la Médie. Ptolomée connoît une montagne de Sémiramis : mais c'est quelque chose de différent ; car il la met entre la Carmanie & la Gédrosie. (D.J.)


ZAGRUS MONS(Géog. anc.) montagne d'Asie, & qui faisoit partie du mont Taurus. C'étoit proprement cette chaîne de montagnes, qui touchoit au mont Niphas, séparoit la Médie de la Babylonie, & au-dessus de la Babylonie joignoit les montagnes des Elyméens & des Parétacéniens, comme au-dessus de la Médie, elle joignoit les montagnes des Casséens. Pline, l. VI. c. xxvij. donne à entendre que le mont Zagrus commençoit dans l'Arménie, & s'étendoit jusqu'à la Chalonitide, entre la Médie & l'Adiabene. Ptolomée, l. VI. c. ij. compte le mont Zagrus parmi les montagnes les plus considérables de la Médie. (D.J.)


ZAGUS. m. (Hist. nat. Bot. exot.) espece de palmier qui croît dans les Indes orientales au Malabar, aux îles Moluques & au Japon. Cet arbre est le palma japonica, spinosis pediculis, polypodii folio, Boërh. Ind. Alt. ij. 170. palma indica, caudice in annulos protuberante restrincto fructu, pruniformi, Raii hist. ij. 1360. Zagu, seu arbor farinifera, Jonst. Dendr. 142. toda-panna, Commel. Flor. malab. 264.

Cet arbre est quelquefois si gros, qu'un homme peut à peine l'embrasser ; cependant on le coupe fort aisément, parce qu'il n'est composé que d'écorce & de moëlle, dont on fait du pain. Les Malabares mangent le fruit de cet arbre avec du sucre. Les feuilles servent à couvrir leurs maisons, & l'on tire des plus petites une façon de chanvre dont on fait des cordelettes.

C'est de ce palmier qu'on tire la fécule appellée sagou, qui donne un aliment fort doux & fort nourrissant : on en apporte beaucoup en Angleterre. Voyez SAGOU. (D.J.)


ZAHARA(Géogr. mod.) petite ville d'Espagne dans l'Andalousie, sur la route de Séville à Cadix, à la source du Guadalete. Elle est située autour d'une colline, avec un château sur la hauteur.


ZAHIR(Médec. des Arabes) ce mot est employé par les médecins Arabes pour désigner une espece de dyssenterie, dont le siege est dans le rectum, & accompagnée de tensions dans les intestins, & de douleurs d'érosion dans le gros boyau. (D.J.)


ZAHORIES. m. (Gram.) gens à vue si perçante, qu'ils voient à-travers les pierres & dans les entrailles de la terre. Il n'est pas nécessaire d'avertir que ceci est un préjugé populaire : il regne en Espagne & en Portugal. Le grave pere Delrio, qui s'est amusé à écrire ce gros livre des sottises de la divination, avoit vu en 1575 un zahorie. Il dit qu'il avoit les yeux rouges ; & que n'ajoutoit-il qu'il étoit né le jour du Vendredi saint ? car sans cette condition, les pierres empêchent de voir.


ZAIMS. m. (Milice turque) ce sont les chevaliers à qui le grand-seigneur donne à vie des commanderies, à condition qu'ils entretiendront un certain nombre de cavaliers pour son service. Ces chevaliers ressemblent assez aux timariots, dont ils ne different guere que par le revenu.

Les zaims ont les plus fortes commanderies, & leurs revenus sont depuis vingt mille jusqu'à quatre-vingt-dix-neuf mille neuf cent quatre-vingt-dix-neuf aspres. S'il y avoit un aspre de plus, ce seroit le revenu d'un pacha : ainsi lorsqu'un commandeur vient à mourir, l'on partage la commanderie, supposé qu'elle ait augmenté de revenu sous le défunt, comme cela arrive ordinairement ; car on les augmente plutôt que de les laisser dépérir. Les zaims doivent entretenir pour le moins quatre cavaliers, à raison de cinq mille aspres de rente, pour la dépense de chacun.

Les zaims doivent marcher en personne à l'armée, comme les timariots : leur service militaire est tout-à-fait semblable. Voyez TIMARIOT.


ZAINadj. (Manege) se dit d'un cheval qui n'est ni gris, ni blanc, & qui n'a aucune marque blanche sur le corps.

ZAIN, (Géog. mod.) petit lac de la Prusse royale dans l'Ermeland, sur les confins de Burtenland, proche la ville de Ressel. Son écoulement est du côté du nord, par une riviere qui se rend dans celle de Guber. (D.J.)


ZAIRAGIAHS. f. (Divinat. des Arabes) nom d'une divination usitée chez les Arabes. Elle se pratique avec plusieurs cercles ou roues paralleles, marquées de diverses lettres, & que l'on fait rencontrer les unes avec les autres par le mouvement qu'on leur donne, selon certaines regles. Cette divination est ainsi nommée à cause des cercles de cette machine qui correspondent aux planetes. D'Herbelot, bib. orient. (D.J.)


ZAIRELE, (Géog. mod.) riviere d'Afrique, au royaume de Congo. Elle sort principalement du lac Zambre, & va se rendre dans la mer, vers le 5 degré 40 minutes de latitude méridionale. Elle a dans son lit plusieurs îles habitées par des gens qui vivent indépendans du roi de Congo, & qui ne lui paient aucun tribut.


ZAIRZOU(Géog. mod.) riviere de la Turquie asiatique, en Anatolie, au voisinage de la ville de Smyrne. Cette riviere qui coule dans une belle prairie, est l'Hermus des anciens, qui se jettoit avec le Pactole à l'entrée du golfe de Smyrne.


ZAKROTZIN(Géog. mod.) ville de la grande Pologne, dans le palatinat de Mazovie, sur la rive droite du Boug, à 3 lieues de l'endroit où le Boug se jette dans la Vistule. On tient une petite diete dans cette ville.


ZALACKNA(Géog. mod.) petite ville de Transylvanie, dans le comté d'Albe-Junie, au pié des montagnes, & au confluent de deux petites rivieres. (D.J.)


ZALAG(Géog. mod.) montagne d'Afrique dans l'empire de Maroc, au royaume de Fez. Elle s'étend cinq lieues du couchant au levant, & aboutit à une lieue de Fez. Aussi les bourgeois de cette ville y ont la plus grande partie de leurs héritages ; mais la principale habitation est le bourg de Lampta, qui se trouve au bas des ruines d'une ancienne place, qui est sans doute la Vobrix de Ptolomée, laquelle cet auteur marque à 9. 20. de longitude, & à 34. 15. de latitude.


ZALAMEA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne dans l'Estramadure de Leon, à 7 lieues au nord de Llerena. (D.J.)


ZALAWAou SALAWAR, LE COMTE DE, (Géog. mod.) comté de la basse-Hongrie. Il est borné au nord par celui de Sarwar, au midi par la Drave, au levant par les comtés de Smig & de Tolna, & au couchant par la Stirie. Il est arrosé par la riviere de Muer. Son chef-lieu s'appelle Zalawar, & lui donne son nom.

ZALAWAR ou SALAWAR, LE, (Géog. mod.) riviere de la basse Hongrie, dans le comté auquel elle donne le nom, sur la riviere de Sala, à environ une lieue du lac Balaton. On la prend communément pour l'ancienne Salis.


ZALEG(Géog. mod.) petite ville d'Ethiopie, sur le bord de la mer, près du détroit de Babelmandel. Elle sert d'entrepôt aux marchands qui trafiquent en Ethiopie. (D.J.)


ZALISCUS(Géog. anc.) fleuve de l'Asie mineure, dans la Galatie. Ptolomée, l. V. c. iv. marque l'embouchure de ce fleuve sur la côte du Pont-Euxin, entre Cyptasia & Galorum.


ZALISSA(Géog. mod.) ville de l'Asie dans l'Ibérie, selon Ptolomée, l. V. c. xj. Si nous en croyons Thevet, on la nomme présentement Scander.


ZALONKEMEN(Géog. mod.) ville de Hongrie dans l'Esclavonie. Elle est nommée par les François Salankemen. Voyez ce mot. (D.J.)


ZAMA(Géog. anc.) 1°. ville d'Afrique, dans la Numidie propre, & dans les terres, à cinq journées de Carthage du côté du couchant, selon Polybe ; l. XV. c. xj. Cette ville à laquelle les anciens ont donné le nom de forteresse, Zamense oppidum, est fameuse dans les guerres d'Annibal, de Jugurtha & de Juba. C'est près de cette place qu'Annibal, l'an de Rome 551, à son retour d'Italie, perdit la bataille contre le premier Scipion, surnommé l'Africain, qui finit par cette victoire la seconde guerre punique. Après que Juba eut été défait près de Tapse, aujourd'hui Manghisi, Zama ferma ses portes à ce prince ; refusa de lui rendre ses femmes, ses enfans, & ses trésors, & envoya demander du secours à César. Elle devint dans la suite colonie romaine, sous ce titre que lui donne une ancienne inscription, rapportée par Gruter, p. 384 : Coloniae, Aeliae, Hadrianae. Aug. Zamae. Regiae. Pline, l. XXXI. c. ij. & Vitruve, l. VIII. c. iv. parlent d'une fontaine près de cette ville, dont les eaux rendoient la voix forte & sonore.

2°. Zama, ville de la Capadoce, que Ptolomée, l. V. c. vj. marque dans la préfecture de Chamanes.

3°. Zama, ville de la Mésopotamie, selon le même Ptolomée, l. V. c. xviij. (D.J.)


ZAMAE FONS(Géog. anc.) fontaine d'Afrique. Ses eaux rendoient la voix sonore, selon Pline, lib. XXXI. c. ij. Vitruve, l. VIII. c. iv. p. 166. raconte la même chose. Cette fontaine étoit apparemment dans la ville de Zama, ou dans son voisinage : le nom du moins le fait soupçonner. (D.J.)


ZAMALES. f. (Hist. nat. Bot.) plante de l'île de Madagascar. Elle est d'une odeur très-désagréable ; mais on la regarde comme un grand remede contre les douleurs des dents : les nourrices en frottent les gencives de leurs enfans.


ZAMAMIZON(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre. Ptolomée, l. IV. c. iij. la compte au nombre des villes qui étoient entre la ville Thabraca & le fleuve Bagradas. (D.J.)


ZAMBALES(Géog. mod.) peuples des Philippines dans la province de Pampanga, dont ils habitent les montagnes. Nous ne connoissons ces peuples que par la relation de Navarette : " les Zambales, dit-il, sont les ennemis mortels des noirs qui les redoutent beaucoup, & ils ont leurs bourgs sur les bords des montagnes. Ils n'ont point les cheveux crépus comme les noirs ; ils sont exempts de corvées, & paient leur taxe en argent non travaillé. Ils sont tantôt en paix, tantôt en guerre avec les Indiens : quand ils sont en paix, ils viennent en troupes dans les bourgs ou les villes, on leur donne du tabac, des guenilles & du vin, dont ils sont fort contens, & quelques-uns aident aux principaux Indiens à cultiver leurs terres. Nous admirions qu'ils fussent si gras, si grands & si robustes, ne se nourrissant que de racines des montagnes, de quelques fruits & de chair crue, n'ayant d'autre habit que leur peau, & d'autre lit que la terre.

Chacun d'eux a son arc & ses fléches ; l'arc est aussi long que celui qui s'en sert : ils les font du bois d'une sorte de palmier qui est aussi dur que le fer ; la corde est d'écorce d'arbre, & d'une force dont rien n'approche. Ils ont encore une petite arme de fer plus large que la main, d'un quart d'aune de long, dont la poignée est fort belle, qu'ils disoient être de coquilles d'huîtres brûlées & de limaçons, elle ressembloit à de beau marbre. Ils se servent de cette arme quand on se mêle.

Tous les peuples de ces montagnes, jusqu'à la nouvelle Ségovie, estiment beaucoup un crâne pour y boire, desorte que celui qui a le plus de crânes, passe pour le plus vaillant ; & c'est pour jouir de cet honneur, que sans autre vue ils vont en course pour couper des têtes. En quelques endroits ils font des dents qu'ils en tirent, des especes de guirlandes qu'ils mettent sur leurs têtes ; celui qui en a le plus, est le plus estimé. Il y a une grande quantité de ces peuples dans les montagnes d'Orion, sur la baye de Manille, mais ils sont fort pacifiques ".

Ce passage est curieux, & nous apprend des particularités qui ne se trouvent pas ailleurs. On y voit qu'il y a dans ces îles deux races différentes de noirs ; que les uns sont de véritables negres, & que les autres ont des cheveux longs, comme les canarins du voisinage de Goa. (D.J.)


ZAMBES. m. & f. (terme de relation) c'est un des noms qu'on donne dans l'Amérique méridionale aux enfans nés de mulâtres & de noirs. (D.J.)


ZAMBESE(Géog. mod.) fleuve de l'Ethiopie orientale. Ce fleuve, dont on ignore la source, est très-rapide, & a quelquefois plus d'une lieue de largeur ; il se divise en plusieurs branches, & entre dans la mer par cinq embouchures ; il se déborde pendant les mois de Mars & d'Avril ; & semblable au Nil, il engraisse & fertilise les terres qu'il inonde. (D.J.)


ZAMBRONELE CAP, (Géog. mod.) cap d'Italie, dans la côte de la Calabre ultérieure, sur le golfe de Ste. Euphémie, environ à deux lieues de la ville de Tropea, du côté du levant. Il portoit anciennement le nom d'Hipponium promontorium, parce que la ville d'Hipponium y étoit située. (D.J.)


ZAMBUJA(Géog. mod.) petite ville de Portugal, sur la droite du Tage, à cinq lieues de Santaren. (D.J.)


ZAMECHS. m. (Hist. nat.) nom que quelques auteurs ont donné au lapis lazuli.


ZAMETUS(Géog. anc.) montagne de l'Arabie heureuse, selon Ptolomée, l. VI. c. vij. Le manuscrit de la bibliotheque palatine lit Zames, au-lieu de Zametus ; & Ortelius dit que dans les cartes modernes cette montagne est nommée Zimat. (D.J.)


ZAMIAES. f. (Littérat. Bot.) c'est le nom latin que Pline, l. XVI. c. xxvj. donne aux pommes de pin qui se sont corrompues sur l'arbre, & qu'il en faut détacher, pour éviter qu'elles gâtent les pommes de pin voisines, & qui ne sont pas encore mûres. (D.J.)


ZAMIN(Géog. mod.) ville du pays de Mavaralnahar, ou province de Transoxane, située sur les confins du territoire de Samarcande, & qui est des dépendances de celles d'Osrouschah. On la trouve sur le chemin de Farganah à la Sogde. Elle est à 89 d. 40. de longitude, & à 40 d. 30. de latitude septentrionale. L'on recueille dans son terroir la manne la plus exquise de tout l'orient, que les Persans & ensuite les Arabes appellent Terengia-bin Alzamini. (D.J.)


ZAMNES(Géog. anc.) ville de l'Ethiopie, sous l'Egypte, selon Pline, l. VI. c. xxjx. qui dit que c'est là qu'on commençoit à voir des éléphans. (D.J.)


ZAMOLXISS. m. (Mythol.) génie supérieur qui fleurissoit long-tems avant Pythagore ; & l'on place le tems auquel Pythagore a fleuri, ses voyages & sa retraite en Italie, entre l'an 376 & 532. Zamolxis devint après sa mort le grand dieu des Thraces & des Gétes, au rapport d'Hérodote. Il leur tenoit même lieu de tous les autres ; car ils ne vouloient honorer que celui-là. Il fut d'abord esclave en Ionie, & après avoir obtenu sa liberté, il y acquit de grandes richesses, & retourna dans son pays. Son premier objet fut de polir une nation grossiere, & de la porter à vivre à la maniere des Ioniens. Pour y réussir, il fit bâtir un superbe palais, où il régaloit tour-à-tour les habitans de sa ville, leur insinuant pendant le repas, que ceux qui vivoient ainsi que lui, seroient immortels, & qu'après avoir payé à la nature le tribut que tous les hommes lui doivent, ils seroient reçus dans un lieu délicieux, où ils jouiroient éternellement d'une vie heureuse. Pendant ce tems-là, il travailloit à faire construire une chambre sous terre ; & ayant disparu tout-d'un-coup, il s'y renferma & y demeura caché pendant trois ans. On le pleura comme mort ; mais au commencement de la quatrieme année, il se montra de nouveau, & sa vue frappa tellement ses compatriotes, qu'ils crurent tout ce qu'il leur avoit dit. Dans la suite ils le mirent au rang des dieux, & éleverent des temples en son honneur.


ZAMORA(Géog. mod.) ville d'Espagne, dans le royaume de Léon, vers sa partie septentrionale, sur la rive droite du Duero, qu'on passe sur un pont, à 15 lieues de Salamanque, à 26 de Léon, à 24 de Valladolid, & à 45 de Madrid. Après avoir été détruite par Almanzor dans le jx. siecle, elle fut rebâtie par les rois Ferdinand & Alphonse. Elle est fortifiée. Son évêché est suffragant de Compostelle. Son terroir abonde en tout ce qui est nécessaire à la vie. Quelques-uns prétendent que c'est la Sentica de Ptolomée, l. II. c. iij. & que les Maures s'en étant rendus maîtres, l'appellerent Zamora ou Médinato Zamorati, la ville des Turquoises, parce que dans les rochers de son voisinage on y trouve des mines de turquoises. Cette ville est célebre en Espagne, pour posséder le corps de S. Ildefonse ; c'est une gloire que je ne lui envie point, quelque difficile qu'il soit de voir cette relique. Longit. 12. 25. latit. 41. 36. (D.J.)

ZAMORA, (Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, dans le Pérou, audience de Quito, près des Andes, à 70 lieues de la mer du sud, & à 20 de Loxa. Les mines d'or des environs de cette ville sont très-riches, & travaillées par des negres. Un trésorier du roi d'Espagne réside à Zamora. Long. 24. 46. latit. méridionale 5. 8. (D.J.)

ZAMORA, (Géog. mod.) ville d'Afrique, dans la Barbarie, au royaume de Trémécen, dans la province de Bugie, aujourd'hui de la dépendance d'Alger. Cette ville étoit autrefois la plus riche en blé & en troupeau de toute la Barbarie. Les Arabes & les Béréberes y accouroient en foule ; mais à-présent cette ville n'est plus qu'une bourgade. (D.J.)

ZAMORA, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito ; cette riviere après avoir passé à Zamora, prend le nom de San-Jago, & se rend dans l'Amazone, un peu audessus du grand Pongo. (D.J.)


ZAMOSLE (Géog. mod.) riviere de la haute-Hongrie. Elle prend sa source dans les montagnes de Marmaros, aux confins de la Pokutie, & se perd dans la Teisse. (D.J.)


ZAMOSKou ZAMOSCH, (Géog. mod.) ville de Pologne, au palatinat de Belz, avec titre de principauté, dans un fond environné de marais, à 15 lieues de Lemberg, & à 25 de Lublin, entre ces deux villes. Elle est fortifiée. Longit. 41. 34. latit. 50. 38. (D.J.)


ZAMPANGO(Géog. mod.) ville de l'Amérique méridionale, dans la nouvelle-Espagne, sur la route de Mexico à Guaxaca. Ses habitans commercent en sucre, en cochenille & en coton. (D.J.)


ZANS. m. (Littérat.) c'est ainsi que s'appelle le Jupiter de la fable. Ce prince accablé de vieillesse mourut dans l'île de Crête où son tombeau s'est vu long-tems près de Gnosse, avec cette épitaphe : cy git Zan que l'on nommoit Jupiter. Le mot Zan signifie adonné aux femmes ; ce prince eut, selon la coutume de ce tems-là, plusieurs maîtresses, & Junon se brouilla souvent avec lui sur ce sujet. Voilà l'origine de ce mauvais ménage entre les divins époux, dont les poëtes parlent tant. (D.J.)


ZANCLE(Géog. anc.) ancien nom de la ville de Messine, selon Hérodote, l. VII. Polymn. pag. 438. Les Messéniens, peuples du Péloponnèse, ayant été chassés de chez eux après avoir soutenu de longues guerres contre les Lacédémoniens, se transplanterent en Sicile, où s'étant rendus maîtres de Zancle, ils lui donnerent le nom de Messine. Ce fut Epaminondas qui, après la bataille de Leuctres, les rappella, & les rétablit dans leur pays. (D.J.)


ZANFARAou JANFARA, (Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie. Il est borné au levant par le royaume de Zegzeg, & au midi par le Sénégal. Les caravanes de Tripoli qui vont dans ce royaume, en apportent de l'or, en échange de draps & autres marchandises qu'ils y laissent. Le terroir est fécond en blé, riz, millet, & coton ; ses habitans sont grands & fort noirs. Le lieu principal du pays, est à 40 deg. de longitude, sous les 16 deg. de latitude septentrionale. (D.J.)


ZANGAN(Géogr. mod.) ou Zarigan, selon Paul Lucas ; ville de Perse, au voisinage de Sultanie ; elle a, selon Tavernier, un caravanserai des plus commodes pour les caravanes. (D.J.)


ZANGUEBARLE, (Géog. mod.) contrée d'Afrique, dans la Cafrerie, le long de la mer des Indes. On prétend que c'est la contrée que Ptolomée nomme Agisimba. Elle s'étend depuis la riviere de Jubo, jusqu'au royaume de Moruca, & comprend plusieurs royaumes, dont les principaux sont Mosambique, Mongale, Quiloa, Monbaze, & Métinde. Voyez la carte de M. Damville. C'est un pays bas rempli de lacs, de marais, & de rivieres. Il vient dans quelques endroits un peu de blé, de millet, des orangers, des citrons, &c. Les poules qu'on y nourrit sont bonnes, mais la chair en est noire ; les habitans sont des Negres, au poil court & frisé ; leur richesse consiste dans les mines d'or, & dans l'ivoire ; ils sont tous idolâtres ou mahométans ; leur nourriture principale est la chair des bêtes sauvages, & le lait de leurs troupeaux. (D.J.)


ZANHAGAou ZÉNÉGA, (Géog. mod.) désert d'Afrique, dans l'Ethiopie occidentale ; c'est la premiere habitation des déserts de la Libye, vers le couchant : car elle commence à l'océan, & occupe tout l'espace qui est entre le cap de Nun, & la riviere de Niger, que les Portugais nomment Sénéga, & les François Sénégal, & qui sépare les blancs d'avec les negres. Le désert de Zanhaga est habité par différens peuples, & entr'autres par les Zénegues ; c'est un désert sec & aride, dont la chaleur est insupportable ; on s'y conduit par les vents, par les étoiles, par le vol des corbeaux & des vautours, qui volent vers les endroits où l'on trouve heureusement des troupeaux qui paissent. (D.J.)


ZANIou TZANI, (Géog. anc.) peuples des environs de la Colchide. Lorsqu'on va d'Arménie en Persarménie, dit Procope, Bel. persici, l. I. c. xiv. de la traduction de M. Cousin, on a au côté droit le mont Taurus, qui s'étend jusqu'en Ibérie, & en d'autres pays voisins ; il y a au côté gauche un long chemin, dont la pente est douce, & de hautes montagnes qui sont couvertes de neige en toutes saisons ; c'est de ces montagnes que le Phase tire sa source, & d'où il va arroser la Colchide. Ce pays a été de tout tems habité par les Tzaniens, appellés autrefois Saniens, peuple barbare & qui ne dépendoit de personne. Comme leur terre étoit stérile, & leur maniere de vivre sauvage, ils ne subsistoient que de ce qu'ils pilloient dans l'empire. L'empereur leur donnoit chaque année une certaine somme d'argent, afin d'arrêter leurs courses ; mais se souciant fort peu de leurs sermens, ils ne laissoient pas de venir jusqu'à la mer, & de voler des Arméniens & des Romains ; ils faisoient de promptes & de soudaines irruptions, & se retiroient aussitôt dans leur pays. Quand ils étoient rencontrés en campagne, ils couroient risque d'être battus ; mais l'assiette des lieux étoit telle qu'ils ne pouvoient être pris. Sylla les ayant défaits par les armes, acheva de les conquérir par ses caresses. Ils adoucirent depuis la rudesse de leurs moeurs, en s'enrolant parmi les Romains, & en les servant dans les guerres ; ils embrasserent la religion chrétienne. Ils sont appellés Zanni par Agathias, l. V. qui les place sur le Pont-Euxin, aux environs de Trapézunte. (D.J.)


ZANNAS. f. (Hist. nat.) nom d'une terre employée dans la médecine, & qui, suivant Oribasius, se trouvoit en Arménie, sur les frontieres de la Cappadoce. Elle étoit d'un rouge pâle, d'un goût astringent, & très-aisée à diviser par l'eau. On la nomme aussi Zarina.


ZANNICHELLIAS. f. (Hist. nat. Bot.) nom donné par Micheli au genre de plante que les autres botanistes appellent algoïdes, aponogeton, graminifolia ; en voici les caracteres.

Il porte des fleurs mâles & femelles distinctes ; mais qui sont toujours près les unes des autres. La fleur mâle n'a ni calice ni pétales ; elle consiste seulement en une étamine droite, longue, & terminée par une bossette ovale. La fleur femelle a un calice fait en cloche, & composé d'une seule feuille, divisée en deux segmens dans les bords ; il n'y a point de pétales ; le pistil a plusieurs germes contournés, avec autant de styles simples, & de stigma en forme ovoïde ; les graines égalent en nombre les germes ; elles sont oblongues, pointues à chaque bout, bosselées d'un côté, & couvertes d'une peau ou écorce. Linnaei, gen. plant. p. 444. Vaillant, A. G. 1719. Pontedera Anth. Dillenii, gen. p. 169. (D.J.)


ZANONEZANONIA, s. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante à fleur en rose, composée de trois pétales disposés en rond & soutenus par un calice en forme d'entonnoir ; ce calice devient dans la suite un fruit mou, recourbé, & succulent, qui renferme le plus souvent deux semences arrondies. Plumier, nov. pl. am. gen. Voyez PLANTE. Voici ses caracteres, suivant Linnaeus, elle produit des fleurs mâles & femelles séparées ; dans la fleur mâle le calice est composé de trois feuilles ovales, déployées de toutes parts, & plus courtes que la fleur ; la fleur est monopétale, ayant une large ouverture découpée en cinq segmens, qui sont dentelés, égaux, & repliés en arriere. Les étamines sont cinq filets de la longueur du calice, & terminés par de simples sommets. Les fleurs femelles naissent sur des plantes séparées ; elles ont le calice & la fleur semblables à la fleur mâle, excepté que le calice est sur le germe du pistil ; ce germe est oblong, & produit trois stiles coniques, recourbés ; les stigma sont fendus en deux, & recoquillés ; le fruit est une grosse & longue baie, tronquée au bout, & courte vers la base ; il contient trois loges ; les graines sont au nombre de deux, oblongues & applaties. Linnaei, gen. plant. pag. 477. Hort. Malab. vol. VIII. pag. 47. 49. (D.J.)


ZANTE(Géog. mod.) ville capitale de l'île de même nom, le long de la côte, & regardant le couchant. On y compte environ quinze mille ames ; elle n'est point murée, mais défendue par une forteresse bâtie sur une éminence. Son port qui est au midi est très-bon. Il y a dans cette ville un évêque du rit latin, suffragant de Corfou, mais la plûpart des habitans font profession du rit grec, sous la direction d'un protopapa, & ils relevent de l'évêque de Céphalonie. Les Vénitiens, en qualité de maîtres de Zante, y tiennent un provéditeur. Les Anglois y ont un comptoir, conduit par un consul. Les Hollandois y ont pareillement un consul, & les François n'y ont qu'un commis. Long. 36. 55. lat. 37. 56. (D.J.)

ZANTE, île de, île de la mer de Grece, au couchant & à quinze lieues de la Morée, à cinq au midi de Céphalonie, & à 36. 30. de latitude. Elle n'a qu'environ quinze lieues de circuit ; mais en récompense de sa petitesse, c'est une île agréable & fertile. Les Grecs l'ont connue sous le nom de Zacynthus. Wheler dit avoir vu une médaille qui représentoit la tête d'une divinité ; sur le revers étoit un trépié d'Apollon, & au-dessous un soleil rayonnant, avec ce mot autour .

Cette île est aujourd'hui gouvernée par un provéditeur vénitien ; elle a deux ports, entre lesquels regne un long promontoire du côté de l'orient. Son principal commerce consiste en raisins de Corinthe, que les Anglois enlevent. L'huile de cette île est excellente ; ses melons ne le cédent point à ceux d'Espagne ; on y trouve aussi de très-belles pêches en grosseur, des figues, des citrons, des oranges, & des limons sans pepins.

La langue italienne est presque aussi commune à Zante que la grecque ; il y a néanmoins très-peu de gens du rit latin. Outre la ville capitale qui porte aussi le nom de Zante, on compte dans cette île quantité de villages. Messieurs Wheler & Spon y ont remarqué une fontaine de poix noire, dont l'odeur approche de l'huile d'ambre.

C'est dans cette île qu'est mort le célébre Vésale, âgé de 58 ans ; le vaisseau sur lequel il étoit pour se rendre à Venise, fit un triste naufrage sur les côtes, & ce grand anatomiste périt bientôt après de faim & de fatigue. (D.J.)


ZANTHENES. f. (Hist. nat. Litholog.) pierre qui, suivant Pline, se trouvoit en Médie ; quand on la trituroit dans du vin elle devenoit molle comme de la cire, & elle répandoit une odeur très-agréable. Voyez Plinii hist. nat. lib. XXXVII. cap. x.


ZANTO(Géog. mod.) bourgade de la basse Hongrie, entre Strigonie & Albe Royale, à cinq lieues de chacune de ces villes ; on la prend pour l'ancienne Osones de l'itinéraire d'Antonin. (D.J.)


ZANTOCH(Géog. mod.) petite ville de la grande Pologne, dans le Palatinat de Posnanie, aux confins de la nouvelle marche de Brandebourg, sur la rive septentrionale du Noteez, au-dessous de Nackel. Elle doit son origine à un château qui a été le sujet de plusieurs guerres dans le xj. siecle, entre les Poméraniens & les Polonois. (D.J.)


ZANTOCK(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans la nouvelle marche de Brandebourg, sur la riviere de Warte, à deux lieues de Landsberg. (D.J.)


ZANZIBAR(Géog. mod.) île de la mer des Indes, sur la côte du Zanguebar, entre l'île de Pemba & celle de Monfia, à huit lieues de la terre-ferme ; elle a le titre de royaume, le terroir produit beaucoup de riz, de miel, & de cannes de sucre ; on y trouve des forêts de citronniers ; les habitans sont tous mahométans. Latit. méridionale 7. (D.J.)


ZAO(Géog. anc.) promontoire de la Gaule narbonnoise, selon Pline, l. III. c. iv. dont voici le passage : Promontorium Zao : Citharista portus. C'est ainsi, dit le pere Hardouin, que lisent tous les manuscrits ; au-lieu que les exemplaires imprimés portoient promontorium Citharista, portus, ou promontorium Zacotharista, ou Zaoportus. Ce promontoire s'appelloit aussi Citharista, comme le port : car on lit dans Ptolomée, l. II. c. vj. . C'est présentement le cap Sisiat, ou de Cerchiech, près de Toulon ; & le port Citharista est aujourd'hui le port de Saint George, ou le port de Toulon. (D.J.)


ZAOIT(Géog. mod.) petite ville d'Afrique, dans la Barbarie, au royaume de Tunis, dans la province de Tripoli, à quelque distance de la mer. C'est la demeure de plusieurs morabites qui y vivent comme des religieux. (D.J.)


ZAORAT(Géog. mod.) place désolée d'Afrique, au royaume de Tunis, dans la province de Tripoli. C'étoit autrefois une ville considérable, avec un port appellé Posidon portus ; mais ce n'est aujourd'hui qu'un méchant village, habité par des gens fort pauvres. (D.J.)


ZAPATAS. f. (Hist. mod.) espece de fête ou de cérémonie usitée en Italie dans les cours de certains princes le jour de S. Nicolas ; elle consiste en ce que le peuple cache des présens dans les souliers ou les pantoufles de ceux qu'ils veulent honorer, afin de les surprendre le matin lorsqu'ils viennent à s'habiller.

Ce mot vient de l'espagnol capato, qui signifie un soulier ou une pantoufle. On prétend imiter en cela S. Nicolas, qui avoit coutume de jetter pendant la nuit des bourses pleines d'argent dans de certaines maisons par les fenêtres, afin que de pauvres filles pussent être mariées.

Le pere Menetrier a décrit ces zapatas, leur origine, & leurs différens usages, dans son traité des ballets anciens & modernes.


ZAPHARS. f. terme de Fauconnerie, les zaphars sont une sorte de faucons très-beaux de corps, ayant la tête plus grosse que les autres, & d'ailleurs toutes les marques des gentils faucons ; ils sont de moyenne grosseur, entre le gerfaut & le faucon, & montent par pointe ; au lieu que le gerfaut s'éleve plus haut. (D.J.)


ZAPORAVIENSou ZAPOROGES, (Géogr. mod.) peuples compris parmi les Cosaques ou Ukraniens ; ils habitent dans les îles qui sont aux embouchures du Borysthène, & sont sous le commandement d'un chef élu à la pluralité des voix, nommé Hetman ou Itman ; mais ce capitaine de la nation n'a point le pouvoir suprême ; les Zaporaviens sont à-peu-près ce qu'étoient nos flibustiers, des brigands courageux. Ils sont vêtus d'une peau de mouton, & alloient autrefois pirater jusque dans le Bosphore ; ils sont aujourd'hui contenus par la cour de Russie, qui envoye un seigneur dans le pays pour y veiller ; mais ce qui distingue les Cosaques zaporaviens de tous les autres peuples, c'est qu'ils ne souffrent jamais de femmes dans leurs peuplades, comme on prétend que les Amazones ne souffroient point d'hommes chez elles. Les femmes qui leur servent à peupler, demeurent dans d'autres îles du fleuve ; point de mariage, point de famille ; ils enrôlent les enfans mâles dans leur milice, & laissent leurs filles à leurs meres ; souvent le frere a des enfans de sa soeur, & le pere de sa fille. Point d'autres loix chez eux que les usages établis par les besoins ; cependant ils ont quelques prêtres du rit grec. On a construit depuis quelque tems le fort sainte Elisabeth sur le Boristhène pour les contenir ; ils servent dans les armées comme troupes irrégulieres, & malheur à qui tombe dans leurs mains.

Mais pour mieux faire connoître les Zaporaviens & leur hetman, nous rapporterons ici comment se fit en 1709, le traité de Mazeppa cosaque, stipulant pour Charles XII. avec ces barbares. Mazeppa donna un grand repas, servi avec quelque vaisselle d'argent à l'hetman zaporavien, & à ses principaux officiers : quand ces chefs furent yvres d'eau-de-vie, ils jurerent à table sur l'Evangile, qu'ils fourniroient des vivres & des hommes à Charles XII. après quoi ils emporterent la vaisselle & tous les meubles. Le maître-d'hôtel de la maison courut après eux, & leur remontra que cette conduite ne s'accordoit pas avec l'Evangile sur lequel ils avoient juré. Les domestiques de Mazeppa voulurent reprendre la vaisselle ; les Zaporaviens s'attrouperent ; ils vinrent en corps se plaindre à Mazeppa de l'affront inoui qu'on faisoit à de si braves gens, & demanderent qu'on leur livrât le maître-d'hôtel pour le punir selon les loix ; il leur fut abandonné, & les Zaporaviens, selon les loix, se jetterent les uns aux autres ce pauvre homme comme on pousse un ballon, après quoi on lui plongea un couteau dans le coeur. Histoire de Russie, par M. de Voltaire. (D.J.)


ZAPOTS. m. (Hist. nat. Botan. exot.) c'est un fruit qui croît dans la nouvelle Espagne, en Amérique, que les Espagnols appellent zapote blanco, qui est de la grosseur & de la forme du coin, agréable au goût, mais mal-sain, & qui contient une amande qui passe pour un poison dangereux. Il croît sur un grand arbre que les Indiens appellent cochits sapotl, qui a ses feuilles semblables à celles de l'oranger, rangées trois à trois par intervalle, & les fleurs jaunes & fort petites.


ZAPOTÉCA(Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne ; elle s'étend du midi au nord, depuis la province de Guaxaca, jusqu'au golfe du Mexique. Le terroir en est fertile, quoique pierreux ; ses habitans autrefois sauvages, sont aujourd'hui civilisés. (D.J.)


ZAPUATAN(Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Galice, proche la mer du sud. C'est une province de petite étendue, qui fut découverte par Nunno de Gusman, en 1532. (D.J.)


ZARA(Géog. mod.) ville des états de Venise, en Dalmatie, dans une péninsule qui s'avance dans la mer, & dont on a fait une île, par le moyen des fossés qu'on a creusés ; cette ville est à 35 lieues au nord-ouest de Spalatro, & à 66 au nord-ouest de Raguse, elle est fortifiée d'une citadelle, dont les fossés sont taillés dans le roc. On a construit à côté trois bastions revêtus de pierres de taille ; ce qui rend cette ville le boulevard de la république de ce côté-là. Les arsenaux, les magasins, les hôpitaux, les casernes, les palais du provéditeur général, du gouverneur de la ville, sont de beaux édifices ; il y a un college, & une académie de belles-Lettres.

Les Vénitiens acheterent cette ville en 1409, de Ladislas roi de Naples ; Bajazet II. la leur enleva en 1498 ; mais ils la reprirent par la suite, & l'ont toujours conservée depuis.

Les anciens l'ont connu sous le nom de Jadera, ville capitale, & colonie de la Liburnie, selon Pline, l. III. c. xxj. & Ptolomée, l. II. c. xvij. On y voit encore une inscription antique, où l'empereur Auguste est qualifié du titre de pere de cette colonie ; cette inscription ajoute qu'il en avoit fait bâtir les tours & les murailles ; & au-dessous on lit qu'un certain Tiberius Optatus en avoit relevé quelques tours ruinées de vieillesse : Imp. Caesar. divi F. Aug. parens coloniae murum & turres dedit, Ti. Julius Optatus turres vetustate consumptas, impensâ suâ restituit. Il paroît par une autre inscription que Jadera avoit beaucoup plus d'étendue que le Zara moderne, dont les habitans ne montent à présent qu'à quatre à cinq mille ames. Long. 33. 20. latit. 44. 23. (D.J.)


ZARA-VECCHIA(Géog. mod.) ville ruinée de l'état de Venise, sur la côte de la Dalmatie, près de Porto-Rosso. Le P. Coronelli prétend que c'est l'ancienne Blandona. (D.J.)


ZARABANDALS. m. (Hist. mod.) c'est le nom que l'on donne à un gouverneur ou viceroi, qui rend la justice au nom des rois mahométans de Mindanao, l'une des îles Philippines : c'est la premiere dignité de la cour.


ZARACHA(Géog. mod.) bourg de la Morée, au duché de Clarence, à environ vingt lieues du golfe de Lépante. Quelques-uns croient que c'est l'ancienne Pellana.


ZARAHNUN(Géog. mod.) montagne d'Afrique, au royaume de Fez. C'est une grande montagne qui contient plusieurs hameaux peuplés d'Azuagues & de Béréberes.


ZARANGAEI(Géog. anc.) peuple d'Asie, audelà du pays des Ariens. Pline les distingue des Drangae. Cependant il paroît par Strabon, Quinte-Curce & d'autres auteurs, qu'on peut les confondre ensemble. Le P. Hardouin croit que le pays de ces peuples répond aujourd'hui au Ségestan.


ZARBILE, (Géog. mod.) riviere de l'Amérique, dans la Terre-ferme, au nouveau royaume de Grenade. Elle prend sa source dans la province de Colimas, & finit par se rendre dans le fleuve appellé Rio-Grande. (D.J.)


ZARBILE(Géog. mod.) riviere de l'Amérique, dans la Terre-ferme, au nouveau royaume de Grenade. Elle prend sa source dans la province de Colimas, & se jette dans Rio-Grande.


ZARETA(Géog. anc.) fontaine de l'Asie mineure, dans la Bithynie, au bord de la mer de Chalcédoine, selon Etienne le géographe, qui dit qu'elle nourrissoit de petits crocodiles qu'on appelloit zaretii. Strabon, l. XII. p. 563, nomme cette fontaine fons azaritia, & dit simplement qu'elle nourrissoit de petits crocodiles. Par ces petits crocodiles on doit entendre des lézards d'eau semblables aux crocodiles d'Egypte, & ces lézards sont appellés byzantiaci lacerti, dans Stace, l. IV. Sylv. in risu saturnalitio.

Tu roseum tineis, situque putrem

Quales aut libycis madent olivis,

Aut thus niliacum, piperve servant.

Aut byzantiacos colunt lacertos.

(D.J.)


ZAREX(Géog. anc.) ville du Péloponnèse, dans la Laconie, selon Ptolomée, l. III. c. xvj. sur le golfe Argolique ; & Etienne le géographe, Polybe, Pline & Pausanias écrivent Zarax. Ce dernier marque, liv. III. ch. xxiij. que d'Epidaure à Zarax on comptoit environ cent stades. Cette ville, ajoute-t-il, a un port très-commode ; mais de toutes les villes des Eleuthérolacons, c'est celle qui a été exposée aux plus grands malheurs ; car elle fut autrefois détruite par Cléonyme, fils de Cléomène, & petit-fils d'Agamemnon. Du tems de Pausanias, Zarex n'avoit rien de remarquable. On y voyoit seulement à l'extrémité du port un temple d'Apollon, où le dieu étoit représenté tenant une lyre. En côtoyant le rivage l'espace de six stades, l'on apperçoit les ruines du port de Cyphante. Ortelius dit que cette ville est nommée Hierax Limen par Cédrène & par Gémiste, & Cara par Niger.


ZARFA(Géog. mod.) petite ville d'Afrique, presque détruire entierement, au royaume de Fez, dans la province de Trémecène. Elle étoit située dans une plaine fertile en blé & remplie d'arbres fruitiers.


ZARIASPA(Géog. anc.) ville d'Asie, dans la Bactriane. Strabon, l. XI. p. 514 & 516. Pline, liv. VI. ch. xv. & Etienne le géographe disent qu'on la nommoit aussi Bactra ; le premier ajoute qu'il y passoit une riviere de même nom, laquelle se jettoit dans l'Oxus. Pline, liv. VI. c. xxiij. dit Prophthasia, oppidum Zariasparum ; & comme un peu plus haut il avoit dit, c. xvij. Prophthasia Drangarum, & qu'Eratosthène écrit , il paroît que cette ville étoit dans la Drangiane, & qu'elle avoit été bâtie par une colonie de Zariaspes, de même que Pline dit Mastia Milesiorum, pour signifier que Mastia étoit une colonie des Milésiens. Les Zariaspes étoient les plus anciens habitans de la ville de Bactra.


ZARITZA(Géog. anc.) ville ou plutôt forteresse de l'empire russien, au royaume d'Astracan, sur la droite du Wolga, au pié d'une colline. Elle est munie de cinq bastions & de cinq tours de bois. La garnison de cette forteresse est de trois à quatre cent hommes, qui sont employés à défendre le pays contre les courses des Tartares & des Cosaques. Latit. 49. 42. (D.J.)


ZARMISOGETUSAZARMISOGETUSA

Imp. Caes. Antonino

Pio. Aug. Colonia

Sarmizaegethusa.

Ce mot est écrit sans diphthongue dans le digeste, lege I. ff. 8. de censib. où on lit Zarmizegethusa. Une inscription qu'on trouve dans Zamosius, analect. c. v. porte Col. Ulp. Trajana Dacic. Sarmizeg. Il y a encore dans Gruter d'autres inscriptions qui font mention de cette ville, savoir à la pag. 6. n °. 3 :

Felicibus Auspiciis

Caesaris Divi Nervae

Trajani Augusti

Condita Colonia

Dacia Sarmiz. Per

M. Scaurianum Ejus Propr.

& à la pag. 46, n °. 3, Colonia Dac. Sarmiz. dans la sixieme classe des inscriptions rapportées par Th. Reinesius, on trouve celle-ci :

Flam. Col. Sarmiz. Dec. Col. Sar. & Apul.

Lorsque cette ville fut devenue colonie romaine, elle conserva son ancien nom, auquel elle joignit le titre de Colonia Ulpia Trajana, ou celui d'Augusta Dacica, & quelquefois on lui donnoit tous ces titres ensemble, comme on le voit par une quatrieme inscription, pag. 437, n °. 1. qui se trouve dans Gruter, & où on lit :

Colon. Ulp. Trajan.

Aug. Dacica Sarmizgetusa.

Cette colonie, à en juger par ses ruines, doit avoir été une des plus considérables de l'empire romain. Ce n'est aujourd'hui qu'un village appellé Varhel. (D.J.)


ZARNABS. m. (Mat. méd. des Arabes) terme employé par Avicenne pour exprimer le carpésia des anciens grecs. C'étoit une drogue aromatique, fine, stomachique & cordiale, qu'on substituoit au cinnamomum, & qui peut-être étoit de nouveaux rejettons de l'arbrisseau qui produit les cubebes. Galien en nomme deux especes, celle de Laërce & celle de Pont, ainsi nommées des lieux d'où on les tiroit ; mais ces deux especes étoient vraisemblablement des racines de la même plante de la Pamphilie, tirées de deux montagnes différentes. (D.J.)


ZARNACHS. m. (Hist. nat. des fossiles) c'est le terme des anciens arabes pour désigner l'orpiment ; car ils le nomment aujourd'hui zarnich. Dioscoride & Théophraste appellent le zarnach du nom de arrenecon, qui n'est autre chose que l'orpiment.

Le zarnich moderne est une substance inflammable, d'une structure uniforme, qui n'est ni flexible ni élastique, donnant en brûlant une flamme blanchâtre & une odeur nuisible approchante de celle de l'ail.

On en connoît quatre especes : 1°. une rouge, qui est la vraie sandarach : 2°. une jaune, qu'on trouve abondamment dans les mines d'Allemagne, & qu'on nous apporte fréquemment sous le nom d'orpiment, & mêlé avec ce fossile : 3°. une verdâtre, qui n'est pas moins commune dans les mêmes mines, & qu'on vend sous le nom d'orpiment grossier ; on rencontre aussi cette troisieme espece dans les mines d'étain de Cornouailles : 4°. une blanchâtre, également commune dans les mines d'Allemagne, mais dont on ne fait aucun cas ; c'est cependant une substance remarquable, en ce qu'elle a la propriété de changer l'encre noire dans un très-beau rouge. (D.J.)


ZARNATA(Géog. mod.) ville de Grece, dans la Morée, à deux lieues du golfe de Coron, & à huit au couchant de Misitra. C'est une forteresse que l'art & la nature ont rendu très-forte. Elle est de figure ronde, & située sur une éminence. Les Vénitiens l'ont possédée long-tems ; elle dépend aujourd'hui des Turcs, avec tout le reste de la Morée. (D.J.)


ZARNAW(Géog. mod.) petite ville de la haute Pologne, dans le palatinat de Sandomir, entre la ville de ce nom & celle de Sirad, environ à 36 lieues de la premiere, & à 30 lieues de l'autre.


ZARPANEILE, (Géog. mod.) nom d'une des îles Marianes, située sous le 14d. de latitude septentrionale. On lui donne quinze lieues de tour. Elle a deux ports. (D.J.)


ZARUMA(Géog. mod.) petite province de l'Amérique méridionale, au Pérou, dans l'audience de Quito, à l'occident de celle de Loxa. Sa capitale située par 3d. 4°'. de latitude australe, lui donne son nom. Ce lieu a eu autrefois quelque célébrité par ses mines aujourd'hui abandonnées, ainsi que bien d'autres plus riches, faute d'ouvriers pour les travailler. L'or de celle-ci est de bas-aloi, & seulement de quatorze carats ; il est mêlé d'argent, & ne laisse pas d'être fort doux sous le marteau. La hauteur du barometre à Zaruma est de 24 pouces 2 lignes ; ainsi son terrein est élevé d'environ 700 toises, ce qui n'est pas à moitié de l'élévation du sol de Quito, c'est-à-dire que la chaleur y est de moitié moins grande ; car dans ce pays-là l'élévation du sol y décide presqu'entierement du degré de chaleur. (D.J.)


ZARZEDASZARCEDAS ou SARCEDAS, (Géog. mod.) petite ville ou bourgade de Portugal, dans l'Estramadure, au territoire de Tomar & au nord du Tage, sur une colline escarpée, vis-à-vis de Castel-Branco. Elle n'a qu'une paroisse. (D.J.)


ZASLAW(Géog. mod.) ville de la petite Pologne, au palatinat de Volhinie, sur la riviere Horin, à environ cinq lieues d'Ostrog. (D.J.)


ZATHMARle comté de, (Géog. mod.) comté de Hongrie. Il est borné au nord par le comté d'Ugoez, au midi par celui de Krama, au levant par celui de Nagibiana, & au couchant par les sept villes Heydoniques. Son chef-lieu Zathmar lui a donné son nom. (D.J.)

ZATHMAR, (Géog. mod.) petite ville de Hongrie, capitale du comté de même nom, sur la riviere de Samos, qui en forme une île, sur les frontieres de la Transylvanie, à 18 lieues de Toxay, & à 50 de Bude. Elle appartient à l'empereur. Long. 27. 32. latit. 49. 58. (D.J.)


ZATIME(Géog. mod.) montagne d'Afrique, en Barbarie, dans la province de Ténez. Elle appartient aux turcs d'Alger, & est peuplée de Béréberes, & d'Aznagues. (D.J.)


ZATOR(Géog. mod.) ville de Pologne, dans le palatinat de Cracovie, sur la droite de la Vistule, près de son confluent avec le Skaud, à 9 lieues audessus de Cracovie, & à 18 au sud-est de Ratibor. Elle est défendue par un château. Long. 37. 32. latit. 49. 58. (D.J.)


ZATOUS. m. (Com.) mesure de grains en usage dans l'île de Madagascar parmi les naturels du pays.

On ne se sert du zatou que pour mesurer le riz entier & non mondé, le riz mondé se mesurant au monka & à la voule, dont le premier pese six livres, & le second seulement une demi-livre de Paris.

Le zatou contient cent voules, c'est-à-dire, cinquante livres de Paris ; & en langue madecasse ou de Madagascar, il signifie cent, nombre qui dans ce pays comme en Europe contient deux fois cinquante, ou quatre fois vingt-cinq. Voyez MONKA & VOULE. Dictionn. de commerc. & de Trév.


ZAUZAN(Géog. mod.) ville du Khorassan, entre Hérat & Nischabour. Long. 80. 30. latit. septentrionale 35. 20. (D.J.)


ZAWICHOST(Géog. mod.) ville de la petite Pologne, au palatinat de Sandomir, à la droite de la Vistule, environ à cinq lieues au-dessous de Sandomir. C'est le siege d'une Castelanie. (D.J.)


ZBARAS(Géog. mod.) nom de deux villes de la Pologne. L'une est dans le palatinat de Podolie, près de Tarnapol. L'autre est dans l'Ukraine, au palatinat de Braslaw, à quatorze lieues de la ville de ce nom. (D.J.)


ZBOROW(Géog. mod.) ville de la petite Pologne, dans l'Ukraine, au palatinat de Lemberg, sur les confins de ceux de Volhinie & de Podolie, à 16 lieues au levant de Léopol. Jean Casimir, roi de Pologne, y fut défait en 1647 par les Cosaques & par le Kan des petits tartares. Long. 43. 54. latit. 49. 52. (D.J.)


ZÉA(Littérat. Botan.) nous traduisons le mot zéa, des anciens, par épeautre, espece de froment qui a une enveloppe dont il est fort difficile de le séparer, même en le battant ; mais dans les écrits des anciens grecs, le mot zéa est quelquefois employé pour le libanotès, qui comme on sait est une espece de laserpitium. On ne peut concevoir qu'on ait confondu ensemble sous un même nom, deux choses aussi différentes qu'un grain semblable au froment, avec une grande & belle plante ombellifere ; & cependant c'est une faute qui a été commune aux Grecs & aux Romains. Il y a plus, c'est que le mot zéa pris pour une espece de froment dans Dioscoride & Théophraste, n'est point le même grain dans Athénée, car ce dernier nous dit que le pain fait de zéa est le plus pesant & le plus difficile à digérer qu'il y ait ; il ajoute qu'on ne peut cultiver ce grain que dans les pays froids du nord, où l'on en fait du pain noirâtre, pesant & mal-sain ; ainsi le zéa d'Athénée paroît être du seigle. Théophraste au contraire, en parlant du zéa, dit qu'il donne un pain plus blanc & plus léger qu'aucun autre froment. Il faut avouer qu'en général les anciens sont très-confus & très-peu d'accord ensemble dans les détails qu'ils nous ont laissés sur les divers grains dont on fait le pain ; mais peut-être qu'à notre tour nous ne sommes pas plus exacts qu'ils l'ont été. (D.J.)


ZEB(Géog. mod.) province d'Afrique dans la Barbarie, au sud du royaume de Labet. Elle est bornée au nord par les montagnes de Bugie, au midi par les déserts, au levant par le Bilédulgérid, & au couchant par le désert de Mazila. C'est un pays misérable, couvert de sables ardens, & dont les habitans vivent sous des tentes. Il appartient aux Algériens. (D.J.)


ZÉBÉELA, (Géog. mod.) riviere d'Afrique, dans l'Ethiopie orientale. Elle a sa source au royaume d'Enaria, & son embouchure sur la côte de Zanguebar. C'est la même riviere que Quilmanci, selon M. d'Anville. (D.J.)


ZÉBIou ZABID, (Géog. mod.) Zabida, Zibit, ville de l'Arabie heureuse, assez près de la mer d'Oman, & dans une plaine dépourvue d'eau courante, à cent trente milles de Sanaa. Voyez ZABID. (D.J.)


ZEBIO(Géog. mod.) montagne d'Italie, au duché de Modene, près du village de Sassuolo. Cette montagne brûle de tems-en-tems comme l'Aetna & le Vésuve ; il transpire de son pié à travers un rocher, deux sources d'huile, l'une rouge, & l'autre plus claire & plus liquide ; c'est l'huile de Pétrole, dont la différence de couleur & de consistance, peut dépendre en partie des feux souterrains, en partie des terres, & des roches par lesquelles elles se filtrent. (D.J.)


ZÉBRES. m. (Hist. nat. des quadrup.) nom d'un animal de l'espece des ânes, & qu'on voit communément non-seulement en Afrique, mais dans quelques endroits des Indes orientales. Il est de la figure & de la taille de la mule, mais bien différent pour la couleur du poil, qui est marqueté sur le dos & sous le ventre de larges mouchetures noires, blanches & brunes. Il va par troupeaux, & court avec une légéreté étonnante. (D.J.)


ZÉBU(Géog. mod.) Sébu ou Cébu, par d'autres l'île de Pintados ou des peuples peints, parce qu'ils vont tout nuds, & se peignent de diverses couleurs. Zébu est une petite île de l'Océan indien, & l'une des Philippines, entre celle de Masoate au nord, celle de Leyté au levant, & l'île des Negres au couchant. Elle n'a que deux lieues de circuit, mais elle est peuplée. Elle obéit aux Espagnols, & dépend du gouverneur des Philippines. Il y a des mines d'or. La plûpart des habitans sont encore payens, & prennent autant de femmes qu'ils veulent. Leur nourriture consiste en poisson & en viandes à demi-cuites & salées. (D.J.)


ZECHES(Géog. anc.) peuples d'Asie, au voisinage de la Lazique : le fleuve Boas, dit Procope, Persicor. l. II. c. xxjx. prend sa source dans le pays des Arméniens, qui habitent Pharangion, proche des frontieres des Tzaniens : il coule assez loin du côté de la droite, toujours étroit & agréable jusqu'aux extrémités de l'Ibérie, & au bout du mont Caucase ; cette contrée est habitée de différentes nations, des Alains, des Abasques, qui sont anciens alliés des Romains & des Chrétiens, des Zéchiens & des Huns surnommés Sabéïriens. (D.J.)


ZEDARON(Astronom.) nom d'une étoile de la troisieme grandeur sur la poitrine de Cassiopée, où on en trouve la longitude & la latitude pour 1700 dans le Prodromus astron. d'Hevelius, p. 278. Quelques astronomes la connoissent par le nom de Schédir. (D.J.)


ZÉDOAIRES. f. (Botan. exot.) racine aromatique des Indes orientales, de forme ronde ou longue.

Dioscoride & Galien ne font aucune mention de la zédoaire ni du zérumbeth. D'un autre côté, ces remedes étoient fort en usage chez les Arabes, mais ils les ont décrits si briévement, ils sont si incertains & si mal d'accord, que leurs ouvrages ne peuvent nous servir pour éclaircir l'histoire des simples.

Avicenne distingue la zédoaire du zérumbeth, & établit deux especes de zédoaire, l'une semblable à la racine de l'aristoloche, & l'autre qui croît avec le napel, & qui en est selon lui l'antidote.

Sérapion après avoir interprêté le mot de zérumbeth par celui de zédoaire, dit qu'il ressemble par ses racines à celles de l'aristoloche ronde, & au gingembre par la couleur & le goût. Rhasèz confond la zédoaire & le zérumbeth : en un mot, les uns & les autres noms brouillent, plutôt que de nous éclairer.

On trouve dans nos boutiques deux racines sous le nom de zédoaire : l'une est longue, & l'autre est ronde.

Quelques-uns croient que ce sont seulement différentes parties de la même racine. La zédoaire longue, zedoaria longa, est une racine tubéreuse, compacte, de deux, trois, quatre pouces de longueur, de la grosseur du doigt, finissant par les deux bouts en pointe mousse, cendrée au-dehors, blanche en-dedans, d'un goût âcre un peu amer, de peu d'odeur, mais agréable, douce, aromatique lorsqu'on la pile ou qu'on la mâche, & qui approche en quelque façon du camphre. On recherche celle qui est pesante, pleine, non ridée, un peu grasse, visqueuse, odorante, & sans trous.

La zédoaire ronde, zedoaria rotunda, ressemble entierement à la zédoaire longue, par sa substance, son poids, sa solidité, son goût & son odeur ; elle n'en differe que par la figure, car elle est sphérique, de la grandeur d'un pouce, terminée quelquefois en une petite pointe, par laquelle elle a coutume de germer. On nous apporte l'une & l'autre zédoaire de la Chine, selon Garzias & Paul Herman. On trouve plus rarement la ronde dans les boutiques que la longue. Nous ignorons encore quelles plantes les produisent.

Breynius & Rai soupçonnent que la zedoaire est la plante nommée malan-kna, H. Malab. p. 11. 17. Colchicum zeylanicum, flore violae, odore & colore ephemeri, de Herman, Parad. Bat. prod. 304. Cette racine de Ceylan est bulbeuse, épaisse d'un doigt, couverte d'une membrane coriace, grise en-dehors, blanche en-dedans, compacte & fibreuse. Les bulbes qui lui sont attachées, sont au nombre de six, placées deux à deux les unes sur les autres, lisses, ovalaires, chevelues, compactes, grasses, mucilagineuses en-dedans, mais qui piquent moins la langue.

Du sommet de la racine, s'éleve une graine blanche, membraneuse, dans laquelle sont renfermées quatre ou cinq fleurs, portées sur de longs pédicules. Ces fleurs sont à trois, ou à six pétales ; elles sont panachées de bleu, de blanc, de rouge, de pourpre & de jaune ; leur odeur est agréable, audessus même de celle de la violette ; elles sortent de la terre avant les feuilles.

Après qu'elles sont tombées, le calice se renfle & devient une capsule, dans laquelle sont contenues des graines. Les feuilles sont longues d'un empan, larges de trois ou quatre travers de doigt, odorantes comme celles du gingembre, lisses & menues, d'un verd gai, soutenues sur une courte queue, laquelle par une base large enveloppe la tige, & donne naissance à une côte qui traverse la feuille dans toute sa longueur ; les tiges ont à peine une coudée de haut.

Herman distingue une autre espece de zédoaire qu'il nomme zedoaria zeylanica, camphoram redolens, Harad-Kaha, zeylanensium. Ses feuilles sont par-dessous d'un rouge pourpre obscur ; leurs queues sont faites en forme de quilles de vaisseau, & sortent immédiatement de la racine, & non de la tige.

La zédoaire de nos boutiques étant distillée avec de l'eau commune, fournit une huile essentielle, dense, épaisse, qui se fige, & prend la figure du camphre le plus fin ; elle a donc une huile essentielle subtile, unie avec un sel acide très-volatil, & l'union de ces deux substances, forme une résine semblable au camphre. (D.J.)


ZÉELANDEou ZÉLANDE, LA, (Géog. mod.) province des Pays-bas, & l'une des sept qui composent la république des Provinces-Unies ; cette province consiste en plusieurs îles que forme l'Océan, avec des bras de l'Escaut & de la Meuse : ces différens bras de mer séparent la Zélande du côté du nord des îles de Hollande : l'Escaut du côté de l'orient, la sépare du Brabant ; & le Honte la sépare de la Flandre ; vers l'occident elle est bornée par l'Océan.

Le mot de Zélande ou Zéélande, signifie terre de mer, & ce nom convient fort à la situation du pays, qui a toujours été sujet aux inondations. On ignore le nom des peuples qui habitoient anciennement cette région.

L'auteur de la chronique de la Zélande estime que les Zélandois modernes sont danois d'origine, & qu'ils descendent particulierement des habitans de l'île de Selandre en Danemarck. L'histoire nous apprend du-moins, que Rollon, duc des Danois, tint quelque tems sous sa puissance l'île de Walcheren & les îles voisines. On trouve aussi dans la langue des Zélandois des Pays-bas, plusieurs mots encore usités chez les Sélandois de Danemarck. Toutes ces raisons réunies ont quelque force pour appuyer l'opinion de l'auteur de la chronique de la Zélande.

Ce qu'il y a de plus sûr, c'est que les habitans de cette province ne furent convertis au christianisme que dans le ix. siecle. On sait aussi qu'ils furent mis sous le royaume de Lothaire, qui est celui d'Austrasie ; & ensuite, lorsque dans le dixieme siecle les comtes furent devenus propriétaires, les Zélandois faisoient partie de la Flandre nommée impériale, parce qu'elle relevoit de l'empire : de-là vient que les empereurs prétendoient être en droit de donner ce pays, comme ils le donnerent en effet, tantôt aux comtés de Hollande, tantôt à celui de Flandres. Robert dit le Frison, qui jouit durant quelque tems du comté de Hollande, ou de la Frise citérieure, se rendit maître des îles de la Zélande, qu'il laissa aux comtes de Flandres ses héritiers, nonobstant les prétentions contraires des Hollandois.

Ensuite la Zélande ayant passé au pouvoir de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui succéda à Jaqueline de Baviere, morte sans enfans en 1433, les deux provinces de Hollande & de Zélande ne firent plus qu'un seul corps. Les comtes de Hollande prirent seuls le titre de comte de Zélande, & ils laisserent le pays à leurs successeurs, dont les princes de la maison d'Autriche hériterent.

Enfin sous Philippe II. les Zélandois secouerent le joug de sa domination, & se confédérerent avec les Provinces-Unies des Pays-bas, qui furent reconnues libres & souveraines en 1648, par le premier article du traité de Munster.

J'ai dit ci-dessus que la province de Zélande consistoit en plusieurs îles ; on en compte quinze ou seize, dont la plûpart sont assez petites. Les principales sont Walcheren, Duyveland, Nord-Beveland, Zuyd-Beveland, Ter-Tolen, Schowen, Gorée, & Voorn.

Ce pays abonde en pâturages, & produit du blé excellent. Il ne manque d'ailleurs de rien par son commerce maritime ; cependant l'étendue de son territoire n'est que d'environ quarante lieues. Ses villes principales sont Middelbourg, Flessingue, Vere, Ter-Tolen & Ziriczée. On compte en tout huit villes murées, & cent deux villages, sans plusieurs autres, qui ont été engloutis par diverses inondations, sur-tout par celles des années 1304 & 1309.

La Zélande se gouverne sur le même pié que la Hollande. L'assemblée des états est composée des députés de la noblesse & des six villes principales. Mais comme toutes les anciennes familles nobles sont éteintes, Guillaume, prince d'Orange, mort roi d'Angleterre, composoit seul l'ordre de la noblesse, sous le nom de premier noble de Zélande ; & son député avoit la premiere place dans cette assemblée, au conseil d'état & à la chambre des comptes.

On divise ordinairement la Zélande en deux parties, qui sont l'occidentale en-deçà de l'Escaut, & l'orientale au-delà de l'Escaut. L'occidentale, qui s'étend le plus vers la Flandre, comprend les îles de Walcheren, de Nord & Zuyd-Beveland, & de Wolverdyck : l'orientale, qui est la moindre & la plus avancée vers la Hollande, contient les îles de Schowen, Duyveland & Tolen. Toutes ces îles, étant situées dans un terrein fort bas, seroient dans un continuel péril d'être submergées, si elles n'étoient défendues contre l'impétuosité des flots par des dunes, & par des hautes digues, entrelacées de joncs & de bois de charpente, dont le vuide est rempli de pierres. Le tout est entretenu avec beaucoup de soin & de dépense.

Depuis que la Zélande est devenue libre & souveraine, les sciences y fleurissent d'une maniere brillante ; c'est ce dont on peut juger par l'ouvrage de Pieter de la Rue, intitulé gelletterd Zéeland, &c. Middelbourg 1734, in-4°. & depuis augmenté en 1741, in-4°. On trouvera dans cette belle bibliographie tous les savans qui sont nés dans cette province, & les ouvrages qu'ils ont mis au jour. (D.J.)


ZEGA(Géog. mod.) petite riviere d'Espagne, dans la vieille Castille, proche la ville de Valladolid. (D.J.)


ZEGZEG(Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans la Nigritie, au midi du Niger, qui le sépare du royaume de Cassène. Il est borné au midi par le royaume de Benin, au couchant par les déserts, & au levant par le royaume de Zanfara. Il appartient au roi de Tombut. Les habitans demeurent dans de chétives cabanes. Son lieu principal, dont il prend le nom, est placé à 36. 40. de longitude, sous les 14. 40. de latitude septentrionale.


ZEIBAN(Géog. mod.) île de la mer Rouge, & l'une des dépendances de l'Arabie heureuse. Davity la met à 16 lieues de la côte d'Alep, sous le 17d. de lat. septentrionale, & lui donne 30 lieues de long & 12 de large. (D.J.)


ZEIRITES. m. terme de relation ; nom des princes arabes d'une dynastie qui a regné en Afrique. Cette dynastie fut fondée par Zeïre, l'an 362 de l'hégire, & dura jusqu'en 543.


ZÉITON(Géog. mod.) ville de la Turquie européenne, dans la Janna, au fond d'un golfe de même nom, proche la riviere d'Agriomela. Elle est bâtie sur des côteaux. Il y a un château qui n'est habité que par des mahométans ; mais dans la ville il y a des chrétiens & des turcs. Longitude 41. latitude 39. 12.

Le golfe de Zéiton, appellé anciennement Maliacus Sinus, est au midi du golfe de Volo, sur les confins de la Janna & de la Livadie. Il prend son nom de la ville, qui est placée dans le fond. (D.J.)


ZEITZ(Géog. mod.) en latin du moyen âge, Mamilla ; petite ville d'Allemagne, au cercle de la haute-Saxe, & au duché de Naumbourg, dans la Misnie, sur l'Ester, à 12 lieues au sud-est de Léipsick. Elle est presque déserte. Son évêché a été transféré à Naumbourg, & sa translation confirmée par le pape Jean XIX. Long. suivant Cassini, 29. 43. 45. latitude 51. 71.

Herculicius (David), médecin & astrologue, naquit à Zeitz, en 1557, & mourut en 1636. Il gagna sa vie à pratiquer la médecine, à écrire divers ouvrages en allemand, & à faire des horoscopes ; mais comme il ne manquoit pas d'esprit, il se ménageoit le plus qu'il pouvoit, afin de ne pas trop faire connoître l'incertitude de son art. Sa maison & tout le recueil de ses observations astrologiques (dont la perte n'est pas grande) périrent dans l'incendie qui mit en cendres la ville de Stargard, le 7 d'Octobre 1635. (D.J.)


ZEKELITA(Géog. mod.) petite ville ou bicoque de la haute Hongrie, au comté de Kalo, sur la riviere de Grasna, à 5 lieues de la ville de Grasna.


ZELA(Géog. anc.) ville de l'Asie mineure, dans le Pont cappadocien, près du Lycus. Elle est appellée , Zela, Orum par Strabon, l. XII. p. 569. qui la fait capitale d'une contrée à laquelle elle donnoit son nom. Il y a, dit-il, dans la Zélitidie, une ville fortifiée nommée Zela, qui est décorée d'un temple dédié à la déesse Anaitis, & servi par quantité de sacrificateurs, à la tête desquels est un grand prêtre. Pline, liv. VI. c. iij. parle de cette ville, & la nomme Ziela. Hirtius en traite assez au long, Bell. Alexandr. c. lxxij. C'est, dit-il, une ville du Pont assez forte par sa situation, étant bâtie sur une éminence, qui, quoique ménagée par la nature, paroît un ouvrage de l'art, & destinée à en appuyer les murailles de toutes parts. Cette place est entourée de collines, entrecoupées de vallées ; la plus haute de ces collines, qui se trouve comme jointe à la ville, est fameuse dans le pays, par la victoire de Mithridate, par la défaite de Triarius, & par l'échec qu'y reçurent les troupes romaines. (D.J.)


ZELATEURou ZELÉS, s. m. pl. (Hist. ecclés.) nom qu'on donna à certains juifs qui parurent dans la Judée vers l'an 66 de l'ere vulgaire, & quatre ou cinq ans avant la prise de Jérusalem par les Romains.

Ils prirent le nom de zelateurs, à cause du zèle mal entendu qu'ils prétendoient avoir pour la liberté de leur patrie. On leur donna aussi vers le même tems le nom de sicaires ou d'assassins, à cause des fréquens assassinats qu'ils commettoient avec des dagues nommées en latin sica. On croit que ce sont les mêmes qui sont nommés hérodiens dans saint Matthieu, c. xxij. . 16. & dans saint Marc, c. xij. . 13. Ils étoient disciples de Judas le galiléen, & se retirerent pour la plûpart pendant le siege dans Jérusalem, où ils exercerent les plus étranges barbaries, comme on peut le voir dans l'historien Josephe.


ZELDALESLES, (Géog. mod.) peuples de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, & dans la province de Chiapa. Le pays qu'ils habitent est, pour la plus grande partie, haut & montagneux, mais fertile en cochenille, en maïs, en miel, en cacao, & propre à nourrir du bétail. (D.J.)


ZÉLEde religion, (Christianisme) attachement pur & éclairé au maintien & au progrès du culte qu'on doit à la Divinité.

Le zèle de religion est extrêmement louable, quand il est de cette espece, plein de douceur, & formé sur le modele dont Jésus-Christ nous a donné l'exemple ; mais quand le zèle est faux, aveugle & persécuteur, c'est le plus grand fléau du monde. Il faut honorer la Divinité, & jamais songer à la venger. On ne sauroit trop observer, qu'il n'y a rien sur quoi les hommes se trompent davantage, que dans ce qui regarde le zèle de religion. Tant de passions se cachent sous ce masque, & il est la source de tant de maux, qu'on a été jusqu'à dire, qu'il seroit à souhaiter pour le bonheur du genre-humain, qu'on ne l'eût pas mis au nombre des vertus chrétiennes. En effet, pour une fois qu'il peut-être louable, on le trouvera cent fois criminel ; il faut bien que cela soit ainsi, puisqu'il opere avec une égale violence dans toutes sortes de religions, quelque opposées qu'elles soient les unes aux autres, & dans toutes les subdivisions de chacune d'elles en particulier.

Abdas, évêque dans la Perse, au tems de Théodose le jeune, fut cause, par son zèle inconsidéré, d'une très-horrible persécution qui s'éleva contre les chrétiens. Ils jouissoient dans la Perse d'une pleine liberté de conscience, lorsque cet évêque s'émancipa de renverser un des temples où l'on adoroit le feu. Les mages s'en plaignirent d'abord au roi, qui fit venir Abdas ; & après l'avoir censuré fort doucement, il lui ordonna de faire rebâtir ce temple. Abdas ne voulut pas s'y prêter ; quoique le prince lui eût déclaré. qu'en cas de désobéissance, il feroit démolir toutes les églises des chrétiens. Il exécuta cette menace, & abandonna les fideles à la merci de son clergé, qui n'ayant vu qu'avec douleur la tolérance qu'on leur avoit accordée, se déchaîna contr'eux avec beaucoup de furie. Abdas fut le premier martyr qui périt dans cette rencontre ; il fut, dis-je, le premier martyr, si l'on peut ainsi nommer un homme qui par sa témérité, exposa l'Eglise à tant de malheurs. Les chrétiens qui avoient déja oublié l'une des principales parties de la patience évangélique, recoururent à un remede qui causa un autre déluge de sang. Ils implorerent l'assistance de Théodose ; ce qui alluma une longue guerre entre les Romains & les Perses. Il est vrai que ceux-ci eurent le désavantage, mais étoit-on assûré qu'ils ne battroient par les Romains, & que par le moyen de leurs victoires, la persécution particuliere des chrétiens de Perse ne deviendroit pas générale sur les autres parties de l'Eglise ? Voilà ce que le zèle indiscret d'un seul particulier peut produire. A peine trente ans suffirent à la violence des persécuteurs !

Abdas, simple particulier, & sujet du roi de Perse, avoit ruiné le bien d'autrui ; & un bien d'autant plus privilégié, qu'il appartenoit à la religion dominante ; c'étoit une mauvaise excuse, de dire que le temple qu'il auroit fait rebâtir, auroit servi à l'idolâtrie : car ce n'eût pas été lui qui l'auroit employé à cet usage, & il n'auroit pas été responsable de l'abus qu'en auroient pu faire ceux à qui il appartenoit. D'ailleurs, personne ne peut se dispenser de cette loi de la religion naturelle : " Il faut réparer par restitution ou autrement le dommage qu'on a fait à son prochain ".

Enfin, quelle comparaison y avoit-il entre la construction d'un temple, sans lequel les Perses n'auroient pas laissé d'être aussi idolâtres qu'auparavant, & la destruction de plusieurs églises chrétiennes ? Il falloit donc prévenir ce dernier mal par le premier, puisque le prince en laissoit la ressource au choix de l'évêque. Voilà pour le zèle inconsidéré. Si quelquefois il peut être excusé, il ne faut jamais le louer, ce seroit rendre à l'infirmité humaine un hommage qui n'est dû qu'à la sagesse ; la qualité des personnes, & leurs meilleures intentions, ne changent point le mal en bien.

Si maintenant nous suivions l'histoire cruelle des effets du zèle destructeur, nous la trouverions remplie de tant de scènes tragiques, de tant de meurtres & de carnage, qu'aucun fléau sur la terre n'a jamais produit tant de désastres.

Tristius haud illo monstrum nec saevior ulla

Pestis, & ira Deum stygiis sese extulit undis.

Aeneid. l. III. v. 214.

Les annales de l'Eglise fourmillent de traits apocriphes de ce genre, qui ont fait au christianisme une si grande plaie, qu'il n'en guériroit point, si la main qui l'a fondé ne le sauvoit elle-même. Lisez bien l'histoire, & vous trouverez que les plus grands princes du monde ont eu plus à craindre les passions d'un faux zèle, que les armes de tous leurs ennemis.

Si tout zélateur examinoit bien sa conscience, elle lui apprendroit souvent que ce qu'il nomme zèle pour sa religion, n'est à le bien peser qu'orgueil, intérêt, aveuglement ou malignité. Un homme qui suit des opinions reçues, mais différentes de celles d'un autre, s'éleve au-dessus de lui dans son propre jugement ; cette supériorité imaginaire excite son orgueil & son zèle. Si ce zèle étoit véritable & légitime, il seroit plus animé contre un mauvais citoyen, que contre un hérétique, puisqu'il y a divers cas qui peuvent excuser ce dernier devant le souverain juge du monde, au-lieu qu'il n'y en a point qui puisse disculper l'autre.

J'aime à voir un homme zélé pour l'avancement des bonnes moeurs, & l'intérêt commun du genre humain ; mais lorsqu'il emploie son zèle à persécuter ceux qu'il lui plaît de nommer hétérodoxes, je dis, sur la bonne opinion qu'il a de sa créance & de sa piété, que l'une est vaine, & que l'autre est criminelle. (D.J.)

ZELE, (Critiq. sac.) ce mot se prend en plusieurs sens dans l'Ecriture. Il signifie une ardeur pour quelque chose. Phinée étoit plein de zèle contre les méchans qui violoient la loi du Seigneur, Nomb. xxv. 13. Il désigne l'envie ; les Juifs sont remplis d'envie, Act. xiij. 45. . Il veut dire la jalousie, Prov. vj. 34. la jalousie (zelus) du mari, n'épargne point l'adultere dans sa vengeance. L'oreille jalouse entend tout, Sage, j. 10. c'est Dieu qui s'appelle un Dieu jaloux. L'idole du zèle, Ezech. viij. 5. c'est ou l'idole de Baal, qui avoit été placée dans le temple du Seigneur, ou c'est celle d'Adonis ; quelques interprêtes croyent aussi que le prophête Ezéchiel entend par idole du zèle, toutes sortes d'idoles en général, dont le culte allume le zèle de Dieu contre leurs adorateurs. (D.J.)

ZELE, jugement de, (Critiq. sacr.) Voyez JUGEMENT de zèle. (D.J.)


ZELEIA(Géogr. anc.) , ville de l'Asie mineure, en Troade, au pié du mont Ida, dans le territoire des Cyzicéniens, auxquels Zéléia appartenoit. Strabon dit qu'il y avoit eu dans cette ville un oracle, mais qu'il ne parloit plus de son tems. (D.J.)


ZELEMS. m. (Mat. méd. des Arab.) nom donné par Avicenne & autres Arabes, à un fruit commun de leur tems en Afrique, extrêmement recherché par les habitans, & nommé par quelques-uns le poivre des noirs. Avicenne dit que le zelem étoit une semence grasse, de la grosseur d'un pois chiche, fort odorante, jaune en-dehors, blanche en-dedans, & qu'on apportoit de Barbarie. (D.J.)


ZELL(Géog. mod.) ville d'Allemagne, au cercle de la basse Saxe, dans le duché de Lunebourg, sur l'Aller, & chef-lieu d'un duché auquel elle donne son nom. Elle est située à onze lieues de Hildesheim, à treize de Lunebourg, & à quatorze de la ville de Brunswick. C'est une place défendue par un château, où les ducs de Zell faisoient jadis leur résidence. Cette ville, ainsi que le duché, a été réunie à l'électorat d'Hanovre. Long. 27. 55. lat. 52. 43.

Reinbeck (Jean Gustave), théologien de la confession d'Augsbourg, naquit à Zell en 1682, & mourut en 1741. Il est connu par un livre contre le concubinage, & par des considérations sur la confession d'Augsbourg, en quatre volumes in-8°. Ces deux ouvrages sont en Allemand ; ses sermons sur divers sujets ont été imprimés à Berlin, dans la même langue & forment plusieurs volumes. (D.J.)

ZELL, (Géog. mod.) petite ville impériale d'Allemagne, dans la Souabe, au pays d'Ortnaw, sur la riviere de Nagole, à sept lieues au midi de Bade. Elle est sous la protection de la maison d'Autriche. Long. 25. 46. latit. 48. 20. (D.J.)

ZELL, lac, (Géog. mod.) lac d'Allemagne sur les confins de la Souabe & de la Suisse, au-dessus du lac de Constance, dont il fait partie. Il est formé par le Rhin, & renferme l'île & l'abbaye de Reychenaw. (D.J.)


ZEMBLELA NOUVELLE, (Géog. mod.) vaste pays situé dans l'océan septentrional, au nord de la Moscovie, dont il est séparé en tout ou en partie par le détroit de Weigats. Le mot nouvelle zemble, qui veut dire nouvelle terre, a été donné à ce pays par les Russes. La découverte en a été faite en 1642, par le navigateur Abel Tasman.

L'an 1725, la czarine Catherine envoya le capitaine Béering, qui navigea vers l'Océan septentrional, & qui étant de retour de Kamtschatka, dans la mer du Japon, à Pétersbourg, en 1730, rapporta qu'il avoit trouvé un passage au nord-est, par lequel on pourroit aller du détroit de Weigats au Japon, à la Chine, & aux Indes orientales, si les neiges n'y mettoient un obstacle invincible pendant la plus grande partie de l'année ; ce rapport a été confirmé par des relations postérieures. Comme la nouvelle Zemble n'est pas jointe à la terre ferme, du-moins dans sa partie méridionale, on croit qu'elle tient par les glaces au Spitzberg, & que les premiers habitans de l'Amérique, peuvent y avoir passé de notre continent par cette voie.

Quoiqu'il en soit, la nouvelle Zemble s'étend dans sa partie méridionale, le long des côtes septentrionales de la Russie & de la Tartarie moscovite, ou pays des Samoyèdes, dont elle est séparée par le détroit de Weigats, qui est presque toujours glacé, ensorte qu'on peut y aller sur la glace.

Dans cette partie méridionale, près des bords où l'Oby a de la peine à rouler ses flots glacés, l'humanité revêtue de la forme la plus grossiere, privée du soleil, n'est qu'à demi animée. Là, cette race brute, retirée dans des caveaux, à l'abri de la saison terrible de l'hiver, prend une triste nourriture près d'un feu languissant, & sommeille entourée de fourrures. Ces êtres infortunés ne respirent ni la tendresse, ni les chants, ni le badinage ; ils ne connoissent dans la nature que des ours leurs alliés, qui errent au dehors de leurs tanieres, jusqu'à ce qu'enfin un jour ressemblant à l'aurore, jette un long crépuscule sur leurs champs, & appelle à la chasse ces sauvages armés de leur arc.

Les habitans de cette partie méridionale de la nouvelle Zemble, sont des hommes de petite taille, & qui ont les cheveux noirs ; ils sont basanés & vêtus de peaux de veaux marins, ou de pingoins, qui sont de grands oiseaux ; ils vivent de chasse & de pêche, & adorent le soleil & la lune ; ils se retirent l'hiver dans de petites huttes sous terre, & sont visités en été par les Samoyèdes qui habitent le long de la côte de la mer Glaciale, au nord de la Sibérie.

Voilà pour la partie méridionale de la nouvelle Zemble. La partie septentrionale est absolument inhabitée, parce qu'elle est couverte de neiges & de glaces éternelles ; ce n'est même que dans la partie méridionale qu'on voit des ours blancs ; mais les curieux seront bien aises de trouver ici quelques remarques que firent les Hollandois, lorsqu'ils navigerent dans cette partie de la zone glaciale.

Le 13 Juin 1594, à environ six milles de la nouvelle Zemble, où le soleil ne se couchoit point, ils mesurerent sa moindre hauteur à minuit, & trouverent 73 degrés 25 minutes de latitude.

D'autres observerent le même jour, mais à 77 degrés 20 minutes de latitude, quantité de glaces dont la mer sembloit couverte, autant que la vue pouvoit s'étendre du haut du mât de perroquet.

Le 21 Août, ils ne purent passer le détroit de Weigats, à cause de la quantité de glaces qui venoient de la mer de Tartarie pendant tout l'été ; desorte qu'ils furent obligés de revenir sans rien faire.

Dans un autre voyage ils trouverent le 5 Juin la hauteur méridienne d'un degré au nord, d'où leur latitude étoit de 74 degrés, & la mer étoit couverte de glaces.

Le 19 Juin ils trouverent par la hauteur du soleil, qu'ils étoient à 80 degrés 11 minutes de latitude, vers le Groenland ou le Spitzberg. Les Anglois examinerent les côtes à 82 degrés de latitude ; mais ils trouverent la mer bordée de tant de glaces, qu'elle paroissoit être une partie de la terre, quoique dans le milieu de l'été ; & il y avoit au-dessus de la mer une nuée épaisse, ou des vapeurs grossieres, qui les empêchoient de découvrir de loin.

Le 11 Août 1596, à 66 degrés de latitude, vers la nouvelle Zemble, ils trouverent que la glace atteignoit jusqu'au nord de la mer ; & le vingt-septieme jour leur vaisseau étoit tellement environné de glaces, qu'ils furent contraints d'y passer l'hyver sans voir le soleil.

Le 26 Septembre le froid fut si violent qu'ils ne pouvoient le supporter, & les neiges tomboient constamment ; la terre étoit tellement prise par la gelée, qu'on ne pouvoit y creuser, ni même l'amollir avec le feu.

Le premier Octobre le soleil parut un peu sur l'horison, au méridien du sud, & la pleine lune étoit élevée vers le nord, & on la vit faire le tour de l'horison.

Le deux Novembre, on vit le soleil se lever au sud-sud-est, quoiqu'il ne parût pas entierement, mais il courut dans l'horison jusqu'au sud-sud-ouest.

Le 3 Novembre, le soleil se leva au sud-quart-à l'est, c'est-à-dire en partie seulement, quoiqu'on le pouvoit voir tout entier du haut du grand mât.

Le 4 Novembre, quoique le tems fut calme & clair, on ne vit point le soleil ; mais la lune qui étoit alors dans son plein, fut apperçue pendant des jours entiers ; le froid fut très-violent, & après cela le feu ne pouvoit les échauffer ; les neiges & les vents régnoient avec furie.

Le 9, 10 & 11 Décembre, l'air fut clair, mais si froid, que notre hiver le plus rude ne peut pas lui être comparé, & les étoiles étoient si brillantes, que c'étoit un charme de leur voir faire leur révolution.

Le soleil ne parut pas pendant tout ce tems, cependant il y eut du crépuscule, sur-tout du côté du sud : car ils ont une petite clarté à douze heures, ce qui fait le jour en hiver.

Le 13 Janvier le tems fut clair, & depuis ils remarquerent une augmentation sensible dans le crépuscule, & quelque diminution du froid.

Le 24 Janvier, l'air fut encore pur & clair, & alors ils commencerent à voir l'extrémité du disque du soleil au sud, & ensuite il parut tout entier sur l'horison.

Le 2 Mai, il s'éleva un vent violent qui écarta les glaces de certains endroits ; ils eurent en mer un peu de chaleur pendant quelques jours, mais le plus souvent des vents froids, de la neige, & de la pluie.

Ce qu'il y a de remarquable dans ces observations, c'est que le soleil les quitta le 2 Novembre, tandis que, suivant les loix de la réfraction, qui fait paroître le soleil dix-neuf jours plus tôt, il n'auroit pas dû les quitter encore. La différence de l'athmosphere peut bien y avoir contribué : car le soleil arrivant à l'horison, après une absence de trois mois, l'air y étoit plus épais & plus grossier qu'il n'étoit l'année précédente, quand le soleil eut été long-tems sous l'horison. Cependant Varénius qui doute que la diversité de l'air pût le faire disparoître tant de jours trop-tôt ; & ceux qui passerent l'hiver au Spitzberg, en 1634, firent des observations différentes ; car le soleil les quitta alors le 9 Octobre, & après une longue absence, il reparut le 13 Février 1634, & ces deux jours sont presque à égale distance du 11 de Décembre. Dans la derniere de ces deux observations, on a pu se tromper facilement de quelques jours ; car les observateurs étant dans leur lit, ne virent point lever le soleil les 10, 11, & 12 de Février ; ou bien les nuages & les pluies purent les empêcher de le voir. Géog. de Varénius. (D.J.)


ZEMBROW(Géog. mod.) petite ville de Pologne, dans la Mazovie, au palatinat de Czersko, à 10 lieues de la ville de Bielsko, vers le couchant. (D.J.)


ZEMIAS. f. (Littérat.) , ce mot grec désignoit en général chez les Athéniens, toute espece de punition, mais il se prend aussi pour une amende pécuniaire, différente suivant la faute. Potter, Archaeol. graec. tom. I. p. 129.


ZEMIDAou JEMIDAR, (Hist. mod.) nom que l'on donne dans l'Indostan ou dans l'empire du grand mogol, aux officiers de cavalerie ou d'infanterie, & quelquefois à des personnes distinguées qui s'attachent aux ministres & aux grands de l'état.


ZEMME(Géog. mod.) ville de Perse. Tavernier dit, que les géographes du pays la marquent à 99d. 14'. de long. sous les 38. 35. de latit.


ZEMPHYRUSS. m. (Hist. nat. Litholog.) nom donné par quelques auteurs à la pierre précieuse que les modernes connoissent sous le nom de saphire, & non le saphyrus des anciens qui étoit le lapis lazuli.


ZEMPLYNZEMBLYN ou ZEMLYN, (Géogr. mod.) petite ville de la haute Hongrie, capitale d'un petit pays de même nom, sur la riviere de Bodrog, à 5 milles au sud-est de Cassovie, & à 6 au nord de Tokay. Long. 39. 12. lat. 48. 35.


ZEMPOALA(Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au diocèse de Tlascala, à 2 lieues du golfe de Méxique.


ZEMZEM(Hist. mod. superstition) c'est le nom d'une fontaine qui se trouve à la Mecque, & qui est un objet de vénération pour tous les mahométans ; elle est placée à côté de la Caaba, c'est-à-dire du temple, qui, suivant les traditions des Arabes, étoit autrefois la maison du patriarche Abraham ; ils croient que cette source est la même qu'un ange indiqua à Agar, lorsque son fils Ismaël fut prêt à périr de soif dans le désert.

La fontaine de zemzem est placée sous une coupole, où les pélerins de la Mecque vont boire son eau avec grande dévotion. On la transporte en bouteilles dans les états des différens princes, sectateurs de la religion de Mahomet, elle y est regardée comme un présent considérable, à cause des vertus merveilleuses que l'on lui attribue, tant pour le corps que pour l'ame ; non-seulement elle guérit toutes les maladies, mais encore elle purifie de tout péché.


ZENADECAHS. m. terme de relation ; nom donné à des sectaires mahométans, qui avoient embrassé la secte de ravendiach, dont le chef se nommoit Ravendi. Ils croyoient la métempsycose, & tâcherent en vain de persuader à Almansor, second khalife abbasside, que l'esprit de Mahomet avoit passé dans sa personne : bien loin d'accepter les honneurs divins, qu'en conséquence ils vouloient lui rendre, il punit séverement leur basse flaterie. (D.J.)


ZENDA VESTAS. m. (Philos. & Antiq.) cet article est destiné à réparer les inexactitudes qui peuvent se rencontrer dans celui où nous avons rendu compte de la philosophie de Parsis en général, & de celle de Zoroastre en particulier. C'est à M. Anquetil que nous devons les nouvelles lumieres que nous avons acquises sur un objet qui devient important par ses liaisons avec l'histoire des Hébreux, des Grecs, des Indiens, & peut-être des Chinois.

Tandis que les hommes traversent les mers, sacrifient leur repos, la société de leurs parens, de leurs amis & de leurs concitoyens, & exposent leur vie pour aller chercher la richesse au-delà des mers, il est beau d'en voir un oublier les mêmes avantages & courir les mêmes périls, pour l'instruction de ses semblables & la sienne. Cet homme est M. Anquetil.

Le zenda vesta est le nom commun sous lequel on comprend tous les ouvrages attribués à Zoroastre.

Les ministres de la religion des Parsis ou sectateurs modernes de l'ancienne doctrine de Zoroastre sont distingués en cinq ordres, les erbids, les mobids, les destours, les destours mobids, & les destours de destours.

On appelle erbid celui qui a subi la purification légale, qui a lu quatre jours de suite, sans interruption, le izeschné & le vendidad, & qui est initié dans les cérémonies du culte ordonné par Zoroastre.

Si après cette espece d'ordination l'erbid continue de lire en public les ouvrages du zend qui forment le rituel, & à exercer les fonctions sacerdotales, il devient mobid ; s'il n'entend pas le zenda vesta, s'il se renferme dans l'étude de la loi du zend & du pehlvi, sans exercer les fonctions de ministre, il est appellé destour. Le destour mobid est celui qui réunit en lui les qualités du mobid & du destour ; & le destour de destours est le premier destour d'une ville ou d'une province. C'est celui-ci qui décide des cas de conscience & des points difficiles de la loi. Les Parsis lui paient une sorte de dixme ecclésiastique. En aucun lieu du monde les choses célestes ne se dispensent gratuitement.

Arrivé à Surate, M. Anquetil trouva les Parsis divisés en deux sectes animées l'une contre l'autre du zèle le plus furieux. La superstition produit par-tout les mêmes effets. L'une de ces sectes s'appelloit celle des anciens croyans, l'autre celle des réformateurs. De quoi s'agissoit-il entre ces sectaires, qui penserent à tremper toute la contrée de leur sang ? De savoir si le pennon, ou la piece de lin de neuf pouces en quarré que les Parsis portent sur le nez en certain tems, devoit ou ne devoit pas être mise sur le nez des agonisans. Quid rides ? mutato nomine de te fabula narratur ?

Que produisit cette dispute ? Ce que les hérésies produisent dans tous les cultes. On remonte aux sources & l'on s'instruit. Les anciens livres de la loi des Parsis furent feuilletés. Bientôt on s'apperçut que les ministres avoient abusé de la stupidité des peuples, pour l'accabler de purifications dont il n'étoit point question dans le zend, & que cet ouvrage avoit été défiguré par une foule d'interprétations absurdes. On se doute bien que ceux qui oserent révéler aux peuples ces vérités, furent traités de novateurs & d'impies. A ces disputes il s'en joignit une autre sur le premier jour de l'année. Un homme de bien auroit en vain élevé la voix, & leur auroit crié : " eh, mes freres, qu'importe à quel jour l'année commence ? elle commencera heureusement aujourd'hui, demain, pourvû que vous vous aimiez les uns les autres, & que vous ayez de l'indulgence pour vos opinions diverses. Croyez-vous que Zoroastre n'eût pas déchiré ses livres, s'il eût pensé que chaque mot en deviendroit un sujet de haine pour vous ? " cet homme de bien n'auroit été entendu qu'avec horreur.

M. Anquetil profita de ces divisions des Parsis pour s'instruire & se procurer les ouvrages qui lui manquoient. Bientôt il se trouva en état d'entreprendre en secret une traduction de tous les livres attribués à Zoroastre. Il se forma une idée juste de la religion des Parsis ; il entra dans leurs temples qu'ils appellent derimers, & vit le culte qu'ils rendent au feu.

L'enthousiasme le gagna ; il jetta ses vues sur le sanskret, & il songea à se procurer les quatre vedes ; les quatre vedes sont des ouvrages que les bramines prétendent avoir été composés, il y a quatre mille ans, par Kreschnou. Ils se nomment le samveda, le ridjouveda, l'atharnaveda & le raghouveda. Le premier est le plus rare. Il y avoit une bonne traduction de ces livres faite par Abulfazer, ministre d'Akbar, il y a environ deux cent ans, que M. Anquetil ne négligea pas. Il se procura des copies de trois vocabulaires sanskretains, l'amerkosch, le viakkeren & le nammala. Les deux premiers sont à l'usage des bramines ; le dernier est à l'usage des sciouras. Il conféra avec les principaux destours des lieux qu'il parcourut ; & il démontra par ses travaux infinis qu'il n'y a nulle comparaison à faire entre la constance de l'homme de bien dans ses projets & celle du méchant dans les siens.

Il apprit des auteurs modernes que la doctrine de Zoroastre avoit été originairement divisée en vingt & une parties ; il y en avoit sept sur la création & l'histoire du monde, sept sur la morale, la politique & la religion, & sept sur la physique & l'astronomie.

C'est une tradition générale parmi les Parsis qu'Alexandre fit brûler ces vingt & un livres, après se les être fait traduire en grec. Les seuls qu'on put conserver, sont le vendidad, l'izeschné, le wispered, les jeschts & les neaeschs. Ils ont encore une traduction pehlvique, originale du zend, & un grand nombre de livres de prieres, qu'ils appellent nerengs, avec un poëme de cent vingt vers, appellé barzournama, sur la vie de Roustoun, fils de Zoroastre, de Ssorab, fils de Roustoun, & de Barzour, fils de Ssorab.

Ce qui reste des ouvrages de Zoroastre, traite de la matiere, de l'univers, du paradis terrestre, de la dispersion du genre humain & de l'origine du respect que les Parsis ont pour le feu, qu'ils appellent athro-Ehoremesdaopothre, fils de Dieu. Il y rend compte de l'origine du mal physique & moral, du nombre des anges à qui la conduite de l'univers est confiée, de quelques faits historiques, de quelques rois de la premiere dynastie, & de la chronologie des héros de Ssillan & Zaboulestan. On y trouve aussi des prédictions, des traits sur la fin du monde & sur la résurrection, d'excellens préceptes moraux, & un traité des rites & cérémonies très-étendu. Le style en est oriental, des répétitions fréquentes, peu de liaisons, & le ton de l'enthousiasme & de l'inspiré. Dieu est appellé dans le zend Meniossepeneste, & dans le pehlvi, Madonnadafzouni ou l'être absorbé dans son excellence. Le texte des vingt & une parties ou nosks du législateur Parsis s'appelle l'avesta ou le monde. Il est dans une langue morte tout-à-fait différente du pehlvi & du parsique. Les plus savans destours ne disent rien de satisfaisant sur son origine. Ils croient à la mission divine de Zoroastre. Ils assurent qu'il reçut la loi de Dieu-même, après avoir passé dix ans au pié de son trône. M. Anquetil conjecture qu'il la composa retiré avec quelques collegues habiles entre des rochers écartés ; conjecture qu'il fonde sur la dureté montagnarde & sauvage du style. L'alphabet ou les caracteres de l'avesta s'appellent zend. Ils sont nets & simples ; on en reconnoît l'antiquité au premier coup-d'oeil. Il pense que le pehlvi, langue morte, a été le véritable idiome des Parsis, qui en attribuent l'invention à Kaio-Morts, le premier roi de leur premiere dynastie. Le caractere en est moins pur & moins net que le zend.

Le pahzend est un idiome dont il ne reste que quelques mots conservés dans les traductions pehlviques.

L'avesta est la langue des tems de Zoroastre, il l'apporta des montagnes ; les Parsis ne la connoissoient pas avant lui. Le pehlvi est la langue qu'ils parloient de son tems ; & le pahzend est l'avesta corrompu dont il leur recommanda l'usage pour les distinguer du peuple ; le pahzend est à l'avesta ce que le syriaque est à l'hébreu. Mereod dans l'avesta signifie il a dit, & c'est meri, dans le pahzend. L'alphabet du pahzend est composé du zend & du pehlvi.

Les manuscrits sont de lin ou de coton enduit d'un vernis sur lequel on discerne le trait le plus léger.

Le vendidad sade est un in-f. de 560 pages. Le mot vendidad signifie séparé du diable, contraire aux maximes du diable, ou l'objet de sa haine. Sade signifie pur & sans mêlange. C'est le nom qu'on donne aux livres zend, qui ne sont accompagnés d'aucune traduction pehlvique.

Le vendidad contient, outre sa matiere propre, les deux traités de Zoroastre appellés l'izeschné & le wispered ; parce que le ministre qui lit le vendidad, est obligé de lire en même tems ces deux autres livres qu'on a pour cet effet divisés en leçons.

Le vendidad proprement dit, est le vingtieme traité de Zoroastre. C'est un dialogue entre Zoroastre & le dieu Ormusd qui répond aux questions du législateur.

Ormusd est défini dans cet ouvrage, l'être pur, celui qui récompense, l'être absorbé dans son excellence, le créateur, le grand juge du monde, celui qui subsiste par sa propre puissance.

L'ouvrage est divisé en 22 chapitres appellés fargards ; chaque chapitre finit par une priere qu'ils appellent Eschem vohou, pure, excellente. Cette priere commence par ces mots. " Celui qui fait le bien, & tous ceux qui sont purs, iront dans les demeures de l'abondance qui leur ont été préparées ". Les deux premiers chapitres, & le cinquieme & dernier contiennent quelques faits historiques, la base de la foi des Parsis ; le reste est moral, politique & liturgique.

Dans le premier chapitre Ormusd raconte à Zoroastre qu'il avoit créé seize cités également belles, riches & heureuses ; qu'Ahriman, le diable son rival, fut la cause de tout le mal ; & que chacune de ces cités étoit la capitale d'un empire du même nom.

Dans le second chapitre, Djemchid, appellé en zend Semo, fils de Vivenganm, quatrieme roi de la premiere dynastie des Parsis, est enlevé au ciel où Ormusd lui met entre les mains un poignard d'or, avec lequel il coupe la terre, & forme la contrée Vermaneschné où naissent les hommes & les animaux. La mort n'avoit aucun empire sur cette contrée qu'un hiver désola ; cet hiver, les montagnes & les plaines furent couvertes d'une neige brûlante qui détruisit tout.

Djemchid, dit Ormusd à Zoroastre, fut le premier qui vit l'être suprême face à face, & produisit des prodiges par ma voix que je mis dans sa bouche. Sur la fin de ce chapitre, Ormusd raconte l'origine du monde. Je créai tout dans le commencement, lui dit-il, je créai la lumiere qui alla éclairer le soleil, la lune & les étoiles ; alors l'année n'étoit qu'un jour ininterrompu ; l'hiver étoit de quarante. Un homme fort engendra deux enfans, l'un mâle, & l'autre femelle : ces enfans s'unirent, les animaux peuplerent ensuite la terre.

Il est parlé dans les chapitres suivans des oeuvres agréables à la terre, ou plutôt à l'ange qui la gouverne, comme l'agriculture, le soin des bestiaux, la sépulture des morts, & le secours des pauvres. Le bon économe, dit Ormusd, est aussi grand à mes yeux, que celui qui donne naissance à mille hommes, & qui récite mille izechnés.

De l'équité de rendre au riche le prêt qu'il a fait, & des crimes appellés méherderoudis, ou oeuvre de Deroudi, le diable, opposé à Meher, l'ange qui donne aux champs cultivés leur fertilité ; on peche en manquant à sa parole, en rompant les pactes, en refusant aux serviteurs leurs gages, aux animaux de labour leur nourriture, aux instituteurs des enfans leurs appointemens, aux paysans leurs salaires, à une piece de terre l'eau qu'on lui a promise.

Des morts, des lieux & des cérémonies de leur sépulture, des purifications légales, des femmes accouchées avant terme. Ici Ormusd releve la pureté du vendidad, & parle des trois rivieres Pherar, Ponti & Varkess.

De l'impureté que la mort communique à la terre, de l'eau, & de toutes sortes de vaisseaux.

De l'impureté des femmes qui avortent, & de la dignité du médecin ; il promet une vie longue & heureuse à celui qui a guéri plusieurs malades ; il ordonne d'essayer d'abord les remedes sur les infideles qui adorent les esprits créés par Ahriman ; il prononce la peine de mort contre celui qui aura hasardé un remede pernicieux, sans avoir pris cette précaution, & fixe la récompense que chaque ordre de parsis doit au médecin ; il commence par l'athorne ou prêtre ; celui qui a guéri un prêtre, se contentera des prieres que le prêtre offrira pour lui à Dahman ou celui qui reçoit les ames des saints, de l'ange Sserosch, & qui les conduit au ciel.

De la maniere de conduire les morts au dakmé, ou au lieu de leur sépulture ; de la cérémonie de chasser le diable en approchant du mort un chien ; des prieres à faire pour le mort ; du peché de ceux qui y manquent & qui se souillent en approchant du cadavre ou en le touchant, & des purifications que cette souillure exige.

Les Parsis ont pour le feu différens noms tirés de ses usages, celui de la cuisine, du bain, &c. il faut qu'il y en ait de toutes les sortes au dadgah, lieu où l'on rend la justice.

Il parle de la place du feu sacré, de la priere habituelle des Parsis, de la nécessité pour le ministre de la loi, d'être pur & de s'exercer aux bonnes oeuvres ; de l'ange gardien Bahman : c'est lui qui veille sur les bons & sur les juges integres, & qui donne la souveraineté aux princes afin de secourir le foible & l'indigent.

Pour plaire à Ormusd il faut être pur de pensées, de paroles, & d'actions ; c'est un crime digne de mort que de séduire la femme ou la fille de son voisin, que d'user du même sexe que le sien ; rompez toute communion, dit Zoroastre, mettez en piece celui qui a peché, & qui se refuse à l'expiation pénale, celui qui tourmente l'innocent, le sorcier, le débiteur qui ne veut pas s'acquiter de sa dette.

Il traite du destour mobid qui confere le barashnom, ou la purification aux souillés, des qualités du ministre, du lieu de la purification, des instrumens & de la cérémonie, des biens & des maux naturels & moraux ; il en rapporte l'origine & les progrès à la méchanceté de l'homme, & au mépris de la purification.

Il dit de la fornication & de l'adultere, qu'ils desséchent les rivieres, & rendent la terre stérile.

Il passe aux exorcismes ou prieres qui éloignent les diables instigateurs de chaque crime ; elles tiennent leur principale efficacité d'Honover, ou nom de dieu ; il enseigne la priere que les enfans ou parens doivent dire ou faire dire pour les morts ; il désigne les chiens dont l'approche chasse le diable qui rode sur la terre après minuit ; il indique la maniere de les nourrir ; c'est un crime que de les frapper ; celui qui aura tué un de ces chiens, donnera aux trois ordres de Parsis, le prêtre, le soldat, & le laboureur, les instrumens de sa profession ; celui qui n'en aura pas le moyen, creusera des rigoles qui arroseront les pâturages voisins, & fermera ces pâturages de hayes, ou il donnera sa fille ou sa soeur en mariage à un homme saint.

Les crimes pour lesquels on est puni de l'enfer, sont la dérision d'un ministre qui prêche la conversion au pécheur, l'action de faire tomber les dents à un chien exorciste, en lui faisant prendre quelque chose de brûlant ; d'effrayer & faire avorter une chienne, & d'approcher une femme qui a ses regles ou qui alaite.

Il y a des préceptes sur la purification des femmes, la rognure des ongles & des cheveux, le danger de croire à un destour qui porte sur le nez le pennon, ou qui n'a pas sa ceinture ; ce destour est un imposteur qui enseigne la loi du diable, quoiqu'il prenne le titre de ministre de Dieu.

Dans cet endroit, il est dit qu'Ahriman se révolta contre Ormusd, & refusa de recevoir sa loi ; & l'ange Sserosch qui garde le monde & préserve l'homme des embuches du diable, y est célébré.

Suit l'histoire de la guerre d'Ormusd & d'Ahriman. Ormusd déclare qu'à la fin du monde les oeuvres d'Ahriman seront détruites par les trois prophetes qui naîtront d'une semence gardée dans une petite source d'eau dont le lieu est clairement désigné.

Il est fait mention dans ce chapitre de l'éternité, de l'ame de Dieu qui agit sans cesse dans le monde, de la purification par l'urine de vache, & autres puérilités, de la résurrection, du passage après cette vie sur un pont qui sépare la terre du ciel, sous la conduite d'un chien, le gardien commun du troupeau.

Il est traité dans le suivant du troisieme poëriodekesch ou troisieme prince de la premiere dynastie, qui fut juste & saint, qui abolit le mal, & à qui Ormusd donna le hom, ou l'arbre de la santé ; du tribut de priere & de louange dû au boeuf suprême & à la pluie.

Le vendidad finit par la mission divine de Zoroastre. Ormusd lui députa l'ange Nériossengul, en Irman. Va, lui dit-il, en Irman ; Irman que je créai pur, & que le serpent infernal a souillé ; le serpent qui est concentré dans le mal, & qui est gros de la mort. Toi qui m'as approché sur la sainte montagne, où tu m'as interrogé, & où je t'ai répondu, va ; porte ma loi en Irman, je te donnerai mille boeufs aussi gras que le boeuf de la montagne Sokand, sur lequel les hommes passerent l'Euphrate dans le commencement des tems ; tu posséderas tout en abondance ; extermine les démons & les sorciers, & mets fin aux maux qu'ils ont faits. Voilà la récompense que j'ai promise dans mes secrets aux habitans d'Irman qui sont de bonne volonté.

L'izechné est le second livre du vendidad-sade. Izechné signifie bénédiction. Ce livre a vingt chapitres appellés ha, par contraction de hatam, ou amen, qui finit chaque chapitre. C'est proprement un rituel, & ce rituel est une suite de puérilités.

Zoroastre y recommande le mariage entre cousins germains, loue la subordination, ordonne un chef des prêtres, des soldats, des laboureurs & des commerçans, & recommande le soin des animaux. Il y est parlé d'un âne à trois piés, placé au milieu de l'Euphrate ; il a six yeux, neuf bouches, deux oreilles, & une corne d'or ; il est blanc, & nourri d'un aliment céleste ; mille hommes & mille animaux peuvent passer entre ses jambes ; & c'est lui qui purifie les eaux de l'Euphrate, & arrose les sept contrées de la terre. S'il se met à braire, les poissons créés par Ormusd engendrent, & les créatures d'Ahriman avortent.

Après cet âne vient le célebre destour Hom-Ised ; il est saint ; son oeil d'or est perçant ; il habite la montagne Albordi ; il bénit les eaux & les troupeaux ; il instruit ceux qui font le bien ; son palais a cent colonnes ; il a publié la loi sur les montagnes ; il a apporté du ciel la ceinture & la chemise de ses fideles ; il lit sans cesse l'avesta ; c'est lui qui a écrasé le serpent à deux piés, & créé l'oiseau qui ramasse les graines qui tombent de l'arbre hom, & les répand sur la terre. Lorsque cinq personnes saintes & pieuses sont rassemblées dans un lieu, je suis au milieu d'elles, dit Hom-Ised.

L'arbre hom est planté au milieu de l'Euphrate ; Hom-Ised préside à cet arbre. Hom-Ised s'appella aussi Zérégone. Il n'a point laissé de livres ; il fut le législateur des montagnes.

L'izechné contient encore l'eulogie du soleil, du feu & de l'eau, de la lune, & des cinq jours gahs ou sur-ajoutés aux 360 jours de leur année, qui a douze mois composés chacun de 30 jours. Il finit par ces maximes : " lisez l'honover ; réverez tout ce qu'Ormusd fait, a fait & fera. Car Ormusd a dit, adorez tout ce que j'ai créé, c'est comme si vous m'adoriez. "

Il n'est pas inutile de remarquer que Zoroastre n'a jamais parlé que de deux dynasties de Parsis.

Le second livre du vendidad est le visspered, ou la connoissance de tout.

Un célebre bramine des Indes, attiré par la réputation de Zoroastre, vint le voir, & Zoroastre prononça devant lui le visspered. Malgré son titre fastueux, & la circonstance qui le produisit, il y a peu de choses remarquables. Chaque classe d'animaux a son destour ; la sainteté est recommandée aux prêtres, & le mariage entre cousins-germains aux fideles.

Nous allons parcourir rapidement les autres livres des Bramines, recueillant de tous ce qu'ils nous offriront de plus remarquable.

Les jeschts sont des louanges pompeuses d'Ormusd. Dans un de ces hymnes, Zoroastre demande à Ormusd, quelle est cette parole ineffable qui répand la lumiere, donne la victoire, conduit la vie de l'homme, déconcerte les esprits malfaisans, & donne la santé au corps & à l'esprit ; & Ormusd lui répond, c'est mon nom. Ayes mon nom continuellement à la bouche, & tu ne redouteras ni la fleche du tchakar, ni son poignard, ni son épée, ni sa massue. A cette réponse, Zoroastre se prosterna, & dit : J'adore l'intelligence de Dieu qui renferme la parole, son entendement qui la médite, & sa langue qui la prononce sans cesse.

Le patet est une confession de ses fautes, accompagné de repentir. Le pécheur, en présence du feu ou du destour, prononce cinq fois le Jetha ahou verio, & s'adressant à Dieu & aux anges, il dit : Je me répens avec confusion de tous les crimes que j'ai commis en pensées, paroles & actions ; je les renonce & je promets d'être pur désormais en pensées, paroles & actions. Dieu me fasse miséricorde, & prenne sous sa sauve-garde mon ame & mon corps, en ce monde & en l'autre. Après cet acte de contrition, il avoue ses fautes qui sont de vingt-cinq especes.

Le Bahman Jescht est une espece de prophétie, où Zoroastre voit les révolutions de l'empire & de la religion, depuis Gustaspe jusqu'à la fin du monde. Dans un rêve, il voit un arbre sortir de terre & pousser quatre branches, une d'or, une d'argent, une d'airain, & une de fer. Il voit ces branches s'entrelacer ; il boit quelques gouttes d'une eau qu'il a reçue d'Ormusd, & l'intelligence divine le remplit sept jours & sept nuits ; il voit ensuite un arbre qui porte des fruits, chacun de différens métaux. Voilà de la besogne taillée pour les commentateurs.

Le virafnama est l'histoire de la mission de Viraf. La religion de Zoroastre s'étoit obscurcie, on s'adressa à Viraf pour la réintégrer ; ce prophete fit remplir de vin sept fois la coupe de Gustaspe, & la vuida sept fois, s'endormit, eut des visions, se réveilla, & dit à son réveil les choses les mieux arrangées.

Dans le boundschesch, ou le livre de l'éternité, l'éternité est le principe d'Ormusd & d'Ahriman. Ces deux principes produisirent tout ce qui est ; le bien fut d'Ormusd, le mal d'Ahriman. Il y eut deux mondes, un monde pur, un monde impur. Ahriman rompit l'ordre général. Il y eut un combat. Ahriman fut vaincu. Ormusd créa un boeuf qu'Ahriman tua. Ce boeuf engendra le premier homme, qui s'appella Gaiomard ou Kaio-morts. Avant la création du boeuf, Ormusd avoit formé une goutte d'eau, appellée l'eau-de-santé ; puis une autre goutte, appellée l'eau-de-vie. Il en répandit sur Kaio-morts, qui parut tout-à-coup avec la beauté, la blancheur, & la force d'un jeune homme de quinze ans.

La semence de Kaio-morts répandue sur la terre produisit un arbre, dont les fruits contenoient les parties naturelles des deux sexes unies ; d'un de ces fruits naquirent l'homme & la femme ; l'homme s'appelloit Meschia & la femme Meschine. Ahriman vint sur la terre sous la forme d'un serpent, & les séduisit. Corrompus, ils continuerent de l'être jusqu'à la résurrection ; il se couvrirent de vêtemens noirs, & se nourrirent du fruit que le diable leur présenta.

De Meschia & de Meschine naquirent deux couples de mâles & de femelles, & ainsi de suite jusqu'à ce qu'une colonie passa l'Euphrate sur le dos du boeuf Staresscok.

Ce livre est terminé par le récit d'un événement qui doit précéder & suivre la résurrection ; à cette grande catastrophe, la mere sera séparée du pere, le frere de la soeur, l'ami de l'ami ; le juste pleurera sur le réprouvé, & le réprouvé pleurera sur lui-même. Alors la comete Goultcher se trouvant dans sa révolution au-dessous de la lune, tombera sur la terre ; la terre frappée tremblera comme l'agneau devant le loup ; alors le feu fera couler les montagnes comme l'eau des rivieres ; les hommes passeront à-travers ces flots embrasés, & seront purifiés ; le juste n'en sera qu'effleuré ; le méchant en éprouvera toute la fureur, mais son tourment finira, & il obtiendra la pureté & le bonheur.

Ceux qui desireront en savoir davantage, peuvent recourir à l'ouvrage anglois intitulé, the annual register, or a view of the history politicks and litterature of the year 1762. C'est de ce recueil qu'on a tiré le peu qu'on vient d'exposer.


ZENDEROUDLE, ou ZEMDERN, (Géogr. mod.) fleuve de Perse. Il prend sa source dans les montagnes de Jayabat, à trois journées de la ville d'Ispahan, près de laquelle il coule, & va se rendre dans la mer des Indes ; son eau est douce, légere, bonne à boire.


ZENDICISME(Hist. mod.) c'est le nom d'une secte, qui du tems de Mahomet avoit des partisans en Arabie, & sur-tout dans la tribu de Koreishites, qui s'opposa le plus fortement aux progrès de la religion mahométane. On croit que les opinions de cette secte avoient beaucoup de ressemblance avec celles des Saducéens parmi les juifs ; les Arabes qui professoient le zendicisme étoient des especes de déistes, qui nioient la résurrection, la vie à venir, & qui croyoient que la providence ne se mêloit point des affaires des hommes. M. Sale, auteur d'une excellente traduction angloise de l'alcoran, dit de ces Arabes, qu'ils adoroient un seul Dieu sans se livrer à aucune espece d'idolâtrie & de superstition, & sans adopter aucune des religions que suivoient leurs compatriotes. On prétend que ces sectaires admettoient ainsi que les disciples de Zoroastre & de Manès, un bon & un mauvais principe, qui se faisoient continuellement la guerre.


ZENDIKZENDIKS ou ZENDAK, (Littérat. orient.) est un mot arabe ; il désigne, selon les uns, un homme qui ne croit point une vie à venir ; & selon d'autres, ce mot signifie un mage. Quoi qu'il en soit, il est certain que ce mot chez les mahométans désigne un impie, qui n'est ni musulman, ni juif, ni chrétien, ou qui n'observe pas les préceptes de la religion dans laquelle il est né. Quelques mahométans entendent spécialement par zendik, celui qui nie la résurrection du corps. Ils ont appellé les Manichéens zendiks ; & Mardak un de leurs principaux chefs, est toujours surnommé alzendik dans l'histoire des rois de Perse de la dynastie des Sassanides, sous lesquels le manichéïsme a pris naissance.

Hadi, quatrieme kalife de la maison des Abassides, poursuivit violemment les zendiks ou sectateurs de Manès. Ces gens-là enseignoient d'abord à se préserver des péchés, & à travailler pour l'autre vie, sans rechercher les biens de celle-ci ; mais dans la suite ils introduisirent le culte des deux principes ; savoir, de la lumiere & des ténebres ; ils permettoient aussi le mariage entre les plus proches parens, & même dans les premiers degrés de consanguinité. Enfin, il défendoient l'usage de la viande aux élûs. (D.J.)


ZENDRO(Géog. mod.) petite ville détruite de la haute Hongrie, au comté de Tolna ; elle fut brûlée en 1684, par les Turcs & les mécontens.


ZENECHDONS. m. (Médec. des Arabes) terme employé par les médecins arabes, pour une préparation d'arsenic d'usage extérieur, car zeech veut dire en arabe, arsenic.


ZÉNETESLES, (Géogr. mod.) peuples d'Afrique, qui forment l'une des cinq tribus des Béreberes, & qui habitent les campagnes de Tremeçen, qui est la derniere province, & la plus occidentale du royaume de Fez. Le pays des Zénètes est bon pour le blé & les pâturages ; l'on y recueilleroit aussi beaucoup d'orge, si toutes les terres étoient cultivées, mais ces peuples ne labourent que ce qui est autour de leurs habitations. (D.J.)


ZENG(Géog. mod.) mot arabe qui désigne cette côte orientale de l'Afrique, sur la mer des Indes que nous appellons aujourd'hui le Zanguebar ; c'est une partie de ce qu'on nomme la Cafrerie, ou côte des Cafres ; les peuples qui l'habitent s'appellent aussi en arabe Zengi, & en persien Zenghi ; ce sont proprement ceux que les Italiens appellent Zingari, & que l'on nomme ailleurs Egyptiens ou Bohémiens.

On ignore par quelle révolution un grand nombre de ces habitans du Zanguebar passerent de l'Afrique dans l'Arabie par la mer Rouge, dont la traversée n'est pas bien longue, ou par les terres, ce qui a été le plus long : car l'extrémité septentrionale du Zanguebar est limitrophe de l'Egypte. De quelle façon que les Zinghiens soient parvenus en Arabie, tous les historiens arabes s'accordent à dire que les Africains se répandirent dans l'Irak arabique, & qu'ils s'y maintinrent sous des chefs électifs.

Sous Mostadhi, kalife Abasside, ils prirent un nommé Ali pour leur chef, qui se disoit descendu d'Ali, gendre de Mahomet ; ils lui donnerent le surnom d'Habib, qui signifie l'ami & le bien-aimé, & sous sa conduite se rendirent maîtres des villes de Bassora, de Ramlach, de Wasset, & de plusieurs bourgades, tant dans l'Irak que dans l'Ahvaz. Ils défirent même plusieurs fois les armées des kalifes. Mais enfin quatorze ans après qu'ils eurent commencé à paroître, Mouaffec, frere du kalife Matamed, les dissipa entiérement l'an 207 de l'Hegire, qui répond à l'année de Jesus-Christ 885 ou 886.

On croit que le titre de Zengi ou Zenghi, ajouté souvent au nom des Atabeks, vient de ce qu'il y a eu quelques capitaines d'un rare mérite, originaires de ces peuples dispersés, & qui s'étant élevés par les armes obtinrent l'emploi d'Atabek parmi les Selgiucides. (D.J.)


ZÉNICONS. m. (Hist. nat. Botan.) nom d'un poison que les chasseurs de la Gaule celtique employoient autrefois pour tuer les bêtes qu'ils poursuivoient à la chasse ; c'est par cette raison qu'on le nommoit en latin venenum cervinum. Il agissoit avec tant de promptitude, qu'aussi-tôt qu'un chasseur avoit abattu un cerf ou un autre animal avec une fleche teinte de ce poison, il se croyoit obligé de courir sur la bête, & de couper un morceau de chair tout-autour de la blessure, pour empêcher le poison de se répandre & de corrompre l'animal. Il n'est pas étonnant que dans ces tems d'ignorance, on fût imbu de pareils préjugés. (D.J.)


ZENITHS. m. (Astr.) c'est le point du ciel qui répond verticalement au-dessus de notre tête. Voyez VERTICAL.

On peut dire encore que c'est un point tel que Z (Pl. astr. fig. 52.) de la surface de la sphere ; par lequel & par la tête du spectateur faisant passer une ligne, cette ligne va passer ensuite au centre de la terre (supposée sphérique). De-là il suit qu'il y a autant de zéniths qu'il y a de lieux sur la terre, d'où l'on peut voir le ciel ; & que toutes les fois qu'on change de lieu, on change de zénith.

Le zénith est aussi appellé le pole de l'horison, parce qu'il est distant de 90 degrés de chacun des points de ce grand cercle.

Il est aussi le pole des almucantarats, c'est-à-dire, des paralleles à l'horison par lesquels on mesure la hauteur des étoiles. Voyez ALMUCANTARAT.

Tous les cercles verticaux ou azimuths passent par le zénith. Voyez VERTICAUX & AZIMUTH.

Le point diamétralement opposé au zénith, est le nadir ; c'est celui qui répond à nos piés perpendiculaires ; Voyez NADIR. Le nadir est le zénith de nos antipodes.

Cela est vrai dans la supposition que la terre soit exactement sphérique. Mais comme il s'en faut un peu qu'elle ne le soit, on ne peut pas dire proprement que notre zénith & celui de nos antipodes soient exactement opposés. Car notre zénith est dans une ligne qui est perpendiculaire à la surface de la terre à l'endroit où nous sommes. Or, comme la terre n'est pas exactement sphérique, cette ligne perpendiculaire à la surface de la terre, ne passe par le centre que dans deux cas ; savoir, lorsqu'on est sur l'équateur, ou aux poles. Dans tous les autres endroits, elle n'y passe pas ; & si on la prolonge jusqu'à ce qu'elle rencontre l'hémisphere opposé, le point où elle parviendra, ne sera donc pas diamétralement opposé au point de notre zénith ; & de plus elle ne rencontrera pas perpendiculairement l'hémisphere opposé. Il n'y a donc proprement que l'équateur & les pôles où le zénith soit le nadir des antipodes, & réciproquement. Voyez ANTIPODES.

La distance d'un astre au zénith, est le complément de sa hauteur sur l'horison : car comme le zénith est éloigné de 90 degrés de l'horison, si on retranche de 90 degrés la distance d'un astre à l'horison, le reste sera la distance de l'astre au zénith. Voyez COMPLEMENT & HAUTEUR. Chambers.


ZENJON(Géog. mod.) ancienne petite ville de Perse. Les géographes du pays, selon Tavernier, la marquent à 73. d. 36. de longitude, sous les 36. d. 5. de latitude. (D.J.)


ZENOBIA(Géog. anc.) 1°. ville d'Asie, dans l'Euphratense, à la droite de l'Euphrate, à 5 milles du fort de Mambri, en-deçà de la petite ville de Sura.

Zénobie, femme d'Odenat, prince des Sarrasins, fut, selon Procope, aedif. l. VIII. de la trad. de M. Cousin, la fondatrice de cette ville, qu'elle appella de son nom. Mais comme le tems en avoit ruiné les fortifications, & que les Romains n'avoient pas pris soin de les réparer, elle étoit devenue déserte ; ce qui étoit cause que les Perses faisoient des courses quand ils vouloient, & qu'ils prévenoient par leur vîtesse le bruit de leur marche. Justinien rebâtit entierement cette ville, la peupla d'habitans, y fit de bonnes fortifications, y établit une puissante garnison, & la rendit un des boulevards de l'empire.

2°. Zenobia. On appella ainsi le lieu qui fut assigné à la reine Zénobie pour sa demeure. Ce lieu étoit en Italie, près du palais d'Adrien à Tivoli, & il se nommoit auparavant Conche, selon Trebellius Pollion. In Zenobia. Voyez le mot PALMYRE. (D.J.)


ZENOBII INSULAE(Géog. anc.) îles de l'Océan indien, sur la côte de l'Arabie heureuse. Ptolomée, l. VII. c. vj. les marque à l'entrée du golfe Sachalite, & les met au nombre de sept. (D.J.)


ZENODOTIUM(Géog. anc.) ville d'Asie, dans l'Osrhoene, près de Nicephorium, selon Etienne le géographe, qui cite Appien, l. II. Parthicor. Ce voisinage de Zenodotium & de Nicephorium, est confirmé par Dion Cassius, l. XL. dont quelques manuscrits portent Zenodotia pour Zenodotium.

Dans le tems de l'expédition de Crassus contre les Parthes, les habitans de Zenodotium feignirent de se rendre à lui, & appellerent pour cet effet quelques soldats romains qu'ils firent décapiter dès qu'ils furent entrés dans la ville : mais cette perfidie fut punie par la ruine de leur ville.

Plutarque, in vitâ Crassi, écrit aussi Zenodotia. Il ne parle point de cette perfidie ; il dit seulement, qu'il y avoit dans cette ville un tyran nommé Apollonius, que Crassus après y avoir perdu cent soldats, la prit par force, la pilla, & vendit ses habitans à l'enchere. (D.J.)


ZÉNONISMES. m. (Philos.) Voyez STOÏCISME.


ZENONOPOLIS(Géog. anc.) 1°. nom d'un siege épiscopal de l'exarchat d'Asie, dans la Lycie. 2°. D'un siege épiscopal de la premiere Egypte, dans le patriarchat d'Alexandrie. 3°. D'un siege épiscopal d'Asie, dans l'Isaurie, sous le patriarchat d'Antioche. V. la table des évêchés par l'abbé de Commainville.


ZENSLE, (Géog. mod.) riviere d'Allemagne en Alsace ; elle se jette dans le Rhin, au-dessous de Crafft. (D.J.)


ZENSUSS. m. en Arithmétique, est le nom que quelques auteurs anciens donnent au quarré ou à la seconde puissance. Voyez QUARRE & PUISSANCE.

Les puissances plus élevées sont appellées zensizensus, zensicubus, zensizenzensus, zensurdesolidus, &c. Chambers.


ZENTA(Géog. mod.) contrée de la Dalmatie, aux confins de l'Albanie, dans laquelle quelques géographes la comprennent. La principale ville de cette contrée est Scutari. (D.J.)


ZÉNU(Géog. mod.) petite province de l'Amérique, dans la Terre-ferme, au gouvernement de Carthagene, & à l'embouchure d'une riviere qui lui donne son nom. (D.J.)


ZEOLITES. f. (Hist. nat. Minéralogie) M. Cronstedt a donné dans les mémoires de l'académie royale de Suede de l'année 1756 la description de deux pierres, qui, selon lui, sont d'une nature toute différente des pierres connues jusqu'à présent, & à qui il a cru devoir donner un nom particulier.

Ce savant avoit reçu deux pierres à-peu-près de la même qualité ; l'une venoit de Laponie, elle avoit été trouvée dans la mine de cuivre de Swappawary, près de Tornéo ; l'autre venoit d'Islande. La couleur de la premiere de ces pierres étoit d'un jaune clair, elle étoit composée de veines ondulées, formées par un assemblage d'aiguilles & de pyramides qui aboutissoient à un même centre. Celle d'Islande étoit blanche, tantôt transparente & tantôt opaque dans les différentes parties ; elle paroissoit en partie composée de masses compactes comme de la craie, & en partie de coins ou de pyramides concentriques & confusément arrangées.

Ces pierres n'avoient que la dureté du spath, elles ne faisoient par conséquent point feu avec le briquet ; elles n'entroient point en effervescence avec les acides. Exposées à la lampe & au chalumeau des émailleurs, elles avoient la propriété de bouillonner comme du borax ; les pyramides de l'une se sont séparées & se sont partagés en fils minces, qui cependant avoient gardé une sorte de liaison les unes avec les autres. Elles se sont d'abord changées en une matiere blanche & spongieuse, ensuite elles ont donné une lumiere phosphorique, après quoi elles se sont converties en un verre blanc, qui en continuant à pousser le feu, est devenu clair & sans couleur, parce que les bulles d'air qui s'étoient d'abord formées, & qui nuisoient à la transparence, avoient disparu.

Ces pierres mêlées avec le borax & le sel fusible de l'urine se sont fondues au feu, quoique lentement. Le sel de soude les fit entrer très-promptement en fusion. La pierre venue de Laponie se changeoit avec le chalumeau en verre transparent sur un morceau de charbon, ce qui n'est point arrivé à celle d'Islande : la premiere étoit un peu cuivreuse.

De ces expériences, M. Cronstedt conclud qu'on ne doit point la regarder comme un spath, quoiqu'elle en ait le coup d'oeil & la consistance, d'autant plus qu'elle ne se gonfle point lorsqu'elle est fondue avec le sel fusible de l'urine, & qu'elle fond aisément avec le sel de soude : propriétés qui ne conviennent point aux pierres calcaires. Voyez les mém. de l'acad. royale des sciences de Suede, année 1756.

D'après ces faits, on pourroit conjecturer que cette pierre appellée zeolite par M. Cronstedt, n'est peut-être qu'un spath fusible mêlangé. En effet, ce spath entre aisément en fusion, & est phosphorique ; quant à la propriété de bouillonner, elle pourroit bien venir de l'alun qui s'y trouve mêlé. (-)


ZÉOMEBUCHS. m. (Mytholog. germaniq.) ce mot veut dire le dieu noir ; c'est ainsi que les Vandales appelloient le mauvais génie à qui ils offroient des sacrifices pour détourner sa colere. (D.J.)


ZEOPYRONS. m. (Littérat. Botan.) ; il paroît par l'étymologie de ce mot, que c'est une espece de grain moyen entre l'épeautre & le froment ; Galien en fait mention, & dit qu'il croît en Bithynie. (D.J.)


ZÉPHIou ZEPHIRE, s. m. (Marine) c'est un vent qui souffle du côté de l'occident, & qu'on appelle vent d'ouest sur l'Océan, & vent du ponent ou vent du couchant sur la Méditerranée.

ZEPHIRE, zéphirus, (Mythol.) c'étoit un des vents qu'Hésiode dit être enfans des dieux. Anchise sacrifia au zéphire une brebis blanche, avant que de s'embarquer. Il y avoit dans l'Attique un autel dédié au zéphire ; c'est au dire des poëtes, le vent qui fait naître les fleurs & les fruits de la terre par son souffle doux & gracieux, qui ranime la végétation des plantes, & qui donne la vie à toute la nature ; c'est aussi ce que signifie son nom, formé de , vie, & , je porte.

Le zéphire dans les auteurs, est le vent d'ouest qui souffle du couchant équinoxial. Favonius est le même vent, quoique Vegece les distingue ; mais il faut avouer que la situation des vents n'a pas toujours été fixe chez les anciens, & qu'ils ont assez varié sur cet article. (D.J.)

ZEPHIRS, (Mytholog.) noms des vents bienfaisans nés d'Astroeus, mari de l'Aurore, selon Hésiode. Leur utilité répond à l'excellence de leur origine qui est divine. (D.J.)


ZEPHYRIUM(Géog. anc.) nom commun à plusieurs promontoires & à quelques villes.

1°. Zéphyrium, promontoire d'Asie dans la Cétide, aux confins de la Cilicie propre ; ce promontoire & celui de Sarpedon formoient l'embouchure du fleuve Calycadnus. A l'extrémité de ce promontoire, il y avoit une ville ou bourgade de même nom, dont parle Tite-Live, l. XXII. c. xx.

2°. Zephyrium, promontoire de l'île de Cypre, sur la côte occidentale, entre la nouvelle & la vieille Paphos.

3°. Zephyrium, promontoire d'Italie dans la grande Grece, sur la côte orientale du Brutium, entre le promontoire d'Hercule, & la ville de Locres, d'où les habitans furent nommés Locri Epizephyrii. Le nom moderne de ce promontoire est Cabo Bruzzano.

4°. Zephyrium, promontoire d'Afrique dans la Cyrénaïque, sur la côte de la Pentapole : le nom moderne, selon Niger, est Bonendrea.

5°. Zephyrium, ville de l'Asie mineure dans la Galatie, sur la côte de la Paphlagonie. Ptolomée, l. V. c. iv. & Arrien, p. 15. en parlent.

6°. Zephyrium, ville de l'Asie mineure dans le Pont cappadocien. Arrien, périple, p. 15. lui donne un port.

7°. Zephyrium, promontoire de l'Asie mineure dans la Carie. Strabon le place au voisinage de la ville de Myndus.

8°. Zephyrium, lieu d'Egypte sur la côte de la Libye extérieure, selon Strabon, l. XIV. p. 658. Etienne le géographe, appuyé du témoignage de Callimaque, fait de ce lieu un promontoire dont Vénus & Arsinoë avoient pris le nom de Zéphyrite.

9°. Zephyrium, ville de la Chersonese taurique, dont parle Pline, l. IV. c. xij.

10°. Zephyrium, promontoire de l'île de Crete ; Ptolomée, l. III. c. xvij. le marque sur la côte orientale, entre Heraclium & Olus. (D.J.)


ZERS. m. (Monnoie étrang.) les Persans appellent zer, toutes sortes d'especes de monnoies ; ce terme signifie or, quand on parle du métal qui porte ce nom ; mais en fait de monnoie, il est générique comme en France le mot d'argent, dont on se sert pour marquer en général toutes les especes qui ont cours, aussi-bien celle de billon ou de cuivre, comme les sols marqués & liards, que celles qui sont d'or ou d'argent, comme les louis & les écus. (D.J.)


ZERBIS(Géog. mod.) fleuve d'Asie dans l'Assyrie ; ce fleuve, selon Pline, l. VI. c. xxvj. coule dans le pays des Aloni, & se perd dans le Tigre. Le P. Hardouin conjecture que c'est le fleuve Gorgos de Ptolomée, l. VI. c. j. & que les Grecs nommerent de la sorte à cause de la rapidité de son cours. Si cela est, le fleuve Zerbis étoit à la gauche du Tigre, dans lequel il avoit son embouchure, entre celles des fleuves Capros & Silla. (D.J.)


ZERBST(Géogr. mod.) ville d'Allemagne sur l'Elbe, dans la principauté d'Anhalt, vers les confins du duché de Magdebourg ; elle est chef-lieu d'une seigneurie de même nom, à 2 lieues de Dessaw, à 5 de Magdebourg, & à 6 de Vittemberg. Il y a un château où réside une des quatre branches des princes d'Anhalt. Long. 30. 24. latit. 51. 58.

Beckman (Chrétien) né à Zerbst, & mort à Anhalt en 1648, âgé de 68 ans, a publié dans sa langue maternelle plusieurs ouvrages de théologie qui sont aujourd'hui dans l'oubli. (D.J.)


ZEREND(Géog. mod.) ville de la Caramanie persienne ; le Géographe persien la place dans le troisieme climat, à 25 parasanges de Sirgian, capitale de cette province. (D.J.)


ZERENG(Géog. mod.) ville de Perse dans la province de Segestan ; elle a produit parmi les gens de lettres, Mohamed-Ben-Keram, auteur de la secte des Kéramiens. (D.J.)


ZERGUE(Géog. mod.) petite riviere de France au Beaujolois ; elle a sa source dans la paroisse de Poule, & coule dans la Saone, vis-à-vis de Trévoux. (D.J.)


ZÉRIGAN(Géog. mod.) ville de Perse dans l'Iraque babylonienne, dans une plaine renfermée entre deux montagnes. Cette ville autrefois considérable, ne contient pas aujourd'hui cinq cent maisons. (D.J.)


ZERMAGNE(Géog. mod.) riviere de la Dalmatie, anciennement Tedanius ou Tedanium ; elle prend son cours par la Dalmatie propre, & par la Morlaquie ; & après avoir arrosé Obroazo, elle se décharge au fond d'un long golfe, au septentrion de la ville de Novigrad. (D.J.)


ZÉROS. m. l'un des caracteres ou figures numériques, dont la forme est o. Voyez CARACTERE & #FIGURE>FIGURE.

Le zéro marque par lui-même la nullité de valeur, mais quand il est joint dans l'arithmétique ordinaire à d'autres caracteres placés à sa gauche, il sert alors à en augmenter la valeur de dix en dix, suivant la progression décuple ; & lorsque dans l'arithmétique décimale il a d'autres caracteres à sa droite, il sert alors à en diminuer la valeur dans la même proportion. Voyez NUMERATION & DECIMAL. Chambers. (E)


ZEROGERE(Géog. mod.) ville de l'Inde, en deçà du Gange ; Ptolomée, l. VII. c. j. la compte parmi les villes situées à l'orient du fleuve Namadus. Le manuscrit de la bibliotheque Palatine porte Xérogere au-lieu de Zérogere. (D.J.)


ZÉROSS. m. (Lythol. anc.) pierre précieuse transparente, qui selon Pline, l. XXXVII. c. ix. est marquetée de taches noires & blanches, & a beaucoup de rapport avec une autre qu'il appelle iris ; nous ne savons point aujourd'hui quelle pierre ce peut être. (D.J.)


ZERTAH(Géog. mod.) ville de Perse dans la province de Belad Ciston, selon Tavernier, qui dit que les géographes du pays marquent à 79 d. 30'. de long. & à 32. d. 30'. de lat. (D.J.)


ZERUIS(Géog. anc.) ville de la Thrace, selon l'itinéraire d'Antonin, qui la marque sur la route de Dyrrachium à Byzance, en passant par la Macédoine & la Thrace ; elle s'y trouve entre Dymae & Plotinopolis, à 24 milles de chacune de ces villes : quelques manuscrits portent Zeruim, & Simler lit Zerne. (D.J.)


ZÉRUMBETHS. m. (Botan. exot.) racine étrangere très-rare & très-peu connue, voici le précis de ce qu'en dit M. Geoffroi.

C'est une racine tubéreuse, genouillée, inégale, grosse comme le pouce, & quelquefois comme le bras, un peu applatie, blanchâtre ou jaunâtre, d'un goût âcre, un peu amer, aromatique, approchant du gingembre, d'une odeur agréable : on la trouve rarement dans les boutiques de droguistes ou d'apothicaires.

La plante s'appelle zerumbeth. Garz. Zinziber latifolium sylvestre, Herm. Cat. Hort. Lugd. Bat. 636. 386. Kna. Hort. Malab. 11. 13. Tab. 7. Walinghuru, sive zingiber sylvestre zeylanensibus, H. Lugd. Bat. Paco-Ceroca, Brasiliensibus, Pison & Marcgr. Zinziber sylvestre majus, fructu in pediculo singulari, Hans Sloane.

Cette plante est fort curieuse, & nous en devons la description au P. Plumier dans sa botanique manuscrite d'Amérique.

La racine de zérumbeth, dit-il, est entierement semblable à celle du roseau ; mais d'une substance tendre & rougeâtre, garnie de petites fibres ; elle pousse une tige haute d'environ cinq piés, épaisse d'un pouce, cylindrique, formée par les queues des feuilles qui s'embrassent alternativement.

Les feuilles sont au nombre de neuf ou de dix, disposées à droite & à gauche, membraneuses, de la même figure, de la même grandeur & de la même consistance que celles du balisier ordinaire, rougeâtres & ondées sur leurs bords, d'un verd clair en-dessus, & d'un verd foncé & luisant en-dessous.

De la même racine, & tout près de cette tige, sortent d'autres petites tiges de couleur écarlate, hautes d'environ un pié & demi, épaisses de quatre pouces, & couvertes de petites feuilles étroites & pointues.

Des aisselles des feuilles naissent des fleurs d'un beau rouge qui sont rangées comme en épi ou en pyramide, & composées de trois tuyaux posés l'un sur l'autre. Ces tuyaux sont partagés en deux parties à leur extrémité. Le calice, qui porte un pistil allongé, menu, blanc, rouge à son extrémité, devient un fruit ovalaire, de la grosseur d'une prune, charnu, creux en maniere de nombril, rouge en-dehors, & rempli d'un suc de même couleur ; il s'ouvre par le haut en trois parties, & contient plusieurs semences, rousses, dures, nichées dans une pulpe filamenteuse.

Cette plante se plaît dans les forêts humides, & le long des ruisseaux ; elle vient en abondance dans l'île de S. Vincent ; son fruit est un aliment agréable aux boeufs & aux autres bêtes de charge. On tire du suc de ce fruit, un beau violet, qui appliqué sur les toiles de lin ou sur la soie, est ineffaçable.

Parmi les preuves qui font voir que la racine de cet aromate contient beaucoup de sel volatil, huileux, aromatique, la distillation en est une principale ; car elle donne dans l'alembic une eau odorante avec assez d'huile, dans laquelle, si la distillation est récente, il nage un peu de sel volatil sous la forme de neige ou de camphre ; ce sel dissous dans l'esprit de vin, & mêlé comme il convient avec des confitures, des électuaires & autres choses semblables, est utile dans les crudités acides, les vents & les douleurs d'estomac. Le suc nouvellement exprimé de la racine, produit le même effet, mais avec une douce dégection du ventre.

La racine seche & réduite en farine, perd beaucoup de son âcreté ; c'est pourquoi on en fait du pain dont les Indiens se nourrissent dans la disette. Le mucilage, qui est attaché dans les interstices de la tête qui est écailleuse, se ressent un peu de la vertu de cet aromate. Les qualités médicinales de la racine, paroissent fort analogues à la zédoaire & au gingembre. Herman prétend que notre zérumbeth est le même que celui des Arabes, mais il faut 1°. convenir que presque toutes leurs descriptions des drogues sont si imparfaites, qu'on n'en peut juger que par conjecture ; 2°. qu'en particulier les descriptions qu'ils nous ont données de leur zérumbeth, ne s'accordent point avec celle qu'on vient de lire. (D.J.)


ZERYTHUS(Géog. anc.) ville de Thrace, selon Etienne le géographe qui y met aussi une caverne de même nom, appellée par les anciens Zerynthum antrum. Cette caverne qu'Isacius nomme antrum Rheae ou Hecatae, étoit consacrée à Hécate, à qui, comme le remarque Suidas, on immoloit des chiens. C'est dans ce sens que Lycophron dit, v. 77.


ZESTterme de Perruquier, espece de bourse de cuir ou de peau douce, qui s'enfle & se resserre par le moyen d'une baleine ; elle porte la poudre sur les cheveux ou sur une perruque, dans l'endroit qui en a besoin, par un petit tuyau d'ivoire ouvert à l'extrémité pour la laisser échapper. (D.J.)

ZESTES d'oranges, de citrons, &c. les Confiseurs donnent ce nom à de petites bandes d'écorce coupées de haut en bas, & fort minces.


ZESTERc'est parmi les Confiseurs, couper l'écorce d'un citron du haut en-bas par petites bandes, les plus minces qu'il se peut.


ZESTOLUSIA(Littérat.) , de , être chaud, & , bain ; c'est un bain chaud, terme opposé à , qui est un bain froid. Le mot se trouve dans Galien, de sanit. tuendâ, lib. III. c. viij.


ZETAE(Antiquit. rom.) ce mot est synonyme à vaporarium ; c'étoit chez les anciens des appartemens situés au-dessus d'une étuve, dans lesquels on répandoit de l'eau froide, ou de l'eau chaude, selon la saison : la vapeur de cette eau, en tombant par des tuyaux placés dans le mur, échauffoit ou rafraîchissoit le zeta à discrétion. Ce mot désigne aussi chez les auteurs latins, des endroits particuliers des bains, où l'on trouvoit des lits destinés au repos, & plus souvent encore à la galanterie. (D.J.)


ZÉTETESS. m. (Antiq. d'Athenes) ; magistrats établis chez les Athéniens dans des occasions extraordinaires, pour faire la recherche des sommes dûes à la république, lorsque ces sommes étoient devenues trop considérables par la négligence des receveurs, ou autrement, & qu'il étoit à craindre que leur rentrée ne fût perdue si l'on n'y mettoit ordre. Potter, archaeol. graec. (D.J.)


ZÉTÉTIQUEadj. méthode zététique dans les mathématiques, c'est la recherche de la solution d'un problême. Voyez RESOLUTION & PROBLEME. Ce mot vient du grec , quaero, je cherche.

On appelloit quelquefois les anciens pyrrhoniens, zetetici, comme qui diroit chercheurs. Voyez PYRRHONIEN.


ZETou ZETHA, (Géog. mod.) contrée d'Afrique dans la haute Ethiopie ou Abyssinie, près des royaumes de Néréa, de Koncho & de Mahaola, ce sont autant de pays où nous n'avons jamais pénétré. (D.J.)


ZÉTHÈSS. m. (Mytholog.) Zéthès & Calaïs enfans de Borée roi de Thrace, & d'Orythie fille d'Erecthée roi d'Athènes, sont trop célebres dans l'expédition des Argonautes pour être oubliés. On sait que ces dignes fils de Borée avoient des aîles, c'est-à-dire peut-être des vaisseaux bons voiliers, & que par reconnoissance pour la réception de leur beau-frere Phinée, ils poursuivirent sans relâche les cruelles harpies qui causoient la famine dans ses états, & les firent fuir jusqu'aux îles Plautae, dans la mer d'Ionie. Ce fut là qu'ils reçurent ordre des dieux, par le ministere d'Iris, de les laisser tranquilles, & de s'en retourner. Ce retour même, , fit changer de nom à ces îles, qui depuis ce tems-là furent appellées Strophades.

Pausanias n'admet presque point ici d'allégorie ; il parle, in Attic. du mariage de Borée & d'Orythie, comme d'un fait historique, & dit que ce prince fit équiper une flotte pour défendre son beau-frere contre ses ennemis, qui infestoient les côtes de l'Attique.

Zéthès & Calaïs à leur retour de la Colchide, qui arriva pendant qu'on célébroit les jeux funebres de Pélias, furent insultés par Hercule, qui leur chercha querelle, & les tua pour avoir pris le parti de Typhis, pilote du navire Argo, lequel Typhis avoit été d'avis qu'on laissât Hercule dans la Troade, lorsqu'il abandonna le vaisseau pour aller chercher Hylas.

Il n'est pas difficile d'expliquer les cheveux azurés que la fable leur donne ; c'étoit pour marquer l'air où soufflent les vents, & en même tems par allusion au nom de leur pere. Quelques-uns prétendent que la fiction de ces aîles, données par la fable aux enfans de Borée, venoit des habits qu'ils avoient introduits chez les Thessaliens, que les anciens appelloient par dérision des aîles, & qui par leur ampleur, leur légéreté, & sur-tout par la diversité des couleurs, méritoient si bien ce nom. (D.J.)


ZÉTHUS(Mytholog.) fils de Jupiter & d'Antiope, & frere d'Amphion. C'est la fable qui le dit ; c'est Pausanias qui le confirme.

La charmante Antiope eut pour pere Azopus,

Pour amans Epopée, & Jupiter lui-même ;

Pour enfans deux héros, Amphion & Zéthus.

(D.J.)


ZEUGITANA REGIO(Géog. anc.) les anciens ont donné ce nom à une partie de l'Afrique propre, qu'ils divisoient en Zeugitane & en Byzacène. Ils ne nous ont pas marqué les bornes précises qui séparoient ces deux provinces. Pline dit seulement que la Zeugitane comprenoit Carthage, Utique, Hippone, Diarritum, Maxulla, Misua, Clupea & Neapolis. Nous voyons par-là qu'elle s'étendoit d'occident en orient depuis le fleuve Tusca, jusqu'au promontoire de Mercure, où étoient Clupea & Neapolis ; mais il ne dit point son étendue dans les terres. En gros, on voit qu'elle avoit la mer Méditerranée au septentrion & à l'orient, la Byzacène au midi, & la Numidie au couchant.

Quoique la Zeugitane ne fût qu'une partie de l'Afrique propre, ou des terres qui avoient appartenu à l'ancienne Carthage, Pline, l. V. c. iv. semble ne connoître que cette contrée, sous le nom d'Afrique proprement dite ; mais on ne peut pas exclure la Byzacène de l'Afrique propre : car ces deux contrées furent soumises aux Carthaginois, & ne firent ensuite pendant long-tems qu'une seule province romaine. (D.J.)


ZEUGITES(Antiq. d'Athènes) ; on nommoit ainsi chez les Athéniens la troisieme classe du peuple, c'est-à-dire de ceux qui avoient un revenu annuel en terres de deux cent medimnes, mesure des Grecs, qui contenoit environ six boisseaux romains. (D.J.)


ZEUGMA(Géog. anc.) ville de Syrie dans la Commagène, au bord de l'Euphrate, entre Samosate & Europus, avec un pont qui avoit occasionné son nom ; car signifie un pont : on le nommoit autrement le pont de l'Euphrate, pont très-célebre, & très-fréquenté des romains qui vouloient passer dans les contrées orientales. Pline, l. V. c. xiv. Dion Cassius, l. XL. & après eux Etienne le géographe, nous donnent Alexandre le Grand pour le fondateur de ce pont ; mais malgré ces autorités, il n'est guere possible de se persuader qu'Alexandre ait bâti le pont Zeugma, & que ce soit dans ce lieu qu'il ait fait passer l'Euphrate à son armée. Il n'est pas possible de se figurer que ce grand capitaine, pour traverser l'Euphrate, ait remonté jusque dans la Commagène, dans le tems qu'il avoit à Tapsacus, & près de lui, un pont abandonné par Darius. D'ailleurs une foule d'auteurs, comme Plutarque, Florus, Tacite & Ammien Marcellin, ont parlé de la ville & du pont de Zeugma, sans toucher aucunement cette prétendue circonstance du passage d'Alexandre.

Il est vraisemblable que la fondation de la ville de Zeugma, & de son pont, doit être placée peu de tems après la mort du vainqueur de Darius. Pline, l. V. c. xxiv. dit que Seleucus fonda Zeugma, célebre par son passage sur l'Euphrate, ainsi qu'Apamée qui étoit de l'autre côté du fleuve ; & que cette derniere ville fut jointe à la premiere par le pont. Polybe & Strabon disent Séleucie, & non Apamée ; mais peut-être que ce lieu porta le nom de Seleucus son fondateur, & celui de sa femme.

2°. Zeugma est encore une ville de la Dace, selon Ptolomée, l. III. c. viij. (D.J.)


ZEUGMES. m. (Gram.) c'est une espece d'ellipse, par laquelle un mot déja exprimé dans une proposition, est sousentendu dans une autre qui lui est analogue & même attachée. De-là vient le nom de zeugme, du grec , connexion, lien, assemblage : & le zeugme differe de l'ellipse proprement dite, en ce que dans celle-ci le mot sousentendu ne se trouve nulle autre part.

L'auteur du manuel des Grammairiens distingue trois especes de zeugme : 1°. le protozeugme, quand les mots sousentendus dans la suite du discours se retrouvent au commencement, comme vicit pudorem libido, timorem audacia, rationem amentia : 2°. le mésozeugme, quand les mots sousentendus aux extrémités du discours se trouvent dans quelque phrase du milieu, comme pudorem libido, timorem vicit audacia, rationem amentia, ce qui est l'espece la plus rare ; 3°. l'hypozeugme, quand on trouve à la fin du discours les mots sousentendus au commencement, comme pudorem libido, timorem audacia, rationem amentia vicit.

La méthode latine de P. R. observe que dans chacune de ces trois especes de zeugme, le mot sousentendu peut l'être sous la même forme, ou sous une autre forme que celle sous laquelle il est exprimé ; ce qui pourroit faire nommer le zeugme ou simple ou composé.

Les trois exemples déja cités appartiennent au zeugme simple : en voici pour le zeugme composé.

Changement dans le genre : utinam aut hic surdus, aut haec muta facta sit, (Ter.) c'est un hypozeugme où il y a de sousentendu factus sit.

Changement dans le cas : quid ille fecerit, quem neque pudet quicquam, nec metuit quemquam, nec legem se putat tenere ullam ? (id.) c'est un protozeugme où il faut sousentendre qui avant nec metuit & avant nec legem.

Changement dans le nombre : sociis & rege recepto (Virg.) suppl. receptis avec sociis.

Changement dans les personnes : ille timore, ego risu corrui (Cic.) c'est-à-dire ille timore corruit.

Ces différens aspects du zeugme peuvent aider peut-être les commençans à trouver les supplémens nécessaires à la plénitude de la construction ; mais il faut prendre garde aussi que la multiplicité des dénominations ne grossisse à leurs yeux les difficultés, qui n'ont quelquefois de réalité que dans les préjugés.

L'erreur pareillement n'a point d'autre fondement ; & je croirois volontiers que c'est sans examen que D. Lancelot avance qu'il est quelquefois très-élégant de sousentendre le même mot dans un sens & une signification différente, comme tu colis barbam, ille patrem : cela est trop contraire aux vues de l'élocution pour y être une élégance ; & quelle que soit l'autorité des auteurs qui me présenteront de pareils exemples, je ne les regarderai jamais que comme des locutions vicieuses. (E. R. M. B.)


ZEUS(Mythol.) c'est chez les Grecs le nom de Jupiter ; il signifie celui qui donne la vie à tous les êtres animés. (D.J.)


ZEVENAR(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans le cercle de Westphalie, au duché de Cleves, à 2 lieues de la ville de Doesbourg vers le midi, & à 3 lieues d'Arnheim du côté de l'orient. Cette ville se trouve enclavée entre la Gueldre hollandoise, & le comté de Zutphen.


ZEVERIN(Géog. mod.) petite ville de la haute Hongrie, sur les confins de la Walaquie. Quelques-uns la prennent pour l'ancienne Aemonia. (D.J.)


ZEYBou CEYBA, (Hist. nat. Botan.) arbre d'Amérique qui croît sur-tout dans le nouveau Mexique. Il devient d'une grandeur surprenante ; mais son bois est si spongieux qu'il n'est d'aucun usage. Son fruit est une espece de silique remplie d'une substance semblable à de la laine très-fine, que le moindre vent dissipe lorsque leur enveloppe s'ouvre dans la maturité.

ZEYBO, (Géog. mod.) ville ou plutôt village de l'Amérique septentrionale, dans l'île Hispaniola, autrement Saint-Domingue, sur la côte méridionale.


ZÉZEROLE, (Géog. mod.) en latin Ozecarus, riviere de Portugal. Elle prend sa source dans la province de Béïra, au midi, & proche de Guarda, & va se rendre dans le Tage près de Punhete. (D.J.)


ZIou ZEA, (Géog. anc. & mod.) île de l'Archipel, l'une des Cyclades. Elle est à quatre lieues de l'île de Joura, autrement nommée Trava, à cinq lieues au midi de l'île d'Eubée, connue aujourd'hui sous le nom de Negrepont, à six lieues de l'île d'Andros ; à trois lieues de l'île d'Helene ou de Macronisi, autrement dite Isola longa, & à dix-huit milles du promontoire de l'Attique nommé autrefois Sunium, & aujourd'hui cap des Colonnes. On compte trente-six milles de Thermie à Zia, quoiqu'il n'y en ait pas douze de cap en cap. Elle s'étend en longueur du sud-ouest au nord-est, & elle peut avoir trente milles d'Italie de circuit. Son port est un des plus assurés de la Méditerranée, outre que les vaisseaux y font de l'eau, du biscuit & du bois.

L'île de Zia est celle que les anciens grecs appelloient Céos, & par abréviation, Côs, & qui fut nommée par les Latins Cea ou Cia. On lui donne encore aujourd'hui le nom de Cea ou Zéa ; les Grecs l'avoient nommée auparavant Hydrussa, c'est-à-dire abondante en eau à cause qu'elle en est bien pourvue ; mais ce nom ne lui étoit pas particulier, puisque l'île de Ténos avoit été ainsi appellée, & pour la même raison. Dans la suite on la nomma Ceos ou Cea, de Céus, fils du géant Titan.

Aristée, fils d'Apollon & de Cyrène, affligé de la mort de son fils Actéon, quitta la ville de Thèbes, à la persuasion de sa mere, & se retira dans l'île de Céos, alors inhabitée. Diodore de Sicile, l. IV. dit qu'il se retira dans l'île de Cos ; mais il y a apparence que ce nom étoit commun à la patrie d'Hippocrate & à l'île de Kéos ou Céos, & Céa ; car Etienne le géographe a employé le nom de Kos pour Kéos, si ce n'est qu'on veuille que ce soit une faute à corriger chez lui & chez Diodore de Sicile. Quoiqu'il en soit, l'île de Céos se peupla, & le pays se cultiva avec le dernier soin, comme il paroît par les murailles qu'on avoit bâties jusqu'à l'extrémité des montagnes pour en soutenir les terres.

Cette île devoit être incomparablement plus grande qu'elle n'est aujourd'hui, si Pline (l. II. c. lxiij. & l. IV. c. xij.) a été bien informé des changemens qui lui sont arrivés. Autrefois, suivant cet auteur, elle tenoit à l'île d'Eubée ; la mer en fit deux îles, & emporta la plus grande partie des terres qui regardoient la Boeotie. Tout cela s'accommode assez avec la figure de Zia, qui s'allonge du nord au sud, & se rétrécit de l'est à l'ouest. Peut-être que ce fut l'effet du débordement du Pont-Euxin dont a parlé Diodore de Sicile.

De quatre fameuses villes qu'il y avoit dans Céos, il ne reste que Carthée, sur les ruines de laquelle est bâti le bourg de Zia : c'est de quoi l'on ne sauroit douter en lisant Strabon & Pline. Ce dernier assure que Poeeesse & Caressus furent abimées, & Strabon écrit que les habitans de Poeeesse passerent à Carthée, & ceux de Caressus à Ioulis. Or la situation d'Ioulis est si bien connue qu'on n'en peut pas douter. Il ne reste donc plus que Carthée remplie encore d'une infinité de marbres cassés ou employés dans les maisons du bourg de Zia.

En prenant la route du sud-sud-est du bourg de Zia, on arrive aux restes superbes de l'ancienne ville d'Ioulis, connue par les gens du pays sous le nom de Polis, comme qui diroit la ville. Ces ruines occupent une montagne, au pié de laquelle les vagues se viennent briser, mais qui étoit du tems de Strabon éloignée de la mer d'environ trois milles. Caressus lui servoit de port. Aujourd'hui il n'y a que deux méchantes cales, & les ruines de l'ancienne citadelle sont sur la pointe du cap. Dans un lieu plus enfoncé on distingue le temple par la magnificence de ses débris. La plûpart des colonnes ont le fust moitié lisse, moitié cannelé, du diametre de deux piés moins deux pouces, à cannelures de trois pouces de large. On descend à la marine par un escalier taillé dans le marbre pour aller voir sur le bord de la cale une figure sans bras & sans tête. La draperie en est bien entendue ; la cuisse & la jambe sont bien articulées. On croit que c'est la statue de la déesse Némesis ; car elle est dans l'attitude d'une personne qui poursuit quelqu'un.

Les restes de la ville sont sur la colline, & s'étendent jusque dans la vallée où coule la fontaine Ioulis, belle source d'où la place avoit pris son nom. On ne sauroit guere voir de plus gros quartiers de marbre que ceux qu'on avoit employés à bâtir les murailles de cette ville. Il y en a de longs de plus de douze piés. Dans les ruines de la ville, parmi les champs semés d'orge, on trouve dans une chapelle grecque le reste d'une inscription sur un marbre cassé, où on lit encore , accusatif d' : le mot de s'y trouve deux fois.

On alloit de cette ville à Carthée par le plus beau chemin qu'il y eût peut-être dans la Grece, & qui subsiste encore l'espace de plus de trois milles, traversant les collines à mi-côte, soutenu par une muraille couverte de grands quartiers de pierre plate grisâtre, qui se fend aussi facilement que l'ardoise, & dont on couvre les maisons & les chapelles dans la plûpart des îles. Ioulis, comme dit Strabon, l. X. fut la patrie de Simonide, poëte lyrique, & de Bachylide, son cousin. Erasistrate, fameux médecin, le sophiste Prodicus & Ariston le péripatéticien, naquirent aussi dans cette île. Les marbres d'Oxford nous apprennent que Simonide, fils de Léopépris, inventa une espece de mémoire artificielle, dont il montroit les principes à Athènes, & qu'il descendoit d'un autre Simonide, grand poëte, aussi fort estimé dans la même ville, & dont il est parlé dans l'époque 50. Le poëte Simonide composa des vers si tendres & si touchans, que Catulle les appelle les larmes de Simonide.

Après la défaite de Cassius & de Brutus, Marc-Antoine donna aux Athéniens Céa, Aegine, Ténos, & quelques autres îles voisines. Il est hors de doute que Céa fut soumise aux empereurs romains, & passa dans le domaine des Grecs. Ensuite elle tomba entre les mains des ducs de l'Archipel. Jacques Chrispole la donna en dot à sa soeur Thadée, femme de Jean-François de Sommerive, qui en fut dépouillé par Barberousse sous Soliman II.

Strabon rapporte un fait bien singulier de l'ancienne Céos, mais qu'il ne faut pas croire sans examen. Il prétend qu'il y avoit une loi dans cette île qui obligeoit les habitans à s'empoisonner avec de la ciguë, quand ils avoient passé 60 ans, afin qu'il restât assez de vivres pour la subsistance publique.

Héraclide raconte seulement que l'air de l'île de Céa étoit si bon, qu'on y vivoit fort long-tems, mais que les habitans ne se prévaloient pas de cette faveur de la nature, & qu'avant que de se laisser atteindre par les infirmités de l'âge caduc, ils terminoient leurs jours, les uns avec du pavot, les autres avec de la ciguë. Elien, l. III. c. xxxvij. assure aussi que ceux de cette île qui se sentoient incapables à cause de leur décrépitude, d'être utiles à la patrie, s'assembloient en un festin, & avaloient de la ciguë.

Il paroît d'abord de ces divers récits que Strabon s'est faussement imaginé qu'il y avoit une loi dans Céos, par laquelle on devoit se donner la mort, dès que l'on avoit passé l'âge de 60 ans ; les termes d'Héraclide & d'Elien insinuent seulement une coutume volontaire, & vraisemblablement ils ont pris pour coutume ce qui n'étoit arrivé qu'à quelques particuliers ; car si cet usage eût été commun, il n'est pas possible que tous les autres historiens l'eussent passé sous silence. Il y avoit peut-être à Céa le même usage qui regnoit à Marseille. Valere Maxime dit qu'on gardoit publiquement dans cette derniere ville un breuvage empoisonné, & qu'on le donnoit à ceux qui exposoient au sénat les raisons pour lesquelles ils souhaitoient de mourir. Le sénat examinoit leurs raisons avec un certain tempérament, qui n'étoit ni favorable à une passion téméraire de mourir, ni contraire à un desir légitime de la mort, soit qu'on voulût se délivrer des persécutions de la mauvaise fortune, soit qu'on ne voulût pas courir le risque d'être abandonné de son bonheur. Après tout, il est sûr que s'il n'y avoit point de loi à Céa pour engager quelqu'un à abréger ses jours quand il étoit las de vivre, on pouvoit prendre ce parti sans s'être fait autoriser par le souverain. Voyez pour cette preuve l'article IOULIS, (Géog.)

Valere Maxime rapporte, comme témoin oculaire à ce sujet, avoir vu une citoyenne de cette île issue d'une maison illustre, laquelle après avoir vécu long-tems dans une félicité parfaite, craignant que l'inconstance de la fortune ne troublât par malheur l'arrangement de ses jours, résolut de se donner la mort. Elle informa ses citoyens de la résolution qu'elle avoit prise, non par ostentation, mais pour ne pas quitter son poste sans être autorisée.

Pompée qui étoit sur les lieux, accourut à ce spectacle. Il trouva la dame couchée sur un lit, & proprement ajustée. Il employa toute la vivacité de son éloquence pour la détourner de son dessein, mais elle n'en fut point ébranlée. La tête appuyée sur le coude, elle entretenoit gaiement ceux qui l'étoient venus voir. Enfin, après avoir exhorté ses enfans à l'union, & leur avoir partagé ses biens, elle prit d'une main assurée un verre plein d'un poison temperé qu'elle avala. Elle n'oublia pas d'invoquer Mercure, & de le prier de la conduire en l'une des meilleures places de l'élisée, & sans perdre un moment de sa tranquillité, elle marquoit les parties de son corps où le poison faisoit impression, lorsqu'elle le sentit proche du coeur, elle appella ses filles pour lui fermer les yeux, & expira.

Pline, l. IV. c. xij. prétend que ce fut une femme de l'île de Céos qui inventa l'art de filer l'ouvrage des vers à soie, & d'en faire des étoffes. Telas araneorum modo texunt (bombyces), ad vestem luxumque feminarum, quae bombycina appellatur. Prima eas redordiri, rursusque texere, invenit in Ceo mulier Panphila, lato ifilia, non fraudanda gloriâ excogitatae rationis, ut denudet feminas vestis. Aristote, l. V. c. xix. a fourni ce fait à Pline ; mais il est vraisemblable que les paroles d'Aristote doivent s'entendre de l'île de Côs, partie d'Hippocrate, & non de l'île de Ceos ; cependant on recueilloit autrefois beaucoup de soie à Ceos ; on en recueille encore de même aujourd'hui, & les bourgeois de Zia s'asseyent ordinairement pour filer leur soie sur les bords de leurs terrasses, afin de laisser tomber le fuseau jusqu'au bas de la rue, qu'ils retirent ensuite en roulant le fil.

M. de Tournefort & sa compagnie trouverent l'évêque grec en cette posture, qui demanda quelles gens ils étoient ; & leur fit dire que leurs occupations étoient bien frivoles, s'ils ne cherchoient que des plantes & de vieux marbres. Mais il eut pour réponse, que l'on seroit plus édifié de lui voir à la main les oeuvres de S. Chrysostome ou de S. Basile, que le fuseau.

Le même Pline, l. XVI. c. xxvij. a remarqué que l'on cultivoit dans Cea les figuiers avec beaucoup de soin ; on y continue encore aujourd'hui la caprification. On y nourrit de bons troupeaux ; on y recueille beaucoup d'orge & de velani ; c'est ainsi qu'on appelle le fruit d'une des plus belles especes de chêne qui soit au monde ; on s'en sert pour les teintures & pour tanner les cuirs. Il n'y a dans toute l'île que cinq ou six pauvres familles du rit latin ; tout le reste est du rit grec, dont l'évêque est assez riche.

Le bourg de Zia, bâti sur les ruines de l'ancienne Carthée, est aussi sur une hauteur, à 3 milles du port de l'île de Zia, au fond d'une vallée désagréable. C'est une espece de théatre d'environ 2000 maisons, élevées par étages & en terrasses ; c'est-à-dire que leur couvert est tout plat, comme par-tout le levant, mais assez fort pour servir de rue : cela n'est pas surprenant dans un pays où il n'y a ni charrettes, ni carosses, & où l'on ne marche qu'en escarpins.

Parmi les marbres, conservés chez les bourgeois, le nom de Gymnasiarque se trouve dans deux inscriptions fort maltraitées, & l'on y voit un bas-relief en demi-bosse, où la figure d'une femme est représentée avec une belle draperie. La ville de Carthée s'étendoit dans la vallée qui vient à la marine. On y voyoit encore dans le dernier siecle plusieurs marbres, sur-tout une inscription de 41 lignes, transportée dans une chapelle. Le commencement de cette inscription manque, la plus grande partie des lettres est si effacée, qu'on n'y peut déchiffrer que le nom de Gymnasiarque. (D.J.)


ZIAMET & TIMAR(Hist. milit. des Turcs) on entend par ces deux mots ziamet & timar, de certains fonds de terre, dont les conquérans turcs ont dépouillé le clergé, la noblesse, & les particuliers du pays, qu'ils ont pris sur les Chrétiens. Ces sortes de terre ayant été confisquées au profit du grand-seigneur, il les a destinées à la subsistance d'un cavalier de la milice, appellé zaïm ou timariot : car zaïm ou timariot est le nom de la personne, & ziamet ou timar le nom de la terre.

Le ziamet ne differe du timar, que parce qu'il est d'un plus grand revenu, car il n'y a point de ziamet qui vaille moins de 20 mille aspres de rente : ce qui est au-dessous n'a que le titre de timar. Le sieur Besguier juge que le mot ziamet vient de l'arabe ; car, dit-il, zaïm signifie en arabe, un seigneur, un commandant, qui conduit un certain nombre d'hommes dont il est le maître. Quant au mot timar, il le dérive du grec , qui signifie honneur, parce que ces récompenses se donnoient pour honorer la vertu des soldats. Les Grecs appelloient ces marques d'honneur , & appelloient ceux qui en étoient honorés . Les Turcs ont emprunté ces mots des Grecs, & se les sont appropriés avec peu de changement : car au lieu de timarion, ils disent timar, en retranchant la terminaison grecque.

Il y a deux sortes de gens qui composent la milice des Turcs. La premiere sorte est entretenue du revenu de certaines terres que le grand-seigneur leur donne : la seconde est payée en argent. La principale force de l'empire consiste dans la premiere, qui est encore divisée en deux parties ; car c'est celle qui est composée de zaïms, qui sont comme des gentilshommes en certains pays, & de timariots, qui peuvent être comparés à ceux que les Romains appelloient decumani.

Les uns & les autres, savoir les zaïms & les timariots, ont cependant été établis pour la même fin. Toute la différence que l'on peut mettre entr'eux, consiste dans leurs lettres patentes, qui reglent le revenu des terres qu'ils tiennent du grand-seigneur. La rente d'un zaïm est depuis 20000 aspres, jusqu'à 99999 & rien plus ; s'il y avoit encore un aspre, ce seroit le revenu d'un sangiac-beg, qu'on appelle un bacha, qui est de 100000 aspres, jusqu'à 199999 aspres, car si on ajoutoit un aspre davantage, ce seroit le revenu d'un beglerbeg.

Il y a deux sortes de timariots ; les premiers reçoivent les provisions de leurs terres de la cour du grand-seigneur. Ce nom leur a été donné, parce que teskereh signifie un billet ; & comme la syllabe lu s'ajoute par les Turcs aux noms substantifs, pour en former des adjectifs, teskereh-lu est celui qui est en possession d'un timar par un billet ou par un ordre du grand-seigneur. Leur revenu est depuis 5 ou 6000 aspres, jusqu'à 19999 ; car si on y ajoutoit encore un aspre, ce seroit le revenu d'un zaïm. Les autres s'appellent teskeretis, qui obtiennent leurs provisions du beglerbeg de leur pays : leur revenu est depuis 3000 aspres jusqu'à 6000.

Les zaïms sont obligés de servir dans toutes les expéditions de guerre avec leurs tentes, où il doit y avoir des cuisines, d'autres appartemens proportionnés à leurs biens, à leur qualité : & pour chaque somme de 5000 aspres de revenu qu'ils reçoivent du grand-seigneur, ils sont obligés de mener avec eux à l'armée un cavalier, qui se nomme gebelu, c'est-à-dire porteur de cuirasse ; ainsi un zaïm qui a 30000 aspres de revenu, doit être accompagné de 6 cavaliers. Un zaïm qui en a 90000 doit être accompagné de 18 cavaliers, & de même des autres à proportion de leur revenu. Chaque zaïm prend le titre de kilitich, c'est-à-dire épée. C'est pourquoi lorsque les Turcs font le compte des forces que les beglerbegs peuvent mener à l'armée pour le service de leur prince, ils ne s'arrêtent qu'aux zaïms & aux timariots seuls, qu'ils appellent autant d'épées, sans compter ceux qui les doivent accompagner.

Les timariots sont obligés de servir avec des tentes plus petites que les zaïms, fournies de trois ou quatre corbeilles, pour en donner une à chaque homme qui les accompagne ; parce qu'outre qu'ils doivent combattre aussi-bien que les zaïms, il faut encore qu'ils portent de la terre & des pierres pour faire des batteries & des tranchées. Les timariots doivent en outre mener un cavalier pour chaque somme de 3000 aspres de revenu qu'ils ont ; de même que les zaïms pour chaque somme de 5000 aspres.

Les zaïms & les timariots sont disposés par régimens, dont les colonels sont appellés alai-begler, du mot arabe alai, qui signifie celui qui est au-dessus des autres, & du mot turc beg, qui veut dire seigneur ; desorte que les alai-beglers sont les chefs ou les supérieurs des zaïms & des timariots, c'est-à-dire leurs colonels. Ces colonels sont soumis à un bacha, ou à un sangiag-beg, & celui-là à un begler-beg ; lorsque toutes ces troupes sont rassemblées en un corps, elles se trouvent au rendez-vous qui est marqué par le général, que les Turcs appellent serasker. Lorsque les zaïms & les timariots marchent, ils ont des drapeaux appellés alem, & des tymbales, nommées tabl.

Ces deux ordres militaires ne sont pas seulement destinés à servir sur terre, mais on les oblige quelquefois à servir dans l'armée navale, où on les appelle deria-kaleminde, & où ils sont sous le commandement d'un capitan bacha ou amiral. Il est vrai que les zaïms sont souvent dispensés de servir sur mer en personne, moyennant la somme à laquelle ils sont taxés sur les livres, & de cet argent on leve d'autres soldats, qui sont enrolés dans les registres de l'arsenal ; mais les timariots ne peuvent s'exempter de servir en personne, avec toute la suite que le revenu de leurs terres les oblige de mener avec eux.

Pour ce qui est du service sur terre, ni les zaïms, ni les timariots ne s'en peuvent jamais dispenser, & il n'y a point d'excuse qui puisse passer pour légitime à cet égard. S'il y en a de malades, il faut qu'ils se fassent porter en litiere & en brancard. S'ils sont encore enfans, on les porte dans des paniers : on les accoutume ainsi dès le berceau à la fatigue, au péril & à la discipline militaire. Ce détail suffit pour faire connoître quelle est la nature des zaïms & des timariots qui sont compris sous le nom général de spahis, & qui font la meilleure partie de l'armée des Turcs.

Il n'est pas possible de faire un calcul précis du nombre des cavaliers que doivent mener avec eux les zaïms & les timariots de l'empire du grand-seigneur ; mais un zaïm ne peut mener avec lui moins de quatre cavaliers, & c'est le plus grand nombre qu'un timariot soit obligé de mener. Le moindre timariot doit mener un homme à la guerre, & le plus considérable zaïm en doit mener 19. La difficulté de faire un compte plus exact seroit d'autant plus grande que les commissaires qui sont envoyés par la Porte pour faire les montres & les rôles, ne savent pas moins faire valoir leur métier que les officiers les plus raffinés chez les Chrétiens. Peut-être aussi que la politique du grand-seigneur tolere cet abus, afin de faire croire que le nombre de ses troupes est plus grand qu'il n'est effectivement.

La vaste étendue de terrein que leurs pavillons occupent, le grand attirail de leurs bagages, & le nombre prodigieux de valets qui suivent l'armée font que le peuple s'imagine que les troupes sont composées d'une multitude infinie de soldats. Ce qui sert encore à augmenter l'idée de ce nombre, mais qui le diminue en effet ; c'est l'usage des passe-volans dont les zaïms se servent aux jours de montre.

Enfin une chose cause encore plus de changement dans le nombre des soldats, c'est la mort des zaïms & des timariots dont quelques-uns n'ont leur revenu qu'à vie seulement, & les autres meurent sans enfans ; car en ce cas leurs terres retournent à la couronne. Comme ceux qui les possédoient les avoient cultivées & en avoient augmenté le revenu par leur soin & par leur travail, le grand-seigneur les donne à d'autres, & non pas sur le pié qu'elles avoient été données aux premiers, mais sur le pié du revenu qu'elles se trouvent rapporter, qui est quelquefois le double de la premiere valeur. Par ce moyen le sultan augmente le nombre de ces soldats.

On compte 1075 ziamets & 8194 timars. On prétend en général que le nombre des zaïms monte à plus de dix mille, & celui des timariots à soixante douze mille ; mais ces sortes de calculs sont extrêmement fautifs.

Parmi les troupes qui se tirent de ces ziamets & de ces timars, on mêle en tems de guerre de certains volontaires ou avanturiers, que les Turcs appellent gionullu. Les zaïms & les timariots peuvent, lorsqu'ils sont âgés ou impotens, se défaire de leur ziamet & de leur timar en faveur d'un de leurs enfans. Ricaut, Bespier & la Guilletiere. (D.J.)


ZIAZAAS. f. (Hist. nat. Litholog.) pierre dans laquelle on voit un mêlange de tant de différentes couleurs, que l'on n'en voit aucune qui soit bien décidée. Son nom venoit de l'endroit où elle se trouvoit. Ludovico Doleo, qui connoissoit cette pierre à fond, nous assure qu'elle rendoit querelleurs ceux qui la portoient, & faisoit voir des choses terribles en songe.


ZIBELINES. f. (Hist. nat. Zoolog.) marte zibeline ; animal quadrupede qui ressemble beaucoup à la marte, mais il est un peu plus petit. Il a tout le corps de couleur fauve obscure, excepté la gorge qui est grise, & la partie antérieure de la tête & les oreilles qui sont d'un gris blanchâtre. On trouve cet animal en Lithuanie, dans la Russie blanche, dans la partie septentrionale de la Moscovie, & dans la Scandinavie.

ZIBELINE, (Hist. nat. des animaux) en allemand zobel, en anglois sable, espece de belette ou de marte, de la grosseur d'un écureuil, dont la peau est d'un brun très-foncé ou presque noire ; mais quelquefois entre-mêlée de quelques poils blancs : c'est une des fourrures les plus rares, & qui se paye le plus chérement. On trouve des zibelines dans la Laponie, chez les Samoyedes, & dans les autres contrées septentrionales ; mais celles de la Sibérie sont les plus recherchées ; on estime sur-tout celles que l'on trouve près de Vitimski ; elles passent pour l'emporter en beauté sur toutes les autres : on en trouve en grande abondance dans la péninsule de Kamschatka, & dans le pays des Korekis ; mais elles sont d'une qualité inférieure aux précédentes. Suivant le rapport de quelques voyageurs, les zibelines y sont aussi communes que les écureuils ; ainsi les habitans de ces pays, s'ils étoient aussi industrieux que ceux des Vitimski, pourroient compenser par la quantité la supériorité que les zibelines de Sibérie ont pour la qualité.

Avant que les Russes eussent fait la conquête de la Sibérie, les zibelines étoient assez communes ; mais ces animaux farouches s'éloignent des endroits habités ; & ce n'est pas sans peine que les chasseurs en obtiennent ; ils sont obligés de remonter la riviere de Vitim & les deux rivieres de Massia qui s'y jettent, & d'aller jusqu'au lac Oronne dans des lieux déserts & fort éloignés de toute habitation.

Les zibelines vivent dans des trous comme les martes, les belettes, les hermines, & les autres animaux de ce genre. Les chasseurs prétendent qu'il y en a qui se font des nids au haut des arbres avec des herbes seches, de la mousse, & des petites branches ; & que tantôt elles vivent dans leurs trous, & tantôt dans leurs nids ; qu'elles y restent environ douze heures, & qu'elles employent les douze autres à chercher leur nourriture. L'été avant que les fruits & les baies des arbres soient mûrs, elles mangent des écureuils, des martes, des hermines, &c. & surtout des lievres ; l'hiver elles mangent des oiseaux ; mais lorsque les fruits & les baies sont mûres, elles en sont très-friandes, & sur-tout du fruit du cormier, qu'elles mangent avidement ; ce qui leur cause des démangeaisons qui les obligent à se frotter contre les arbres ; par-là leur peau s'use & devient défectueuse ; quand les cormiers ont beaucoup de fruit, les chasseurs ont de la peine à se procurer de belles fourrures.

Les zibelines ont des petits vers la fin de Mars ou au commencement d'Avril ; elles en ont depuis trois jusqu'à cinq d'une portée ; elles les alaitent pendant cinq ou six semaines.

Ce n'est jamais que pendant l'hyver que l'on va à la chasse des zibelines ; la raison est que le poil leur tombe au printems ; il est très-court pendant l'été, & pendant l'automne il n'est point encore assez fourni : les habitans du pays appellent ces sortes de zibelines, nedasobili, ou zibelines imparfaites ; elles se vendent à bas prix.

Ceux qui vont à la chasse des zibelines partent à la fin du mois d'Août ; ils forment des compagnies qui sont quelquefois de quarante hommes & se pourvoient de bateaux pour remonter les rivieres, de guides qui soient au fait des lieux où ils trouveront des zibelines, & d'amples provisions pour subsister dans les deserts. Arrivés au lieu de la chasse, ils y bâtissent des cabanes, & se choisissent un chef expérimenté dans ces sortes d'expéditions ; celui-ci divise les chasseurs en plusieurs bandes, à chacune desquelles il nomme un chef particulier, & il leur assigne l'endroit où elles iront chasser. Quand le tems de se séparer est venu, chaque bande va de son côté & fait sur sa route des trous dans lesquels on enfouit des provisions. A mesure qu'on s'avance, les chasseurs tendent par-tout des piéges, en creusant des fosses, qu'ils entourent de pieux, & qu'ils recouvrent de planches pour empêcher la neige de les remplir ; l'entrée de ces pieges est étroite, & au-dessus est une planche mobile qui tombe aussi-tôt que l'animal vient prendre l'appât de viande ou de poisson qu'on lui a préparé. Les chasseurs continuent ainsi d'aller en-avant, & tendent partout des piéges ; à mesure qu'ils avancent, ils renvoyent en-arriere quelques-uns d'entr'eux pour chercher les provisions qu'ils ont enfouies ; ceux-ci en revenant visitent les piéges pour en ôter les zibelines qui ont pu s'y prendre.

On chasse aussi les zibelines avec des filets ; pour cet effet on suit leur piste sur la neige ; ce qui conduit à leurs trous, que l'on enfume afin de les forcer d'en sortir ; le chasseur tient son filet tout prêt à les recevoir, & son chien pour les saisir ; il les attend quelquefois deux ou trois jours. On les tire aussi sur les arbres avec des fleches émoussées ; lorsque le tems de la chasse est fini, les bandes se rassemblent auprès du chef commun, à qui l'on rend compte de la quantité de zibelines ou d'autres bêtes que l'on a prises ; & on lui dénonce ceux qui ont fait quelque chose de contraire aux regles ; le chef les punit ; ceux qui en ont volé sont battus & privés de leur part au butin. En attendant le tems du retour, qui est celui du dégel des rivieres, on prépare les peaux ; les chasseurs remontent alors dans les barques ; & de retour chez eux, ceux qui sont chrétiens donnent d'abord à l'Eglise quelques-unes de leurs fourrures, suivant le voeu qu'ils en ont fait avant que de partir ; ces zibelines se nomment zibelines de Dieu. Ensuite ils payent leur tribut en fourrures aux receveurs du souverain ; ils vendent le reste & partagent également les profits. Voyez la description de Kamtschatka, par M. Kracheninikon.

Les fourrures de zibelines les plus cheres & les plus estimées, sont celles qui sont les plus noires, & dont les poils sont les plus longs. Depuis la conquête de la Sibérie, les souverains de la Russie se sont réservé le débit de cette marchandise, dans laquelle les habitans payent une partie de leur tribut. Le gouverneur de Sibérie met son cachet sur les zibelines prises dans son gouvernement, & les envoye au sénat de Pétersbourg ; on les assortit alors par paquets de dix peaux, & l'on en fait des caisses, dont chacune est composée de dix paquets ; ces caisses se vendent à proportion de leur beauté ; les plus belles se vendent jusqu'à 2500 roubles, (environ 12500 livres) ; celles d'une moindre qualité se vendent 1500 roubles (7500 livres). Ce sont les grands de la Turquie qui sont les plus curieux de cette marchandise. (-)

ZIBELINE, (Fourrure) nom que l'on donne aux peaux de martes les plus précieuses : les zibelines se tirent de la Laponie moscovite & danoise. Il s'en trouve aussi une grande quantité en Sibérie, province des états du czar : l'animal qui fournit la zibeline est du genre des belettes, & de la grosseur d'un chat ; il a de longs poils autour des yeux, du nez, & du museau ; sa couleur est jaune obscur, mêlangé d'un brun foncé ; mais le devant de sa tête & ses oreilles, sont d'un gris brunâtre. (D.J.)


ZICLOS(Géog. mod.) petite ville de la basse Hongrie, au comté de Baran ; cette ville située à cinq lieues de Cinq-Eglises, est prise pour l'ancienne Jovallium. (D.J.)


ZIÉGENHAUS(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, en Silésie, dans la principauté de Neiss, à trois lieues au midi de la ville de Neiss, sur la Bila. (D.J.)


ZIÉGENHEIM(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans le landgraviat de Hesse, capitale du comté de même nom, sur la petite riviere de Schwalm, à six lieues au sud-ouest de Cassel ; elle est petite, mais bien bâtie. Long. 27. 12. latit. 51. 8. (D.J.)


ZIEMNOI-POIAS(Géog. mod.) ce mot russe signifie ceintures de la terre ; c'est ainsi que les Russes nomment de grandes montagnes qui sont dans le pays des Samojedes. Elles commencent à la pointe occidentale qui forme le golfe qui est à l'embouchure de l'Obi ; à l'extrémité est le fort Scop, ou le fort d'Obi. Elles courent trente lieues françoises vers le midi ; puis environ autant vers le sud-ouest, jusqu'au lac Kiratis, d'où sort la riviere de Soba qui va se joindre à l'Obi ; de-là tournant vers l'ouest l'espace de soixante lieues, elles vont se joindre à une autre chaîne de montagnes qui s'avance vers le midi ; de sorte que plus elles s'éloignent de l'Obi, plus elles s'écartent de la mer. M. Delisle les marque dans sa carte de la Tartarie, sans y mettre leur nom. (D.J.)


ZIGAE(Géog. anc.) peuples de la Sarmatie asiatique : c'est Pline, l. VI. c. vij. qui en parle. Comme ils habitoient au bord du Tanaïs, divers géographes ont eu tort de vouloir les confondre avec les Zygi de Strabon, & avec les Sindi de Pline & de Ptolomée, qui avoient leur demeure au bord du Pont-Euxin. (D.J.)


ZIGEIRAou ZIGIRA, (Géog. mod.) ville de l'Afrique propre ; elle est mise par Ptolomée, l. IV. c. iij. au nombre des villes situées entre la ville de Thabraca, & le fleuve Bagrada. (D.J.)


ZIGENEvoyez MARTEAU.


ZIGENRICK(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, au marquisat de Misnie, sur la droite de la Sala. (D.J.)


ZIGERE(Géog. anc.) ville de la Thrace ; Pline, l. IV. c. xj. la place dans les terres, & au voisinage de la basse Moesie : il ajoute que c'étoit une des villes des Scythes Aroteres, qui s'étoient établis dans ce quartier. (D.J.)


ZIGETHZIGHET, ZYGETH, ou SIGETH, (Géog. mod.) ville de la basse Hongrie, capitale du comté qui porte son nom ; c'est une des plus fortes places de la Hongrie. Elle est située à trois lieues de la Drave vers le nord, & à sept de Cinq-Eglises vers le couchant, dans un marais formé par la riviere d'Alma ; & elle est défendue par une citadelle, & trois fossés pleins d'eau. Long. 36. 31. latit. 46. 2.

C'est en assiégeant cette place en 1566, que mourut Soliman II. fils de Selim, & la victoire l'accompagna jusque dans les bras de la mort ; à peine eut-il expiré, que la ville fut prise d'assaut. L'empire de ce conquérant s'étendit d'Alger à l'Euphrate, & du fond de la mer Noire, au fond de la Grece & de l'Epire. Les impériaux n'ont pu reprendre Zigeth sur les Turcs que sur la fin du dernier siecle. (D.J.)

ZIGETH, comté de, (Géog. mod.) contrée de la basse Hongrie, entre la Drave & le Danube. Elle a pour bornes au levant, le comté de Tolna, au couchant Kanischa, Albe royale au nord, & l'Esclavonie au midi ; ses lieux principaux sont Zigeth capitale, Cinq-Eglises, & Turanovitza. (D.J.)


ZIGZAGS. m. (Art méch.) machine composée de petites tringles plates disposées en sautoir, ou losanges, clouées dans le milieu, mobiles sur ces clous & liées deux à deux par leurs extrémités, sur les extrémités de deux autres tringles pareillement cloués en sautoirs, ensorte que toutes sont mobiles, & sur leur milieu comme centre, & sur les extrémités de celles auxquelles leurs extrémités jointes sont liées : d'où l'on voit qu'il est impossible d'ouvrir la premiere de ces tringles sans ouvrir toutes les autres ; d'en fermer une sans les fermer toutes ; & que fermées elles doivent occuper un petit espace ; mais un très-long si on les ouvre & qu'on les allonge ; on peut se servir de cette machine pour tendre quelque chose, un billet, une lettre, quoique ce soit d'un étage à un autre ; même du bas d'une maison au dernier étage ; car il n'y a point de limite au nombre des tringles, cette petite invention peut-être utile en une infinité d'occasions.

ZIGZAGS, de la tranchée, (Fortificat.) ce sont les différens retours qu'elle fait pour arriver à la place ou au glacis du chemin couvert ; on les appelle aussi les boyaux de la tranchée. Voyez TRANCHEE & BOYAUX DE LA TRANCHEE. (Q)

ZIGZAG, allée en, (Jardin.) on appelle allée en zigzag, une allée rampante, sujette aux ravines, & qui pour cette raison est traversée d'espace en espace par des plates-bandes de gazon, en maniere de chevrons brisés, pour retenir le sable. On nomme encore allée en zigzag, toute allée de bosquet ou de labyrinthe, qui est formée par divers retours d'angles pour la rendre plus solitaire, & en cacher l'issue. (D.J.)


ZIKA(Géog. mod.) bourgade de la basse-Hongrie, sur la Sarwitza, entre Albe-Royale & Sarwas. Lazius la prend pour l'ancienne Maquiana de Ptolomée, la Mogetiana de l'itinéraire d'Antonin, & la Magia d'Etienne le géographe. (D.J.)


ZILS. m. (Hist. nat.) instrument de musique militaire, dont on se sert dans les armées des Turcs ; ce sont deux bassins de cuivre que l'on frappe l'un contre l'autre.


ZILEFLELE, (Géog. mod.) grand fleuve d'Afrique, en Barbarie, au royaume d'Alger. Il se jette dans la mer, sur les frontieres de Trémecen & de Tinez. Ses bords sont peuplés d'Arabes. On prend ce fleuve pour le Cartenus des anciens. (D.J.)


ZILIS(Géog. anc.) ville de la Mauritanie tingitane, près la côte de l'Océan atlantique. L'itinéraire d'Antonin la marque à vingt-quatre milles de Tingis, entre Tabernae & ad Mercuri, à quatorze milles du premier de ces lieux, & à six milles du second.

C'est la ville que Strabon nomme Zeles. Elle est appellée Zilia par Ptolomée, l. IV. c. j. qui la place dans les terres, au bord d'un fleuve de même nom. Elle ne devoit pas être éloignée de la mer : car Pline, l. V. c. j. la met sur la côte de l'Océan, in ora Oceani. Il nous apprend outre cela, que c'étoit une colonie établie par Auguste, & qu'on la nommoit Julia Constantia Zilis. Selon le même auteur, elle étoit exemte de la jurisdiction des rois de Mauritanie, & dépendoit de l'Espagne bétique.

Une inscription, rapportée dans le trésor de Goltzius, fait mention de cette ville sous ce titre, Col. Constantia Zili Augusta. Cette ville retient encore à présent son ancien nom : car on veut que ce soit aujourd'hui Alzila, nom augmenté de l'article des Arabes. (D.J.)


ZIMS. m. (terme de relation) mot persan qui signifie argent, simplement consideré comme métal. Pour exprimer ce qu'on entend en France par argent, quand on parle de toute espece monnoyée, soit d'or, d'argent, de billon ou de cuivre, les Persans disent zer ; & lorsqu'ils veulent parler des especes véritablement fabriquées d'argent, comme sont les écus de France, les richedales d'Allemagne, ou les piastres d'Espagne, ils disent dirhem, (D.J.)


ZIMARA(Géog. anc.) ville de la grande Arménie, selon Solin, qui la place au pié du mont Capotes, où l'Euphrate prend sa source. On lisoit ci-devant dans les exemplaires imprimés de Pline, l. V. c. xxiv. Zimyra, ou Zimira ; mais comme l'a remarqué le P. Hardouin, c'étoit une faute insigne : car Simyra est une ville de Syrie au bord de la mer Méditerranée. La correction que ce savant religieux a faite, est appuyée sur les meilleurs manuscrits qui lisent Zimara. C'est ainsi qu'écrit Ptolomée, l. V. c. vij. qui marque Zimara dans la petite Arménie au bord de l'Euphrate, mais assez loin de la source de ce fleuve. Tout cela s'accorde avec les itinéraires. (D.J.)


ZIMBAOÉ(Géog. mod.) maison royale, sur la riviere de Sofala, au royaume de ce nom, & dont le roi qui y réside, se nomme Quiteve. (D.J.)


ZIMBIS. m. (Hist. mod. Commerce) espece de petites coquilles qui servent de monnoie courante au royaume de Congo, & dans un grand nombre d'autres pays de l'Afrique, sur les côtes de laquelle ce coquillage se trouve. On en rencontre sur-tout une grande quantité près d'une île qui est vis-à-vis de la ville de Loanda S. Paolo ; ce sont les plus estimées. Ces coquilles sont une mine d'or pour les portugais, qui ont seuls le droit de les pêcher, & qui s'en servent pour acheter des africains leurs marchandises les plus précieuses.


ZIMENT-VASSER(Minéral.) c'est le nom que les auteurs allemands donnent à des eaux qu'on trouve quelquefois près des mines de cuivre, & qui sont légérement impregnées des particules de ce métal. La plus fameuse source de cette espece se trouve à la distance d'environ une de nos lieues de New-Soll en Hongrie, dans la grande mine de cuivre appellée par les Allemands, Herrn-grundt. Ces eaux étoient connues de Kircher, Brown, Toll, & autres qui en font mention ; mais il est vraisemblable qu'elles n'étoient pas encore découvertes du tems d'Agricola, puisqu'il n'en dit mot, & qu'une chose si curieuse qu'il avoit sous sa main, ne lui auroit pas échappée, d'autant plus qu'il fait mention des vertus semblables, attribuées aux eaux de Schmolnich, qui sont beaucoup moins fameuses en ce genre que celle de New-Soll.

On trouve l'eau de cette derniere mine à différentes profondeurs, où elle est rassemblée dans des bassins pour en séparer le cuivre ; mais dans quelques endroits, cette eau est beaucoup plus saoulée de ce métal que dans d'autres, & ce sont celles qui produisent aussi plus promptement le changement supposé de fer en cuivre.

Les morceaux de fer dont on se sert communément pour ces sortes d'expériences sont des fers de cheval, des clous, & choses semblables ; & on les trouve très-peu altérés dans leur forme après l'opération, la seule différence est, que leurs surfaces sont un peu grossies.

L'eau qui produit ce changement, paroît verdâtre dans les bassins où elle repose ; mais si l'on en prend dans un verre, elle est aussi claire que le crystal ; elle n'a point d'odeur, mais elle est d'un goût vitriolique si fort & si astringent, qu'en en goûtant, la langue & les levres en sont écorchées ; cependant on n'apperçoit point cet effet, quand on goûte de ces eaux de la mine même ; on éprouve alors seulement une légere démangeaison au bord des levres ; mais aussitôt qu'on vient à l'air, elles commencent à enfler, & à fournir un peu de matiere dans les pustules.

Ces eaux n'ont pas en tout tems la même force, soit à brûler les levres, soit pour changer le fer ; moins les sources sont abondantes, plus elles sont fortes. Les cavernes où l'on a mis des bassins pour recevoir cette eau, n'ont point d'odeur offensive, & ce qui paroît un peu singulier, on n'y trouve point de vitriol, au-lieu qu'il abonde dans tous les autres endroits de la mine ; les pierres mêmes sont blanches dans les cavernes, & ont partout ailleurs un oeil bleuâtre, qui ne vient que des particules de cuivre qui s'y sont attachées ; peut-être que l'humidité de l'air de ces endroits emporte avec elle les particules de ce sel dans les endroits où elles peuvent aisément se fixer.

Ceux qui travaillent aux mines, prennent de ces eaux pour se purger quand ils sont malades, & elles produisent cet effet très-promptement par haut & par bas. Ils s'en servent aussi pour les maux des yeux, en quoi elles sont quelquefois fort utiles, mais le plus souvent nuisibles.

Le cuivre qu'on tire de ces eaux est plus estimé par les gens du lieu qu'aucun autre, parce qu'ils prétendent qu'il est plus ductile & plus facile à fondre.

Une livre de cette eau la plus forte, étant évaporée sur un feu doux, devient d'abord trouble, & dépose ensuite un sédiment jaunâtre ; quand on la fait évaporer jusqu'à siccité, ce sédiment pese deux scrupules & demi ; si l'on verse dessus de l'eau chaude, & qu'on la filtre, elle laisse dans le filtre plus de six grains d'une terre jaunâtre ; la solution verdâtre étant de nouveau évaporée, & la même opération répétée plusieurs fois, il s'en sépare un peu plus de deux scrupules de vitriol, d'un verd bleuâtre, & en petits crystaux.

Présentement, si l'on ajoute un peu d'huile de tartre à une livre de cette eau vitriolique, le tout devient trouble, & laisse beaucoup de résidu dans le filtre ; ce résidu étant sec pese environ deux scrupules & demi, & se trouve être un vrai vitriol cuivreux avec un leger mêlange de sel neutre. Si finalement, on met une pinte de cette eau dans une bouteille, & qu'on y jette un petit morceau de fer, on verra quelques bulles s'attacher immédiatement à ce morceau de fer, ensorte que par degrés il prend la couleur du cuivre ; le second jour l'eau est extrêmement trouble ; elle s'éclaircit ensuite, & des fils blancs se ramassent au fond, aux côtés du verre, & du morceau de fer, qui pour lors se trouve avoir partout une couleur cuivreuse.

Toutes ces expériences justifient que cette eau contient une très-grande quantité de vitriol de cuivre, dont elle a fait la solution par le secours de l'acide ordinaire. Ce fait étant connu, on conçoit bien qu'il ne se fait point de changement réel de métal dans un autre, mais que les particules d'un métal ont pris leur place. Cette eau ainsi imprégnée, est un menstrue capable de dissoudre le fer, & s'affoiblit assez dans la solution de ce métal, pour laisser détacher en petites particules le cuivre qu'elle contenoit auparavant. Cela semble être ainsi en examinant le métal changé ; car tant qu'il reste dans l'eau, le cuivre ne paroît pas une masse douce & malléable, mais un assemblage de petits grains serrés les uns contre les autres, & pour lors le métal paroît friable & cassant.

La dissolution d'un métal, & la déposition des particules d'un autre à sa place, est une chose commune en chymie, mais elle ne donne guere le phénomene dont nous parlons, j'entends la dissolution du fer & du cuivre dans le même menstrue ; l'eau dont il s'agit ici ne peut jamais déposer qu'autant de cuivre qu'elle en contenoit, & il paroît par les expériences, que cette quantité est peu considérable, puisqu'elle ne monte qu'à deux scrupules de vitriol dans une livre d'eau ; c'est donc à tort que les habitans du lieu s'imaginent que si l'on mettoit une plus grande quantité de fer dans l'eau, il y auroit une plus grande quantité de cuivre qui se précipiteroit à sa place ; il est pourtant vrai qu'on en retire annuellement assez de cuivre, parce que les eaux qui le fournissent sont fort abondantes. Philos. transact. n °. 479. p. 355. 359. Voyez CEMENTATOIRE, eau. (D.J.)


ZIMIRI(Géog. anc.) contrée sablonneuse de l'Ethiopie, selon Pline, l. XXXVI. c. xvj. il dit qu'on y trouve la pierre haematites. (D.J.)


ZIMMERS. m. (Fourrure) terme de commerce de fourrure, dont on se sert en quelques endroits de Moscovie, particulierement dans les parties les plus septentrionales ; un zimmer fait dix paires de peaux : ainsi un zimmer de marte est composé de vingt peaux de ces animaux. Savary.


ZINARAZINIRA ou ZENARA, (Géog. mod.) île de l'Archipel, peu éloignée de celle de Léro, à 6 lieues de celle d'Amorgos. Elle étoit autrefois très-peuplée, mais elle est à présent deserte. (D.J.)


ZINCS. m. (Hist. nat. Minéralog. Chymie & Metallurgie) en latin zincum, speauter, marcassita aurea, spelter, cadmia metallica, &c.

C'est un demi-métal qui, à l'extérieur, est un peu plus blanc que le plomb, quand ce métal a été quelque tems exposé à l'air ; mais à l'intérieur il est rempli de facettes bleuâtres. Il a de la tenacité & souffre les coups de marteau jusqu'à un certain point, ce qui fait qu'on ne peut point le pulvériser. Il entre promptement en fusion & avant que de rougir, après quoi il s'allume, & fait une flamme d'un beau verd clair, ce qui prouve qu'il est très-chargé de parties inflammables ; par la déflagration il se réduit en une substance légere & volatile, que l'on nomme fleurs de zinc. Mais le caractere qui le distingue, c'est sur-tout la propriété qu'il a de jaunir le cuivre.

Ce n'est que depuis peu d'années que l'on connoît la nature du zinc ; rien de plus inexact que ce que les anciens auteurs en ont écrit. Le célebre Henckel a lui-même méconnu cette substance, il l'a regardée comme un avorton minéral. D'autres ont regardé le zinc comme une composition, & ont été jusqu'à donner des procédés pour le faire. Becher dit que c'est une substance minérale, qui tient le milieu entre l'antimoine, la marcassite & la cadmie. M. Lemery confond le zinc avec le bismuth ; d'autres ont dit que c'étoit une espece d'étain. Actuellement on est convaincu que le zinc est un demi-métal, qui a des propriétés qui lui sont particulieres, qui a des mines qui lui sont propres.

Il n'existe point dans la nature de zinc natif, c'est-à-dire, tout pur, & sous la forme métallique qui lui est propre ; c'est toujours par l'art qu'on le tire des mines qui le contiennent, & alors même ce n'est point par la fusion ; c'est par la sublimation qu'on l'en retire.

La principale mine du zinc, & qui contient plus abondamment ce demi-métal, est la calamine ; c'est au zinc qu'elle renferme qu'est dûe la propriété de jaunir le cuivre, & de faire ce qu'on appelle le laiton, ou le cuivre jaune. Voyez CALAMINE & LAITON.

La calamine varie pour la couleur, il y en a de blanche, de jaune & de rougeâtre ou brune, suivant qu'elle est plus ou moins mêlée de parties ferrugineuses ou d'ochre.

La blende est aussi une vraie mine de zinc, que l'on peut en tirer par la sublimation, & qui peut être employée à faire du cuivre jaune. Le zinc n'est point seul dans la blende, il s'y trouve aussi des parties ferrugineuses, des parties sulfureuses & arsenicales, & même quelquefois une petite portion d'argent, qu'il est très-difficile d'en tirer. Il y en a plusieurs especes ; 1°. la principale ressemble assez à la galene ou mine de plomb ordinaire ; c'est-là ce qui est cause que les Allemands lui ont donné le nom de blende, qui signifie ce qui aveugle, parce que sa ressemblance avec la mine de plomb, la rend très-propre à tromper les mineurs. 2°. La blende que l'on nomme en allemand horn-blende ou pech-blende, blendée cornée, ou semblable à de la poix. 3°. La blende rouge, elle est d'une couleur plus ou moins vive ; il y en a qui est d'un rouge de rubis, & qui ressemble à la mine d'argent rouge. 4°. Il y a des blendes grises de différentes nuances. Toutes ces blendes sont de vraies mines de zinc, qui contiennent tantôt plus, tantôt moins de ce demi-métal. M. de Justi ajoute à ces substances une nouvelle mine de zinc différente des précédentes, c'est un spath, d'un gris clair, tirant sur le bleuâtre, composé de feuillets oblongs, & assez pesant, qui se trouve à Freyberg en Misnie, & qui lorsqu'on l'expose au feu, donne une sublimation de zinc ; il lui a donné le nom de spath de zinc. Le même auteur observe, avec raison, que M. Wallerius a trop multiplié sans fondement les mines de zinc dans la minéralogie.

Outre cela, l'on trouve du zinc dans le vitriol blanc qui, quoique rarement, se trouve tout formé par la nature dans les souterrains des mines de Goslar ; il est ou en stalactite, ou en crystaux, ou sous la forme d'un enduit ou d'une efflorescence. Ce vitriol est formé par la combinaison de l'acide vitriolique & du zinc ; il est quelquefois composé de zinc pur, mais souvent il participe du fer, du cuivre, & des autres substances qui sont mêlées avec lui dans la mine. Ce vitriol se fait aussi artificiellement à Goslar, ou au Ramelsberg ; on fait griller la mine de plomb mêlée de mine de zinc qui se rencontre dans ce pays : on y verse ensuite de l'eau, après l'avoir mise dans des auges : on y laisse séjourner cette eau, afin que les parties impures aient le tems de se déposer ; après quoi on décante la dissolution, que l'on met dans des chaudieres de plomb pour la faire évaporer, & on finit ensuite par la faire crystalliser ; on fait ensuite calciner, dissoudre, & crystalliser de nouveau ce vitriol blanc : on le met dans les moules triangulaires, & il est alors propre à entrer dans le commerce. La plûpart des auteurs ont fait sur le vitriol blanc, des conjectures aussi peu fondées que sur le zinc même, dont ils ne connoissoient nullement la nature ; pour se convaincre que c'est le zinc qui sert de base à ce vitriol, on n'aura qu'à le dissoudre dans de l'eau : on mettra de l'alkali fixe dans la dissolution, & il se précipitera une substance blanche qui mêlée avec de la poussiere de charbon, & distillée dans une cornue de verre, formera dans le col de la rétorte, un sublimé propre à jaunir le cuivre ; ce qui est le caractere distinctif du zinc. Voyez VITRIOL. Ce vitriol contient souvent des particules de fer, de cuivre, de plomb, &c. avec lesquelles il est mêlé dans la mine de Goslar.

Nous avons déja fait remarquer que ce n'est point par la fusion que l'on tire le zinc des substances minérales qui le contiennent, ce n'est qu'accidentellement qu'on l'obtient, la facilité avec laquelle l'action du feu le brûle & le réduit en chaux, fait qu'on ne peut guere le retirer sous la forme qui lui est propre. Près de Goslar, dans les fonderies des mines de Ramelsberg, on traite, comme nous avons dit, un mineral qui contient du plomb, du cuivre, de l'argent, & beaucoup de zinc ; la partie intérieure, l'estomac dont on ferme le fourneau à manche, est fait d'une pierre assez mince : on la mouille afin de la rafraîchir, & pour qu'il s'y attache un enduit qui n'est autre chose qu'une chaux de zinc, que l'on appelle la cadmie des fourneaux. Voyez CADMIE. On met aussi au fond du fourneau, une certaine quantité de poudre de charbon, afin que le zinc que la chaleur fait fondre & sortir de la mine, ait une retraite qui le garantisse de la trop grande violence du feu, qui ne manqueroit point de le calciner & de le dissiper : il s'attache aussi dans la cheminée des fourneaux, une suie ou un enduit qui est très-chargé de zinc, on la détache, & il est propre à faire du cuivre jaune : d'où l'on voit que c'est sous la forme d'un sublimé ou d'une chaux, que l'on obtient la plus grande partie du zinc.

Pour tirer le zinc de la blende, on commencera par la faire griller, jusqu'à ce que tout le soufre que cette mine contient soit dégagé : alors on mêlera huit parties de cette blende grillée, avec une partie de poudre de charbon : on mettra ce mêlange dans une cornue de terre bien garnie de lut, que l'on exposera à feu nud pendant environ quatre heures ; le zinc se sublimera sous la forme d'une poudre blanche ou grise dans le col de la cornue.

Pour réduire cette chaux, c'est-à-dire pour lui donner la forme métallique, on en mêle quatre parties avec une partie de charbon en poudre : on met le tout dans un creuset frotté avec de la cire, on presse le mêlange, on couvre le creuset d'un couvercle que l'on y lute bien exactement afin que rien n'en sorte : on met le creuset au fourneau de verrerie, & aussitôt qu'il est parfaitement rouge, on le vuide, de peur que le zinc réduit, ne vînt à s'allumer si le feu étoit continué trop long-tems. Cette réduction peut encore se faire en mêlant la chaux de zinc, avec du flux noir & un peu de suie, ou bien des os noircis, par la calcination ; on mettra le tout dans un creuset fait d'une terre calcaire, & qui ne soit point vernissé ; on couvrira le mêlange d'une bonne quantité de charbon en poudre, on adaptera au creuset un couvercle qui le ferme exactement, & l'on observera la même chose que dans l'opération qui précede.

Nous allons maintenant examiner la propriété du zinc ; celle qui le caractérise sur-tout, est de jaunir le cuivre plus ou moins selon la quantité qu'on en fait entrer ; ce n'est que le zinc qui est contenu dans la calamine, qui lui donne cette propriété, ainsi qu'à la cadmie des fourneaux, qui n'est qu'une sublimation ou une suie dans laquelle le zinc abonde ; sur quoi cependant on doit remarquer un phénomene fort singulier, c'est que le laiton ou le cuivre jaune fait avec la calamine, devient très-ductile, aulieu que celui qui est fait avec le zinc seul, est aigre & cassant. M. Zimmerman croit que cette différence vient de ce que dans la calamine le zinc est uni avec une plus grande portion de terre, & de ce que le travail se fait d'une maniere différente ; en effet, lorsqu'on fait du laiton avec de la calamine, la combinaison se fait par la voie de la cémentation, dans des vaisseaux fermés, & au moyen d'un mêlange de charbon en poudre, au-lieu que lorsqu'on fait le cuivre jaune avec le zinc tout pur, une portion considérable de ce demi-métal, se brûle & se réduit en chaux. Si l'on combine la chaux de zinc, ou la cadmie, ou le zinc lui-même, de la même maniere que la calamine, on aura aussi un cuivre jaune très-ductile ; cependant il faut observer que la calamine exige un feu plus violent, & de plus de durée, pour communiquer sa partie colorante au cuivre, que le zinc seul.

Une partie de zinc alliée avec trois parties de cuivre, forme une composition d'un beau jaune, que l'on appelle tombac ; c'est aussi le zinc qui allié avec le cuivre, forme les alliages que l'on nomme similor, pinchbeck, métal du prince Robert, &c. on peut aussi faire différentes compositions semblables à l'or, en mêlant ensemble quatre, cinq, ou six parties de cuivre jaune, avec une partie de zinc ; ces alliages sont cassants, mais pour y remédier, on peut joindre un peu de mercure sublimé à la fin de l'opération ; on peut aussi faire entrer un peu d'étain bien pur dans l'alliage. Il faut toujours observer de commencer par faire fondre le cuivre jaune avant que d'y mettre le zinc, lorsqu'on voudra faire ces sortes de compositions.

Le zinc dissout tous les métaux & demi-métaux, à l'exception du bismuth. Il se combine par la fusion avec tous les métaux, mais il les rend aigres & cassants ; il les décompose, il facilite leur fusion & leur calcination, & les volatilise, effet qu'il produit sur l'or même ; il augmente la pesanteur spécifique de l'or & de l'argent, du plomb & du cuivre, mais il diminue celle de l'étain, du fer, & du régule d'antimoine ; fondu avec la platine, il devient plus dur. Lorsqu'on voudra unir le zinc avec les métaux imparfaits, il faudra couvrir le mêlange qu'on aura mis dans le creuset, avec du verre pilé, ou des cailloux pulvérisés mêlés avec de la potasse, pour prévenir la dissipation ou la calcination : on dit que les Anglois mettent une partie de zinc sur six cent parties d'étain, pour le rendre plus dur & plus sonnant. M. Zimmermann nous apprend que si l'on fait fondre du zinc avec du plomb, & que l'on forme des balles à fusil de cet alliage, on ne pourra jamais tirer juste avec ces balles.

Le zinc s'amalgame avec le mercure, l'amalgame est au commencement assez fluide, mais peu-à-peu il devient plus dur ; mais l'amalgame sera très-fluide si on commence par fondre le zinc avec du plomb, & si ensuite on le triture avec le mercure ; mais le zinc se dégagera sous la forme d'une poudre, si on triture cet amalgame dans l'eau, parce que le plomb a plus d'affinité que lui avec le mercure.

Tous les dissolvans agissent sur le zinc ; cependant l'acide vitriolique très-concentré, ne le dissout point, il faut pour cela qu'il soit affoibli. L'acide nitreux le dissout avec une rapidité étonnante, & par préférence à tous les autres métaux ; dans cette dissolution il se fait une effervescence très-violente. L'acide du sel marin dissout aussi le zinc, si on met cette dissolution concentrée en digestion avec de l'esprit de vin bien rectifié, l'huile du vin se dégagera. L'acide du vinaigre dissout aussi le zinc ; pendant que la dissolution s'opere elle répand une odeur très-agréable, & il se forme un sel astringent. Le zinc se dissout pareillement dans le verjus, dans le jus de citron, & dans les acides tirés des végétaux.

Le zinc est soluble par l'alkali fixe & l'alkali volatil dissout dans l'eau & à l'aide de la chaleur. Un mêlange de sel ammoniac, avec de la limaille de zinc humectée d'un peu d'eau, s'échauffe, répand des vapeurs, & finit par s'enflammer.

Le soufre n'agit point sur le zinc, ainsi l'on peut s'en servir pour dégager ce demi-métal des autres substances métalliques avec lesquelles il peut être uni ; le foie de soufre le dissout parfaitement.

Le zinc a la propriété de précipiter toutes les dissolutions métalliques.

Nous avons déja fait remarquer que le zinc s'enflamme dans le feu, alors il se dissipe sous la forme d'une substance légere & blanche, que l'on nomme laine ou coton philosophique ; cette substance ressemble à ces fils que l'on voit voltiger dans l'air en été, dans les jours sereins. La tuthie, le pompholix, le nihil album, les fleurs de zinc, ne sont que des chaux de zinc à qui on a jugé à propos de donner des dénominations singulieres.

Le zinc a la propriété du phosphore ; si on triture une chaux de zinc, on voit qu'elle répand une lumiere verdâtre ; on trouve à Scharffenberg en Saxe, une blende rouge, qui pareillement triturée est phosphorique, ce qui vient du zinc qu'elle contient.

De toutes les propriétés de cette substance, on doit en conclure que le zinc est un demi-métal, qui contient une terre métallique blanche, & beaucoup de principes inflammables. Quelques auteurs regardent sa terre métallique comme un peu arsenicale ; en effet le zinc a des propriétés qui indiquent assez d'analogie entre lui & l'arsenic : en effet le zinc jetté sur des charbons ardens, répand une odeur pénétrante, qui a quelque rapport avec l'odeur d'ail de l'arsenic ; il répand comme lui une lumiere phosphorique. Le zinc colore le cuivre en jaune, l'arsenic le blanchit ; l'un & l'autre rendent les métaux plus faciles à entrer en fusion, & leur enlevent leur ductilité. M. Zimmermann rapporte une expérience par laquelle il prouve encore plus l'analogie du zinc & de l'arsenic. Il dit que l'on n'a qu'à faire fondre ensemble une partie d'or avec trois parties de zinc, on pulvérisera la composition qui résultera ; on mettra cette poudre dans une cornue bien luttée avec de la chaux vive, on donnera le feu par degrés ; la plus grande partie du zinc se sublimera en chaux, ou sous la forme de fleurs ; mais selon lui la partie arsenicale restera jointe avec l'or, qui aura bien la forme d'une poudre jaune, mais qui n'aura aucune de ses propriétés métalliques. Si on met ce résidu dans un matras, & que l'on verse par dessus six fois autant d'eau forte, il s'excitera une effervescence violente, & il en partira une vapeur qu'il seroit très-dangereux de respirer ; après quoi l'or restera sous la forme d'une poudre grise, effet qui est produit par la substance arsenicale qui est contenue dans le zinc.

La propriété que le zinc a de colorer le cuivre en jaune, n'a point échappé aux alchymistes, & quelques-uns d'eux n'ont point manqué d'en conclure que c'étoit cette substance qui devoit leur fournir la matiere colorante qu'il faut introduire dans les métaux, pour les convertir en or. (-)

ZINC, (Pharm. & Mat. méd.) des diverses substances appartenant à ce demi-métal (Voyez ZINC Chymie), celles que les pharmacologistes ont adopté sont deux de ces chaux : savoir, le pompholix, nihil album, on fleurs de zinc, & la tuthie, & sa mine propre ou pierre calaminaire.

Ces matieres sont principalement employées dans quelques préparations officinales destinées à l'usage extérieur, & elles sont employées pour la seule vertu qu'elles possedent : savoir, la vertu dessicative à un degré éminent : c'est à ce titre que le pompholix entre dans l'onguent diapompholigos, la tuthie dans l'onguent de tuthie, la pierre calaminaire dans l'onguent dessicatif, dans l'emplâtre styptique, l'emplâtre manus dei, &c. la tuthie & la pierre calaminaire ensemble, dans l'emplâtre oppodeltock, &c.

La tuthie, ou le pompholix, font la base des collyres dessicatifs, soit liquides, soit sous forme de poudre tant officinaux que magistraux. Ces remedes ne s'emploient point intérieurement. (b)


ZINDIKITES. m. terme de relation, nom d'une secte mahométane, fort bizarre dans ses opinions. Les Zindikites croient que tout ce qui a été créé est Dieu, n'admettent point de providence ni de résurrection des morts. Golius prétend que Zindick, auteur de cette secte, la moins nombreuse qu'il y ait au monde, étoit un mage sectateur de Zoroastre. Il est vraisemblable que ces Zindikites, dont parle Ricaut, sont les mêmes que ceux dont Pietro della Valle fait mention, & qu'il appelle Ehl-Eltahkikes, gens de certitude, qui, dit-il, croient que les quatre élémens sont Dieu, sont l'homme, sont toutes choses. Nous avons eu semblablement parmi les chrétiens, au commencement du treizieme siecle, un certain David de Dinant, qui n'admettoit aucune distinction entre Dieu & la matiere premiere. Enfin Spinosa s'est avisé dans le dernier siecle de forger de cette rêverie un systême extravagant. (D.J.)


ZINGANAS. m. (Hist. nat. Ichthiolog.) c'est le nom d'un poisson de mer fort singulier, qui se trouve vers la côte d'Ivoire en Afrique. Sa tête est rouge, plate & très-grande ; ses yeux sont très-vifs. Il a deux rangées de dents très-fortes. Son corps est rond & se termine en pointe ; il n'a point d'écailles, mais une peau épaisse & très-rude. Ses nageoires sont grandes ; il s'élance avec une force incroyable sur sa proie. Il est très-vorace & sur-tout très-friand de chair humaine. On croit que ce poisson est le même que l'on nomme pantonchir dans quelques parties de l'Amérique.


ZINGIS. m. (Hist. nat. Bot. exotiq.) fruit des Indes orientales fait en forme d'étoile. Il est composé de sept especes de noix oblongues, triangulaires, & disposées en rond. Son écorce est dure, rude & noire. Les amandes sont polies, luisantes, rougeâtres, de l'odeur & du goût de l'anis, d'où cette plante a pris en Europe son nom d'anis des Indes. Les Orientaux, particulierement les Chinois, se servent de l'amande pour préparer leur thé, & leur sorbet. (D.J.)


ZINGNITES(Hist. nat. Lithol.) pierre décrite par Albert le grand & par Ludovico Dolce, qui lui attribuent toutes sortes de vertus fabuleuses, & qui disent qu'elle avoit la transparence du crystal.


ZINGUERou ZENGERO, (Géog. mod.) royaume d'Afrique, dans l'Abyssinie. Il confine avec celui de Roxa. (D.J.)


ZINZELLE, (Géog. mod.) petite riviere de France dans la basse Alsace. Elle prend sa source aux montagnes de la Lorraine, & se jette dans la Soure ou Soore, près de Stimbourg.


ZINZICou SINSICH ou SCHINSICH, (Géogr. mod.) petite ville ou, pour mieux dire, bourgade d'Allemagne, au duché de Juliers, sur l'Aar, près de l'endroit où cette riviere se jette dans le Rhin. Cette bourgade est vis-à-vis de Lintz, à deux milles d'Allemagne au-dessus de Bonn vers le midi, & dans une campagne fertile. Long. 24. 39. latit. 50. 46.


ZINZOLINS. m. (Teinture) C'est ainsi qu'on nomme une des nuances du rouge de garance, qui tire un peu sur le pourpre.


ZIO(Calend. des Hébreux) deuxieme mois de l'année ecclésiastique des Hébreux : in anno quarto, mense zio, qui est mensis secundus, III. Rois, vj. 1. Mais depuis la captivité, ce mois perdit le nom de zio, & prit celui d'yack, qui répond en partie à Avril, & en partie à Mai.


ZIOBERIS(Géog. anc.) fleuve d'Asie, dans l'Hyrcanie. Quinte-Curce, l. VI. c. jv. décrit ainsi ce fleuve. Il y a dans une vallée qui est à l'entrée de l'Hyrcanie, une forêt de haute futaie arrosée d'une infinité de ruisseaux, qui tombant des rochers voisins, engraissent toute la vallée. Du pié de ces montagnes descend le fleuve Ziobéris, qui par l'espace de quelques stades, coule tout entier dans son lit ; puis venant à se rompre contre un roc, se fend en deux bras, & fait comme une juste distribution de ses eaux. De-là venant plus rapide & se rendant toujours plus impétueux par la rencontre des rochers qu'il trouve dans son chemin, il se précipite sous terre, où il roule, & se tient caché durant la longueur de trois cent stades. Ensuite il vient comme à renaître d'une autre source, & se fait un nouveau lit plus spacieux que le premier, car il a treize stades de largeur ; puis après s'être encore resserré dans un canal plus étroit, il tombe enfin dans un autre fleuve nommé Rhydage. Les habitans, continue Quinte-Curce, assuroient que tout ce qu'on jettoit dans la caverne où le Ziobéris se perd, & qui est plus proche de sa source, alloit ressortir par l'autre embouchure de cette riviere : desorte qu'Alexandre y ayant sait jetter deux taureaux, ceux qu'il envoya pour en savoir la vérité, les virent sortir par cette autre ouverture. Ce fleuve est appellé Stiboëtes par Diodore de Sicile, l. XVII. c. lxxvij. qui en donne une description semblable.


ZIPH(Géog. sacrée) nom de deux villes & d'un désert de la Palestine, dans la tribu de Juda ; ces deux villes ou bourgades tiroient apparemment leur nom de Ziph ou Zipha, fils de Jaleleel, de la tribu de Juda, & dont il est parlé au I. l. des Paralip. c. jv. v. 16.


ZIPPOIS(Géog. anc.) ville de la Galilée, & dans une situation avantageuse qui la faisoit regarder comme la clé de cette province. Cette ville étoit éloignée de cinq parasanges de Tibériade ; les Rabbins la nomment Sefora, & Josephe Sephoris. Voyez SEPHORIS.

J'ajouterai seulement que lorsque les Romains porterent la guerre dans la Judée, elle fut la derniere des villes de cette province qui se rendit à Titus. Le P. Hardouin rapporte des médailles de cette ville, frappées sous Domitien & sous Trajan, avec ce mot , Sephorenorum. Dans la suite on appella cette ville Diocésarée.


ZIRANNILES, (Géog. mod.) peuples de l'empire russien. Ils occupent un pays considérable de même nom, au couchant de la province de Permie, & au nord-ouest de celle de Viatka. Ce peuple a été longtems indépendant, mais il est aujourd'hui tributaire du czar, & habite dans une forêt à laquelle on donne cent cinquante lieues de longueur. Les Ziranni ont des hameaux & des villages dans cette forêt. Ils n'ont pour le civil ni gouverneurs, ni vaïvodes ; mais ils sont pour le spirituel de l'église grecque. On les croit originaires des frontieres de la Livonie. Ils subsistent en partie par le moyen de l'agriculture, en partie par le commerce des pelleteries grises.


ZIRCHNITZERSÉE(Géog. mod.) lac d'Allemagne dans la basse Carniole, vers les confins de Windischmarck, & au nord de la forêt appellée communément byrpamerwaldt. Ce lac est si remarquable, qu'il mérite que nous en tirions la description des Trans. philos. n °. 54. 109. 191.

On l'appelle Zirchnitzersea, de Zirchnitz, bourgade d'environ 200 maisons, qui est sur ses bords. Ce lac a près de deux milles d'Allemagne de longueur, & une de largeur. Il est environné par-tout de montagnes, & n'a aucun écoulement. En Juin, Juillet & quelquefois jusqu'en Août, l'eau se perd sous terre, non-seulement par la filtration, mais encore en se retirant sous terre par de grands trous qui sont au fond : le peu qu'il en reste dans la partie qui est pleine de rochers, s'évapore ; mais en Octobre & Novembre l'eau revient communément (quoique le tems n'en soit pas fixe) & recommence à couvrir le terrein. Ce retour est prompt, & l'eau monte par les trous avec tant de force, qu'elle s'élance hors de terre de la hauteur de quelques piés.

Les trous sont en forme de bassins de largeur ou de profondeur différentes, depuis vingt jusqu'à trente coudées de largeur, & de huit jusqu'à quinze de profondeur. Au fond de ces trous il y en a d'autres où l'eau & les poissons se retirent, quand le lac se perd ; ces trous ne sont pas dans une terre molle, mais communément dans le roc solide.

Le lac étant ainsi plein & à sec tous les ans, sert aux habitans à plusieurs usages. Premierement quand il est plein d'eau, il attire plusieurs sortes d'oies, de canards sauvages & autres oiseaux aquatiques qui sont un fort bon manger. 2°. Sitôt que le lac est vuide, les gens du pays coupent les roseaux & les herbes pour faire de la litiere à leurs bestiaux. 3°. Il est entierement sec vingt jours après, & ils y recueillent beaucoup de foin. 4°. Quand le foin est enlevé, ils y sement du millet, qui communément a le tems de mûrir. 5°. Il s'y trouve beaucoup de gibier ; car il y vient des bois & des montagnes voisines des liévres, des renards, des daims, des ours, des sangliers, &c. aussi-tôt que l'eau est écoulée. 6°. Quand le lac est plein, on peut y pêcher. 7°. Tout le tems que l'eau s'écoule, on y prend beaucoup de poissons que l'on attrape dans des fosses, & dans les lieux où les trous ne sont pas assez grands pour qu'ils puissent y passer.

Enfin quand les eaux reviennent, elles attirent une sorte de canards qui se nourrissent sous terre & qui, quand ils en sortent, nagent assez bien, mais ils sont aveugles & n'ont presque point de plumes. Ils voient bientôt après qu'ils sont exposés à la lumiere, & en peu de tems ils acquierent des plumes ; ils ressemblent aux canards sauvages, sont d'un très-bon goût & faciles à attraper. On suppose que la cause, ou plutôt la raison de tous ces phénomenes surprenans, vient d'un lac souterrein qui est au-dessous de celui-ci, avec lequel il communique par les différens trous dont j'ai parlé.

Il y a un ou plusieurs lacs sous les bords de la montagne Javornick ; mais dont la surface est plus haute que celle du lac Zirchnitz. Ce lac plus haut est peut-être formé par quelques-unes des rivieres qui dans ce pays se perdent sous terre. Quand il pleut, sur-tout par des orages subits, l'eau se précipite avec beaucoup de violence dans les vallées profondes, dans lesquelles sont les canaux de ces petites rivieres ; desorte que l'eau étant augmentée dans ce lac par l'arrivée subite des pluies en plus grande quantité qu'il ne peut en vuider, il enfle sur-le-champ ; mais trouvant plusieurs trous ou cavernes dans la montagne, plus haut que n'est sa surface ordinaire, il se dégorge parlà dans le lac souterrein qui est sous celui de Zirchnitz, dans lequel l'eau monte par les différens trous ou fosses qui sont au fond, ainsi que par les passages apparens qui sont sur la terre. (D.J.)


ZIRICZÉou ZIRIC-SÉE, (Géog. mod.) ville des Pays-bas, dans la province de Zélande, & capitale de l'île de Schowen, à sept lieues au sud-ouest de la Brille. Elle est jolie, bien peuplée & marchande, quoique son port ait été comblé par les sables. Les états généraux ont pris cette ville sur les Espagnols en 1577, & l'ont mise en bon état de défense. Avant la révolution arrivée dans la religion du pays, il y avoit à Ziriczée six maisons religieuses, un béguinage, & les restes d'une commanderie de Templiers. Long. 21. 24. latit. 51. 36.

Amand de Ziriczée, ainsi nommé du lieu de sa naissance, exerça la dignité de provincial de l'ordre de S. François dans les Pays-bas, & mourut en 1534. Il a composé en latin une chronique en six livres, & quelques ouvrages théologiques dont on ne connoît plus que les titres.

Lemnius (Laevinus) naquit en 1505 à Ziriczée, où il pratiqua la médecine ; mais s'étant fait prêtre après la mort de sa femme, il devint chanoine de cette ville, & y mourut en 1568. Son ouvrage intitulé, de occultis naturae miraculis, a été imprimé nombre de fois. La premiere édition faite à Anvers en 1559 in-8°. ne contient que deux livres, mais la seconde chez Plantin 1564 in-8°. contient quatre livres, & l'auteur se proposoit d'ajouter encore deux autres livres à ces quatre.

Peckius (Pierre) né à Ziriczée en 1529, parvint par son mérite à la charge de conseiller au conseil de Malines, où il mourut en 1589. Ses écrits de jurisprudence ont été recueillis & imprimés ensemble à la Haye en 1647. On estime assez son traité de testamentis conjugum, & celui de jure sistendi. Son commentaire ad tit. d. Nautae, &c. a été imprimé à Amsterdam en 1668 in-8°. avec des notes & des additions de Vinnius.

Titellius (Regnier) né à Ziriczée, & mort à Amsterdam en 1618, a traduit d'italien en latin la description des Pays-bas, faite par Guichardin. (D.J.)


ZIRIDAVA(Géog. mod.) ville de la Dace, selon Ptolomée, l. III. ch. viij. Le nom moderne est Scaresten, si nous en croyons Lazius. (D.J.)


ZIRONA(Géog. mod.) petite île du golfe de Venise, sur la côte de la Dalmatie, & de la dépendance du comté de Traw. (D.J.)


ZIou ZIZ, (Géog. mod.) montagne d'Afrique, dans la Barbarie, au royaume de Fez ; c'est une chaîne de montagnes froides & rudes, qui prennent leur nom de la riviere de Ziz qui en sort, & qui sépare le royaume de Fez de celui de Trémecen. (D.J.)


ZITTAU(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans la haute Lusace, sur la Neiss, aux frontieres de la Boheme, à quatre lieues au-dessus de Gorlitz. Wenceslas la fit entourer de murailles en 1255. Elle est aujourd'hui sujette à l'électeur de Saxe, mais elle a éprouvé en 1757 des propres alliés de ce prince, tous les brigandages & toutes les horreurs de la guerre. Qu'auroit fait de-plus le général Daun, si cette ville eût appartenu au roi de Prusse ? Long. 32. 47. latit. 51. 13. (D.J.)

ZITTAU, (Géog. mod.) ville d'Allemagne dans la haute Lusace, sur la Neiss, aux frontieres de la Boheme, à quatre lieues au-dessus de Gorlitz. Wenceslas, roi de Boheme, la fit entourer de murailles en 1255. Long. 32. 28. latit. 50. 53. (D.J.)


ZIZANIAS. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante distinct du lolium, yvroye, & dont voici les caracteres.

Il produit des fleurs mâles & femelles sur la même plante ; les fleurs mâles n'ont point de calice ; la fleur est un tuyau bivalve composé de deux feuilles égales, pointues, sans barbe, qui s'enveloppent l'une l'autre ; les étamines sont six filets très-courts ; les bossettes des étamines sont oblongues & simples. Les fleurs femelles n'ont semblablement point de calice ; la fleur est un tuyau d'une seule feuille qui a six nervures dans sa longueur, & finit en une pointe terminée par une longue barbe. Le germe du pistil est oblong ; le stile est divisé en deux ; les stigma sont plumeux ; le fruit consiste dans la fleur même qui est roulée & qui se partage horisontalement vers la base. C'est dans cette fleur qu'est contenue une seule graine oblongue. Linnaei, gen. plant. p. 455. (D.J.)


ZIZIPHORAS. f. (Hist. nat. Bot.) genre de plante dont voici les caracteres. Le calice est très-long, cylindrique, tubulaire, composé d'une seule feuille, striée, barbue & découpée dans les bords en cinq segmens très-petits. La fleur est monopétale, formant un tuyau cylindrique de la longueur du calice ; cette fleur est labiée ; la levre supérieure est ovale, droite, échancrée & obtuse ; la levre inférieure est large, ouverte, & divisée en trois parties égales, arrondies. Les étamines sont deux filets simples de la longueur de la fleur ; le stigma est pointu & recourbé. Il n'y a point de fruit, mais le calice contient quatre semences oblongues, obtuses, convexes d'un côté, & angulaires de l'autre. Linnaei, gen. plant. p. 13. (D.J.)


ZIZITHS. m. (Coutum. judaïq.) nom donné par les Juifs aux franges qu'ils avoient coutume de porter anciennement aux quatre coins de leurs habits de dessus, suivant l'ordonnance des Nombres, c. xv. v. 36. Deuter. c. xxij. v. 12. mais présentement les Juifs ont seulement sous leurs habits un morceau quarré de drap qui figure leur vêtement avant la dispersion. Ainsi le zizith des Juifs modernes est une frange faite de huit fils de laine filés exprès, chaque fil a cinq noeuds, jusqu'à la moitié de sa longueur, & tout ce qui n'est pas noué, se tresse ensemble, & forme une espece de frange ; voyez les cérémonies des Juifs par Léon de Modène, part. I. c. v. (D.J.)


ZIZYPHou ZIZYPHUS, s. m. (Bot.) nom donné quelquefois à l'espece de fruit appellé plus communément jujube. Voyez JUJUBE.


ZMILACESS. m. (Hist. nat. Litholog.) Pline appelle ainsi des pierres semblables à du marbre, d'un bleu tirant sur le verd, qui se trouvoient dans le lit de l'Euphrate.


ZMILAMPISS. f. (Hist. nat. Litholog.) Pline & les anciens nomment ainsi une pierre, qu'ils disent semblable à un marbre proconnesien, qui étoit d'un beau blanc, veiné de noir, avec cette différence que dans le zmilampis on voyoit toujours une tache bleuâtre semblable à la prunelle d'un oeil. Comme on nous apprend que cette pierre étoit petite, se montoit en bague, & se trouvoit dans l'Euphrate ; il y a lieu de présumer que ce n'étoit point du marbre, mais une pierre semblable à l'oeil de chat, qui se trouve assez fréquemment dans le lit de plusieurs rivieres des Indes. Quelques auteurs ont appellé cette pierre zmilanthes.


ZNAIou ZNOYM, (Géog. mod.) ville de Boheme, en Moravie, sur la Teya, vers les frontieres de l'Autriche, à sept lieues de Brin, & à dix de Vienne.

C'est ici où Sigismond, empereur d'Allemagne, finit ses jours en 1437 à 78 ans, après bien des traverses. Il fut malheureux en 1393 contre Bajazet ; mais il eut plus à souffrir de ses sujets que des Turcs. Les Hongrois le mirent en prison, & offrirent la couronne en 1410 à Lancelot, roi de Naples. Echappé de sa captivité, il se rétablit en Hongrie, & fut enfin choisi pour chef de l'empire. En 1414, il convoqua le concile de Constance, & s'en rendit maître par ses soldats, garda le pape prisonnier pendant trois ans dans Manheim, & viola le sauf-conduit qu'il avoit donné à Jean Hus, & à Jérôme de Prague ; mais cette violation lui fut fatale le reste de ses jours. Ziska le battit plus d'une fois pendant sa vie, & même après sa mort : Albert II. lui succéda. (D.J.)


ZOARA(Littérat.) c'est ainsi qu'on nommoit chez les Scythes, dans les anciens tems, des troncs d'arbre, ou quelques colonnes sans ornemens qu'ils élevoient en l'honneur de leurs dieux. On appelloit ces sortes de cippes zoara, parce qu'on les peloit s'ils étoient de bois, & qu'on les lissoit un peu s'ils étoient de pierre. Dans ce tems-là l'image de Diane n'étoit qu'un morceau de bois non-travaillé, & la Junon Thespia n'étoit qu'un tronc d'arbre coupé. Bientôt la sculpture fit du bois & de la pierre des statues qui attirerent plus de respect aux dieux, & qui valurent une grande considération à l'art statuaire. La beauté des ouvrages d'un seul sculpteur fit honorer la mémoire de plusieurs grands hommes, dont les tombeaux devinrent des temples. (D.J.)

ZOARA & ZOARAS, (Géog. mod.) selon Marmol, petite ville d'Afrique, dans la Barbarie, sur la côte, à treize milles au levant de l'île de Gelves. Cette ville est l'ancienne Posidone de Ptolomée. Elle étoit alors fort peuplée, & avoit un port très-fréquenté ; ce n'est à-présent qu'un village de la dépendance de Tripoli. (D.J.)


ZOCLES. m. (Architect.) ou plutôt socle, espece de petit piédestal, ou membre quarré qui sert à poser un buste, ou une statue, ou autre chose semblable, à laquelle on veut donner quelque élévation. (D.J.)


ZOCOTORA(Géog. mod.) autrement Zocatora, Socotora & Socothora, île située à l'entrée de la mer rouge, à 11. 40. de latitude septentrionale. Elle est médiocrement peuplée, & dépend du roi de l'Arabie heureuse, qui la fait gouverner par un sultan. La principale richesse des habitans consiste en aloës, dont ils recueillent le suc dans des vessies, ou des peaux de bouc, & le font sécher au soleil pour le vendre. On croit que cette île est la Dioscuria, ou Dioscoridis insula des anciens. Elle a été découverte par Fernand Pereyra, capitaine portugais. (D.J.)


ZODIAQUES. m. (Astronom.) bande ou zone sphérique partagée en deux parties égales par l'écliptique, & terminée par deux cercles, que les planetes ne passent jamais même dans leurs plus grandes excursions. Voyez SOLEIL & PLANETES.

Ce mot, suivant quelques auteurs, vient du mot grec , animal, à cause des constellations qu'il renferme. D'autres le font dériver de , vie, d'après l'opinion où l'on étoit que les planetes avoient influence sur la vie.

Le soleil ne s'écarte jamais du milieu du zodiaque, c'est-à-dire de l'écliptique, mais les planetes s'en écartent plus ou moins. Voyez ÉCLIPTIQUE.

La largeur du zodiaque sert à mesurer les latitudes des planetes, ou leur dérivation de l'écliptique. Cette largeur doit être suivant quelques-uns de seize degrés, suivant d'autres de dix-huit & même de vingt degrés. Voyez LATITUDE.

L'écliptique coupe l'équateur obliquement sous un angle de 23 1/2 degrés, ou, pour parler plus exactement, de 23°. 29'. c'est ce qu'on appelle l'obliquité de l'écliptique ; c'est aussi la plus grande déclinaison du soleil. Voyez OBLIQUITE & DECLINAISON, voyez aussi ÉCLIPTIQUE.

Le zodiaque est divisé en douze parties, appellées signes ; & ces signes ont les noms des constellations qui y répondoient autrefois. Voyez CONSTELLATION. Le mouvement d'Occident en Orient qui fait que les étoiles ne répondent plus aux mêmes parties du zodiaque, est ce qu'on appelle la précession des équinoxes. Voyez PRECESSION.

Par ce mouvement il est arrivé que toutes les constellations ont changé de place dans les cieux, & qu'elles ne nous paroissent plus dans le même lieu où les anciens Astronomes les ont remarquées. Par exemple, la constellation du Bélier qui, du tems d'Hypparque, paroissent dans la commune section de l'écliptique & de l'équateur, n'a laissé que son nom dans cette région du ciel ; car présentement elle paroît avancée dans le lieu où paroissoit autrefois le Taureau, & ainsi des autres. Il faut bien prendre garde de confondre les douze signes du zodiaque avec les douze constellations des étoiles fixes qui s'y sont trouvées du tems d'Hypparque, & où elles ont laissé les mêmes noms qu'on conserve encore aujourd'hui. Pour les distinguer, on appelle les douze portions égales du zodiaque de 30 degrés chacune, les douze signes du zodiaque, & en latin signa anastra, & les douze figures qui comprennent les étoiles qui y étoient autrefois, mais qui se sont avancées d'un signe se nomment les douze constellations du zodiaque, en latin signa stellata.

Les noms des signes du zodiaque sont de l'antiquité la plus reculée, & même, si nous en croyons M. l'abbé Pluche, ils ont précédé l'usage de l'écriture ; bien plus, il prétend que les noms imposés aux douze signes célestes donnerent lieu à inventer la Peinture & l'Ecriture. On trouvera les preuves de cette hypothèse dans le IV. tome du spectacle de la nature, & plus au-long encore dans le I. tome de l'histoire du ciel. On ne sauroit disconvenir que ses conjectures ne soient extrêmement ingénieuses, & qu'elles n'ayent même au premier coup-d'oeil un air de simplicité qui plaît. On voit éclorre l'idolâtrie & tous les immenses détails de principes faciles, & qui réduisent l'origine de toutes les superstitions & de toutes les fables à des observations physiques faites d'abord pour les besoins de l'homme & la culture de la terre, mais ensuite méconnues à cause des figures symboliques, dont elles étoient accompagnées, & transportées à des usages tout différens. Cependant on a proposé dans divers journaux des objections à M. Pluche sur son hypothèse, que ses réponses ne paroissent pas avoir entierement levées. Certaines conformités l'avoient frappé, & elles sont effectivement frappantes, mais il n'a défriché qu'une très-petite partie d'un champ immense dont on ne sauroit venir à bout avec ces seuls principes. D'ailleurs la science des étymologies qui fait la principale & souvent l'unique base de ses hypothèses ; est sujette à difficulté & remplie d'équivoques.

Ainsi lorsqu'on dit qu'une étoile est dans tel ou tel signe du zodiaque, on n'entend pas par-là qu'elle est dans la constellation qui porte le même nom, mais dans la partie du zodiaque qui a gardé le nom de cette constellation. Voyez SIGNE, #ETOILE>ÉTOILE, &c.

M. Cassini a appellé zodiaque des cometes une grande bande céleste que la plûpart des cometes n'ont pas passé. Cette bande est beaucoup plus large que le zodiaque des planetes, & renferme les constellations d'Antinous, de Pegase, d'Andromede, du Taureau, d'Orion, de la Canicule, de l'Hidre, du Centaure, du Scorpion & du Sagittaire. Au reste, on a reconnu qu'il n'y a point de zodiaque des cometes, ces corps étant indifféremment placés dans la vaste étendue des cieux. Voyez COMETE. Chambers.

ZODIAQUE, (Littér.) M. Pluche, auteur de l'histoire du ciel, fait remonter jusqu'au voisinage du déluge de Noé & jusqu'au tems où l'Egypte n'étoit point encore habitée, l'institution du zodiaque sous la même forme qu'il conserve aujourd'hui parmi nous, & il tâche d'établir que les premiers hommes arrivés en Egypte y apporterent de la Chaldée le même zodiaque, dont les Egyptiens, les Grecs & les Latins se sont servis, & dont nous nous servons nous-mêmes. Comme il semble poser ce principe pour fondement de son systême sur les années égyptiennes & sur les antiquités de l'Egypte en général, en déclarant d'avance que s'il y a quelque chose de solide dans son ouvrage, il en est redevable à cette explication du zodiaque, nous croyons pouvoir transcrire ici l'examen qu'en a fait M. de la Nauze.

Macrobe cherchant les raisons de la dénomination donnée aux signes du Cancer & du Capricorne, avoit dit qu'à l'exemple de l'Ecrevisse qui marche à reculons, le Soleil arrivé au Cancer rétrograde & descend obliquement ; & de l'exemple de la Chevre qui en broutant gagne les hauteurs, le Soleil parvenu au Capricorne commence à remonter vers nous. Sur ce plan d'analogie, l'écrivain de l'histoire du ciel imagine à son tour la dénomination des autres signes, & il prétend que les instituteurs du zodiaque ont réellement voulu marquer la saison des agneaux par le Bélier à l'équinoxe du printems, l'égalité des jours & des nuits par la Balance à l'équinoxe d'automne, le tems de la moisson par la Vierge tenant un épi, le tems des pluies d'hiver par le Verseau, ainsi du reste.

Or comme les pluies n'ont point lieu en Egypte, que la moisson s'y fait d'une saison différente de celle où le Soleil est dans la Vierge, & qu'en un mot l'ordre que les Signes expriment n'est pas celui du climat égyptien, de-là il infere que le zodiaque n'a point pris naissance en Egypte, qu'il y a été porté d'ailleurs, qu'il a été inventé avant qu'il y eût de colonie égyptienne sur les bords du Nil ; que ce sont les premiers habitans de la Chaldée qui, avant leur dispersion, ont donné aux maisons du Soleil les noms qu'elles portent, & que les signes d'été, par exemple, furent dès-lors comme ils l'ont été depuis l'Ecrevisse, le Lion, la Vierge, & les signes d'automne la Balance, le Scorpion, le Sagittaire, ainsi des autres.

Cette idée paroît à M. de la Nauze tout-à-fait insoutenable, parce que dans ces tems reculés qui remontent au-moins à quatre mille ans d'antiquité, la constellation de l'Ecrevisse étoit dans les signes du printems, celle de la Balance dans les signes d'été, celle du Capricorne dans les signes d'hiver. C'est ce qui est démontré par le calcul du mouvement propre des étoiles fixes, qui, de l'aveu de tous les Astronomes modernes, doit être reglé sur le pié d'environ un degré de signe en 72 ans ; par exemple, prenons la constellation du Bélier dont la derniere étoile, celle de l'extrémité de la queue, est plus orientale de 50 degrés que le point équinoxial ne l'étoit en l'année 1740. Les 50 degrés du mouvement de l'étoile à 72 ans par degrés font trois mille six cent ans, qui se sont écoulés depuis que l'équinoxe a commencé d'entamer la constellation appellée aujourd'hui Bélier. Il ne l'avoit donc pas entamée encore il y a quatre mille ans, & par conséquent elle étoit alors dans les signes d'hiver.

Pendant le cours de ces quatre mille ans, les étoiles ont avancé de 55 degrés par rapport aux équinoxes ; d'où il suit que les pléïades, qui font partie de la constellation du Taureau & qui sont présentement à 55 degrés de l'équinoxe, lui répondoient exactement il y a 4000 ans ; dans ce tems-là donc le Taureau ouvroit le printems. Ainsi qu'on ne dise point que le Bélier a été dès-lors comme il le fut depuis le premier signe du printems ; car enfin il n'est pas possible d'imaginer que les auteurs du zodiaque ayent jamais prétendu placer les constellations hors de leurs propres signes.

Il est vrai qu'aujourd'hui elles se trouvent à-peu-près dans les signes précédens, le Bélier dans le Taureau, le Taureau dans les Gemini, &c. Il est encore vrai dans un sens qu'elles se sont autrefois trouvées dans les signes subséquens, c'est-à-dire, par exemple, que la constellation qui porte le nom du Bélier a été anciennement dans le signe d'hiver, appellé Pisces. Mais elles ne furent jamais dans les signes subséquens reconnus pour tels, ou, ce qui est le même, jamais on ne donna le nom de Bélier au premier signe du printems, pendant que la constellation du Bélier étoit encore dans les signes d'hiver il y a quatre mille ans. Il est évident au contraire qu'entre cet ancien tems & celui d'à-présent, il y a eu un tems intermédiaire où les constellations ont répondu à leurs signes avec le plus grand rapport possible, & que c'est dans ce tems intermédiaire qu'a été institué le zodiaque des Grecs, qui ensuite a passé des Latins jusqu'à nous. Il demeure donc prouvé que notre zodiaque n'a point été en usage à beaucoup près avant que l'Egypte fût habitée, & qu'on n'a point dû établir sur un fondement pareil les antiquités de l'Egypte en général & l'origine des années égyptiennes en particulier.

La différence du zodiaque égyptien & du zodiaque grec n'est-elle pas d'ailleurs bien certaine ? Achillès Tatius a déja observé que les Grecs transporterent à leurs héros & à leur histoire le nom des constellations égyptiennes, & le fait est assez visible par lui-même. Pour ce qui regarde plus particulierement les signes du zodiaque, nous ne voyons dans les noms que nous leur donnons d'après les Grecs, aucun rapport avec les noms que leur ont donné les Arabes & les autres orientaux qui sont censés avoir le mieux conservé les vestiges de l'ancienne sphere égyptienne. Enfin la diversité de l'un & de l'autre zodiaque se découvre encore par le tems de leur institution qui paroît tomber pour les Egyptiens au quinzieme, & pour les Grecs au x. siecle avant Jesus-Christ ; c'est ce qui me reste à faire voir.

Les Egyptiens avoient une sorte d'année lunaire quand le peuple hébreu sortit de l'Egypte ; ce fut l'an 1491 avant J. C. suivant la chronologie d'Usserius, & ensuite ils employerent une forme d'année de 360 jours, jusqu'à ce qu'ils prissent l'année vague de 365 jours en l'an 1322. L'année mitoyenne entre 2491 & 1322 fut l'année 1407 ; ainsi l'usage de l'année de 360 jours, autrement de 12 mois de chacun trente jours, peut avoir commencé en Egypte vers l'an 1400 ; or c'est environ le même tems que doit être fixé l'établissement du zodiaque égyptien, avec sa division en douze signes : division dont les premiers auteurs ont été les peuples d'Egypte, suivant l'ancienne tradition attestée par Macrobe.

Le rapport d'un tel zodiaque de douze signes chacun de trente degrés, est visible avec une forme d'année de douze mois chacun de trente jours, & il fait assez sentir que l'établissement de l'un & celui de l'autre regardent ou précisément le même tems, ou des intervalles peu éloignés. L'antiquité du zodiaque égyptien ne peut donc se rapporter, ainsi que l'antiquité de l'année de 360 jours, à l'an environ 1400 de l'ere chrétienne. Quant au tems de l'institution du zodiaque grec, nous pouvons en parler avec plus de certitude. On voit qu'aussitôt les instituteurs du zodiaque ont nécessairement cherché à mettre le plus grand rapport possible entre les constellations & les dodécatemories. Les douze dodécatemories s'étendent chacune à un espace égal de trente degrés juste, pendant que les douze constellations occupent inégalement, l'une plus, l'autre moins de trente degrés. En instituant le zodiaque, on ne pouvoit donc point éviter tout-à-fait l'irrégularité, mais par la nature même de l'établissement qu'on faisoit, on prit garde que la petite constellation fut renfermée au milieu de sa dodécatemorie, & que la grande constellation entamât le moins qu'il se pouvoit les deux dodécatemories voisines de la sienne.

On eut de plus une autre observation à faire dans ce zodiaque primitif, c'est que les quatre points des équinoxes & des solstices y occupassent d'abord le milieu de leurs quatre constellations. La preuve du concours de ce milieu avec les points cardinaux lors de l'institution du zodiaque, se tire des divers témoignages de l'antiquité qui attestent comment on a trouvé de siecle en siecle les quatre points concourans tantôt avec le commencement des constellations, plus anciennement avec le quatrieme degré, plus anciennement encore avec le huitieme, avec le douzieme, & enfin avec le milieu même des constellations.

Il n'y a pas la moindre trace qu'on les ait trouvés plus loin ; preuve assez forte qu'ils n'y furent effectivement jamais, & que par conséquent ils occuperent ce milieu dès l'institution du zodiaque. Or ces deux caracteres, le plus grand rapport possible des constellations avec leurs signes ou dodécatemories, & la rencontre des points cardinaux avec le milieu des constellations, ne peuvent convenir qu'au dixieme siecle avant J. C. le calcul astronomique le démontre. C'est donc à ce siecle là qu'il faut fixer le premier établissement du zodiaque des grecs. Chiron en fut l'instituteur ; car un écrivain de l'antiquité la plus reculée, cité par Clément d'Alexandrie, assuroit que Chiron avoit appris aux hommes les figures du ciel ; & puisqu'en cet endroit Clément d'Alexandrie traite des différentes découvertes & de leurs auteurs, nous devons entendre par ces figures du ciel que les constellations telles que la Grece les connut depuis, avoient été primitivement tracées & arrangées par Chiron, qu'il a été conséquemment auteur du zodiaque dont les Grecs & les Latins se sont servis, & que l'antiquité de ce zodiaque remonte au dixieme siecle, avant l'ere chrétienne, c'est-à-dire, à l'an 939, selon le calcul de Newton. Mém. des inscript. tom. XIV. (D.J.)


ZOEBLITZS. m. MARBRE DE (Hist. nat. Lithol.) nom donné par plusieurs naturalistes à la serpentine qui se trouve très-abondamment à zoeblitz. C'est improprement qu'on lui donne le nom de marbre, puisque c'est une vraie pierre argilleuse. Voyez SERPENTINE.


ZOEEST(Géog. mod.) ville d'Allemagne en Westphalie, au comté de la Marck. Voyez SOEST. (D.J.)


ZOELAE(Géog. anc.) peuples de l'Espagne tarragonoise. Pline, l. III. c. iij. les comprend sous les Asturi, & dit, l. XIX. c. j. que leur cité étoit voisine de la Gallecia, & près de l'Océan. Le lin de ce pays étoit anciennement en réputation ; c'est ce qu'on appelloit linum zoelicum. On en transportoit en Italie, où on s'en servoit pour faire les rets, filets ou toiles à prendre les bêtes sauvages. (D.J.)


ZOÉTE(Géog. anc.) Zoitum, ou , comme écrit Pausanias, l. VII. c. xxxv, ville du Péloponnèse dans l'Arcadie ; en sortant de Tricolons pour aller à Methydrium, & en prenant sur la gauche, dit cet historien, on arrivoit à Zoétée, qui avoit eu, disoit-on, pour fondateur Zoeteus, fils de Tricolonus ; mais du tems de Pausanias, ces deux villes, Tricolons & Zoétée étoient désertes, il n'étoit resté que deux temples à Zoétée, l'un de Céres, & l'autre de Diane. (D.J.)


ZOFFou ALFAQUES, baies de, (Géog. mod.) baie de la mer Méditerranée sur la côte d'Espagne, dans la Catalogne. Cette baie peut avoir 10 ou 12 milles de longueur, & 4 à 5 de largeur ; elle est formée par plusieurs îles basses & marécageuses, qui sont bordées de grandes plages de sable. On reconnoît l'entrée de cette baie par la montagne de la Ravitta, qui s'apperçoit de fort loin. La latitude de cette baie est à-peu-près de 40. 22. & la variation de 5 à 6 degrés vers le nord-ouest. (D.J.)


ZOFFINGEou ZOFFINGUEN, (Géogr. mod.) en latin du moyen âge Tobinium, ville de Suisse au canton de Berne dans l'Argow, à une lieue au midi d'Arbourg ; elle devint après la ruine de Windish, la principale ville de l'Argow, & elle avoit droit de battre monnoie ; elle est encore bien bâtie, & ses habitans sont à leur aise. Il y a près de cette ville la forêt de Bowald, qui produit les plus beaux sapins qui soient en Suisse. Longitude 25. 26. latit. 47. 37. (D.J.)


ZOGANÉS. m. (Antiq. babyl.) nom que l'on donnoit à l'esclave qui faisoit le personnage de roi dans les Saturnales célébrées à Babylone le 16 du mois Loue, mois qui, dit-on, répondoit au commencement de Juillet. (D.J.)


ZOGOCARA(Géog. anc.) ville de la grande Arménie, selon Ptolomée, l. V. c. xiij. Il la distingue de Sogocara qu'il place à-peu-près dans le même pays.


ZOGONOIS. m. pl. (Mythol.) , mot tiré de , je vis, je fais vivre ; les dieux Zogonoi chez les Grecs étoient les dieux qui présidoient à la vie des hommes, que l'on invoquoit pour obtenir une longue vie. Les fleuves & les eaux courantes étoient spécialement consacrées à ces dieux, parce qu'on regardoit les bonnes eaux comme une des choses des plus salutaires & des plus essentielles à la conservation de la vie. (D.J.)


ZOHARS. m. (Hist. anc.) qui signifie en hébreu splendeur, est le nom d'un livre qui est en très-grande vénération chez les Juifs, & qu'ils estiment très-ancien. Cet ouvrage contient des explications cabalistiques sur les livres de Moïse : c'est un commentaire presqu'entierement ridicule & puérile, qui ne consiste qu'en jeux de lettres & de nombres, & en rêveries familieres aux rabbins. On y trouve aussi quelque chose qui approche les vieilles idées des Platoniciens & des Pythagoriciens. Guillaume Postel a puisé dans cette source une partie des singularités qu'il a débitées, & il est étonnant que les chrétiens se soient donné la peine de traduire cet ouvrage en latin : on en a deux éditions d'Italie, l'une de Cremone & l'autre de Mantoue, outre celle d'Allemagne de l'an 1680. Il se trouve de faux zohars manuscrits, car les Juifs ont donné quelques ouvrages sous ce nom fameux pour en imposer à leurs lecteurs. On a encore imprimé un petit zohar qui sert comme de supplément au grand & qui est traité dans le même goût. Buxtorf a cru que les points voyelles étoient fort anciens chez les Juifs, parce qu'il en étoit fait mention dans ce livre, auquel ils donnent une grande antiquité, mais c'est une erreur, comme l'a remarqué M. Simon.


ZOLCA(Géog. anc.) ville de l'Asie mineure dans la Galatie. Ptolomée, l. V. c. iv. la donne aux Paphlagoniens, & la place sur la côte du Pont-Euxin, entre Felca & Dacasta. (D.J.)


ZOLEDENICS. m. (Com.) c'est la quatre-vingt-seizieme partie de la livre moscovite. Voyez LIVRE, POIDS.

Cette subdivision n'a lieu que dans le détail, & n'a été inventée que pour la commodité de ceux qui s'appliquent à cette partie du négoce. Dictionn. de commerc. & de Trév.


ZOLKIEW(Géog. mod.) petite ville dans le palatinat de Russie, à trois lieues de Léopol. Le château de cette place a passé pour un chef-d'oeuvre d'architecture dans un pays où elle est encore dans l'enfance, & où elle restera vraisemblablement toujours faute de carrieres. (D.J.)


ZOLL(Géog. mod.) comté de la haute Hongrie au midi de ceux de Liptow & de Turocz ; il a environ 20 lieues de long du midi au nord, & 12 de large du levant au couchant. La riviere de Gran le traverse du nord-est au sud-ouest. (D.J.)


ZOLLERN(Géog. mod.) château d'Allemagne dans la Souabe, & qui donne son nom à la principauté de Hohen-Zollern. L'empereur Henri V. le fit bâtir à son retour d'Italie. La principauté est bornée par le duché de Wirtemberg, la principauté de Furstemberg, la seigneurie d'Ehingen & la baronie de Waldbourg ; elle a environ 15 lieues de long & 7 de large ; le voisinage du Danube en fertilise le terroir. Les princes de Hohen-Zollern sont catholiques & chambellans héréditaires de l'empire. (D.J.)


ZOLNOCKle comté de, (Géog. mod.) comté de la haute Hongrie ; il est borné au nord par ceux de Hevecz & Zabolcz, au midi par ceux de Bath & de Czongrad, au levant par celui de Tarentale, & au couchant par celui de Pest. La Teisse le partage en partie orientale & occidentale : Zolnock est la capitale. (D.J.)

ZOLNOCK, (Géog. mod.) ville de la haute Hongrie, capitale du comté de même nom, sur la droite de la Teisse, à son confluent avec la Zagiwa, à 20 lieues au levant de Bude, & à 24 au nord-est de Colocza ; les Turcs s'en saisirent en 1554, mais les Impériaux la leur reprirent en 1685. Long. 37. 42. latit. 47. 12. (D.J.)

ZOOI, (Géog. anc.) il y avoit deux villes de ce nom, l'une en Cilicie sur les bords du Cydnus, l'autre dans l'île de Chypre. Ces deux villes, suivant un grand nombre d'auteurs, avoient été fondées par Solon, qui étoit né dans la Cilicie. La ville qu'il avoit bâtie dans cette province, quitta dans la suite le nom de son fondateur pour prendre celui de Pompée qui l'avoit rétablie. A l'égard de celle de l'île de Chypre, Plutarque nous a conservé l'histoire de sa fondation. Solon étant passé auprès d'un roi de Chypre, acquit bientôt tant d'autorité sur son esprit, qu'il lui persuada d'abandonner la ville où il faisoit son séjour : l'assiete en étoit à la vérité fort avantageuse, mais le terrein qui l'environnoit étoit ingrat & difficile. Le roi suivit les avis de Solon, & bâtit dans une belle plaine une nouvelle ville aussi forte que la premiere, dont elle n'étoit pas éloignée, mais beaucoup plus grande & plus commode pour la subsistance des habitans. On accourut en foule de toutes parts pour la peupler ; & il y vint sur-tout un grand nombre d'Athéniens, qui s'étant mêlés avec les anciens, perdirent dans leur commerce la politesse de leur langage, & parlerent bientôt comme des barbares : de là, le mot , qui est leur nom, fut substitué au mot à qu'on employoit auparavant pour désigner ceux qui parloient un mauvais langage ; de-là viennent les mots solécisme, barbarisme. (D.J.)


ZONA(Géog. anc.) ville de la Thrace chez les Ciconiens, selon Etienne le Géographe, qui cite Hécatée. Pomponius Mela, l. II. c. ij. semble faire de Zone un promontoire voisin de celui de Serrium. Circà hebrum Cicones : trans eundem doriscos, ubi Xerxen copias suas, quia numero non poterat, spatio memsum ferunt. Deinde promontorium serrium, & quo canentem orphea sequuta narratur etiam nemora, Zone. Pline, l. IV. c. xj. fait de Zone une montagne, ce qui revient au même, mons Serrium & Zonae.

Hérodote, l. VII. c. ljx. place la ville de Zona sur le rivage, auquel l'ancien mur Doriscus avoit donné le nom, & à quelque distance de l'embouchure de l'Hebre. Tout cela veut dire que le nom de Zona ou Zone étoit commun à la ville & au promontoire sur lequel elle est bâtie.

Je ne sai même, dit la Martiniere, si quelqu'un n'a point fait de Zona une île, parce que le promontoire où elle se trouvoit étoit une espece de péninsule, & qu'assez souvent les anciens ont confondu les îles avec les péninsules.

La ville de Zona est célebre dans les poëtes, ils disent qu'il y avoit dans le voisinage des hêtres qu'Orphée avoit forcés, par la douceur de son chant, de le suivre depuis la Pierie jusques-là. (D.J.)


ZONCHIOcap de, (Géog. mod.) cap de la Morée, près du golfe de même nom ; quelques savans pensent que c'est le Coryphasium de Ptolomée, l. III. c. xxvj. promontoire du Péloponnèse dans la Messénie ; mais d'autres prétendent que le Coryphasium est la cap Jardan des modernes.


ZONES. f. en terme de Géographie, est une division du globe terrestre, relative à la chaleur du climat. Voyez TERRE & CHALEUR, voyez aussi CLIMAT. Zone vient de , bande.

La terre est partagée en cinq zones par des cercles appellés paralleles. Ces zones sont appellées torride, glacées & tempérées. Virgile a décrit ces zones au premier livre de ses Géorgiques en cette maniere.

Quinque tenent caelum zonae quarum una corusco

Semper sole rubens, & torrida semper ab igne

Quam circum extremae dextrâ laevâque feruntur,

Caeruleâ glacie concretae atque imbribus atris,

Has inter mediamque duae mortalibus aegris

Munere concessae divûm.

Virg. I. Georg. v. 233.

La zone torride est une bande ou partie de la surface de la terre terminée par les deux tropiques ; & partagée en deux parties égales par l'équateur. Voyez TROPIQUES & #EQUATEUR>EQUATEUR.

La largeur de cette bande est de 46d 58'. savoir 23 degrés 29 minutes d'un côté de l'équateur, & 23 degrés 29 minutes de l'autre, desorte qu'elle est divisée en deux parties égales par l'équateur autrement appellé la ligne. Le soleil ne sort jamais de dessus la zone torride, & chaque jour de l'année il y a des peuples sous cette zone auxquels il est vertical.

Les anciens croyoient que la zone torride étoit inhabitée. Voyez TORRIDE.

Les zones tempérées sont deux bandes de la surface de la terre terminées chacune par un tropique & par un cercle polaire. Leur largeur à l'une & à l'autre est de 43 degrés 2 minutes. Voyez TEMPEREE. Voyez CERCLE POLAIRE. Le soleil ne passe jamais pardessus ces zones ; mais il s'en approche plus ou moins dans son mouvement.

Les zones glacées sont des segmens de la surface de la terre, terminés l'un par le cercle polaire arctique, l'autre par le cercle polaire antarctique. Leur largeur à chacune est de 46d. 58'. Voyez ARCTIQUE. & ANTARCTIQUE. Voyez aussi #GLACE>GLACE.

Les zones sont différenciées par une grande quantité de phénomenes. 1°. Dans la zone torride le soleil passe au zénith deux fois l'année. De même deux fois l'année le soleil s'éloigne de l'équateur d'une quantité égale, à 23 degrés 29 minutes environ.

2°. Dans tous les lieux qui sont dans les zones tempérées & dans les zones glacées, la hauteur du pole surpasse toujours la plus grande distance du soleil à l'équateur ; c'est pourquoi les habitans de ces zones n'ont jamais le soleil à leur zénith. Si on compare les hauteurs méridiennes du soleil observées le même jour dans deux lieux quelconques de ces zones, celui où la hauteur méridienne sera la plus grande, sera le plus méridional.

3°. Dans les zones tempérées le soleil passe toujours dessous l'horison, à cause que sa distance au pole excede toujours la hauteur du pole ; & dans tous les lieux de ces zones, excepté sous l'équateur, les jours artificiels sont inégaux, & cela d'autant plus que ces lieux sont plus voisins des zones glacées. Voyez JOURS.

4°. Dans les lieux qui séparent les zones tempérées d'avec les zones glacées, c'est-à-dire sous les cercles polaires, la hauteur du pole est égale à la distance du soleil au pole lorsque le soleil est dans le tropique d'été. Donc les peuples qui habitent ces lieux, voient une fois l'année le soleil achever sa révolution sans passer sous l'horison.

5°. Dans tous les lieux des zones glacées, la hauteur du pole est plus grande que la moindre distance du soleil au pole. Donc pendant plusieurs jours la distance du soleil au pole est moindre que la hauteur du pole, & par conséquent le soleil doit être pendant ce tems-là non-seulement sans se coucher, mais sans toucher l'horison. Lorsqu'ensuite le soleil vient à s'éloigner du pole d'une plus grande distance que celle qui mesure la hauteur du pole, alors il s'éleve & se couche tous les jours comme dans les autres zones.

Les académiciens qui, par ordre du roi, ont été mesurer le degré du méridien dans la zone froide septentrionale, pour déterminer la figure de la terre, ont joui de ce jour de 24 heures que l'on doit avoir dans cette zone au solstice d'été ; & la longueur des jours compense tellement le peu de chaleur directe du soleil, que l'été y est fort chaud & fort incommode. Une chose bien singuliere, c'est que les Hollandois, qui firent, il y a environ 150 ans, un voyage à la nouvelle Zemble où ils passerent l'hiver, & où ils eurent plusieurs nuits de suite, revirent le soleil quinze jours plus tôt qu'ils n'auroient dû le revoir eu égard à la latitude où ils étoient. Il n'y a pas d'apparence qu'ils se soient trompés dans le calcul du jour, comme il seroit naturel de le croire à cause des nuits consécutives qu'ils avoient passées ; car outre que leur journal paroît fort exact & daté jour-par-jour, ils revirent le soleil un jour qu'il devoit arriver, suivant les éphémérides, une occultation d'étoiles par la lune, laquelle arriva effectivement ce jour-là. Il paroît difficile d'attribuer ce phénomene à l'effet des réfractions, qui semble ne devoir pas être assez grand pour accélérer la venue du jour d'une quantité si considérable ; enfin c'est un fait que les philosophes & les astronomes n'ont pas encore trop bien expliqué. Voyez JOUR, NUIT, COUCHER, LEVER, &c. Chambers.

ZONE, (Géog. mod.) on nomme zones, en géographie, des bandes ou ceintures de la terre, terminées par deux cercles paralleles entr'eux, savoir par les deux cercles polaires & par les deux tropiques. Zone est un mot grec qui signifie ceinture, bande ; & c'est de cette maniere que les géographes ont divisé la surface du globe terrestre par rapport au ciel.

Du mouvement annuel & diurne & de la terre résulte une division de la surface de la terre en cinq parties qu'on appelle zones. Comme le soleil décrit par son mouvement une ligne appellée écliptique, qui coupe l'équateur en deux points opposés, & fait une déclinaison de 23 degrés 30 minutes, il doit nécessairement être tantôt plus près, & tantôt plus éloigné de l'équateur : ce qui fait le changement des saisons, & occasionne la chaleur, le froid, la pluie, le vent dans les lieux par où il passe.

La surface de la terre entre les deux tropiques se nomme zone torride. Celles qui sont entre les poles & les cercles polaires, sont les deux zones glaciales ; & celles qui se trouvent entre les deux cercles polaires & les tropiques, sont appellées les deux zones tempérées : ce qui fait en tout cinq zones.

Les lieux dont la latitude est moindre que 23 degrés 30 minutes, sont sous la zone torride. S'ils sont précisément à 23 degrés 30 minutes, ils sont sous les tropiques ou à l'extrémité de la zone torride. Ceux qui ont plus de 23 degrés 30 minutes de latitude, mais moins de 66 degrés 30 minutes, sont sous les zones tempérées. Ceux qui ont précisément 66 degrés 30 minutes de latitude, sont à l'extrémité de la zone tempérée ; & enfin s'ils ont plus de latitude, ils sont situés sous la zone glaciale.

Il est aisé de calculer la largeur & la quantité de chaque zone en milles ou en toute autre mesure connue.

La largeur de la zone torride est de 47 degrés, c'est-à-dire 23 degrés 30 minutes de chaque côté de l'équateur. La largeur de chaque zone tempérée est de 43 degrés, & celle des deux zones glaciales est de 47 degrés : ces degrés réduits en milles, à compter 15 milles d'Allemagne pour un degré, donneront 705 milles pour la largeur de la zone torride, 645 milles pour chaque zone tempérée, & 352 milles pour chaque zone glaciale.

On peut connoître la surface de chacune par cette proportion tirée de la géométrie ; comme le sinus de 90 degrés 100000 est au sinus de 23 degrés & demi, savoir 39875, de même la moitié de la surface de la terre qu'on a trouvée être 4639090 milles quarrés, est à la superficie de la moitié de la zone torride, savoir 1849837 milles quarrés ; & par conséquent la surface de toute la zone torride est de 3699674 milles.

Ensuite comme tout le sinus 100000 est à la différence des sinus de 23 degrés 30 minutes, & 66 degrés 30 minutes 51831, de même la moitié de la surface de la terre ou 4639090 milles quarrés est à la surface d'une des zones tempérées, 2404487 milles quarrés. Si donc on retranche la surface de la moitié de la zone torride, & celle de la zone tempérée, de la moitié de la surface de la terre, il ne restera plus que la surface d'une des zones glaciales 384766 milles quarrés. Quelques astronomes sont d'avis que la déclinaison de l'écliptique n'est pas toujours la même, & qu'ainsi la largeur des zones n'est pas toujours égale ; mais la différence est petite ; & Tycho-Brahé doutoit qu'il y en eût aucune ; ainsi cela ne vaut pas la peine d'y faire attention.

Il nous importe davantage d'indiquer les principales causes qui contribuent le plus à former la lumiere, la chaleur, le froid, les pluies & les autres météores, & à les entretenir dans les différentes zones ; voici donc ces causes.

1°. L'obliquité plus ou moins grande, ou la perpendicularité avec laquelle les rayons tombent sur le lieu. La derniere fait la plus grande chaleur, & les deux autres causent plus ou moins de chaleur, à proportion de leur obliquité.

2°. La durée du soleil sur l'horison du lieu.

3°. La dépression plus ou moins grande du soleil sous l'horison pendant la nuit : ce qui donne plus ou moins de lumiere & de chaleur, de pluies, de nuées épaisses, &c. d'où résulte un crépuscule plus long ou plus court.

4°. Le plus ou moins de tems que la lune reste sur l'horison ou dessous, son élévation plus ou moins grande dessus l'horison, ou sa dépression au-dessous.

5°. Les mers & les lacs voisins : c'est de-là que viennent la plus grande partie des vapeurs humides de l'air ; d'ailleurs, la mer ne réfléchit pas les rayons avec tant de force que la terre.

6°. La situation des lieux ; car le soleil influe sur les montagnes différemment que sur les vallées. Souvent les montagnes empêchent les rayons d'arriver jusqu'aux vallées : ce qui attire aussi à elles en quelque sorte les vapeurs. De-là vient que les montagnes changent les saisons des lieux voisins, causent la chaleur, la pluie, &c. ce qui n'arriveroit pas, si les montagnes ne s'y rencontroient.

7°. Les vents, & sur-tout ceux qui sont généraux & réglés. Ainsi les vents réglés de l'est temperent la chaleur de la canicule ; & sous la zone torride le vent général, & sur-tout les vents d'est au Pérou, y causent une chaleur modérée ; tandis qu'à l'ouest de l'Afrique on sent une chaleur violente ; car le vent général n'est pas si sensible dans ces lieux. Les vents de nord sont froids & secs. Les vents du midi sont chauds & humides.

8°. Enfin les nuages & la pluie diminuent la lumiere & la chaleur.

Sous la zone tempérée & la zone glaciale, les quatre saisons célestes sont presque de la même longueur ; mais sous la torride elles sont inégales ; la même saison y est différente, selon les pays.

Dans les lieux situés sous cette zone le soleil approche du zénith à midi ; mais à minuit il en est fort éloigné sous l'horison ; les lieux y sont presque dans le milieu de l'ombre de la terre, & les rayons du soleil n'éclairent ni n'échauffent l'air.

Sous la zone glaciale, comme le soleil est fort loin du zénith, même à midi, il ne s'éloigne pas beaucoup sous l'horison pendant la nuit, & envoie dans l'air par réflexion plusieurs rayons.

Sous la zone tempérée, le soleil est à une distance ordinaire du zénith à midi, & à minuit il est assez avancé sous l'horison en hiver ; mais en été il envoie dans l'air quelques rayons par réflexion.

Dans les lieux de la zone torride, le crépuscule est le plus court ; il est le plus long sous la zone glaciale ; & sous la zone tempérée il tient un milieu entre les deux.

Sous l'équateur & dans les lieux voisins, le crépuscule est environ d'une heure ; mais l'expérience fait voir qu'il ne dure qu'une demi-heure ou un peu plus, parce que l'air y est trop grossier & trop bas pour former un crépuscule à 18 degrés de dépression du soleil sous l'horison. Sous la zone glaciale le crépuscule dure quelques jours, quand le soleil est encore sous l'horison. Sous la zone tempérée, le crépuscule dure trois, quatre, cinq ou six heures, & même toute la nuit en certains lieux pendant l'été, selon que ces lieux sont plus ou moins proche de la zone glaciale.

C'en est assez sur les zones en général ; nous développerons sous chacune les détails particuliers qui les concernent, & ces détails seront étendus. Ainsi Voyez ZONE TORRIDE, ZONES GLACIALES, ZONES TEMPEREES. (D.J.)


ZONE TORRIDE, (Géog. mod.) Cette zone est terminée par les deux cercles tropiques, & se trouve entre les deux zones tempérées. L'équateur la divise en deux parties égales, l'une septentrionale, & l'autre méridionale. Elle a 47 degrés de largeur qui valent 1175 lieues, de vingt-cinq au degré. On l'appelle torride, parce qu'étant directement sous le lieu par où le soleil passe en faisant son cours, elle est frappée à plomb de ses rayons, & en souffre une chaleur excessive ; mais le milieu de cette zone est beaucoup plus tempéré que ses extrémités, tant à cause de l'égalité des jours & des nuits, qu'à cause qu'il n'y a pas un aussi long solstice que sous les tropiques.

Les peuples qui demeurent précisément au centre de la zone torride, ont un continuel équinoxe ; les jours, ainsi que les nuits, y sont perpétuellement de douze heures, & les crépuscules y sont très-courts, parce que le soleil descendant perpendiculairement sous l'horison, arrive bien-tôt au dix-huitieme degré, qui est la fin du crépuscule du soir, & le commencement de l'aurore.

On donne à la zone torride, neuf mille lieues de 25 au degré en son circuit sous l'équateur, ce qui est sa plus grande étendue ; & environ huit mille 253 lieues dans ses extrémités sous les tropiques.

On dit que les anciens ne croyoient la zone torride ni habitée, ni habitable, & c'étoit-là effectivement l'opinion générale. Mais il est à-propos de remarquer, que notre zone torride est presque le double de celle des anciens : la nôtre s'étend d'un tropique à l'autre, la leur n'alloit que du douzieme degré de latitude septentrionale & un peu plus, au douzieme degré de latitude méridionale, & quelque chose audelà. Strabon est formel là-dessus. Il dit qu'à trois mille stades de Méroé, en tirant droit au midi, on parvient aux lieux où personne ne peut habiter à cause de la chaleur ; que ces lieux ont le même parallele que la région Cinna Momifere ; que c'est-là où l'on doit mettre les bornes de notre terre habitée du côté du midi.

Ajoutons à ces trois mille stades, les cinq mille que Strabon compte de Syéne à Méroé, nous aurons huit mille stades, ou ce qui est la même chose, du tropique du cancer au commencement de la zone torride ; reste donc huit mille huit cent stades de ce dernier point à l'équateur ; or huit mille huit cent stades, sont 12 degrés & un peu plus, suivant le calcul de Strabon, puisqu'il compte seize mille huit cent stades de Syéne, ou du tropique à l'équateur.

Quoique la plûpart des anciens ne crussent pas leur zone torride habitable, il s'est trouvé néanmoins quelques-uns de leurs philosophes qui n'ont pas suivi le torrent. Strabon lui-même, qui tenoit pour l'opinion commune, dit que Polybe & Eratosthène étoient d'un avis contraire. On ne voit pas en effet, comment avec un peu de philosophie on pouvoit croire la terre habitée en-deçà du douzieme degré, & inhabitable au-delà. D'ailleurs dans le fait, il paroît que Strabon & tous les auteurs qu'il cite, connoissoient des positions au-delà du douzieme degré. Si le mont Elephas dont parle ce géographe après Arthémidore, est le mont Frellet d'aujourd'hui, comme il y a bien de l'apparence, si le , est le cap d'Orfai, ou un autre encore plus méridional, suivant Ptolémée, nous voilà assurément au-delà du douzieme degré.

L'équateur divise la zone torride en deux parties égales, qu'on peut regarder comme deux zones torrides, l'une au nord, & l'autre au sud de l'équateur.

Sous la zone torride, sont situés une grande partie de l'Afrique, l'Abassie, l'Océan indien, une partie de l'Arabie, Camboye, l'Inde & les îles de la mer des Indes, Java, Ceylan, le Pérou, l'Espagne mexicaine, une grande partie de l'Océan atlantique, l'île de sainte Helene, le Brésil & la nouvelle Guinée.

Le tropique du cancer passe un peu au-delà du mont Atlas, sur la côte orientale d'Afrique, sur les frontieres de la Libye & autres lieux dans l'intérieur de l'Afrique, par Syéne en Ethiopie ; il traverse la mer Rouge, au-delà de Sinaï, & la Mecque, les pays Mahométans, & l'Arabie heureuse ; il entre ensuite dans la mer des Indes, touche les bords de la Perse, & traverse Cambaye, l'Inde, Camboye, ou les limites du royaume de Siam, jusqu'à ce qu'il arrive à la mer Pacifique. Après l'avoir traversée, au-dessous de la Chersonese d'Amérique & la Californie, il passe par le royaume de Mexique, par l'océan atlantique, & touche les côtes de l'île de Cuba, & ensuite retourne à la côte occidentale d'Afrique.

Le tropique du capricorne, ne passe que par un petit nombre de pays, il traverse presque par-tout des mers ; il passe d'abord par la partie méridionale, ou la langue d'Afrique, le Monomotapa, Madagascar, dans l'océan Indien, dans la nouvelle Guinée, l'Océan pacifique, le Pérou, le Brésil & l'Océan atlantique.

Ce n'est point le froid qui fait l'hiver sous la zone torride, ce sont les pluies, ou une chaleur moindre que dans l'été ; pareillement, il n'y a dans bien des endroits de la zone torride, que deux saisons par an, savoir l'hiver & l'été. Plusieurs causes contribuent à diversifier les saisons, la chaleur, le froid, les pluies, la fertilité ou la stérilité qui regne dans les différentes régions de la zone torride.

Les pays situés à l'ouest de l'Afrique, depuis le tropique du cancer jusqu'au cap verd, qui est à quatorze degrés de latitude nord, sont tous fertiles en blé, en fruits de plusieurs sortes, en bestiaux, & les habitans y ont des corps robustes. La chaleur n'y est guere au-dessus d'un juste milieu ; les habitans vont aisément nuds, à l'exception des riches qui portent des habits. Les causes de cette fertilité, & de l'air tempéré qui y regne (quoique ce soit la zone torride), sont 1°. plusieurs rivieres, dont les principales, le Sénéga & le Gambéa, arrosent le pays, & rafraîchissent l'air ; 2°. le voisinage de la mer qui fournit des vapeurs humides & des vents frais.

Dans la partie méridionale d'Afrique, appellée Guinée, qui s'étend à l'est & à l'ouest, & qui est à quatre degrés ou plus de latitude nord, il y fait une chaleur continuelle sans aucune fraîcheur. Il y fait dans certain mois une pluie abondante, des tonnerres, des éclairs si fréquens & des tempêtes si terribles, qu'il faut l'avoir vu pour le concevoir. Les campagnes y restent désertes pendant les mois pluvieux, & le bled n'y croît pas. Mais quand ils sont passés, on creuse le terrein qui est sec, qui a bû toute la pluie, & on y mêle du charbon broyé au lieu de fumier, qu'on y laisse pourrir pendant dix jours ; après cette préparation de la terre, on seme & l'on recueille ensuite la moisson.

Les tempêtes, les éclairs & les pluies semblent provenir de ce que le soleil enleve une grande quantité de vapeurs de la mer & d'exhalaisons sulphureuses de la terre de la Guinée, qui ne sont dissipées par aucun vent constant. Quand ces pluies tombent, l'air est tiede, le soleil est vertical, & la chaleur qui regne, cause une grande difficulté de respirer.

Quoique leurs campagnes soient en friche pendant les mois pluvieux, leurs arbres portent sans cesse du fruit. Le jour y est presque égal à la nuit toute l'année ; le soleil se leve & se couche à six heures ; mais on le voit rarement se lever & se coucher, parce qu'il se leve le plus souvent couvert de nuages, & qu'il se couche, après avoir été enveloppé dans les nues.

Viennent ensuite les pays situés dans la langue de terre d'Afrique, qui s'étend au nord & au sud, comme le Manicongo, Angola, &c. depuis le second degré de latitude nord, jusqu'au tropique du capricorne ; car le royaume de Congo commence au second degré de latitude sud. L'hiver y est à-peu-près comme le printems en Italie, d'une chaleur tempérée : on n'y change jamais d'habits, & il fait chaud, même sur le sommet des montagnes. L'hiver pluvieux y arrive avec le mois d'Avril & dure jusqu'au milieu de Septembre ; alors l'été commence & dure jusqu'au quinze Mars, & pendant tout cet intervalle, l'air y est toujours serein ; mais en hiver on voit rarement le soleil à cause des nuages ou des pluies. Il n'y pleut pas néanmoins tout le jour, mais seulement deux heures avant midi, & deux heures après.

Dans la province de Loango qui borde la mer, & n'est pas loin de Congo, à quatre degrés de latitude, il y a aussi des mois d'hiver pluvieux, & des mois d'été fort clairs ; mais le singulier, c'est que les pluies arrivent en des mois différens dans ces deux royaumes voisins.

Quand on tourne autour du cap, à la côte orientale de la langue de terre d'Afrique, où sont situés Sophala, Mozambique & Quiloa, jusqu'à l'équateur, l'hiver y dure depuis le premier Septembre jusqu'au premier Février, & l'été regne tout le reste de l'année.

Les autres pays situés depuis cette côte jusqu'à l'embouchure du golfe d'Arabie, & delà, jusqu'au tropique du cancer, nous sont trop inconnus pour dire l'arrangement de leurs saisons. Nous savons seulement, que tout cet espace de terre est stérile, sablonneux, extrêmement chaud, & sans presque aucune riviere qui l'arrose.

Passons de l'Afrique aux pays de l'Asie, qui sont situés sous la zone torride ; nous y trouvons l'Arabie sur la mer Rouge, depuis la Mecque jusqu'à Aden, à douze degrés de latitude-nord. Il y regne de grandes chaleurs en Mars & en Avril ; & encore plus quand le soleil y passe par le zénith, & qu'il en reste voisin en Mai, Juin, Juillet & Août. La chaleur y est si grande, qu'on est obligé de se faire jetter de l'eau sur le corps pendant le jour, ou de se tenir dans des citernes remplies d'eau. Les marchands s'assemblent la nuit à Aden pour les affaires de leur commerce, & même alors, ils ont encore bien chaud. On peut supposer avec Varenius, que cette extrême chaleur vient de ce qu'il ne sort point de vapeurs aqueuses de la terre, qui est pierreuse & qui manque d'eau. Quant aux vapeurs qui s'élevent de la mer Rouge, le vent général, quoique foible en cet endroit, les emporte vers l'ouest. Il y a aussi beaucoup de sables qui conservent toute la nuit la chaleur qu'ils ont reçue le jour, & la communiquent à l'air.

A Cambaye, & dans l'Inde qui est sous le tropique du cancer, & sur la côte de Malabar aux Indes orientales, du côté de l'ouest ; la saison humide dure depuis le 10 Juin jusqu'au 10 d'Octobre, plus ou moins long-tems, & plus ou moins constamment.

Sur la côte orientale de l'Inde appellée Coromandel, la chaleur est insupportable depuis le 4 Mai jusqu'au 4 Juin ; le vent souffle du nord, & l'on ne peut pas se tourner de ce côté-là sans sentir un air brûlant, tel qu'on en ressent auprès d'une fournaise ardente : car le soleil est alors au nord à midi, & les pierres & le bois sont brûlans ; mais l'eau des puits est froide : desorte que plusieurs personnes sont mortes pour en avoir bu ayant bien chaud.

Dans les pays situés sur la côte de la mer, à l'embouchure du Gange, qui sont opposés aux côtes de Coromandel, & qui sont aussi au nord de la zone torride, comme Siam, Pégu, & la presqu'île de Malaca, les mois pluvieux qui font déborder les rivieres, sont Septembre, Octobre & Novembre : mais dans le pays de Malaca, il pleut toute l'année deux ou trois fois par semaine, excepté dans les mois de Janvier, Février & Mars, où la sécheresse est continuelle. Tout cela est contraire au cours du soleil ; il faut donc en rejetter la cause sur les montagnes, les vents reglés ou la mer adjacente. Le débordement des rivieres, & les vents reglés y temperent la chaleur, & y produisent une récolte abondante de toutes sortes de fruits.

En quittant l'Asie, & traversant la mer Pacifique, nous arrivons à l'Amérique, qui est sous la zone torride, tant au nord qu'au sud. La partie qui est au sud comprend le Pérou & le Brésil, qui quoique fort proches, ont pourtant leurs saisons en différens tems. Le Pérou se divise en pays maritimes, qui sont ceux où sont les montagnes ; & en plaines qui sont au-delà des montagnes. Dans la partie du Pérou voisine de la mer, il n'y tombe point de pluies, mais les nuages se tournent en rosées, qui chaque jour humectent les vallées, & les fertilisent.

Il y a quelques cantons sous la zone torride, où il fait un froid considérable ; car dans la province de Paitoa, au Popayan, & dans la vallée d'Artisina, l'été & l'hiver y sont si froids, que le blé ne peut pas y croître. Dans les campagnes voisines de Cusco, environ au milieu du chemin de l'équateur au tropique du capricorne, il y regne quelques gelées, & on y trouve quelquefois de la neige.

La partie méridionale d'Amérique, nommée le Brésil, qui s'étend à l'est depuis deux jusqu'à vingtquatre degrés de latitude sud, jouit çà & là d'une température saine. Dans sa partie antérieure il regne un vent frais, qui semble être un vent général, & non pas un vent d'est périodique. Il rafraîchit les hommes, & rend supportable la chaleur violente du soleil, qui est précisément au-dessus de leurs têtes. Si la mer flue avec ce vent, il s'éleve dès le matin ; mais si la mer s'éloigne de la côte, on ne le sent que plus tard. Il ne se ralentit pas le soir, comme il arrive dans tous les lieux de l'Inde ; mais il se fortifie avec le soleil, qui court avec lui à l'ouest, & continue jusqu'à minuit.

La plûpart des campagnes du Brésil sont parsemées de collines, & l'on voit dans l'espace de plusieurs milles des vallées arrosées de petites rivieres, qui les rendent fertiles dans le tems de pluies ; mais les montagnes sont desséchées par l'ardeur du soleil, au point que l'herbe & les arbres y meurent.

Si de l'Amérique méridionale nous passons à l'Amérique septentrionale, nous trouverons que dans la grande province de Nicaragua, dont le milieu est à dix degrés de latitude nord, il pleut pendant six mois, depuis le premier de Mai jusqu'au premier Novembre ; & dans les six autres mois, il fait un tems sec la nuit aussi-bien que le jour : ce phénomene ne s'accorde pas au mouvement du soleil ; car en Mai, Juin, &c. le soleil est au zénith ou bien proche ; & alors il devroit y avoir de la chaleur & du tems sec au-lieu de pluies : au-contraire, il est plus éloigné en Novembre & Décembre ; & ce devroit être le tems des pluies.

Enfin de l'examen des diverses saisons qui regnent dans la zone torride, on doit en conclure, 1°. qu'il y a plusieurs endroits où on sent à peine aucun froid dans aucun tems, & où l'hiver ne consiste que dans un tems pluvieux. 2°. Que dans un petit nombre d'autres endroits, le froid est assez sensible. 3°. Qu'il se fait sentir sur-tout à la fin de la nuit, le soleil étant alors fort enfoncé sous l'horison. 4°. Que la grande raison qui fait qu'on supporte la chaleur, & qu'on peut habiter ces lieux, est qu'il n'y a point de longs jours, mais que tous sont à-peu-près de même longueur que les nuits ; car s'ils étoient aussi longs que sous la zone tempérée & la zone glaciale, on ne pourroit pas y habiter. 5°. Les vents moderent aussi beaucoup la chaleur du soleil. 6°. Les différens lieux, quoique près les uns des autres, y ont l'été & l'hiver en différens tems. 7°. Les endroits qui ont la chaleur & la sécheresse contre le cours du soleil, sont situés à l'ouest, & ont une chaîne de montagnes à l'est, excepté le Pérou. 8°. Les saisons en différens lieux ne suivent pas de regle certaine. 9°. La plûpart des habitans de la zone torride, comptent deux saisons, suivant le rapport des voyageurs, savoir, la seche & l'humide : cependant on doit en compter quatre, y compris un printems & un automne ; car comme le printems chez nous tient un peu de l'été, & l'automne de l'hiver, de même aussi on peut partager les saisons seches & humides sous la zone torride. 10°. Il y a dans certains endroits un automne continuel ; dans d'autres il arrive deux fois l'année ; & dans quelques-uns seulement dans une partie de l'année.

Nous craignons que ce détail, tiré de Varénius, tout nécessaire qu'il est en géographie, ne soit devenu ennuyeux à la plûpart des lecteurs ; mais nous allons les dédommager avec usure de notre sécheresse, par le tableau poétique que le célebre peintre des saisons a fait de ce climat merveilleux & brûlant, auprès duquel le firmament que nous voyons est, pour ainsi dire, de glace.

C'est dans la zone torride que le soleil s'éleve tout-à-coup perpendiculairement, & chasse du ciel à l'instant le crépuscule, qui ne fait que paroître. Environné d'une flamme ardente, il étend ses fiers regards sur tout l'air éblouissant. Il monte sur son char enflammé ; mais il fait sortir devant lui des portes du matin, les vents alisés, pour tempérer ses feux, & souffler la fraîcheur sur un monde accablé. Scènes vraiment grandes, couronnées d'une beauté redoutable, & d'une richesse barbare, dont le pere de la lumiere parcourt continuellement le théatre, & jouit du privilege de doubler les saisons.

Là les montagnes sont enflées de mines, qui s'élevent sur le faîte de l'équateur, d'où plusieurs sources jaillissent, & roulent de l'or. Là sont de vastes forêts qui s'étendant jusqu'à l'horison, offrent une ombre immense, profonde, & sans bornes. Ici, des arbres inconnus aux chants des anciens poëtes, mais nobles fils des fleuves & de la chaleur puissante, percent les nuages, portent dans les cieux leurs têtes hérissées, & voilent le jour même en plein midi. Ailleurs, des fruits sans nombre, nourris au milieu des rochers, renferment sous une rude écorce une pulpe salutaire ; & les habitans tirent de leurs palmiers un vin rafraîchissant, préférable à tous les jus frénétiques de Bacchus.

La perspective varie à l'infini, soit par des plaines à perte de vue, soit par des prés qui sont sans bornes. De riches vallées changent leurs robes éclatantes en un brun rougeâtre, & revêtissent encore promptement leur verdure, selon que le soleil brûlant, les rosées abondantes, ou les torrens de pluie, prennent le dessus. Le long de ces régions solitaires, loin des foibles imitations de l'art, la majestueuse nature demeure dans une retraite auguste. On n'apperçoit que des troupeaux sauvages, qui ne connoissent ni maître, ni bergerie. Des fleuves prodigieux roulent leurs vagues fertiles. Là, entre les roseaux qu'ils baignent, le crocodile moitié caché & renfermé dans ses écailles vertes, couvrant le terrein de sa vaste queue, paroît comme un cedre tombé. Le flux s'abbaisse, & l'hippopotame revêtu de sa cotte de mailles, éleve sa tête ; la flêche lancée sur ses flancs, se brise en éclats inutiles ; il marche sans crainte sur la plaine, ou cherche la colline pour prendre différente nourriture ; les troupeaux en cercle autour de lui oublient leurs pâturages, & regardent avec admiration cet étranger sans malice.

L'énorme élephant repose paisiblement sous les arbres antiques qui jettent leur ombre épaisse sur le fleuve jaunâtre du Niger, ou aux lieux où le Gange roule ses ondes sacrées, ou enfin au centre profond des bois obscurs qui lui forment un vaste & magnifique théatre. C'est le plus sage des animaux, doué d'une force qui n'est pas destructive, quoique puissante. Il voit les siecles se renouveller & changer la face de la terre, les empires s'élever & tomber ; il regarde avec indifférence ce que la race des hommes projette. Trois fois heureux, s'il peut échapper à leur méchanceté, & préserver ses pas des pieges qu'ils lui tendent, soit par une cruelle cupidité, soit pour flatter la vanité des rois, qui s'enorgueillissent d'être portés sur son dos élevé ; soit enfin pour abuser de sa force, en l'employant, étonné lui-même de nos fureurs, à nous détruire les uns les autres.

Les oiseaux les plus brillans s'assemblent en grand nombre sous l'ombrage le long des fleuves. Ils paroissent de loin comme les fleurs les plus vives. La main de la nature, en se jouant, prit plaisir à orner de tout son luxe ces nations panachées, & leur prodigua ses couleurs les plus gaies. Mais toujours mesurée, elle les humilie dans leur chant. N'envions pas les belles robes que l'orgueilleux royaume de Montézuma leur prête, ni ces légions d'astres volans, dont l'éclat sans bornes réfléchit sur le soleil : nous avons Philomele ; & dans nos bois, pendant le doux silence de la nuit tranquille, ce chantre, simplement habillé, fredonne les plus doux accens.

C'est au milieu du plein midi, que le soleil quelquefois tout-à-coup accablé, se plonge dans l'obscurité la plus épaisse ; l'horreur regne ; un crépuscule terrible mêlé de jour & de nuit qui se combattent, & se succedent, paroît sortir de ce grouppe effrayant. Des vapeurs continuelles roulent en foule jusqu'à l'équateur, d'où l'air raréfié leur permet de sortir. Des nuages prodigieux s'entassent, tournent avec impétuosité entraînés par les tourbillons de vents, où sont portés en silence, pesamment chargés des trésors immenses qu'exhale l'Océan. Au milieu de ces hautes mers condensées, autour du sommet des montagnes élevées, théatre des fiers enfans d'Eole, le tonnerre pose son trône terrible. Les éclairs furieux & redoublés percent & pénetrent de nuage en nuage ; la masse entiere cédant ensuite à la rage des élemens, se précipite, se dissout, & verse des fleuves & des torrens.

Ce sont des trésors échappés à la recherche des anciens, que les lieux d'où avec une pompe annuelle le puissant roi des fleuves, le Nil enflé, se dérobe des deux sources dans le brûlant royaume de Goïam. Il sort comme une fontaine pure, & répand ses ondes, encore foibles, à-travers le lac brillant du beau Dambéa. Là, nourri par les nayades, il passe gaiement sa jeunesse au milieu des îles odoriférantes, qui sont ornées d'une verdure continuelle. Devenu ambitieux, le fleuve courageux brise tout obstacle, & recueille plusieurs rivieres ; grossi de tous les trésors du firmament, il tourne & s'avance majestueusement ; tantôt il roule ses eaux au milieu de splendides royaumes ; tantôt il erre sur le sable inhabité, sauvage & solitaire ; enfin content de quitter ce triste désert, il verse son urne le long de la Nubie ; allant avec le bruit d'un tonnerre de rochers en rochers, il inonde & réjouit l'Egypte ensevelie sous ses vagues débordées.

Son frere le Niger, & tous les fleuves dans lesquels les filles d'Afrique lavent leurs piés de jai, ouvrent leurs urnes. Tous ceux qui depuis l'étendue des montagnes & des bois se répandent dans les Indes abondantes, & tombent sur la côte de Coromandel ou de Malabar, depuis le fleuve oriental de Menam, dont les bords brillent au milieu de la nuit par ces insectes, qui sont autant de lampes, jusqu'aux lieux où l'aurore répand sur les bords des Indes les pluies de roses ; tous enfin dans la saison favorable, versent une moisson sans travail sur la terre.

Ton nouveau monde, illustre Colomb, ne l'abreuve pas moins de ces eaux abondantes & annuelles ; il est aussi rafraîchi par l'humidité prodigue de l'année. L'Orénoque, qui a cent embouchures, roule sur ses aîles un déluge d'eaux fangeuses, & contraint les habitans du rivage à chercher leur salut au haut des arbres qui leur fournissent tout-à-la-fois, la nourriture, le vêtement & des armes.

Accru par un million de sources, le puissant Orellana, descend avec impétuosité, se précipitant des Andes rugissantes, immense chaîne de montagnes, qui s'étendent du nord au sud jusqu'au détroit de Magellan. A peine ose-t-on envisager cette masse énorme de torrens qui y prennent leur naissance. Que dire de la riviere de la Plata, auprès de laquelle toutes nos rivieres réunies ne sont que des ruisseaux quand elles tombent dans la mer. Avec une force égale, les fleuves que je viens de nommer cherchent fiérement l'abysme, dont le flux vaincu recule du choc, & cede au poids liquide de la moitié du globe, tandis que l'Océan repoussé tremble pour son propre domaine.

Mais à quoi sert-il que des fleuves semblables à des mers traversent des royaumes inconnus, & coulent dans des mondes de solitude, où le soleil sourit envain, où les saisons sont infructueusement abondantes ? Pour qui sont ces déserts fleuris, cette pompe de la création, cette profusion riante de la nature prodigue, ces fruits délicieux qui n'ont pas été plantés & qui sont dispersés par les oiseaux, ou par les vents furieux ? Pour qui les insectes brillans de ces vastes régions filent-ils leurs soies superbes ? Pour qui les prés produisent-ils des robes végétales ? Quel avantage procurent aux habitans les trésors cachés dans les entrailles de la terre, les diamans de Golconde, & les mines du triste Potosi, antique séjour des paisibles enfans du Soleil ? De quelle utilité est-il que les rivieres d'Afrique charrient de l'or, que l'ivoire y brille avec abondance ?

La race infortunée qui habite ces climats, ne connoît ni les doux arts de la paix, ni rien de ce que les Muses favorables accordent aux humains. Elle ne possede point cette sagesse presque divine d'un esprit calme & cultivé, ni la vérité progressive, ni la force patiente de la pensée, ni la pénétration attentive dont le pouvoir commande en silence au monde, ni la lumiere qui mene aux cieux, & gouverne avec égalité & douceur, ni le régime des loix, ni la liberté protectrice, qui seule soutient le nom & la dignité de l'homme.

Le soleil paternel semble même tyranniser ce monde d'esclaves, & d'un rayon oppresseur il flétrit la fleur de la beauté, & lui donne une couleur sombre & des traits grossiers ; ce qui est pis encore, les actions cruelles de ces peuples, leurs jalousies furieuses, leur aveugle rage, & leur vengeance barbare, allument sans cesse leurs esprits ardens. L'amour, les doux regards, la tendresse, les charmes de la vie, les larmes du coeur, l'ineffable délire de la douce humanité n'habitent point dans ce séjour ; toutes ces choses sont des fruits de plus doux climats. Là tout est confondu dans le desir brutal & dans la fureur sauvage des sens ; les animaux mêmes brûlent d'un horrible feu.

Le serpent d'un verd effrayant, sortant à midi de son repaire sombre, que l'imagination craint de parcourir, déploye tout son corps dans les orbes immenses ; s'élançant alors de nouveau, il cherche la fontaine rafraîchissante auprès de laquelle il quitte ses plis, & tandis qu'il s'éleve avec une langue menaçante & des machoires mortelles, ce monstre dresse sa crête enflammée. Tous les autres animaux, malgré leur soif, fuient effrayés & tremblans, ou s'arrêtent à quelque distance, n'osant approcher.

Aussi-tôt que le jour pur a fermé son oeil sacré, le tigre s'élance avec fureur, & fixe ses regards sur sa proie ; l'ornement du désert, le vif & brillant léopard, tacheté de différentes couleurs, méprise aussi tous les artifices que l'homme invente pour l'apprivoiser. Tous ces animaux indomptables sortent des bois inhabités de la Mauritanie ou des îles qui s'élevent au milieu de la sauvage Libye. Ils admirent leur roi hérissé, qui marchant avec des rugissemens impérieux, laisse sur le sable la trace de ses pas. Les troupeaux domestiques sont saisis de frayeur à l'approche de ces monstres. Le village éveillé tressaillit, & la mere presse son enfant sur son sein palpitant. Le captif échappé de l'antre du pirate & des fers du fier tyran de Maroc, regrette ses chaînes, pendant que les cris font retentir les déserts depuis le mont Atlas jusqu'au Nil effrayé.

Malheureux celui qui séparé des plaisirs de la société, est laissé seul au milieu de cette région d'horreur & de mort. Tous les jours il s'assied tristement sur la pointe de quelque rocher, & regarde la mer agitée, espérant que de quelque rivage éloigné où la vague forme un tourbillon, il découvrira des vaisseaux qu'il se trace dans les nuages. Le soir il tourne un oeil triste au coucher du soleil, & son coeur mourant sans secours, se plonge dans la tristesse, quand le rugissement accoutumé vient se joindre au sifflement continuel, pendant la nuit, si longue & si terrible.

Souvent les élémens furieux semblent porter dans cette aride zone, le démon de la vengeance. Un vent suffoquant souffle une chaleur insupportable de la fournaise immense du firmament, & de la vaste & brillante étendue du sable brûlant. Le voyageur est frappé d'une atteinte mortelle. Le chameau, fils du désert, accoutumé à la soif & à la fatigue, sent son coeur percé & desseché par ce souffle de feu.

Mais c'est principalement sur la mer & sur ses vagues flexibles que l'orage exerce son cruel empire. Dans le redoutable Océan, dont les ondes flottent sous la ligne qui entoure le globe, le typhon tournoie d'un tropique à l'autre, & le terrible ecnéphia regne ; des vents rugissans, des flammes & des flots combattent, se précipitent & se confondent en masse. Tout l'art du navigateur est inutile. Opprimé par le destin rapide, son vaisseau boit la vague, s'enfonce, & se perd dans le sein du sombre abysme. Gama combattit contre une semblable tempête pendant plusieurs jours & plusieurs nuits, voguant sans cesse autour du cap orageux, conduit par une ambition hardie, & par la soif encore plus hardie de l'or.

Le requin, antropophage, accroît la terreur de cette tempête ; il paroît avec ses mâchoires armées d'une triple défense ; attiré par l'odeur des morts & des mourans, il fend les vagues irritées aussi promptement que le vent porte le vaisseau ; il demande sa part de la proie aux associés de ce cruel voyage, qui va priver de ses enfans la malheureuse Guinée : le destin orageux obéit, la mort enveloppe les tyrans & les esclaves ; à l'instant leurs membres déchirés lui servent de pâture ; il teint la mer de sang, & se livre à ce repas vengeur.

Le soleil regarde tristement ce monde noyé par les pluies équinoxiales ; il en attire l'odeur infecte, & il naît un million d'animaux destructifs de ces marécages mal-sains où la putréfaction fermente. Dans l'ombre des bois, retraite affreuse, enveloppée de vapeurs & de corruption, & dont la sombre horreur ne fut jamais pénétrée par le plus téméraire voyageur ; la terrible puissance des maladies pestilentielles établit son empire. Des millions de démons hideux l'accompagnent, & flétrissent la nature affoiblie ; fléau terrible, qui souffle sur les projets des hommes, & change en une désolation complete les plus hautes espérances de leur orgueil. Tel fut dans ces derniers tems le désastre qui altéra la nation britannique, prête à réduire Carthagène.

Faut il que je raconte la rigueur de ces climats, où la peste, cette cruelle fille de la déesse Némésis, descend sur les villes infortunées. Cette destructrice du monde, est née des bois empoisonnés de l'éthiopie, des matieres impures du grand Caire, & des champs infectés par des armées de sauterelles, entassées & putréfiées. Les animaux échappent à sa terrible rage ; l'homme intempéré, l'homme seul lui sert de proie. Elle attire un nuage de mort sur sa coupable demeure, que des vents tempérés & bienfaisans ont abandonnée : ce nuage est taché par le soleil d'un mêlange empoisonné, & cet astre se montre lui-même sous un aspect irrité.

Tout alors n'est que désastre. La sagesse majestueuse détourne son oeil vigilant ; l'épée & la balance tombent des mains de la justice, désormais sans fonctions ; on n'entend plus le bruit du travail ; les rues sont désertes & l'herbe y croît tristement. Les demeures agréables des hommes se changent en des lieux pires que des déserts ; rien ne se montre, hormis peut-être quelque malheureux, qui frappé de frénésie, brise ses liens, & s'échappe de la maison fatale, séjour funeste de l'horreur, & fermée par la crainte barbare : cet infortuné pousse des cris au ciel & l'accuse d'inhumanité. La triste porte qui n'est pas encore infectée craint de tourner sur ses gonds ; elle abhorre la société, les enfans, les amis, les parens ; l'amour lui-même, éteint par le malheur, oublie le tendre lien & les doux engagemens du coeur sensible. Mais sa tendresse même est inutile ; le firmament & l'air qui anime tout, sont semés des traits de la mort ; chacun à son tour frappe, tombe dans des tourmens solitaires, sans secours, sans derniers adieux, & sans que personne le pleure. Ainsi le noir desespoir étend son aîle funèbre sur la ville terrassée, tandis que pour achever la scène de désolation, les gardes inéxorables dispersés tout-autour, refusent toute retraite, & donnent une mort plus douce au malheureux qui fuit.

Ce ne sont pas là tous les désastres de l'intempérie des élémens brûlans. La fureur d'un ciel d'airain, les champs de fer, la sécheresse, n'offrent pour moisson que la faim & la soif. La montagne en convulsion, pousse des colonnes de flamme, allumées par la triple rage de la torche du midi, qui produit le tremblement de terre. Ce dernier fléau se forme dans le monde souterrain ; il frappe, ébranle, renverse sans effort les villes les plus célebres, & fait sortir du fond des mers de nouvelles îles couvertes de pierres calcinées, inconnues aux siecles précédens.

Arrêtons, c'est assez, j'ai moi-même besoin de respirer ; outre que d'autres scènes d'horreur & d'épouvante doivent entrer dans le tableau des zones glaciales : lisez-en l'article. (D.J.)


ZONES GLACIALES, (Géog. mod.) les géographes distinguent deux zones glaciales : elles sont renfermées entre les deux cercles polaires qui les embrassent, l'une autour du pole arctique, & l'autre autour du pole antarctique. On les appelle glaciales, parce que pendant la plus grande partie de l'année il y fait un froid excessif, tant par les longues nuits de plusieurs mois qui s'y rencontrent, qu'à cause de l'obliquité des rayons du soleil quand il les éclaire.

Il y a dans ces zones quantité d'étoiles qui ne se couchent jamais, & quantité d'autres qui sont toujours cachées au-dessous de l'horison. Les habitans ont une si grande inégalité de jours & de nuits, que le soleil paroît sur l'horison pendant plusieurs jours, & quelquefois plusieurs mois ; les nuits y sont aussi de plusieurs jours & de plusieurs mois. Ils ont le soleil très-éloigné de leur zénith, & ne voyent qu'un solstice, savoir celui de l'été, le solstice d'hiver étant caché sous l'horison. La lune s'y leve quelquefois devant le soleil, & se couche quelque tems après, savoir lorsqu'elle est au signe du taureau, & le soleil au commencement du signe des poissons ou du bélier.

Ceux qui sont sous le cercle polaire, n'ont qu'un jour de 24 heures, le soleil étant au solstice d'été, & ont aussi une nuit de 24 heures, le soleil étant au solstice d'hiver. Les crépuscules y sont fort grands, le pole étant élevé sur l'horison de soixante-six degrés & demi ; & depuis le 5 d'Avril jusqu'au 9 de Septembre il n'y a point de nuits closes.

Ceux qui habitent au milieu des zones glaciales, c'est-à-dire sous les poles, ont la sphere parallele, & n'ont en toute l'année qu'un jour & qu'une nuit, chacune de six mois. Les étoiles qui sont dans l'hémisphere supérieur, ne se couchent jamais, & celles qui sont dans l'hémisphere inférieur, ne se levent jamais, parce que les poles sont au zénith & au nadir. Ils n'ont aucun orient ni aucun occident, parce que le soleil fait toutes ses révolutions paralleles à l'horison, & n'ont par conséquent qu'une ombre circulaire.

Le cercle polaire arctique passe presque par le milieu de l'Islande, la partie septentrionale de la Norwege, par l'Océan du Nord, le pays de Laponie, la baie de Russie, le pays des Samoyedes, la Tartarie, l'Amérique septentrionale & le Groenland.

Le cercle polaire arctique passe par la terre du Sud ou Magellanique dont nous ne connoissons rien.

Il y a sous la zone glaciale septentrionale, moitié de l'Islande, la partie septentrionale de Norwege & de Laponie, le Finmare, la Samogitie, la nouvelle Zemble, le Groenland, le Spitzberg & quelques pays septentrionaux d'Amérique encore inconnus.

Il y a sous la zone glaciale méridionale, de la terre ou de la mer ; mais nous ne savons pas laquelle des deux.

Le soleil ne se couche ni ne se leve pendant quelques jours pour ceux qui sont sous les zones glaciales ; & plus il y a de ces jours, plus le lieu est proche du pole, desorte que sous le pole même, il ne se couche ni ne se leve pendant six mois entiers ; les lieux situés sous les cercles arctique & antarctique ont un jour pendant lequel le soleil ne se couche point, & un autre pendant lequel il ne se leve point ; mais dans les autres tems il se leve & se couche.

Pour démontrer cette proposition, choisissez un lieu sous la zone glaciale, & élevez le pole suivant sa latitude ; ensuite appliquant un morceau de craie ou un crayon au nord de l'horison, c'est-à-dire proche du pole, décrivez un parallele en faisant tourner le globe : ce parallele coupera l'écliptique en deux points, où le soleil arrivant, ainsi qu'aux points intermédiaires, il ne se couche point ; car tous les paralleles qui passent à-travers ces points dans la rotation du globe sont au-dessus de l'horison. Si on applique le crayon au point opposé, & qu'on décrive un cercle parallele, il passera par deux points de l'écliptique, où le soleil arrivant, ainsi qu'aux points intermédiaires, il ne s'éleve point au-dessus de l'horison ; mais il en arrivera tout autrement si on choisit le lieu dans l'autre zone glaciale. Ainsi par rapport aux lieux situés sous les cercles arctique & antarctique, si on éleve le globe à 66 degrés 30 minutes, & qu'on le fasse tourner, le premier degré du cancer touchera précisément l'horison, & ne se couchera point ; de même le soleil ne se levera point pour ce lieu, étant au premier degré du capricorne ; mais il aura son lever & son coucher dans les autres degrés de l'écliptique.

Un lieu étant donné sous la zone glaciale, voici comme on peut déterminer quels sont les jours où le soleil ne s'y couche ni ne s'y leve, & quand ces jours commenceront & finiront.

Prenez un globe, mettez le lieu sous le méridien, & élevez le pole suivant sa latitude ; ensuite faisant tourner le globe, remarquez les deux points de l'écliptique qui ne descendent point sous l'horison. Le premier qui est proche du bélier, montre le jour que le soleil ne se couche point, & celui d'auprès de la balance indique le jour où il commence à se lever ; les deux jours dans lesquels le soleil est dans ces points, il ne fera que toucher l'horison, & son centre sera un peu au-dessus ; c'est ainsi qu'on trouve les jours pendant lesquels le soleil sera sous l'horison dans la partie opposée de l'année.

Les jours augmentent continuellement dans les lieux septentrionaux, tant que le soleil avance depuis le premier degré du capricorne jusqu'au premier du cancer ; c'est-à-dire depuis le 21 Décembre jusqu'au 21 Juin ; mais il en arrive tout autrement dans les lieux méridionaux ; c'est-à-dire quand le soleil se meut depuis le cancer jusqu'au capricorne, ou depuis le 21 Juin jusqu'au 21 Décembre.

Pour prouver cette proposition, prenez un lieu quelconque au nord de l'équateur, & élevez le pole suivant sa latitude ; prenez deux lieux ou plus dans l'écliptique, & vous trouverez que le plus proche du premier degré du cancer restera le plus long-tems sur l'horison. La même chose arrivera pour les lieux qui sont au sud de l'équateur ; si on éleve le pole du sud à la latitude du lieu, les degrés les plus proches du premier du capricorne seront ceux qui resteront le plus long-tems sur l'horison.

Les causes des saisons & de la durée du jour sont les suivantes, sous la zone glaciale.

1°. Le centre du soleil ne monte pas au-dessus de l'horison pendant quelques jours ou quelques mois, selon que le soleil est éloigné du pole.

2°. Quand le soleil est au-dessus de l'horison, ses rayons tombent obliquement, pendant qu'il tourne autour de l'horison.

3°. Le soleil ne va pas beaucoup au-dessous de l'horison, même pour les lieux situés au pole arctique ou aux environs ; & quoique son centre ne monte pas, une partie de son disque paroît quelques jours avant le centre ; car le demi-diametre du soleil soutient un angle de 15 minutes. Par exemple, choisissez un lieu près du pole arctique, dont la latitude soit de 67 degrés ; élevez le globe à cette latitude, vous verrez qu'aucun degré de l'écliptique, depuis le dix-neuvieme du sagittaire, jusqu'au onzieme du capricorne, où le centre du soleil à ces degrés ne paroîtra sur la partie du nord de l'horison pendant 23 jours, depuis le 30 Novembre jusqu'au 21 Décembre, & que cependant une partie du soleil sera sur l'horison pendant tout ce tems. Le 10 Décembre le bord touche l'horison, le 30 Novembre & le 31 Décembre la moitié du soleil sera au-dessus, & le centre sera dans l'horison ; quand son centre aura atteint le quatorzieme degré du capricorne, il sera tout-à-fait au-dessus de l'horison, vers le 24 de Décembre, & aussi quand il est au seizieme degré du sagittaire ou vers le 26 Novembre.

Mais à 75 degrés de latitude ou même à 70, la différence entre le lever du centre & du bord sera petite, & à peine d'un jour ou un jour & demi ; car la déclinaison du soleil commence alors à croître & décroître fort vîte.

Il s'ensuit de ce peu de dépression qu'il doit y avoir quelques jours de crépuscule avant le lever du soleil & après son coucher ; & quand même le soleil seroit un jour entier sans se lever, cependant il y a de la lumiere à presque toutes les heures du jour. Une autre cause qui fait qu'on apperçoit le soleil avant qu'il soit élevé au-dessus de l'horison, est la réfraction des rayons. Non-seulement le soleil paroît plus tôt, mais le crépuscule arrive plus tôt dans l'air qu'il ne feroit, s'il n'y avoit point de réfraction.

4°. La lune étant pleine ou presque pleine, reste plusieurs jours sur l'horison, quand le soleil reste dessous ; & ce tems est d'autant plus long que le lieu est plus voisin du pole ; cependant elle n'est pas assez haute pour pouvoir donner aucune chaleur ; mais quand le soleil reste sur l'horison pendant toute une révolution, la pleine lune n'est jamais au-dessus.

5°. Les mêmes étoiles fixes se trouvent presque toujours sur l'horison, mais non les mêmes planetes. Saturne est au-dessus de l'horison pendant quinze ans auprès du pole & quinze ans au-dessous ; Jupiter en est six au-dessus & six au-dessous ; Mars un an ; Mercure & Vénus environ six mois : ce qui met encore beaucoup de différence entre les saisons.

6°. La terre est pleine de pierres & de rochers en beaucoup d'endroits ; & dans cette zone il n'y a guere de terre sulphureuse, grasse, bitumineuse. Dans le premier cas, la terre est un peu stérile, & dans le second, elle est assez fertile.

7°. Les lieux de la zone glaciale sont entourés de mers ; on ne connoit guere l'intérieur des terres.

8°. Il y a des pays sous la zone glaciale où se trouvent de hautes montagnes, & d'autres où il n'y a que de vastes plaines.

9°. Il souffle du pole des vents fort froids ; le vent d'est y est rare, & celui d'ouest encore plus ; mais les vents du nord regnent sous la zone glaciale arctique ; & sous l'antarctique ce sont les vents de sud.

10°. On y voit des nuages & des pluies très-fréquentes.

On peut juger par ce détail quelles sont les saisons des zones froides ; l'air en hiver y est obscur, nébuleux & gelé : ces lieux ont cependant la lumiere de la lune qui reste longtems sur l'horison ; mais la froideur du climat fait qu'il n'y croît rien du tout. Au printems le froid est plus modéré ; cependant le pays n'est pas encore exempt de neiges, de pluies & des vents glacés qui viennent du nord. Le froid se ralentit lorsque le soleil passe du premier degré du bélier jusqu'au premier de l'écrevisse. Alors commence la chaleur, chaleur qui cependant n'est pas assez forte pour fondre la neige. L'été arrive quand le soleil entre dans le signe de l'écrevisse, & dure jusqu'à ce qu'il vienne au premier degré de la balance ; mais cet été même est quelquefois traversé par la neige ; de-là vient que le blé ne peut pas mûrir, excepté en quelques endroits voisins du cercle polaire arctique.

Voilà d'après Varenius, le tableau de la zone glaciale ; c'est à M. Thompson qu'il appartient de le colorier ; vous allez voir une seconde fois comme il sait peindre ; car je suppose que vous avez déja lu la description de la zone torride.

Notre hiver, quelque rigoureux qu'il soit, dit cet aimable poëte, seroit bien foible, si nos yeux étonnés perçoient dans la zone glaciale, où durant les tristes mois, une nuit continuelle exerce sur une immense étendue son empire étoilé. Là le russe exilé dans des prisons sans bornes, erre arrêté par la main de la nature qui s'oppose à sa fuite. Rien ne s'offre à sa vue que des deserts ensévelis dans la neige, des bois qui en sont surchargés, des lacs gelés, & dans le lointain, de rustiques habitans, qui ne savent des nouvelles du genre humain, que quand les caravanes dans leurs courses annuelles tournent vers la côte dorée du riche Cathay. Cependant ces peuples fourrés vivent tranquilles dans leurs forêts ; ils sont vêtus d'hermines blanches comme la neige qu'ils foulent aux piés, ou de martres du noir le plus luisant, orgueil somptueux des cours !

Là les daims s'assemblent en troupe & se serrent pour s'échauffer. L'élan avec son bois éleve sa tête de dessous la neige, & reste endormi dans l'abysme blanc. L'ours difforme, sauvage habitant de ces lieux, est encore défiguré par les glaçons qui pendent autour de lui. Il marche seul, & avec une patience fiere, dédaignant de se plaindre, il s'endurcit contre le besoin pressant.

Dans les régions spacieuses du Nord, qui voient le bouvier céleste conduire son char à pas lents, une race nombreuse en bute aux fureurs du Caurus glacial, ne connoit point le plaisir, & ne craint point les peines. Ce peuple ralluma une fois la flamme du genre humain éteinte dans un esclavage policé ; il chassa courageusement & avec une rapidité terrible, les tribus errantes de la Scythie, les poussa sans qu'elles pussent résister, jusqu'au sud affoibli, & donna une nouvelle forme à l'univers vaincu.

Les fils de Lapland méprisent au contraire le métier barbare & insensé de la guerre ; ils ne demandent que ce que la simple nature peut leur donner ; ils aiment leurs montagnes, & jouissent de leurs orages. Les faux besoins, enfans de l'orgueil, ne troublent point le cours paisible de leur vie, & ne les engagent point dans les détours agités de l'ambition. Leurs rennes font toutes leurs richesses ; ils en tirent leurs tentes, leurs robes, leurs meubles, une nourriture saine, une boisson agréable. La tribu de ces animaux débonnaires, docile à la voix du maître, tend le col au harnois qui l'attache à la voiture, & ils l'emportent rapidement à-travers les collines & les vallons, qui ne sont qu'une plaine endurcie sous une croûte de glace bleuâtre.

Ces peuples trouvent même dans la profondeur de la nuit polaire un jour suffisant pour éclairer leur chasse, & pour guider leurs pas hardis vers les belles plaines de Finlande ; ils sont conduits par la clarté vacillante des météores, dont la lueur réfléchit sans cesse sur les cieux, & par des lunes vives, & des étoiles plus lumineuses, qui brillent d'un double éclat dans le firmament. Le printems leur arrive du sud rembruni. L'aurore obscure s'avance lentement ; le soleil ne fait d'abord que paroître ; il étend ensuite son cercle enflé, jusqu'à ce qu'il soit vu pendant des mois entiers ; toujours faisant la ronde, il continue sa course spirale ; & il est prêt à submerger son orbe enflammé, il tourne encore, & remonte au firmament.

Dans cette joyeuse saison, les habitans tirent leur pêche des lacs & des fleuves aux lieux où s'élevent les montagnes de Néemi fréquentées par les fées, & où le Tenglio, orné de quelques roses, roule les flots argentins : ils retournent gaiement le soir chargés de poisson à leurs tentes, où leurs femmes douces & pures, qui tout le jour ont vaqué à des soins utiles, allument du feu pour les recevoir. Race trois fois heureuse ! A l'abri, par la pauvreté du pillage des loix & du pouvoir rapace, l'intérêt ne jette jamais parmi vous la semence du vice, & vos bergers innocens n'ont point été ternis par le souffle de l'amour infidele !

Si l'on s'avance au-delà du lac de Tornéa & jusqu'au mont Hécla, on y voit, chose étonnante, les flammes percer à-travers les neiges. Ensuite s'offre le Groënland, pays le plus reculé & jusqu'au pole lui-même, terme fatal où la vie décline graduellement & s'éteint enfin. Là nos yeux suspendus sur la scène sauvage & prodigieuse considerent de nouvelles mers sous un autre firmament. Ici l'hiver assis sur un trône azuré tient dans son palais sa terrible cour ; dans son empire aërien, on entend à jamais la confusion & les tempêtes. C'est-là que le froid, sombre tyran, médite sa rage ; c'est-là qu'il arme les vents d'une gelée qui subjugue tout, qu'il forme la fiere grele, & qu'il ramasse en trésors les neiges dont il accable la moitié du globe.

De-là tournant à l'est jusqu'à la côte de Tartarie, on parcourt transi le bord mugissant de la mer, où des neiges entassées sur des neiges résident depuis les premiers tems, & semblent ménacer les cieux. Là des montagnes de glaces amoncelées pendant des siecles paroissent de loin au matelot tremblant, un athmosphere de nuages blancs & sans forme. Des alpes énormes & horribles à la vue se ménacent réciproquement, & penchent sur la vague, ou se précipitant avec un bruit affreux, qui semble annoncer le retour du cahos, fendent l'abyme, & ébranlent le pole même. L'Océan, tout puissant qu'il est, ne peut résister à la fureur qui lie tout ; accablé jusqu'au fond de ses entrailles par l'effort victorieux de la gelée, il est enchaîné lui-même, & il lui est ordonné de ne plus rugir. Tout enfin n'est qu'une étendue glacée, couverte de rochers ; tristes plages dépourvues de tous les habitans, qui s'enfuient au sud par un instinct naturel dans ces mois terribles. Combien sont malheureux ceux qui, embarrassés dans les amas de glace, reçoivent en ces lieux le dernier regard du soleil couchant, tandis que la très-longue nuit, nuit de mort & d'une gelée dure & dix fois redoublée, tombe avec horreur sur leurs têtes. Elle les glace en un clin-d'oeil, les rend stupidement immobiles, & les gele comme des statues qui blanchissent au souffle du nord.

Ah, que les licencieux & les orgueilleux, qui vivent dans la puissance & dans l'abondance, refléchissent peu à ces malheurs ! Ceux qui nagent dans la volupté ne pensent pas, tandis qu'ils se plongent dans les plaisirs, combien il en est qui éprouvent les douleurs de la mort, & les différens maux de la vie ; combien périssent dans les mers, dans les forêts, dans les sables ou par le feu ; combien versent leur sang dans des disputes honteuses entre l'homme & l'homme ; combien languissent dans le besoin & dans l'obscurité des prisons, privés de l'air commun à tous, & de l'usage commun aussi de leurs propres membres ; combien mangent le pain amer de la misere, & boivent le calice de la douleur ; combien n'ont d'autre demeure que la chétive cabane de la triste pauvreté, ouverte aux injures de l'hiver !

Dans le vallon paisible où la sagesse aime à demeurer avec l'amitié, la paix & la méditation, combien en est-il qui, remplis de sentimens vertueux, languissent dans des malheurs secrets & profonds, qui, panchés sur le lit de mort de leurs plus chers amis, marquent & reçoivent leur dernier soupir ! Hommes livrés au délire des passions, retracez-vous de telles idées ; songez à tous ces maux, & à mille autres qui ne se peuvent nommer, & qui font de la vie une scène de travail, de souffrances & de cruelles peines. Si vous vous en occupiez, le vice qui vous domine paroîtroit effrayé dans sa carriere, vos mouvemens guidés au hasard & intercadens deviendroient des pensées utiles, votre coeur pénétré s'échaufferoit de charité, la bienfaisance dilateroit en vous ses desirs, vous apprendriez à soupirer, à mêler vos larmes à celles des malheureux, ces mouvemens se tourneroient en goûts, & ces goûts perfectionnés graduellement établiroient en vous l'exercice de l'humanité, la plus belle vertu dont les mortels puissent être épris. (D.J.)


ZONES TEMPEREES, (Géog. mod.) les deux zones tempérées sont entre la torride & les glaciales, c'est-à-dire entre les tropiques & les cercles polaires ; chacune contient 43 degrés de largeur : celle qui est entre le tropique de l'Ecrevisse & le cercle polaire arctique (comme celle où nous habitons) est appellée zone tempérée septentrionale ; & l'autre qui est entre le tropique du Capricorne & le cercle polaire antarctique, se nomme méridionale à l'égard de la nôtre.

Ces deux zones sont dites tempérées à cause de leur situation entre la torride & les glaciales ; leurs extrémités néanmoins participent beaucoup de l'excès du froid & du chaud, ensorte qu'il n'y a que le milieu qui mérite à juste titre le nom de tempéré, les autres parties de cette zone étant ou trop froides ou trop chaudes, à proportion qu'elles sont plus ou moins près des autres zones.

Ceux qui habitent l'une ou l'autre des zones tempérées n'ont jamais le soleil sur la tête, & les jours y sont toujours moindres que de vingt-quatre heures, parce que l'horison coupe tous les paralleles du soleil, qui par conséquent se leve & se couche chaque jour : l'équinoxe arrive deux fois l'année au tems ordinaire, & le pole y est toujours plus élevé que de vingt-trois degrés & demi, & moins que de soixante-six degrés & demi, ce qui fait que hors des tems des équinoxes les jours sont inégaux aux nuits.

Il y a plusieurs étoiles (plus ou moins, selon l'obliquité de la sphere) qui sont hors du cercle polaire, proche du pole élevé, & qui ne se couchent point ; & d'autres qui sont hors du cercle polaire opposé, & qui ne se levent jamais ; les crépuscules y sont plus grands que dans la zone torride, parce que le soleil descendant plus obliquement sur l'horison n'arrive pas si-tôt à l'almicantarath éloigné de l'horison de dix-huit degrés, que s'il descendoit perpendiculairement : l'inégalité des jours s'augmente d'autant plus que le pole est élevé sur l'horison, ce qui fait qu'il y a des nuits qui ne sont qu'un crépuscule en plusieurs années des zones tempérées, comme il arrive à Paris pendant quelques jours de l'été ; savoir environ huit jours devant & après le solstice d'été, parce que le soleil pendant ce tems-là ne descend jamais dix-huit degrés sous l'horison.

Personne n'ignore que la zone tempérée septentrionale comprend toute l'Europe, l'Asie, (excepté la Chersonese d'or & les îles de la mer indienne), une grande partie de l'Amérique septentrionale, de l'Océan atlantique & de la mer Pacifique.

La zone tempérée méridionale contient peu de pays, encore ne sont-ils pas tous connus : mais il y a beaucoup de mers, une partie de l'Afrique méridionale, du Monomotapa, le cap de Bonne-Espérance, une bonne partie de la terre Magellanique, une portion du Brésil, le Chili, le détroit de Magellan, & une grande partie des mers Atlantique, Indienne & Pacifique.

Quoique l'approche ou l'éloignement du soleil dirigent principalement les saisons des zones tempérées, il y a cependant bien d'autres causes qui y produisent le chaud ou le froid suivant les lieux, comme nous allons le voir.

D'abord les saisons différent dans divers endroits de la zone tempérée, ensorte que sous le même climat il fait plus chaud ou plus froid, plus sec ou plus humide dans un lieu que dans un autre ; cependant les saisons ne different jamais de l'hiver à l'été, ni de l'été à l'hiver ; les variétés qui se rencontrent dépendent de la nature du sol, haut ou bas, pierreux ou marécageux, proche ou loin de la mer.

La plûpart des lieux voisins du tropique sont fort chauds en été ; quelques-uns ont une saison humide, à-peu-près semblable à celle de la zone torride. Ainsi dans la partie du Guzarate qui est au-delà du tropique, il y a les mêmes mois de sécheresse & d'humidité qu'en-dedans du tropique, & l'été se change en un tems pluvieux. Chez nous, nous ne jugeons pas de l'hiver & de l'été par la sécheresse & l'humidité, mais par le chaud & le froid.

Sur les côtes de Perse & au pays d'Ormus, il y a tant de chaleur en été, à cause du voisinage du soleil, que les habitans, hommes & femmes, dorment la nuit dans des cîternes pleines d'eau. Il fait aussi très-chaud en Arabie.

Dans presque toute la Barbarie, (c'est ainsi qu'on nomme les pays d'Afrique situés sur la Méditerranée), il commence à regner après le milieu d'Octobre un froid vif & des pluies, suivant le rapport de Léon l'africain ; & aux mois de Décembre & de Janvier, le froid est plus violent (ainsi que par-tout ailleurs sous la zone tempérée), mais ce n'est que le matin ; au mois de Février, la plus grande partie de l'hiver est passée, quoique le tems reste très-inconstant ; au mois de Mars, les vents de nord & d'ouest soufflent fortement, & les arbres sont alors chargés de fleurs ; en Avril, les fruits sont formés, desorte qu'à la fin de ces mois on a des cerises ; au milieu de Mai, on commence à cueillir des figues sur les arbres ; l'on trouve des raisins mûrs dans quelques endroits à la mi-Juin. La moisson des figues est en état d'être faite en Août.

Le printems terrestre commence le 15 Février, & finit le 18 Mai, dans lequel tems il y a toujours un vent frais. S'il ne tombe pas de pluie entre le 25 Avril & le 5 Mai, on estime que c'est un mauvais signe ; on compte que l'été dure jusqu'au 16 Août. Le tems est alors chaud & serein. On place l'automne entre le 17 Août & le 16 Novembre, & la chaleur n'est pas si grande dans ces deux mois. Cependant les anciens comptoient le tems le plus chaud entre le 15 Août & le 15 Septembre, parce que c'étoit celui où les figues, les coings & tous les autres fruits mûrissoient ; & ils plaçoient leur hiver depuis le 15 Novembre jusqu'au 15 Février, qu'ils s'occupoient à labourer les plaines. Ils étoient persuadés qu'il y avoit toujours dans l'année quarante jours de grandes chaleurs qui commençoient le 12 Juin, & autant de jours de froidure, qui commençoient le 12 Décembre. Le 16 de Mars & de Septembre sont les jours de leurs équinoxes, & ceux de leurs solstices arrivent le 16 de Juin & de Décembre.

Sur le mont Atlas, qui est à 30 degrés 20 minutes de latitude-nord, on ne divise l'année qu'en deux parties ; car on a un hiver constant depuis Octobre jusqu'en Avril, & l'été dure depuis Avril jusqu'en Octobre : cependant il n'y a pas un seul jour où le sommet des montagnes ne soit couvert de neige.

Les saisons de l'année passent aussi fort vîte en Numidie ; on y recueille le blé en Mai, & les dattes en Octobre ; le froid commence au milieu de Septembre, & dure jusqu'en Janvier. Quand il ne tombe pas de pluie en Octobre, les laboureurs perdent toute espérance de pouvoir semer. Il en est de même quand il ne pleut pas en Avril. Léon l'Africain nous assure, qu'il y a dans le voisinage du tropique du cancer, beaucoup de montagnes chargées de neiges.

La partie septentrionale de la Chine, est à-peu-près à la même latitude que l'Italie, puisqu'elle s'étend depuis le 30e degré jusqu'au 42e degré de latit. cependant le froid qui vient selon les apparences, des montagnes neigeuses de Tartarie, s'y fait sentir si vivement, que les grandes rivieres & les lacs se gelent.

La nouvelle Albion, quoique située à 42 degrés de latitude-nord, & aussi proche de l'équateur que l'Italie, est cependant si froide au mois de Juin, que quand l'amiral Drake y alla, il fut forcé de retourner au sud, parce que les montagnes étoient alors couvertes de neiges.

Prosper Alpin dit dans son livre de la Médecine égyptienne, que le printems de l'année en Egypte, arrive en Janvier & Février ; que l'été y commence en Avril, & dure en Juin, Juillet & Août ; que l'automne arrive en Septembre & Octobre ; & l'hiver, en Novembre & Décembre. On coupe le blé en Avril, & on le bat aussi-tôt ; desorte qu'on ne voit pas un épi dans la campagne au 20 de Mai, ni aucun fruit sur les arbres.

Au détroit de Magellan & dans les pays voisins, qui sont à 52 degrés latitude, l'été est froid ; car les Hollandois trouverent dans une baie de ce détroit, un morceau de glace en Janvier, qui devroit être le mois le plus chaud ; & sur les montagnes de la côte, on voit de la neige pendant tout l'été. On remarque en général que dans les pays de la zone tempérée méridionale, le froid est plus grand, les pluies plus fortes, & la chaleur moindre en été que sous la zone tempérée septentrionale. Seroit-ce que le soleil resteroit plus longtems dans la partie septentrionale de l'écliptique, & qu'il s'y meut plus lentement que dans la partie méridionale ?

Aux environs de la ville du Pérou, dans la province du Potosi, il fait si froid, que rien ne peut croître à 4 milles à la ronde. Au royaume du Chili, qui s'étend depuis le 30 jusqu'au 50e degré de latitude-sud, le printems commence au mois d'Août, plus tôt qu'il ne devroit, suivant le cours du soleil, & finit au milieu de Novembre. Ensuite vient l'été qui dure jusqu'au milieu de Février ; l'automne succede jusqu'au milieu de Mai. Alors commence l'hiver, qui est humide & fort neigeux sur les montagnes. Le froid est aussi considérable dans les vallées, à cause d'un vent vif & piquant qui l'accompagne.

Au Japon, l'hiver est neigeux, humide, & plus froid que dans d'autres pays qui ont la même latitude, parce que ce royaume est entrecoupé de détroits, & qu'il est entouré de la mer.

Enfin, il n'est point sur la terre de température plus heureuse & plus favorable que celle d'une partie de l'Espagne, de l'Italie, & sur-tout de la France. C'est ici que les gelées de l'hiver préparent sans horreur leur nitre & leur fécondité. Ici, le printems varié & fleuri, modere par des pluies douces & fertiles, le feu de la nature agissante. Ici, le soleil éclairant les nuages, produit une chaleur vivifiante, darde ses influences sur l'homme, sur les animaux, sur les végétaux, couvre la terre de fruits, & les amene à leur maturité. Ici, l'automne couronnée d'épis qui s'agitent sur nos champs dorés, met sa faulx dans la main du cultivateur, pour qu'il recueille avec reconnoissance, la moisson abondante des présens de Cerès, de Pomone, & du fils aimable de la crédule Sémélé. Telles sont les saisons de notre zone : mais ma voix trop foible pour chanter leurs délices, veut que j'emprunte de nouveau les peintures brillantes & spirituelles qu'en a fait M. Thompson. Sa muse plaît autant qu'elle instruit. Vous jugerez pour la troisieme fois, comme elle sait employer dans ses descriptions la variété, l'harmonie, l'image & le sentiment.

Quand le soleil quitte le signe du bélier, & que le brillant taureau le reçoit, l'athmosphere s'étend, & les voiles de l'hiver font place à des nuages légers, épars sur l'horison. Les vents agréables sortent de leurs retraites, délient la terre, & lui rendent la vie. Diffugere nives.

La neige a disparu ; bien-tôt par la verdure

Les côteaux seront embellis :

La terre ouvre son sein, & change de parure ;

Les fleuves coulent dans leur lit.

Le laboureur plein de joie, se félicite. Il tire de l'étable ses boeufs vigoureux, les mene à leurs travaux, pese sur le soc, brise la glêbe, & dirige le sillon, en rangeant la terre des deux côtés. Plus loin un homme vêtu de blanc, seme libéralement le grain ; la herse armée de pointes, suit & ferme la scène.

Ce que les douces haleines des zéphirs, les rosées fécondes, & les fertiles ondées ont commencé, l'oeil du pere de la nature l'acheve ; il darde profondément ses rayons vivifians, & pénetre jusques dans les retraites obscures de la végétation. Sa chaleur se subdivise dans les germes multipliés, & se métamorphose en mille couleurs variées sur la robe renaissante de la terre. Tu concours sur-tout à nos plaisirs, tendre verdure, vêtement universel de la nature riante ; tu réunis la lumiere & l'ombre ; tu réjouis la vue, & tu la fortifies ; tu plais enfin également sous toutes les nuances.

Sortez du sein des violettes,

Croissez feuillages fortunés ;

Couronnez ces belles retraites,

Ces détours, ces routes secrettes

Aux plus doux accords destinés !

Ma muse par vous attendrie,

D'une charmante rêverie

Subit déja l'aimable loi ;

Les bois, les vallons, les montagnes,

Toute la scène des campagnes

Prend une ame, & s'orne pour moi.

L'herbe nouvelle produite par l'air tempéré, se propage depuis les prés humides jusques sur la colline. Elle croît, s'épaissit, & rit à l'oeil de toutes parts ; la seve des arbrisseaux pousse les jeunes boutons, & se développe par degré. La parure des forêts se déploie, & déja l'oeil ne voit plus les oiseaux dont on entend les concerts. La main de la Nature répand à la fois dans les jardins, des couleurs riantes sur les fleurs, & dans l'air, le doux mêlange des parfums. Le fruit attendu n'est encore qu'un germe naissant, caché sous des langes de pourpre.

Des objets si charmans, un séjour si tranquille,

La verdure, les fleurs, les oiseaux, les beaux jours ;

Tout invite le sage à chercher un asyle

Contre le tumulte des cours.

Puissai-je dans cette saison, quitter la ville ensevelie dans la fumée & dans le sommeil ! Qu'il me soit permis de venir errer dans les champs, où l'on respire la fraîcheur, & où l'on voit tomber les gouttes tremblantes de l'arbuste penché ! Que je promene mes rêveries dans les labyrinthes rustiques, où naissent les herbes odoriférantes, parfums des laitages nouveaux ! que je parcoure les plaines émaillées de mille couleurs tranchantes, & que passant de plaisir en plaisir, je me peigne les trésors de l'automne, à travers les riches voiles qui semblent vouloir borner mes regards !

La fécondité des pluies printanieres perce la nue, abreuve les campagnes, & répand une douce humidité dans tout l'athmosphere. La bonté du ciel verse sans mesure l'herbe, les fleurs & les fruits. L'imagination enchantée, voit tous ces biens au moment même où l'oeil de l'expérience ne peut encore que le prévoir. Celle-ci apperçoit à peine la premiere pointe de l'herbe ; & l'autre admire déja les fleurs ; dont la verdure doit être embellie.

La terre reçoit la vie végétative ; le soleil change en lames d'or les nuages voisins : la lumiere frappe les montagnes rougies : ses rayons se répandent sur les fleuves, éclairent le brouillard jaunissant sur la plaine, & colorent les perles de la rosée. Le paysage brille de fraîcheur, de verdure, & de joie ; les bois s'épaississent ; la musique des airs commence, s'accroît, se mêle en concert champêtre au murmure des eaux.

Les troupeaux belent sur les collines ; l'écho leur répond du fond des vallons. Le zéphir souffle ; le bruit de ses aîles réunit toutes les voix de la nature égayée. L'arc-en-ciel au même instant sort des nuages opposés : il développe toutes les couleurs premieres, depuis le rouge jusqu'au violet, qui se perd dans le firmament que l'arc céleste embrasse, & dans lequel il semble se confondre. Illustre Newton, ces nuages opposés au soleil, & prêts à se résoudre en eau, forment l'effet de ton prisme, dévoilent à l'oeil instruit l'artifice admirable des couleurs, qu'il n'étoit réservé qu'à toi de découvrir, sous l'enveloppe de la blancheur qui les dérobe à nos regards !

Enfin l'herbe vivante sort avec profusion, & la terre entiere en est veloutée. Le plus habile botaniste ne sauroit en nombrer les especes, quand attentif à ses recherches, il marche le long du vallon solitaire ; ou quand il perce les forêts, & rejette tristement les mauvaises herbes, sentant qu'elles ne sont telles à ses yeux, que parce que son savoir est borné ; ou lorsqu'il franchit les rochers escarpés, & porte au sommet des montagnes des pas dirigés par le signal des plantes qui semblent appeller son avide curiosité ; car la nature a prodigué par-tout ses faveurs ; elle en a confié les germes sans nombre aux vents favorables, pour les déposer au milieu des élémens qui les doivent nourrir.

Lorsque le soleil dardera ses rayons du haut de son trône du midi, repose-toi à l'abri du lilas sauvage, dont l'odeur est délectable. Là, la primevere penche sa tête baignée de rosée, & la violette se cache parmi les humbles enfans de l'ombre ; si tu l'aimes mieux, couche-toi sous ce frêne, d'où la colombe à l'aîle rapide prend son essor bruyant ; ou bien enfin assis au pié de ce roc sourcilleux, résidence éternelle du faucon, laisse errer tes pensées à travers ces scènes champêtres, que le berger de Mantoue illustra jadis par l'harmonie incomparable de ses chants :

Tu vois sur ces côteaux fertiles

Des troupeaux riches & nombreux ;

Ceux qui les gardent sont heureux,

Et ceux qui les ont sont tranquilles

Puisses-tu, à leur exemple, assoupi par les échos des bois & le murmure des eaux, réunir mille images agréables, émousser dans le calme les traits des passions turbulentes, & ne souffrir dans ton coeur que les tendres émotions, sentiment pur, également ennemi de la léthargie de l'ame, & du trouble de l'esprit.

Toi que j'adore, toi que les graces ont formée, toi la beauté même, viens avec ces yeux modestes, & ces regards mesurés où se peignent à-la-fois une aimable légereté, la sagesse, la raison, la vive imagination, & la sensibilité du coeur ; viens, ma Thémire, honorer le printems qui passe couronné de roses. Permets-moi de cueillir ses fleurs nouvelles, pour orner les tresses de tes cheveux, & parer le sein délicieux qui ajoute encore à leur douceur.

Vois dans ce vallon comme le lit s'abreuve du ruisseau caché, & cherche à percer la touffe du pâturage. Promenons-nous sur ces champs couverts de féves fleuries, lieux où le zéphir qui parcourt ces vastes campagnes, nous apporte les parfums qu'il y a rassemblés ; parfums mille fois plus salubres & plus flatteurs, que ne furent jamais ceux de l'Arabie. Ne crois pas indigne de tes pas cette prairie riante ; c'est le négligé de la nature que l'art n'a point défiguré. Ici remplissent leur tâche de nombreux essains d'abeilles, nation laborieuse, qui fend l'air, & s'attache au bouton dont elle suce l'ame éthérée ; souvent elle ose s'écarter sur la bruyere éclatante de pourpre, où croît le thym sauvage, & elle s'y charge du précieux butin.

L'Océan n'est pas loin de ce vallon ; viens, belle Thémire, considérer un moment la merveille de son flux.

Que j'aime alors qu'il se retire

De le poursuivre pas-à-pas ;

Au reflux il a des appas

Que l'on sent, & qu'on ne peut dire.

Ici les cailloux font du bruit ;

Delà le gravier se produit ;

La vague y blanchit, & s'y creve ;

Là son écume à gros bouillons

Y couvre, & découvre la greve,

Baisant nos piés sur les sablons.

Que j'aime à voir sur ces rivages

L'eau qui s'enfuit & qui revient,

Qui me présente, qui retient,

Et laisse enfin ses coquillages.

Cependant il est tems de nous rendre dans les jardins que le Nostre a formés, jardins admirables par leurs perspectives & leurs allées de boulingrins. Dans les bosquets où regne une douce obscurité, la promenade s'étend en longs détours, & s'ouvrant tout-à-coup, offre aux regards surpris le firmament qui s'abaisse, les rivieres qui coulent en serpentant, les étangs émus par les vents légers, des grouppes de forêts, des palais qui fixent l'oeil, des montagnes qui se confondent dans l'air, & la mer que nous venons de quitter.

Le long de ces bordures regne, avec la rosée, le printems qui développe toutes les graces. Mille plantes embellissent le parterre, reçoivent & préparent les parfums ; les anémones, les oreilles d'ours enrichies de cette poudre brillante qui orne leurs feuilles de velours, la double renoncule d'un rouge ardent, décorent la scène. Ensuite la nation des tulipes étale ses caprices innocens, qui se perpétuent de race en race, & dont les couleurs variées se mêlangent à l'infini, comme font les premiers germes. Tandis qu'elles éblouissent la vue charmée, le fleuriste admire avec un secret orgueil, les miracles de sa main. Toutes les fleurs se succedent depuis le bouton, qui naît avec le printems, jusqu'à celles qui embaument l'été. Les hyacinthes du blanc le plus pur s'abaissent, & présentent leur calice incarnat. Les jonquilles d'un parfum si puissant ; la narcisse encore penchée sur la fontaine fabuleuse ; les oeillets agréablement tachetés ; la rose de damas qui décore l'arbuste ; tout s'offre à-la-fois aux sens ravis : l'expression ne sauroit rendre la variété, l'odeur, les couleurs sur couleurs, le souffle de la nature, ni sa beauté sans bornes.

Dans cette saison où l'amour, cette ame universelle, pénetre, échauffe l'air, & souffle son esprit dans toute la nature, la troupe aîlée sent l'aurore des desirs. Le plumage des oiseaux mieux fourni, se peint de plus vives couleurs ; ils recommencent leurs chants long-tems oubliés, & gazouillent d'abord foiblement ; mais bientôt l'action de la vie se communique aux organes intérieurs ; elle gagne, s'étend, & produit un torrent de délices, dont l'expression se déploie en concerts, qui n'ont de bornes que celle d'une joie qui n'en connoît point.

La messagere du matin, l'alouette s'éleve en chantant à-travers les ombres qui fuyent devant le crépuscule du jour ; elle appelle d'une voix haute les chantres des bois, & les reveille au fond de leur demeure ; toute la troupe gazouillante forme des accords. Philomele les écoute, & leur permet de s'égayer, certaine de rendre les échos de la nuit préférables à ceux du jour.

Je demeure saisi

D'entendre de sa voix l'harmonie & la grace ;

Vous croiriez sur la foi de ses charmans accords,

Que l'ame de Linus, ou du chantre de Thrace

A passé dans ce petit corps,

Et d'un gosier si doux anime les ressorts.

Les faunes & les nayades,

Pan, & les amadryades,

Au goût délicat & fin,

Au chant qui les captive

Tenant une oreille attentive,

En appréhendent la fin.

Toute cette musique n'est autre chose que la voix de l'Amour ! C'est lui qui enseigne le tendre art de plaire aux oiseaux, & chacun d'eux en courtisant sa maîtresse, verse son ame toute entiere. D'abord à une distance respectueuse, ils font la roue dans le circuit de l'air, & tâchent par un million de tours d'attirer l'oeil rusé de leur enchanteresse, volontairement distraite. Si elle semble ne pas désapprouver leurs voeux, leurs couleurs deviennent plus vives. Animés par l'espérance, ils avancent promptement ; ensuite comme frappés d'une atteinte invisible, ils se retirent en desordre ; ils se rapprochent encore, battent de l'aîle, & chaque plume frissonne de desir. Les gages de l'hymen sont reçus ; les amans s'envolent où les conduisent les plaisirs, l'instinct & le soin de leur sûreté.

Muse, ne dédaigne pas de pleurer tes freres des bois, surpris par l'homme tyran, & renfermés dans une étroite prison. Ces jolis esclaves, privés de l'étendue de l'air, s'attristent ; leur plumage est terni, leur beauté fanée, leur vivacité perdue. Ce ne sont plus ces notes ravissantes qu'ils gazouilloient sur le hêtre. O vous amis des tendres chants, épargnez ces douces lignées, laissez-les jouir de la liberté, pour peu que l'innocence, que les doux accords, ou que la pitié aient de pouvoir sur vos coeurs.

Gardez-vous surtout d'affliger Philomele, en détruisant ses travaux. Cet Orphée des bocages est trop délicat pour supporter les durs liens de la prison. Quelle douleur pour la tendre mere, quand, revenant le bec chargé, elle trouve ses chers enfans dérobés par un ravisseur impitoyable. Elle jette sur le sable sa provision désormais inutile ; son aîle languissante & abattue, peut à peine la porter sous l'ombre d'un peuplier voisin. Là, livrée au désespoir, elle gémit & déplore son malheur pendant des nuits entieres ; elle s'agite sur la branche solitaire ; sa voix toujours expirante s'épuise en sons lamentables. L'écho soupire à son chant, & répete sa douleur. L'homme seul seroit-il insensible ? Ah plutôt qu'il considere que la bonté divine voit d'un oeil également compatissant toutes ses créatures !

Que ne puis-je peindre la multitude des bienfaits qu'elle verse à pleines mains sur notre hémisphere dans cette brillante saison ; mais si l'imagination même ne peut suffire à cette tâche délicieuse, que pourroit faire le langage ? Contentons-nous de dire que dans le printems la maladie leve sa tête languissante, la vie se renouvelle, la santé rajeunit, & se sent régénéré. Le soleil pour la fortifier, nous échauffe tendrement de ses rayons du midi, & même paroît s'y plaire.

Le grand astre dont la lumiere

Eclaire la voute des cieux,

Semble pour nous de sa carriere

Suspendre le cours glorieux ;

Fier d'être le flambeau du monde,

Il contemple du haut des airs

L'Olympe, la terre & les mers

Remplis de sa clarté féconde ;

Et jusques au fond des enfers,

Il fait entrer la nuit profonde

Qui lui disputoit l'univers.

L'influence de l'année renaissante opere également sur l'un & l'autre sexe. Maintenant une rougeur plus fraîche & plus vive que l'incarnat rehausse l'éclat du teint d'une aimable bergere ; le rouge de ses levres devient plus foncé ; une flamme humide éclate dans ses yeux ; son sein animé, s'éleve avec des palpitations inégales ; un feu secret se glisse dans ses veines, & son ame entiere s'enivre d'amour. Le trait vole, pénétre l'amant, & lui fait chérir le pouvoir extatique qui le domine. Jeunes beautés, gardez alors avec plus de soin que jamais vos coeurs fragiles ! sur-tout que les sermens qui cachent le parjure sous le langage de l'adulation, ne livrent pas vos doux instans à l'homme séducteur dans ces bosquets parfumés de roses, & tapissés de chevrefeuil, au moment dangereux où le crépuscule du soir tire ses rideaux cramoisis !

Vous dont l'heureuse sympathie a formé les tendres noeuds par des liens indissolubles, en confondant dans un même destin vos ames, vos fortunes & votre être, jouissez à l'ombre des myrthes amoureux dans vos embrassemens mutuels, de tout ce que l'imagination la plus vive peut former de bonheur, & de tout ce que le coeur le plus avide peut former de desirs. Puisse un long printems orner vos têtes de ses guirlandes fleuries, & puisse le déclin de vos jours arriver doux & serein !

Mais l'éclatant été vient dorer nos campagnes, suivi des vents rafraîchissans ; les gémeaux cessent d'être embrasés, & le cancer rougit des rayons du soleil. La nuit n'exerce plus qu'un empire court & douteux ; à peine elle avance sur les traces du jour qui s'éloigne, qu'elle prévoit l'approche de celui qui va lui succéder. Déja paroît le matin, pere de la rosée. Une lumiere foible l'annonce dans l'orient tacheté. Bientôt cette lumiere s'étend, brise les ombres, & chasse la nuit, qui fuit d'un poids précipité. La belle aurore offre à la vue de vastes paysages. Le rocher humide, le sommet des montagnes couvert de brouillards, s'enflent à l'oeil, & brillent à l'aube du jour. Les torrens fument, & semblent bleuâtres à-travers le crépuscule. Les bois retentissent de chants réunis. Le berger ouvre sa bergerie, fait sortir par ordre ses nombreux troupeaux, & les mene paître l'herbe fraîche.

Des nuits l'inégale couriere

S'éloigne, & pâlit à nos yeux ;

Chaque astre au bout de sa carriere

Semble se perdre dans les cieux.

Quelle fraîcheur ! L'air qu'on respire

Est le souffle délicieux

De la volupté qui soupire

Au sein du plus jeune des dieux.

Déja la colombe amoureuse

Vole du chêne sous l'ormeau ;

L'amour vingt fois la rend heureuse

Sans quitter le même rameau.

Triton sur la mer applanie

Promene sa conque d'azur,

Et la nature rajeunie

Exhale l'ambre le plus pur.

Au bruit des Faunes qui se jouent

Sur le bord tranquille des eaux,

Les chastes Nayades dénouent

Leurs cheveux tressés de roseaux.

Réveille-toi, mortel esclave du luxe, & sors de ton lit de paresse ; viens jouir des heures balsamiques, si propres aux chants sacrés : le sage te montre l'exemple ; il ne perd point dans l'oubli la moitié des momens rapides d'une trop courte vie ! totale extinction de l'ame éclairée ! Il ne reste point dans un état de ténebres, quand toutes les muses, quand mille & mille douceurs l'attendent à la promenade solitaire du matin d'été.

Déja le puissant roi du jour se montre radieux dans l'orient ; l'azur des cieux enflammé, & les torrens dorés qui éclairent les montagnes, marquent la joie de son approche. L'astre du monde regarde sur toute la nature avec une majesté sans bornes, & verse la lumiere sur les rochers, les collines, & les ruisseaux errans, qui étincellent dans le lointain.

Autour de ton char brillant, oeil de la nature, les saisons menent à leur suite dans une harmonie fixe & changeante, les heures aux doigts de roses, les zéphirs flottans nonchalamment, les pluies favorables, la rosée passagere, & les fiers orages adoucis. Toute cette cour répand successivement tes bienfaits, odeurs, herbes, fleurs, & fruits, jusqu'à ce que tout s'allumant successivement par ton souffle divin, tu décores le jardin de l'univers.

Voici l'instant où le soleil fond dans un air limpide les nuages élevés, & les brouillards du cancer, qui entourent les collines de bandes diversement colorées.

De sa lumiere réfléchie

Cet astre vient remplir les airs,

Et par degrés à l'univers

Donner la couleur & la vie.

Bien-tôt totalement dévoilé, il éclaire la nature entiere, & la terre paroît si vaste, qu'elle semble s'unir à la voûte du firmament.

La fraîcheur de la rosée tombante se retire à l'ombre, & les roses touffues en cachent les restes dans leur sein. C'est alors que je médite sur un verd gazon, auprès des fontaines de crystal, & des ruisseaux tranquilles. Je vois à mes piés ces fleurs délicates qui, épanouies ce matin, seront fannées ce soir. Telle une jeune beauté languit & s'efface, quand la fievre ardente bouillonne dans ses veines. La fleur au contraire qui suit le soleil, se referme quand il se couche, & semble abattue pendant la nuit ; mais si-tôt que l'astre reparoît sur l'horison, elle ouvre son sein amoureux à ses rayons favorables.

Maintenant

Le bruit renaît dans les hameaux,

Et l'on entend gémir l'enclume

Sous les coups fréquens des marteaux.

Le regne du travail commence.

Monté sur le trône des airs,

Eclairez leur empire immense,

Soleil, apportez l'abondance,

Et les plaisirs à l'univers.

Les nombreux habitans du village se répandent sur les prés rians ; la jeunesse rustique pleine de santé & de force, est un peu brunie par le travail du midi. Semblables à la rose d'été, les filles demi-nues, & rouges de pudeur, attirent d'avides regards, & toutes leurs graces allumées paroissent sur leurs joues. L'âge avancé fournit ici sa tâche ; la main même des enfans traîne le rateau : surchargés du poids odoriférant, ils tombent, & roulent sur le fardeau bienfaisant : la graine de l'herbe s'éparpille tout-autour. Les faneurs s'avancent dans la prairie, & étendent au soleil la récolte qui exhale une odeur champêtre. Ils retournent l'herbe séchée : la poussiere s'envole au long du pré ; la verdure reparoît ; la meule s'éleve épaisse & bien rangée. De vallon en vallon, les voix réunies par un travail heureux, retentissent de toutes parts ; l'amour & la joie sociable perpétuent gaiement le travail jusqu'au soir prêt à commencer.

Le dieu qui doroit nos campagnes

Va se dérober à nos yeux ;

Il fuit, & son char radieux

Ne dore plus que les montagnes.

Les nymphes sortent des forêts

Le front couronné d'amaranthes ;

Un air plus doux, un vent plus frais

Raniment les roses mourantes ;

Et descendant du haut des monts,

Les bergeres plus vigilantes

Rassemblent leurs brebis bêlantes

Qui s'égaroient dans les vallons.

Je perce en ces momens dans la profonde route des forêts voisines, où les arbres sauvages agitent sur la montagne leurs cimes élevées. A chaque pas grave & lent, l'ombre est plus épaisse ; l'obscurité, le silence, tout devient imposant, auguste, & majestueux ; c'est le palais de la réflexion, le séjour où les anciens poëtes sentoient le souffle inspirateur.

Reposons-nous près de cette bordure baignée de la fraîcheur de l'air humide. Là, sur un rocher creux & bisarrement taillé, je trouve un siége vaste & commode, doublé de mousse, & les fleurs champêtres ombragent ma tête. Ici le disque baissé du soleil éclaire encore les nuages, ces belles robes du ciel qui roulent sans cesse dans des formes vagues, changeantes, & semblables aux rêves d'une imagination éveillée.

La terre sera bien-tôt couverte de fruits : l'année est dans sa maturité. La fécondité suivie de ses attributs, portera la joie dans toute l'étendue de ce beau climat ; mais les douces heures de la promenade sont arrivées pour celui qui, comme moi, se plaît solitairement à chercher les collines. Là, il s'occupe à faire passer dans son ame par un chant pathétique, le calme qui l'environne. Des amis réciproquement unis par les liens d'une douce société, viennent le joindre. Un monde de merveilles étale ses charmes à leurs yeux éclairés, tandis qu'elles échappent à ceux du vulgaire. Leurs esprits sont remplis des riches trésors de la Philosophie, lumiere supérieure ! La vertu brûle dans leurs coeurs, avec un enthousiasme que les fils de la cupidité ne peuvent concevoir. Invités à sortir pour jouir du déclin du jour, ils dirigent ensemble leurs pas vers les portiques des bois verds, vaste lycée de la nature. Les épanchemens du coeur fortifient leur union dans cette douce école, où nul maître orgueilleux ne regne. Maintenant aussi les tendres amans quittent le tumulte du monde, & se retirent dans des retraites sacrées. Ils répandent leurs ames dans des transports que le dieu d'amour entend, approuve, & confirme.

Enfin :

Le soleil finit sa carriere,

Le tems conduit son char ardent,

Et dans des torrens de lumiere,

Le précipite à l'occident :

Sur les nuages qu'il colore

Quelque tems il se reproduit ;

Dans leurs flots azurés qu'il dore,

Il rallume le jour qui fuit.

L'astre de la nature s'abaissant, semble s'élargir par degrés ; les nuages en mouvement entourent son trône avec magnificence, tandis que l'air, la terre, & l'océan sourient. C'est en cet instant, si l'on en croit les chantres fabuleux de la Grece, que donnant relâche à ses coursiers fatigués, Phoebus cherche les nymphes, & les bosquets d'Amphitrite. Il baigne ses rayons, tantôt à moitié plongé, tantôt montrant un demi-cercle doré ; il donne un dernier regard lumineux, & disparoît totalement.

Ainsi passe le jour, parcourant un cercle enchanté, trompeur, vain, & perdu pour jamais, semblable aux visions d'un cerveau imaginaire ; tandis qu'une ame passionnée, perd en desirs les momens, & que l'instant même où elle desire, est anéanti. Fatale vérité, qui ne présente à l'oisif spéculateur qu'une vie inutile, & une vue d'horreur au coupable, qui consume le tems dans des plaisirs honteux ! Fardeau à charge à la terre ; il dissipe bassement avec ses semblables, ce qui auroit pû rendre l'être à une famille languissante, dont la modestie ensevelit le mérite.

Les nuages s'obscurcissent lentement ; la tranquille soirée prend son poste accoutumé au milieu des airs. Des millions d'ombres sont à ses ordres : les unes sont envoyées sur la terre ; d'autres d'une couleur plus foncée, viennent doucement à la suite ; de plus sombres encore succedent en cercle, & se rassemblent tout-autour pour fermer la scene. Un vent frais agite les bois & les ruisseaux ; son souffle vacillant fait ondoyer les champs de blés, pendant que la caille rappelle sa compagne. Le vent rafraîchissant augmente sur la plaine, & le serein chargé d'un duvet végétal, se répand agréablement ; le soin universel de la nature ne dédaigne rien. Attentive à nourrir ses plus foibles productions, & à orner l'année qui s'avance, elle envoie de champ en champ, le germe de l'abondance sur l'aile des zéphirs.

Le berger lestement vétu, revient content à sa cabane, & ramene du parc son tranquille troupeau ; il aime, & soulage la laitiere vermeille qui l'accompagne ; ils se prouvent leur amour par des soins & des services réciproques. Ils marchent ensemble sans soucis sur les collines, & dans les vallons solitaires, lieux où sur la fin du jour, des peuples de fées viennent en foule passer la nuit d'été dans des jeux nocturnes, comme les histoires des villages le racontent. Ils évitent seulement la tour deserte, dont les ombres tristes occupent les voûtes ; vaine terreur que la nuit inspire à l'imagination frappée ! Dans les chemins tortueux, & sur chaque haie de leur route, le ver-luisant allume sa lampe, & fait étinceler un mouvement brillant à-travers l'obscurité.

La Soirée céde le monde à la Nuit qui s'avance de plus en plus, non dans sa robe d'hiver d'une trame massive, sombre & stygienne, mais négligemment vêtue d'un manteau fin & blanchâtre. Un rayon foible & trompeur, réfléchi de la surface imparfaite des objets, présente à l'oeil borné les images à demi, tandis que les bois agités, les ruisseaux, les rochers, le sommet des montagnes qui ont plus longtems retenu la lumiere expirante, offrent une scène nageante & incertaine.

Les ombres, du haut des montagnes,

Se répandent sur les côteaux ;

On voit fumer dans les campagnes

Les toits rustiques des hameaux.

Sous la cabane solitaire

Des Philémons & des Baucis,

Brûle une lampe héréditaire,

Dont la flamme incertaine éclaire

La table où les dieux sont assis.

Rangés sur des tapis de mousse ;

Le vent qui rafraîchit le jour,

Remplit d'une lumiere douce

Tous les arbustes d'alentour.

Le front tout couronné d'étoiles,

La Nuit s'avance noblement,

Et l'obscurité de ses voiles

Brunit l'azur du firmament.

Les Songes traînent en silence

Son char parsemé de saphirs ;

L'Amour dans les airs se balance

Sur l'aîle humide des zéphirs.

La douce Vénus, brillante au ciel de ses rayons les plus purs, amene en faveur de ce cher fils, les heures mystérieuses, qu'elle consacre à ses plaisirs. Son lever joyeux, du moment où le jour s'efface, jusqu'à l'instant où il renaît, annonce le regne de la plus belle lampe de la nuit. Je considere, j'admire sa clarté tremblante ; ces lumieres errantes, feux passagers que le vulgaire ignorant regarde comme un mauvais présage, descendent du firmament, ou scintillent horisontalement dans des formes merveilleuses.

Du milieu de ces orbes radieux, qui non-seulement ornent, mais encore animent la voûte céleste, paroît dans des tems calculés, la comete rapide, qui se précipite vers le soleil ; elle revient de l'immensité des espaces avec un cours accéléré ; tandis qu'elle s'abaisse & ombrage la terre, sa criniere redoutable est lancée dans les cieux, & fait trembler les nations coupables. Mais au-dessus de ces viles superstitions, qui enchaînent le berger timide, livré à la crédulité & à l'étonnement aveugle ; vous, sages mortels, dont la philosophie éclaire l'esprit, dites à ce glorieux étranger, salut. Ceux-là éprouvent une joie ravissante, qui jouissant du privilege du savoir, ne voient dans cet objet effrayant que le retour fixe d'un astre qui, comme tous les autres objets les plus familiers, est dans l'ordre d'une providence bienfaisante. Qui sait si sa queue n'apporte pas à l'univers une humidité nécessaire sur les orbes que décrit son cours elliptique ; si ses flammes ne sont pas destinées pour renouveller les feux toujours versés du soleil, pour éclairer les mondes, ou pour nourrir les feux éternels ?

Comètes que l'on craint à l'égal du tonnerre,

Cessez d'épouvanter les peuples de la terre ;

Dans une ellipse immense achevez votre cours,

Remontez, descendez près de l'astre des jours ;

Lancez vos feux, volez, & revenant sans cesse,

Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.

Dès que le signe de la vierge disparoît, & que la balance pese les saisons avec égalité, le fier éclat de l'été quitte la voûte des cieux, & un bleu plus serein, mêlé d'une lumiere dorée, enveloppe le monde heureux.

Le Soleil, dont la violence

Nous a fait languir quelque tems,

Arme de feux moins éclatans

Les rayons que son char nous lance,

Et plus paisible dans son cours,

Laisse la céleste Balance

Arbitre des nuits & des jours.

L'Aurore, désormais stérile

Pour la divinité des fleurs,

De l'heureux tribut de ses pleurs

Enrichit un dieu plus utile ;

Et sur tous les côteaux voisins,

On voit briller l'ambre fertile

Dont elle dore nos raisins.

C'est dans cette saison si belle

Que Bacchus prépare à nos yeux,

De son triomphe glorieux

La pompe la plus solemnelle.

Il vient de ses divines mains

Sceller l'alliance éternelle

Qu'il a faite avec les humains.

Autour de son char diaphane,

Les ris voltigeant dans les airs,

Des soins qui troublent l'univers,

Ecartent la foule profane.

Tel sur des bords inhabités,

Il vint de la chaste Ariane,

Calmer les esprits agités.

Les Satyres, tous hors d'haleine,

Conduisant les Nymphes des bois,

Au son du fifre & du haut-bois,

Dansent par troupes dans les plaines ;

Tandis que les Sylvains lassés,

Portent l'immobile Silène

Sur leurs thyrses entrelacés.

L'astre du jour temperé s'éleve maintenant sur notre hémisphere, avec ses plus doux rayons. La moisson étendue & mûre sur la terre, soutient sa tête pesante ; elle est riche, tranquille & haute ; pas un souffle de vent ne roule ses vagues légeres sur la plaine ; c'est le calme de l'abondance. Si l'air agité sort de son équilibre, & prépare la marche des vents, alors le manteau blanc du firmament se dechire, les nuages fuyent épars, le soleil tout-à-coup dore les champs éclairés, & par intervalle semble chasser sur la terre des flots d'une ombre noire. La vue s'étend avec joie sur cette mer incertaine ; l'oeil perce aussi-loin qu'il peut atteindre & s'égaie dans un fleuve immense de blé. Puissante industrie, ce sont-là tes bienfaits ! tout est le fruit de ses travaux, tout lui doit son lustre & sa beauté, nous lui devons les délices de la vie.

Aussi-tôt que l'aurore matinale vacille sur le firmament, & que sans être apperçue elle déploie le jour incertain sur les champs féconds, les moissonneurs se rangent en ordre, chacun à côté de celle qu'il aime, pour alléger son travail par d'utiles services ; ils se baissent tous à la fois, & les gerbes grossissent sous leurs mains. Le maître arrive le dernier, plein des espérances flatteuses de la moisson ; témoin de l'abondante récolte, ses regards se portent de toutes parts, son oeil en est rassasié, & son coeur peut à peine contenir sa joie. Les glaneurs se répandent tout-autour ; le rateau succède au rateau, & ramasse les restes épars de ces trésors. O vous, riches laboureurs, évitez un soin trop avare ! laissez tomber de vos mains libérales quelques épis de vos gerbes ; c'est le vol de la charité ! offrez ce tribut de reconnoissance au dieu de la moisson qui verse ses biens sur vos champs, tandis que vos semblables, privés du nécessaire, viennent comme les oiseaux du ciel pour ramasser quelques grains épars, & requiérent humblement leur portion ! Considérez que l'inconstance de la fortune peut forcer vos enfans à demander eux-mêmes quelque jour, ce que vous donnez aujourd'hui si foiblement & avec tant de répugnance !

On voit en effet quelquefois le sud brûlant, armé d'un souffle pernicieux, ravager par des grêles la récolte de l'année ; cruel désastre qui détruit en un clin-d'oeil les plus belles espérances ! dans cet événement fatal, le cultivateur désolé gémit sur le malheureux naufrage de tout son bien ; il est accablé de douleur ; les besoins de l'hiver s'offrent en cet affreux moment à sa pensée tremblante ; il prévoit, il croit entendre les cris de ses chers enfans affamés. Vous, maîtres, soyez occupés alors de la main rude & laborieuse qui vous a fourni l'aisance & l'élégance dans laquelle vous vivez ; donnez des vêtemens à ceux dont le travail vous procura la chaleur, & la parure de vos habits ; veillez aux besoins de cette pauvre table, qui couvrit la vôtre de luxe & de profusion ; soyez compatissans, & gardez-vous sur-tout d'exiger la moindre chose de ce que les vents orageux & les pluies affreuses ont emporté ; enfin que votre bienfaisance tarisse les larmes, & vous procure mille bénédictions !

Les plaisirs de la chasse, le tonnerre des armes, le bruit des cors, amusemens de cette saison, ne sont pas faits pour ma muse paisible, qui craindroit de souiller ses chants innocens par de tels récits ; elle se complait à voir toute la création animale confondue, nombreuse, & tranquille. Quel misérable triomphe que celui qu'on remporte sur un lievre saisi de frayeur ? quelle rage que celle de faire gémir un cerf dans son angoisse, & de voir de grosses larmes tomber sur ses joues pommelées ? s'il faut de la chasse à la jeunesse guerriere, dont le sang ardent bouillonne avec violence, qu'elle combatte ce lion terrible qui dédaigne de reculer, & qui marche lentement & avec courage, au-devant de la lance qui le menace, & de la troupe effrayée qui se dissipe & s'enfuit ; attaquez ce loup ravisseur qui sort du fond des bois ; détachez sur lui son ennemi plein de vengeance, & que le scélérat périsse ; courez à ce sanglier dont les hurlemens horribles & la hure menaçante, présagent le ravage ; que le coeur de ce monstre soit percé d'un dard meurtrier.

Mais si notre sexe martial aime ces fiers divertissemens, du moins que cette joie terrible ne trouve jamais d'accès dans le coeur de nos belles ! que l'esprit de la chasse soit loin de ce sexe aimable ; c'est un courage indécent, un savoir peu convenable à la beauté, que de sauter des haies, & de tenir les renes d'un cheval fougueux ; le bonnet, le fouet, l'habit d'homme, tout l'attirail mâle, alterent les traits délicats des dames, & les rend grossiers aux sens ; leur ornement est de s'attendrir ; la pitié que leur inspire le malheur, la prompte rougeur qui colore leur visage au moindre geste, au moindre mot ; voilà leur lustre & leurs agrémens ; leur crainte, leur douceur, & leur complaisance muette, nous engagent même en paroissant reclamer notre protection.

Puissent leurs yeux enchanteurs n'appercevoir d'autres spectacles malheureux que les pleurs des amans ! que leurs membres délicats flottent négligemment dans la simplicité des habits ! qu'instruites dans les doux accords de l'harmonie, leurs levres séduisantes captivent nos ames par des sons ravissans ! que le luth s'attendrisse sous leurs doigts ! que les graces se développent sous leurs pas, & dans tous leurs mouvemens ! qu'elles tracent la danse dans ses contours ! qu'elles sachent former un verd feuillage sur la toile d'un blanc de neige ; qu'elles guident le pinceau ; que l'art des Amphions n'ait rien d'inconnu pour elles ; ou que leurs belles mains daignant cultiver quelques fleurs, concourent ainsi à multiplier les parfums de l'année !

Que d'autre part, leur heureuse fécondité perpétue les amours & les graces ; que la société leur doive sa politesse & ses goûts les plus fins ; qu'elles fassent les délices de l'homme économe & paisible ; & que par une prudence soumise, & une habileté modeste, adroite, & sans art, elles excitent à la vertu, raniment le sentiment du bonheur, & adoucissent les travaux de la vie humaine ! telle est la gloire, tel est le pouvoir & l'honneur des belles.

Après avoir quitté les champs de la moisson, parcourons dans un songe agréable le labyrinthe de l'automne ; goûtons la fraîcheur & les parfums du verger chargé de fruits. Le plus mûr se détache & tombe en abondance, obéissant au souffle du vent & au soleil qui cache sa maturité. Les poires fondantes sont dispersées avec profusion ; la nature féconde qui raffine tout, varie à-l'infini la composition de ses parfums, tous pris dans la matiere premiere mêlangée des feux tempérés du soleil, d'eau, de terre & d'air. Tels sont les trésors odoriférans qui tombent fréquemment dans les nuits fraîches, ces tas de pommes dispersées çà & là, dont la main de l'année forme la pourpre des vergers, & dont les pores renferment un suc spiritueux, frais, délectable, qui aiguise le cidre piquant d'un acide qui flatte & désaltere. Ici la pêche m'offre son duvet ; là je vois le pavis rouge, & la figue succulente cachée sous son ample feuillage.

Plus loin, la vigne protégée par un soleil puissant, s'enfle & brille au jour, s'étend dans le vallon, ou grimpe avec force sur la montagne, & s'abreuve au milieu des rochers de la chaleur accrue par le réflet de tous les aspects. Les branches chargées plient sous le poids. Les grappes pleines, vives & transparentes, paroissent sous leurs feuilles orangées. La rosée vivifiante nourrit & perfectionne le fruit, & le jus exquis qu'il renferme, se prépare par le mêlange de tous les rayons. Les jeunes garçons & les filles qui s'aiment innocemment, arrivent pour cueillir les prémices de l'automne : ils courent & annoncent en dansant le commencement de la vendange. Le fermier la reçoit & la foule ; les flots de vin & d'écume coulent en telle abondance, que le marc écrasé en est couvert. Bientôt la liqueur fermente, se raffine par degrés, & remplit de liesse la coupe des peuples voisins. Là se prépare le vin brillant, dont la couleur en le buvant rappelle à notre imagination animée la levre que nous croyons pressée. Ici se fait le bourgogne délicieux ou le joyeux champagne, vif comme l'esprit qu'il nous donne.

Les Hyades, Vertumne, & l'humide Orion,

Sur la terre embellie ont versé leurs largesses ;

Et Bacchus échappé des fureurs du lion,

A bien su tenir ses promesses.

Jouissons en repos de ce lieu fortuné,

Le calme & l'innocence y tiennent leur empire ;

Et des soucis affreux le souffle empoisonné

N'y corrompt point l'air qu'on respire.

Pan, Diane, Apollon, les Faunes, les Sylvains,

Peuplent ici nos bois, nos vergers, nos montagnes ;

La ville est le séjour des profanes humains ;

Les dieux habitent les campagnes.

Quand l'année commence à décliner, les vapeurs de la terre se condensent, les exhalaisons s'épaisissent dans l'air, les brouillards paroissent & roulent autour des collines ; le soleil verse foiblement ses rayons ; souvent il éblouit plus qu'il n'éclaire, & présente plusieurs orbes élargis, effroi des nations superstitieuses ! Alors les hirondelles planent dans les airs, & volent en rasant la terre. Elles se rejoignent ensemble pour se transporter dans des climats plus chauds, jusqu'à ce que le printems les invite à revenir, & nous ramene cette multitude légere sur les aîles de l'amour.

Oiseaux, si tous les ans vous changez de climats

Dès que le vent d'hyver dépouille nos bocages,

Ce n'est pas seulement pour changer de feuillages,

Ni pour éviter nos frimats ;

Mais votre destinée

Ne vous permet d'aimer que la saison des fleurs ;

Et quand elle a passé, vous la cherchez ailleurs,

Afin d'aimer toute l'année.

Il est cependant encore des momens dans le dernier période de l'automne, où la lumiere domine & où le calme pur paroît sans bornes. Le ruisseau dont les eaux semblent plutôt frissonner que couler, demeure incertain dans son cours, tandis que les nuages chargés de rosée imbibent le soleil, qui darde à-travers leurs voiles, sa lumiere adoucie sur le monde paisible. C'est en ce tems que ceux qui sont guidés par la sagesse, savent se dérober à la foule oisive qui habite les villes, & prenant leur essor au dessus des foibles scènes de l'art, viennent fouler aux piés les basses idées du vice, chercher le calme, antidote des passions turbulentes, & trouver l'heureuse paix dans les promenades rustiques.

O doux amusemens, ô charme inconcevable

A ceux que du grand monde éblouit le cahos :

Solitaires vallons, retraite inviolable

De l'innocence & du repos.

Puissé-je, retiré, pensif & rêveur, venir errer souvent dans vos sombres bosquets, où l'on entend le gazouillement de quelques chantres domestiques qui égaient les travaux du bucheron, tandis que tant d'autres oiseaux dont les chants sans art formoient, il y a peu de tems, des concerts ; maintenant privés de leur ame mélodieuse, se perchent en tremblant sur l'arbre dépouillé. Cette troupe découragée, qui a perdu l'éclat de ses plumes, n'offre plus à l'oreille que des tons discords. Mais que le fusil dirigé par l'oeil inhumain, ne vienne pas détruire la musique de l'année future, & ne fasse pas une proie barbare de ces foibles & innocentes especes.

L'année déclinante inspire des sentimens pitoyables. La feuille seche & bruyante tombe du bosquet, & réveille souvent comme en sursaut l'homme réfléchissant qui se promene sous les arbres. Tout semble alors nous porter à la mélancolie philosophique. Quel empire son impulsion n'a-t-elle pas sur les ames sensibles ? Tantôt arrachant des larmes subites, elle se manifeste sur les joues enflammées ; tantôt son influence sacrée embrase l'imagination. Mille & mille idées se succedent, & l'oeil de l'esprit créateur en conçoit d'inaccessibles au vulgaire. Les passions qui correspondent à ces idées aussi variées, aussi sublimes qu'elles, s'élevent rapidement. On soupire pour le mérite souffrant ; on sent naître en soi le mépris pour l'orgueil tyrannique, le courage pour les grandes entreprises, l'admiration pour la mort du patriote, même dans les siecles les plus reculés. Enfin l'on est ému pour la vertu, pour la réputation, pour les sympathies, & pour toutes les douces émanations de l'ame sociale.

Le soleil occidental ne donne plus que des jours raccourcis ; les soirées humides glissent sur le firmament, & jettent sur la terre les vapeurs condensées. En même-tems la lune perçant à-travers les intervalles des nuages, se montre en son plein dans l'orient cramoisi ; les rochers & les eaux repercutent ses rayons tremblans ; tout l'athmosphere se blanchit par le reflux immense de sa clarté qui vacille autour de la terre. La nuit est déja plus longue, le matin paroît plus tard, & développe les derniers beaux jours de l'automne, brillans d'éclat & de rosée. Toutesfois le soleil en montant dissipe encore les brouillards. La gelée blanche se fond devant ses rayons ; les gouttes de rosée étincellent sur chaque arbre, sur chaque rameau & sur chaque plante.

Pourquoi dérober la ruche pesante, & massacrer dans leur demeure ses habitans ? Pourquoi l'enlever dans l'ombre de la nuit favorable aux crimes, pour la placer sur le soufre, tandis que ce peuple innocent s'occupoit de ses soins publics dans ses cellules de cire, & projettoit des plans d'économie pour le triste hyver ? Tranquille & content de l'abondance de ses trésors, tout-à-coup la vapeur noire monte de tous côtés, & cette tendre espece accoutumée à de plus douces odeurs, tombant en monceau par milliers de ses domes mielleux, s'entasse sur la poussiere. Race utile ! étoit-ce pour cette fin que vous voliez au printems de fleurs en fleurs ? étoit-ce pour mériter ce sort barbare que vous braviez les chaleurs de l'été, & que dans cet automne même vous avez erré sans relâche, & sans perdre un seul rayon du soleil ? Homme cruel, maître tyrannique ! combien de tems la nature prosternée gémira-t-elle sous ton sceptre de fer ? Tu pouvois emprunter de ces foibles animaux leur nourriture d'ambroisie ; tu devois par reconnoissance les mettre à-couvert des vents du nord ; & quand la saison devient dure, leur offrir quelque portion de leur bien. Mais je me lasse de parler à un ingrat qui ne rougit point de l'être, & qui le sera jusqu'au tombeau. Encore un coup d'oeil sur la fin de cette saison.

Tous les trésors de la moisson maintenant recueillis, sont en sûreté pour le laboureur ; & l'abondance retirée défie les rigueurs de l'hyver qui s'approche. Cependant les habitans des villages se livrent à la joie sincere & perdent la mémoire de leurs peines. La jeune fille laborieuse, s'abandonnant au sentiment qu'excite la musique champêtre, saute rustiquement, quoiqu'avec grace, dans la danse animée ; légere & riche en beauté naturelle, c'est la perle du hameau. Accorde-t-elle un coup d'oeil favorable, les jeux en deviennent plus vifs & plus intéressans. La vieillesse même fait des efforts pour briller, & raconte longuement à table les exploits de son jeune âge. Tous enfin se réjouissent & oublient qu'avec le soleil du lendemain, leur travail journalier doit recommencer encore.

Le centaure cede au capricorne le triste empire du firmament, & le fier verseau obscurcit le berceau de l'année. Le soleil penché vers les extrémités de l'univers, répand un foible jour sur le monde ; il darde obliquement ses rayons émoussés dans l'air obscurci.

Déjà le départ des pléyades

A fait retirer les nochers ;

Et déjà les froides hyades

Forcent les frilleuses driades,

De chercher l'abri des rochers.

Le volage amant de Clytie

Ne caresse plus nos climats ;

Et bientôt des monts de Scythie,

Le fougueux amant d'Orythie

Va nous ramener les frimats.

Les nuages sortent épais de l'orient glacé, & les champs prennent leur robe d'hiver. Bergers, il est tems de renfermer vos troupeaux, de les mettre à l'abri du froid, & de leur donner une nourriture abondante. Voici les jours sereins de gelée ; le nitre éthéré vole à-travers le bleu céleste, & ne peut être apperçu ; il chasse les exhalaisons infectes & verse de nouveau dans l'air épuisé les trésors de la vie élémentaire. L'athmosphere s'approche, se multiplie, comprime dans ses froids embrassemens nos corps qu'il anime. Il nourrit & avive notre sang, raffine nos esprits, pénetre avec plus de vivacité, & passant par les nerfs qu'il fortifie, arrive jusqu'au cerveau, séjour de l'ame, grande, recueillie, calme, brillante comme le firmament. Toute la nature sent la force renouvellante de l'hiver qui ne paroît que ruine à l'oeil vulgaire. Un rouge plus foncé éclate sur les joues. La terre resserrée par la gelée attire en abondance l'ame végétale, & rassemble toute la vigueur pour l'année suivante. Les rivieres plus pures & plus claires, présentent dans leur profondeur un miroir transparent au berger, & murmurent plus sourdement à-mesure que la gelée s'établit.

Alors la campagne devient plus déserte & les troupeaux reposent tranquillement enfermés dans leurs chaudes étables. Le boeuf docile ne se montre que lorsque traînant un chariot du bois qu'un bucheron a coupé dans la forêt prochaine, il l'amene à l'entrée de la cabane du laboureur. On n'apperçoit plus d'autres oiseaux que la rustique mésange, le mignon roitelet qui sautille çà & là, & le hardi moineau qui vient jusques dans nos granges bequeter les grains échappés au vanneur.

Cependant l'hiver déploie des beautés ravissantes. J'admire les germes du grain qui percent la neige de leurs tendres pointes. Que ce verd naissant se marie bien avec le blanc qui regne à l'entour ! Il est agréable de voir le soleil dorer les collines blanchies par les frimats. Les noires souches des arbres, & leurs branches chauves, forment un contraste majestueux avec le tapis éblouissant qui couvre la plaine. Les sombres buissons d'épines rehaussent la blancheur des champs, par ce brun même qui en coupe l'aspect trop uniforme. Quel éclat jettent les arbres, lorsque la rosée, en forme de perles, est suspendue à leurs foibles rameaux, auxquels s'entrelacent des fils légers qui voltigent au gré du vent.

Dans ces jours froids & sereins, je choisis pour ma retraite près de la ville, un séjour agréable situé sur un côteau fort élevé, couvert d'un côté par des forêts, ouvert de l'autre au magnifique spectacle de la nature, & m'offrant dans l'éloignement, la vue sans bornes des vagues, tantôt agitées, & tantôt tranquilles. C'est dans cet abri solitaire, que lorsque le foyer brillant, & les flambeaux allumés bannissent l'obscurité de mon cabinet, je m'assieds, & me livre fortement à l'étude.

Je converse avec ces morts illustres, ces sages de l'antiquité, révérés comme des dieux, bienfaisans comme eux, héros donnés à l'humanité pour le bonheur des arts, des armes & de la civilisation. Concentré dans ces pensées motrices de l'inspiration, le volume antique me tombe des mains ; méditant profondément, je crois voir passer devant mes yeux étonnés, ces ombres sacrées, objets de ma vénération.

Socrate d'abord, demeuré seul vertueux dans un état corrompu, seul ferme & invincible. Il brava la rage des tyrans, sans craindre pour la vie, ni pour la mort, & ne connoissant d'autres maîtres que les saintes loix d'une raison éclairée, cette voix de Dieu qui retentit intérieurement à la conscience attentive.

Solon, le grand oracle de la morale, qui fonda sa république sur la vaste base de l'équité. Il sçut par des loix douces, reprimer un peuple fougueux, lui conserver son courage, & ce feu vif, par lequel il devint si supérieur dans le champ glorieux des lauriers & des beaux-arts, & de la noble liberté, & qui se rendit enfin l'orgueil de la Grece & du genre humain.

Lycurgue, cet homme souverainement grand, ce génie sublime, qui plia toutes les passions sous le joug de la discipline la plus étroite, & qui par l'infaillibilité de ses institutions, conduisit Sparte à la plus haute gloire, & rendit son peuple, en quelque sorte, le législateur de la Grece entiere.

Après lui, s'avance ce chef intrépide, qui s'étant dévoué pour la patrie, tomba glorieusement aux Thermopyles, & pratiqua ce que l'autre avoit établi.

Aristide leve son front où brille la candeur, coeur vraiment pur, à qui la voix sincere de la liberté, donna le beau nom de juste. Respecté dans sa pauvreté sainte & majestueuse, il soumit au bien de sa patrie jusqu'à sa propre gloire, & accrut la réputation de son rival trop orgueilleux, mais immortalisé par la victoire de Salamine.

J'apperçois Cimon son disciple, couronné d'un rayon plus doux ; son génie s'élevant avec force, repoussa au loin la molle volupté. Au-dehors le fléau de l'orgueil des Perses, au-dedans il étoit l'ami du mérite & des arts ; modeste & simple au milieu de la pompe de la richesse.

Je vois ensuite paroître & marcher pensifs les derniers hommes de la Grece sur son déclin, héros appellés trop tard à la gloire, & venus dans des tems malheureux. Timoléon, l'honneur de Corinthe, homme heureusement né, également doux & ferme, & dont la haute générosité pleure son frere dans le tyran qu'il immole. Les deux Thébains égaux aux meilleurs, dont l'héroïsme combiné, éleva leur pays à la liberté, à l'empire & à la renommée. Le grand Phocion, disciple de Platon, & rival de Démosthène, dans le tombeau duquel l'honneur des Athéniens fut enseveli : sévere comme homme public, inexorable au vice, inébranlable dans la vertu ; mais sous son toit illustre, quoique bas, la paix & la sagesse heureuse adoucissoient son front ; l'amitié ne pouvoit être plus flatteuse, ni l'amour plus tendre. Agis, le dernier des fils du vieux Lycurgue, fut la généreuse victime de l'entreprise toujours vaine de sauver un état corrompu ; il vit Sparte même, perdue dans l'avarice servile.

Les deux freres Achéens ferment la scene : Aratus qui ranima quelque tems dans la Grece la liberté expirante, & l'aimable Philopoemen, le favori, & le dernier espoir de son pays, qui ne pouvant en bannir le luxe & la pompe, sçut le tourner du côté des armes ; berger simple & laborieux à la campagne, & habile & intrépide au champ de Mars.

Un peuple, roi du monde, race de héros, s'avance. Son front plus sévere n'a d'autre tache (si c'en est une), qu'un amour excessif de la patrie, passion quelquefois trop ardente & trop partiale. Numa, la lumiere de Rome, fut son premier & son meilleur fondateur, puisqu'il fut celui des moeurs. Le roi Servius posa la base solide sur laquelle s'éleva la vaste république qui domina l'univers.

Viennent ensuite les grands & vénérables consuls Lucius Junius Brutus, dans qui le pere public, du haut de son redoutable tribunal, fit taire le pere privé : Camille, que son pays ingrat ne put perdre, & qui ne sçut que venger les injures de sa patrie : Fabricius, qui foule aux piés l'or séducteur : Cincinnatus redoutable à l'instant où il quittoit sa charrue : & toi, Régulus, victime volontaire de Carthage, impétueux à vaincre la nature, tu t'arraches aux larmes de ta famille, pour garder ta foi, & pour obéir à la voix de l'honneur ! Scipion, ce chef également brave & humain, qui parcourt rapidement & sans tache, tous les différens degrés de gloire. Ardent dans la jeunesse, il sçut goûter ensuite les douceurs de la retraite avec les muses, l'amitié & la philosophie : Cicéron, dont la puissante éloquence, arrêta quelque tems le rapide destin de Rome : Caton, semblable aux dieux, & d'une vertu invincible, & toi malheureux Brutus, héros bienfaisant, dont le bras tranquille poussé par la vertu même, plongea l'épée romaine dans le sein de ton ami. Mille autres encore demandent & méritent le tribut de mon admiration. Mais qui peut nombrer les étoiles du ciel, qui peut célébrer leurs influences sur ce bas monde ?

Quel est celui qui s'approche d'un air modeste, doux, & majestueux comme le soleil du printems ? C'est Phébus lui-même, ou le berger de Mantoue. Le sublime Homere, rapide & audacieux pere du chant, paroît devant lui. L'un & l'autre ont percé l'espace, sont parvenus d'un plein vol au sommet du temple de la renommée.

Les savantes immortelles

Tous les jours de fleurs nouvelles

Ont soin de parer leur front ;

Et, par leur commun suffrage,

Ce couple unique partage

Le sceptre du double mont.

Là, d'un Dieu fier & barbare,

Orphée adoucit les loix ;

Ici le divin Pindare

Charme l'oreille des rois ;

Dans de douces promenades,

Je vois les folles Ménades,

Rire autour d'Anacréon,

Et les nymphes plus modestes

Gémir des ardeurs funestes

De l'amante de Phaon.

Enfin, toutes les ombres de ceux dont la touche pathétique savoit passionner les coeurs ; tous ceux qui entraînoient les grecs au théatre, pour les frapper des grands traits de la morale, ainsi que tous ceux qui ont mélodieusement réveillé la lyre enchanteresse, s'offrent à moi tour-à-tour.

Société divine, ô vous les prémices d'entre les mortels, ne dédaignez pas m'inspirer dans les jours que je vous consacre ! Faites que mon ame prenne l'essor, & puisse s'élever à des pensées semblables aux vôtres ! Et toi, silence, puissance solitaire, veille à ma porte ; éloigne tout importun qui voudroit me dérober les heures que je destine à cette étude ? N'excepte qu'un petit nombre d'amis choisis, qui daigneront honorer mon humble toit, & y porter un sens pur, un savoir bien digéré, une fidélité extrême, une ame honnête, un esprit sans artifice, & une humeur toujours gaie.

Présent des dieux, doux charme des humains,

O divine amitié, viens pénétrer nos ames ;

Les coeurs éclairés de tes flammes,

Avec des plaisirs purs, n'ont que des jours sereins !

C'est dans tes noeuds charmans, que tout est jouissance ;

Le tems ajoute encore un lustre à ta beauté ;

L'amour te laisse la constance ;

Et tu serois la volupté

Si l'homme avoit son innocence.

Entourés de mortels dignes de toi, je voudrois passer avec eux & les jours sombres de l'hiver, & les jours brillans de l'année.

Nous discuterions ensemble, si les merveilles infinies de la nature furent tirées du cahos, ou si elles furent produites de toute éternité par l'esprit éternel. Nous rechercherions ses ressorts, ses loix, ses progrès & sa fin. Nous étendrions nos vues sur ce bel assemblage ; nos esprits admireroient l'étonnante harmonie qui unit tant de merveilles. Nous considérerions ensuite le monde moral, dont le désordre apparent est l'ordre le plus sublime, préparé & gouverné par la haute sagesse qui dirige tout vers le bien général.

Nous découvririons peut-être en même tems, pourquoi le mérite modeste a vécu dans l'oubli, & est mort négligé ; pourquoi le partage de l'honnête homme dans cette vie fut le fiel & l'amertume ; pourquoi la chaste veuve & les orphelins dignes d'elle, languissent dans l'indigence, tandis que le luxe habite les palais, & occupe ses basses pensées à forger des besoins imaginaires ; pourquoi la vérité, fille du ciel, tombe si souvent flétrie sous le poids des chaînes de la superstition ; pourquoi l'abus des loix, cet ennemi domestique, trouble notre repos, & empoisonne notre bonheur.... ?

D'autres fois la sage muse de l'histoire nous conduiroit à-travers les tems les plus reculés, nous feroit voir comment les empires s'accrurent, déclinerent, tomberent & furent démembrés. Nous développerions sans doute les principes de la prospérité des nations. Comment les unes doublent leur sol par les miracles de l'agriculture & du commerce, & changent par l'industrie, les influences d'un ciel peu favorable de sa nature, tandis que d'autres languissent dans les climats les plus brillants & les plus heureux. Cette étude enflammeroit nos coeurs, & éclaireroit nos esprits de ce rayon de la divinité, qui embrase l'ame patriotique des citoyens & des héros.

Mais si une humble & impuissante fortune, nous force à reprimer ces élans d'une ame généreuse ; alors supérieurs à l'ambition même, nous apprendrons les vertus privées, nous parcourons les plaisirs d'une vie douce & champêtre ; nous saurons comment on passe dans les bois & dans les plaines des momens délicieux. Là, guidés par l'espérance dans les sentiers obscurs de l'avenir, nous examinerons avec un oeil attentif les scenes de merveilles, où l'esprit dans une progression infinie, parcourt les états & les mondes. Enfin pour nous délasser de ces pensées profondes, nous nous livrerons dans l'occasion aux saillies de l'imagination enjouée, qui sait peindre avec rapidité, & effleurer agréablement les idées.

Les villes dans cette saison fourmillent de monde. Les assemblées du soir où l'on traite mille sujets divers, retentissent d'un bourdonnement formé du mêlange confus de différens propos, dont on ne tire aucun profit. Les enfans de la débauche s'abandonnent au torrent rapide d'une fausse joie qui les conduit à leur destruction. La passion du jeu vient occuper l'ame empoisonnée par l'avarice ; l'honneur, la vertu, la paix, les amis, les familles & les fortunes, sont par-là précipitées dans le gouffre d'une ruine totale.

Les salles des appartemens de réception sont illuminées avec art, & c'est-là que le petit maître, insecte hermaphrodite & léger, brille dans sa parure passagere, papillonne, mord en volant, & secoue des aîles poudrées.

Ailleurs, la pathétique Melpomene, un poignard à la main, tient, dans le saisissement une foule de spectateurs de l'un & de l'autre sexe. Tantôt c'est Atrée qui me fait frissonner.

Ce monstre que l'enfer a vomi sur la terre,

N'assouvit la fureur dont son coeur est épris,

Que par la mort du pere après celle du fils.

A travers les détours de son ame parjure,

Se peignent des forfaits dont frémit la nature ;

Le barbare triomphe en de funestes lieux,

Dont il vient de chasser, & le jour & les dieux.

D'autrefois c'est le sort d'Iphigénie qui me perce le coeur, & coupe ma respiration par des sanglots.

On saisit à mes yeux cette jeune princesse.

Eh, qui sont les bourreaux ? tous ces chefs de la Grece,

Ulysse.... Mais Diane a soif de ce beau sang :

Il faut donc la livrer à Calchas qui l'attend.

L'aimable Iphigénie au temple est amenée,

Et d'un voile aussi-tôt la victime est ornée ;

Tout un grand peuple en pleurs s'empresse pour la voir ;

Son pere est auprès d'elle outré de désespoir.

Un prêtre sans frémir, couvre un fer d'une étole ;

A ce spectacle affreux, elle perd la parole,

Se prosterne en tremblant, se soumet à son sort,

Et s'abandonne en proie aux horreurs de la mort.

Helas ! que lui sert-il à cette heure fatale,

D'être le premier fruit de la couche royale ;

On l'enleve, on l'entraîne, on la porte à l'autel,

Où, bien loin d'accomplir un hymen solemnel,

Au lieu de cet hymen sous les yeux de son pere,

Calchas en l'immolant à Diane en colere,

Doit la rendre propice au départ des vaisseaux ;

Tant la religion peut enfanter de maux !

Il n'est point de pitié, l'oracle seul commande :

La piété sévere exige son offrande ;

Le roi, de son pouvoir, se voit déposseder,

Et voilant son visage, est contraint de céder.

Clitemnestre en fureur, maudit la Grece entiere ;

Elle dit dans l'excès de sa douleur altiere :

Quoi, pour noyer les Grecs, & leurs nombreux vaisseaux,

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux !

Quoi, lorsque les chassant du port qui les recele,

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle,

Les vents, les mêmes vents si long-tems accusés,

Ne te couvriront point de ses vaisseaux brisés ?

Et toi soleil, & toi, qui dans cette contrée,

Reconnois l'héritier, & le vrai fils d'Atrée,

Toi, qui n'osas du pere éclairer le festin,

Recule ; ils t'ont appris ce funeste chemin !

Mais cependant, ô ciel, ô mere infortunée !

De festons odieux ta fille couronnée,

Tend la gorge aux couteaux par un prêtre apprêtés :

Calchas va dans son sang.... barbares, arrêtez ;

C'est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre ;

J'entends gronder la foudre, & sens trembler la terre....

Enfin, la terreur s'empare de nos coeurs, & l'art fait couler des pleurs honnêtes.

Thalie appuyée contre une colonne, & tenant un masque de la main droite, fait rire le public du tableau de ses propres moeurs. Quelquefois même, l'art dramatique s'éleve, & peint les passions des belles ames. On voit dans Constance & dans Dorval, que la vertu est capable de sacrifier tout à elle-même.

C'en est fait, l'hiver répand sa derniere obscurité, & regne sur l'année soumise ; le monde végétal est enseveli sous la neige. Arrête-toi, mortel livré aux erreurs & aux passions ; contemple ici le tableau de ta vie passagere, ton printems fleuri, la force ardente de ton été, ton automne, âge voisin du midi, où tout commence à se faner, & l'hiver de ta vieillesse, qui, bientôt fermera la scene. Que deviendront alors ces chimeres de grandeur, cet espoir de la faveur, brillante & volage divinité des cours ;

Qui seme au loin l'erreur & les mensonges,

Et d'un coup d'oeil enivre les mortels ;

Son foible trône est sur l'aîle des songes ;

Les vents légers soutiennent ses autels.

que deviendront ces rêves d'une vaine renommée, ces jours d'occupations frivoles, ces nuits passées dans les plaisirs & les festins, ces pensées flottantes entre le bien & le mal ? toutes ces choses vont s'évanouir. Apprens que la vertu survit, & qu'elle seule méritoit ton amour ! " Malheur à celui qui ne lui a pas assez sacrifié pour la préférer à tout, ne vivre, ne respirer que pour elle, s'enivrer de sa douce vapeur, & trouver la fin de ses jours dans cette noble ivresse ". C'est ainsi que parle & que pense le philosophe vertueux, le digne & célebre auteur du Fils naturel ou des Epreuves de la vertu, acte III. scene III. pag. 105. (D.J.)

ZONE, (Conchyl.) les Conchyliographes nomment zones les bandes, cercles ou fasces que l'on remarque sur la robe d'une coquille ; ces zones ou bandes sont quelquefois de niveau, d'autres fois saillantes, & d'autres fois gravées en creux. (D.J.)

ZONE, (Antiq. Rom.) en latin zona, car c'est ainsi qu'on nommoit la ceinture des Romains. Comme la chemise ou tunique qu'ils avoient sous la toge étoit fort ample, ils se servoient d'une zone ou ceinture pour l'arrêter & pour la retenir quand il étoit nécessaire. Ces ceintures étoient différentes selon le sexe, le tems & les âges ; mais l'on ne pouvoit être vêtu décemment sans zone, & c'étoit une marque de dissolution & de débauche de n'en point avoir, ou de la porter trop lâche ; de-là l'expression latine discinctus, un effeminé, & c'est pour cette raison que Perse dit, non pudet ad morem discincti vivere nattae.

Les hommes affectoient de la porter fort haute, & les dames la plaçoient immédiatement sous le sein, & elle servoit à le soutenir, car elles n'usoient point de corps ni de corsets. Cette zone ou ceinture des femmes se nommoit castata.

Sur la fin de la république, elles joignirent à cette ceinture un ornement qui y étoit attaché, & qui marquoit la séparation de la gorge ; il étoit ordinairement enrichi d'or, de perles ou de pierreries, & fait de maniere qu'il formoit une espece de petit plastron.

Il y eut un tems chez les Romains, que les hommes attachoient à leur zone une bourse dans laquelle ils mettoient leur argent. Aulugelle, l. XV. c. xij. rapporte le discours que Cornelius Gracchus fit au peuple Romain, auquel il rendit compte de la conduite qu'il avoit tenue dans son gouvernement, & en finissant, il lui dit : " enfin, messieurs, j'emportai de Rome ma bourse pleine d'argent, & je la rapporte vuide " : Itaque, Quirites, quùm Romam profectus sum, zonas quas plenas argenti extuli, eas ex provinciâ inanes retuli. A quoi il ajoute ces paroles remarquables, alii vini amphoras quas plenas tulerunt, argento plenas domum reportaverunt. Cette coutume n'a pas été abolie, & subsistera toujours dans les pays où l'argent est plus précieux que la vertu. (D.J.)

ZONE, s. f. (Hydr.) en fait de fontaines, se dit d'un espace vuide d'environ une ligne ou deux de large, percée circulairement sur la platine d'un ajutage à l'épargne. C'est peut-être encore une bande tracée sur la platine d'une gerbe, pour y percer d'espace en espace des fentes ou portions de couronne ou des parallelogrammes d'une ligne ou de deux de large. (K)

ZONE, (Jardinage) se dit d'une ligne épaisse dentelée, placée horisontalement sur l'extrémité des feuilles des arbres.


ZONNARS. m. (terme de relation) le zonnar est une ceinture de cuir noir, assez large, que les Chrétiens & les Juifs portent dans le Levant, & particuliérement en Asie. Motavakkel, dixieme kalife de la maison des Abassides, est le premier qui ait obligé les Chrétiens & les Juifs à porter cette ceinture pour les distinguer des Mahométans. L'ordonnance qu'il en fit fut publiée l'an 235 de l'Hégire, & depuis ce tems-là, les Chrétiens d'Asie, & principalement ceux de Syrie & de Mésopotamie, presque tous ou Nestoriens ou Jacobites, portent ordinairement cette ceinture. D'Herbelot, biblioth. orient. (D.J.)


ZONZEN(Géog. mod.) ville de Perse dans la province de Mazanderan. Long. 85. 15. latit. 35. 59. (D.J.)


ZOOGRAPHIES. f. (Phys. générale) c'est un terme moderne composé de , animal, & de , je décris ; ainsi la zoographie est la description des propriétés, & de la nature des animaux ; mais leurs propriétés sont presque nulles, & leur nature nous est inconnue. (D.J.)


ZOOLATRIES. f. (Hist. anc.) culte que les païens rendoient aux animaux. Ce nom est composé de , animal, & , culte divin, adoration des animaux. On sait jusqu'où les anciens Egyptiens ont porté cette superstition qui est encore fort commune dans les Indes ; elle est fondée sur la créance de la métempsycose, ou transmigration des ames dans d'autres corps ; ainsi les Egyptiens disoient que l'ame d'Osiris avoit passé dans le corps d'un taureau, & les Indiens modernes s'abstiennent de tuer plusieurs animaux dont le corps, à ce qu'ils prétendent, pourroit bien être habité par l'ame de quelqu'un de leurs ancêtres.


ZOOLITESS. f. (Hist. nat. Lithol.) nom générique que les naturalistes donnent aux substances du regne animal qui ont été pétrifiées, qui se trouvent ensevelies dans le sein de la terre, ou qui ont laissé leurs empreintes dans des pierres, qui étant molles d'abord, se sont endurcies par la suite des tems. Ainsi les coquilles fossiles, les glossopetres, les animaux crustacés qui se trouvent dans le sein de la terre, sont des zoolites. Voyez PETRIFICATION, OSSEMENS FOSSILES, #FOSSILES>FOSSILES.


ZOOLOGIES. f. (Physiq. génér.) c'est la science qui traite de tous les animaux de la nature ; mais comme ils sont très-diversifiés, on a divisé cette science en différentes parties séparées, qui peuvent se réduire à six ; savoir, 1°. les quadrupedes couverts de poil, 2°. les oiseaux, 3°. les animaux amphibies, comme serpens, lézards, grenouilles, tortues, &c. 4°. les poissons, 5°. les insectes, 6°. les zoophites.

L'histoire des quadrupedes se nomme Tetrapodologie, celle des oiseaux Ornithologie, celle des animaux amphibies, Amphibiologie ; celle des poissons, Ichthyologie ; celle des insectes, Entomologie ; enfin, celle des zoophytes, Zoophitologie. Tous les auteurs anciens & modernes sur ces différens sujets, doivent être connus des curieux, & nous avons eu soin de les indiquer dans l'occasion, comme aux mots ICHTHYOLOGIE, ORNITHOLOGIE, &c. (D.J.)


ZOONou ZONS, (Géog. mod.) petite ville d'Allemagne dans l'électorat de Cologne, sur la gauche du Rhin, à 3 lieues de Cologne, & 2 de Nuys.


ZOOPHORES. m. (terme d'Architect.) c'est la même chose que la frise d'un bâtiment, ainsi nommée en grec, parce qu'on la chargeoit autrefois de figure d'animaux pour lui servir d'ornement. Ce mot vient de , animal, & , je porte. (D.J.)


ZOOPHORIQUECOLONNE, (Archit.) espece de colonne statuaire, qui porte la figure de quelque animal, comme les deux colonnes du port de Venise, sur l'une desquelles est le lion de S. Marc qui forme les armes de la république : il y en a aussi une à Sienne qui porte une louve allaitant Remus & Romulus. (D.J.)


ZOOPHYTESS. f. (Hist. nat.) plantanimalia, animaux dont la nature semble avoir autant de rapport à celle des végétaux, qu'à celle des animaux. Tels sont les holoturies, les tethies, la plume de mer, l'albergame de mer, &c. avant ce dernier tems, on regardoit les zoophytes comme des plantes, & cela n'étoit vrai qu'à l'égard du borametz, qui n'est en effet qu'une plante. Voyez AGNUS SCYTICUS. On sait aussi certainement que les plantes marines sont des productions du regne animal. Voyez PLANTES MARINES.


ZOOTHECA(Littér.) ce mot signifioit chez les Romains l'endroit où l'on tenoit les animaux destinés pour les sacrifices.


ZOOTOMIES. f. (Anatom.) anatomie des animaux, ou si vous l'aimez mieux, anatomie comparée ; elle est quelquefois curieuse, & en même tems d'une utilité fort médiocre. (D.J.)


ZOPISSAS. m. (Méd. anc.) c'est ainsi, dit Dioscoride, l. I. c. xcviij. que quelques-uns appellent de la poix & de la résine détachée des vaisseaux ; on attribue à ce mêlange une qualité discussive & résolutive, parce que cette poix & cette résine ont été macérées & pénétrées pendant long-tems par l'eau de la mer ; d'autres entendent par zopissa, la résine du pin : ce mot peut signifier ces deux choses. (D.J.)


ZOQUES(Géog. mod.) province de l'Amérique septentrionale, dans la nouvelle Espagne, au gouvernement de Chiapa, sur les confins de celui de Tabasco. Ses bourgades sont riches en cochenille & en soie, dont les habitans, qui prennent le nom de la province, font des tapis qu'ils vendent aux Espagnols. La terre y produit une grande quantité de maïs ; les rivieres abondent en poisson. (D.J.)


ZORAMBUS(Géog. anc.) fleuve de la Caramanie. Ptolomée, l. VI. ch. viij. marque l'embouchure de ce fleuve entre le port Cophanta & la ville Badara : le manuscrit de la bibliotheque palatine porte Zoramba pour Zorambus. (D.J.)


ZOROLUS(Géog. anc.) fleuve de Thrace, qui se perd dans le Bithyas, sans aller jusqu'à la Propontide : c'est le Chiourtie d'aujourd'hui. (D.J.)


ZOSTER(Géog. anc.) promontoire de l'Attique. Strabon, liv. IX. pag. 398. le place sur la côte du golfe Saronique, & dit que c'est un long promontoire entre la bourgade d'Oezone ou d'Oexone, & un autre promontoire voisin de Thoreae : c'est à-peu-près tout ce que nous savons de la situation du promontoire Zoster, dont étienne le géographe fait une isthme.

Cette situation s'accorde avec celle que Pausanias, liv. I. ch. xxxj. semble donner au Zoster, & dont il fait un lieu situé sur le bord de la mer, entre Alim & Prospalte : Minerve, Apollon, Diane, & Latone, ajoute-t-il, y sont particulierement honorés & y ont des autels : on ne croit pas que Latone y ait fait ses couches ; mais on dit que sentant son terme approcher, elle y délia sa ceinture : c'est de-là que ce lieu avoit pris son nom, & qu'on donna à Latone le nom de Sosteria, de même qu'à Minerve, à Diane, & à Apollon. (D.J.)


ZOTALE(Géogr. anc.) fleuve d'Asie, selon Ortelius qui cite ce passage de Pline, liv. VI. ch. xvj. interfluente Margo, qui corivatur in Zotale : mais le pere Hardouin entend par Zotale, un territoire, une campagne, ou un canton dans lequel le Margus se partageoit en divers ruisseaux pour arroser le pays. (D.J.)


ZOUCETVoyez CASTAGNEUX.


ZOUR(Géog. mod.) ville de Perse, dans la province de Belad-Coressam. Long. suivant les géographes persans, au rapport de Tavernier, 70. 20. lat. 35. 32. (D.J.)


ZOZATAQUAMS. m. (Hist. nat. Bot.) c'est une plante qui est désignée sous différens noms dans différentes parties de la nouvelle Espagne ; on la nomme acuitze-huazira dans le Méchoacan ; chipahuatziz ou zozataquam dans le Mexique & dans d'autres provinces. Elle a la feuille de l'oseille ; sa racine est ronde, d'un jaune d'or à l'extérieur, & blanche à l'intérieur. Elle produit de petites fleurs rougeâtres qui forment un bouquet arrondi. On regarde le suc de cette plante comme très-rafraîchissant ; il adoucit l'ardeur de la fievre, & il passe en même tems pour un antidote & un vulnéraire excellent ; il soulage les douleurs des reins, modere l'acrimonie de l'urine, & si l'on en croit les voyageurs, il guérit presque tous les maux.


ZOZONISIOSS. m. (Hist. nat. Litholog.) Pline parle d'une pierre de ce nom, mais il ne nous apprend rien, sinon qu'elle se trouvoit dans le lit du fleuve Indus, & que les mages s'en servoient.


ZUBENELCHEMALI, (Astronom.) nom de l'étoile de la quatrieme grandeur, près de la claire de la seconde grandeur, au bas de la patte boréale du scorpion. On trouve sa longitude & sa latitude pour 1700, dans le Prodromus astronomiae d'Hévélius. (D.J.)

ZUBENEL, genubi, (Astronom.) nom de l'étoile de la troisieme grandeur, qui est sur la patte australe du scorpion. Hévélius en a déterminé la longitude & la latitude pour l'année 1700, dans son Prodrom. astronomiae. (D.J.)


ZUCALA(Géog. mod.) isthme qui joint la péninsule de Crimée avec la petite Tartarie : cette isthme que les anciens nommoient isthmus Tauricus, est entre le lac de Sescan & le golfe de Nigropoli, partie de la mer Noire : sa largeur n'est que d'une demi-lieue, & il est défendu par la ville de Précop qu'on y a bâtie. (D.J.)


ZUCHIS(Géog. anc.) ville de la Libye, ou plutôt de l'Afrique propre, selon Strabon, qui l. XVII. p. 835. place cette ville sur le bord d'un lac de même nom, & dit qu'elle est célebre pour ses teintures en pourpre & pour ses salaisons. (D.J.)


ZUENZICA(Géog. mod.) habitation ou désert d'Afrique, dans le Zahara. Il est si sec qu'on y fait quelques journées de chemin sans trouver une goutte d'eau. C'est cependant le passage des marchands de Tremecen qui vont au royaume de Tombut & à celui d'Yca. Il est peuplé sur les frontieres par des Arabes redoutés de leurs voisins. On tire des rochers de Tégara, qui sont dans ce désert, quantité de sel fossile, que les caravanes de Maroc & de Tombut viennent prendre.


ZUERou CUERA, (Géog. mod.) petite ville d'Espagne, dans l'Aragon, sur le Gallego, à quatre lieues de Saragosse.


ZUG(Géog. mod.) prononcez Zoug ; canton de Suisse, le septieme en rang. Il est borné au nord & au levant par celui de Zurich ; au midi, par celui de Schwitz ; & au couchant, par celui de Lucerne. C'est le pays des anciens Tugeni. Il n'a qu'environ 4 lieues de long, & autant de large ; mais il est dédommagé de sa petitesse par la bonté de son terroir. Les montagnes fournissent des pâturages ; la plaine est fertile en blé, en vin, & en châtaignes. Il y a dans ce canton plusieurs villages & deux bourgs, outre la capitale qui porte le même nom. Ses habitans sont catholiques, & reconnoissent la jurisdiction spirituelle de l'évêque de Constance. Ils sont alliés aux cantons de Lucerne, d'Ury, de Schwitz & d'Underwald ; & quand ils s'assemblent, on les appelle ordinairement dans le pays la ligue de cinq cantons. (D.J.)

ZUG, (Géog. mod.) prononcez Zoug ; en latin moderne Tugium ; ville de Suisse, capitale du canton de même nom, dans une belle campagne, sur le bord oriental du lac de son nom, au pié d'une colline. C'est une jolie ville, dont les rues sont grandes, larges, & les maisons bien bâties. On y voit quatre édifices religieux, entre lesquels est l'église collégiale de S. Oswald. Le chef du canton, appellé amman, & dont la charge dure deux ans, réside toujours à Zug avec la régence. Il est pris tour-à-tour dans les cinq communautés qui composent le canton. Long. 26. 12. latit. 47. 10. (D.J.)


ZUGAR(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre. Ptolomée, l. IV. c. iij. la compte parmi les villes qui se trouvoient entre les fleuves Bagradas & Triton. (D.J.)


ZUICKAU(Géog. mod.) ville d'Allemagne, dans le marggraviat de Misnie, au cercle de Voigtland, sur la Mulde. Elle est bien bâtie, & a, dans les montagnes de son voisinage, des mines d'argent, autrefois abondantes, & maintenant épuisées. Long. 30. 28. latit. 50. 22.

Langius (Rodolphe), gentilhomme de Westphalie & prevôt de l'église cathédrale de Munster, naquit à Zuickau, & mourut en 1519, à 81 ans. Il se distingua par sa science & par son zele pour la renaissance des lettres en Allemagne, & il en fut en effet le principal restaurateur. Il porta son oncle doyen de Munster à y fonder une école, dont la direction fut donnée à des gens habiles, & Langius leur ouvrit sa belle bibliotheque.

Les lettres ayant commencé à fleurir à Zuickau, Haguenbot, né dans cette ville, traduisit du grec en latin les oeuvres d'Hippocrate, Aëtius, Aeginete, & une bonne partie de Galien. Il employa plus de vingt ans à ce travail, & mourut en 1558, âgé de 58 ans. Le précepteur d'Haguenbot ayant cru que ce nom qui signifie en allemand le fruit de l'églantier, désignoit le fruit du cornouiller, en latin cornum, le nomma Cornarius, & c'est sous ce nom qu'il est connu par ses ouvrages.

Il y a quelques autres gens de lettres nés à Zuickau, & dont les bibliographes allemands font mention ; savoir, Daumius (Christian), Feller (Joachim), Haloander (Gregoire), Muncer (Thomas), Schmider (Sigismond), Stork (Nicolas), &c. mais aucun d'eux n'a porté son nom au-delà du cercle de Voigtland. (D.J.)


ZUJA(Géog. mod.) riviere d'Espagne, dans l'Estramadoure. Elle tire sa source de la Sierra-Morena, & se jette dans la Guadiana, un peu au-dessus de Medelin. (D.J.)


ZULLICHAW(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne en Silésie, dans la principauté de Crossen, à 5 lieues de la ville de Crossen, & à une lieue au nord de l'Oder. (D.J.)


ZULPHA(Géog. mod.) ville de Perse, au voisinage d'Ispahan, dont elle est regardée comme un des fauxbourgs, n'en étant séparée que par la riviere de Senderou. Elle peut passer pour une assez grande ville, ayant environ demi-lieue de long, & près de la moitié de large. Les maisons y sont mieux bâties qu'à Ispahan. Ses habitans sont une colonie d'Arméniens, que le grand Cha-Abas amena en Perse. Ils ont plusieurs églises ou chapelles, un archevêque, des évêques, & quelques religieux francs. (D.J.)


ZULPICou ZULCH, (Géog. mod.) ville d'Allemagne, enclavée dans le duché de Juliers, & dépendante de l'électorat de Cologne, sur la riviere de Nassel, à 4 lieues au midi de Juliers, & à égale distance au couchant de Bonn. On croit que c'est l'ancien Tolbiacum, connu par la bataille que Clovis y gagna l'an 496. Long. 24. 21. latit. 50. 30. (D.J.)


ZULUFDGILERS. m. terme de relation, enfant de tribu chez les Turcs. Le serrail où on les tient est à un des coins de l'atméydan ; on choisit les zulufdgilers entre les enfans les mieux faits, & les plus capables d'instruction. Le nom de zuluf veut dire moustache, parce qu'on laisse croître à ces enfans sur le haut de leur tête deux longues moustaches, contre l'ordinaire des Turcs, qui ont ordinairement la tête rasée. Du Loir. (D.J.)


ZUMAIA(Géog. mod.) petite ville, ou plutôt chétive bourgade d'Espagne, dans le Guipuscoa, près de l'Océan. (D.J.)


ZUMI(Géogr. anc.) peuples de la Germanie. Strabon, l. VII. p. 290. les compte parmi les peuples qui furent subjugués par Maraboduus. (D.J.)


ZURARA(Géog. mod.) petite ville de Portugal, dans la province entre Duero & Minho, sur la gauche de la riviere, à 4 lieues de Porto, & vis-à-vis Villa-Condé. (D.J.)


ZURAWNO(Géog. mod.) bourgade de Pokucie, au confluent de la Scevitz & du Niester. Elle est fermée d'un seul rempart de terre, sans autre défense ; mais elle est célebre par la paix qui s'y fit entre Nuradin sultan & Sobieski roi de Pologne en 1676. Ce dernier prêt à périr avec toute son armée, employa tout ce que l'art de la guerre a de plus grand ; & avec une contenance fiere, il obtint d'Ibrahim les conditions de paix les plus avantageuses. Par ce traité de paix, la Pologne fut délivrée du tribut ignominieux que Mahomet IV. lui avoit imposé. (D.J.)


ZUREND(Géog. mod.) ville de Perse, dans la province de Kerman. Long. suivant les Géographes persans, 73. 40. latit. 35. 13. (D.J.)


ZURICH(Géog. mod.) en latin moderne Tigurum, ville de Suisse, capitale du canton de ce nom, sur le penchant de deux collines, à l'extrémité septentrionale du lac de Zurich, d'où sort la riviere de Limmat. Cette riviere partage la ville en deux parties inégales, qui communiquent l'une à l'autre par deux grands ponts de bois.

La ville de Zurich n'est pas ancienne, mais elle est une des plus considérables de la Suisse, pour sa beauté & pour sa puissance ; elle est fortifiée par de larges fossés revêtus de pierres de taille ; ses rues sont propres, ses maisons assez bien bâties, & son hôtel-de-ville d'une belle symmétrie. Son arsenal composé de plusieurs grands bâtimens, est le mieux fourni de toute la Suisse.

Il y a dans cette ville une bonne académie & une vieille bibliotheque assez bien entretenue. Les greniers publics sont toujours fournis de bons blés ; les hôpitaux sont bien rentés ; mais en prenant soin de pourvoir ces maisons de charité de bons revenus, on a pris pour principe d'y soulager les pauvres, conformément à leur condition, sans chercher à les loger en princes.

On sait que la ville de Zurich embrassa la réformation en 1524, & que Zwingle y contribua beaucoup par ses prédications. Depuis ce tems-là cette ville a cultivé les sciences, & a produit quelques savans illustres que nous nommerons dans la suite de cet article.

Les Zuricois imiterent le canton de Lucerne, & se formerent eux-mêmes en canton l'an 1351. La ville étoit impériale, & n'avoit jamais fait partie de la domination de la maison d'Autriche. Albert & Othon d'Autriche ayant formé le projet d'assiéger cette ville, les bourgeois s'unirent aux quatre cantons ; ils s'emparerent du pays qui forme aujourd'hui le canton de Glaris, & obligerent Albert d'Autriche à les respecter.

La forme du gouvernement de la ville de Zurich tient de l'aristocratie & de la démocratie. Ce gouvernement est formé d'un grand & d'un petit conseil, qui composent ensemble le nombre de deux cent douze membres. Le grand en a cent soixante-deux, & le petit quarante-huit : ce qui fait deux cent dix membres, auxquels il faut ajouter les deux chefs de l'état que l'on appelle bourgmestres. Chaque tribu bourgeoise fournit douze personnes pour le grand conseil, & trois pour le petit.

La ville de Zurich est à 18 lieues au sud-ouest de Constance, à 15 au sud-est de Basle, & à 23 au nord-est de Berne. Long. suivant Cassini & Scheuchzer, 26'51'. 30", latit. 47. 22'.

Je ne dois pas oublier les noms de quelques savans nés dans cette ville.

Biblander (Théodore) y prit naissance au commencement du xvj. siecle, & mourut de la peste qui attaqua Zurich en 1564. Il avoit mis auparavant la derniere main à l'édition de la bible qui parut à Zurich en 1543, & que le rabbin Léon de Juda avoit commencée. Bibliander a aussi composé des commentaires latins sur plusieurs livres du vieux Testament. On estime sa consultation contre les Turcs, & son traité de communi ratione linguarum.

Gesner (Conrad) l'un des plus savans hommes du xvj. siecle, naquit en 1516, & mourut en 1565, à 49 ans. Ses principaux ouvrages sont 1°. historiae animalium, dont la meilleure édition est de Francfort, 1604, 5 vol. in-fol. 2°. de chirurgiâ scriptores optimi, Tiguri, 1555. in-fol. 3. epistolarum medicinalium lib. III. Tiguri, 1577, in-quarto : 4°. lexicon graeco-latinum : 5°. bibliotheca authorum universalis, Tiguri, 1545, in-fol. Ce dernier ouvrage est un des premiers dictionnaires historiques modernes, & qui mérite par conséquent beaucoup d'indulgence pour les défauts & les fautes qu'on y trouve. Le pere Nicéron a donné l'article de cet illustre savant, consultez-le.

Gualter (Rodolphe) gendre de Zwingle, naquit en 1519, & mourut en 1586, âgé de 67 ans. Il a commenté la plûpart des livres du vieux & du nouveau Testament, & a publié sous le nom d'Eubulus Dynaterus, annotationes in verrinas Ciceronis. Il se délassoit aussi quelquefois à faire des vers latins qui ont été imprimés.

Heidegger (Jean Henri), né près de Zurich en 1633, mourut dans cette ville en 1698, après avoir publié plusieurs ouvrages théologiques, qui lui acquirent de la réputation.

Hottinger (Jean-Henri), l'un des fameux écrivains du xvij. siecle, & des plus versés dans la littérature orientale, naquit à Zurich en 1620, & commença à s'ériger en auteur à l'âge de 24 ans, pour attaquer sur une matiere très-épineuse, le célebre P. Morin ; il entreprit de réfuter les dissertations de ce théologien sur le pentateuque samaritain. Ce coup d'essai fut son chef-d'oeuvre ; il intitula son ouvrage, exercitationes anti-morinianae ; & tous les protestans en firent d'autant plus d'éloges, que la matiere ne pouvoit pas être plus favorable à leur façon de penser, puisqu' Hottinger se battoit pour le texte hébreu de la bible, dont le P. Morin énervoit l'autorité de tout son pouvoir. Il voyagea aux fraix de la ville de Zurich, dans les pays étrangers, & apprit les langues orientales sous Golius. De retour dans sa patrie, il ne cessa de produire livre sur livre, dont vous trouverez le catalogue dans sa vie écrite par Heidegger. Les principaux sont 1°. historia orientalis : 2°. bibliothecarius quadripartitus : 3°. thesaurus philologicus sacrae Scripturae : 4°. historia ecclesiastica : 5°. promptuarium sive bibliotheca orientalis : 6°. etymologicum orientale : 7°. dissertationes miscellaneae, &c. Il n'a pas toujours gardé dans ses écrits la modération convenable, & il les a donnés avec trop de précipitation ; mais quoi qu'en dise M. Arnauld, il est plus croyable dans ses disputes que ne l'étoit Allatius, parce qu'il réunit toutes les marques d'un homme de bonne foi. Allatius, grec de nation, & façonné en Italie, a plus de politesse & plus de tour ; mais le zurichois a plus de candeur & de simplicité. Allatius dit de sa tête tout ce qu'il lui plait : Hottinger allegue ses témoins. Enfin Zurich le combla d'honneurs & de distinction ; elle ne voulut que le prêter à l'électeur palatin, pour ranimer les études de l'université d'Heidelberg. Au bout de six ans elle le rappella, & lui confia des affaires importantes. L'académie de Leyde le demanda pour être professeur en théologie, & l'obtint enfin par la faveur des états de Hollande, auxquels Mrs. de Zurich crurent ne pouvoir refuser cette marque de leur condescendance.

Comme il préparoit toutes choses pour son voyage, il périt malheureusement à 47 ans, le 5 Juin 1667, sur la riviere qui passe à Zurich. Il s'étoit mis dans un bateau avec sa femme, trois de ses enfans, son beau-frere, un de ses bons amis, & sa servante, pour terminer le bail d'une terre qu'il avoit à deux lieues de Zurich ; le bateau ayant donné sur un pieu, que la crue de la riviere empêchoit de voir, se renversa. Hottinger, son beau-frere & son ami se tirerent du péril à la nage ; mais ils rentrerent dans l'eau, quand ils apperçurent le danger où le reste de la troupe étoit encore. Cet fut alors qu'Hottinger périt ; son ami & ses trois enfans eurent la même destinée ; sa femme, son beau-frere & sa servante furent les seuls sauvés ; il laissa quatre fils & deux filles qui ne se trouverent pas de ce triste voyage.

Scheuchzer (les) ont tous honoré leur patrie par leurs ouvrages en médecine & en histoire naturelle. Jean-Jacques Scheuchzer mort en 1733, à 61 ans, a donné une physique sacrée ou histoire naturelle de la bible, imprimée à Amsterdam, en quatre volumes in-fol. Jean Scheuchzer son frere fut nommé premier médecin de Zurich, & mourut en 1738. Jean-Gaspard Scheuchzer, fils de Jean-Jacques, est mort avant son pere en 1729, & s'étoit déja fait connoître par une traduction en anglois de la belle histoire du Japon de Kempfer.

Schweitzer (Jean-Gaspar), en latin Suicerus, habile philologue du xvij. siecle, mourut en 1688 à 68 ans. On a de lui un savant lexicon, ou trésor ecclésiastique des peres grecs, & d'autres savans ouvrages. La meilleure édition de son trésor ecclésiastique est celle d'Amsterdam en 1728, en deux volumes in-folio.

Simler (Josias) mort dans sa patrie en 1576, à 45 ans, a donné quelques ouvrages d'histoire & de théologie, outre un assez bon abrégé de la bibliotheque de Conrad Gesner.

Styckius (Jean-Guillaume), littérateur, né en 1542, mourut en 1607. Il s'est fait connoître par plusieurs ouvrages, dont les principaux sont 1°. commentarius in Arriani periplum Ponti-Euxini & maris Erythraei : 2°. de sacrificiis Judaeorum & Ethnicorum : 3°. antiquitatum convivalium libri IV. Dans le dernier ouvrage sur les festins des anciens, l'auteur traite avec érudition la maniere dont les Hébreux, les Chaldéens, les Grecs, les Romains & plusieurs autres nations faisoient leur repas d'apparat, & les céremonies qu'ils y observoient. (D.J.)


ZURICH, canton de, (Géog. mod.) canton de la Suisse, & le premier en rang. Il est borné au nord par le Rhin, qui le sépare du canton de Schaffhouse ; au midi par le canton de Schwitz, au levant par le Thourgaw & le comté de Toggenbourg, & au couchant par le canton de Zug.

Le territoire de ce canton fait partie du pays des anciens Tigurini, célebres dans l'histoire romaine ; car plusieurs années avant que Jules-César commandât dans les Gaules, les Tigurini avoient défait l'armée romaine, & tué le consul Lucius Cassius qui la commandoit, & son lieutenant Pison qui avoit été consul. Leur pays appellé anciennement pagus Tigurinus, s'étendoit jusqu'au lac de Constance ; les anciens y marquent deux villes, l'une appellée forum Tiberii, & l'autre Arbor faelix, qui est Arbon. Sous les rois francs, le Pagus Tigurinus s'appella Durgau ou Turgau, dans lequel pays de Turgau étoit Turig aujourd'hui Zurich, comme il paroît par une charte de Louis le germanique. Cette même charte nous apprend que l'on avoit commencé à prononcer Zurige pour Turige, suivant la coutume teutonique, où l'on change le T en Z.

Quand les cantons de la Suisse formerent une alliance fédérative, ils céderent la préséance au canton de Zurich, à cause de la puissance, de la grandeur & de la richesse de la ville de Zurich. Ce canton conserve encore cet honneur d'avoir le titre de premier entre les égaux ; il ne préside pas seulement aux dietes, mais il a le soin de les convoquer, en écrivant des lettres circulaires aux cantons, pour les informer des raisons au sujet desquelles on les assemble, & pour les prier d'envoyer leurs députés avec les instructions nécessaires. La ville de Zurich est comme la chancellerie de la Suisse, & c'est par ce motif que toutes les lettres des souverains y sont portées.

Le canton de Zurich est d'une étendue considérable, & c'est le plus grand de la Suisse après celui de Berne. On distingue les baillifs qui le gouvernent, en trois classes : ceux de la premiere sont appellés administrateurs ; ils ont soin de recevoir les rentes, sans exercer aucune jurisdiction, & ils sont au nombre de dix : la seconde classe comprend les baillifs qui demeurent dans la ville de Zurich, & qui ne sont point obligés d'en sortir : ce sont ceux qu'on nomme baillifs intérieurs, & on en compte dix-neuf ; la troisieme classe est celle des baillifs qui résident dans les villages & dans les châteaux du canton, pour y exercer leur emploi ; & ceux-ci sont au nombre de treize. On compte cinq bailliages hors de l'enceinte du canton, & ces bailliages ont chacun leurs loix & leurs coutumes, auxquelles les baillifs ne peuvent rien changer dans l'administration de la justice. Il y a encore deux villes assez considérables, savoir Stein sur le Rhin, & Wintherthour, qui sont soumises à la souveraineté de Zurich, mais qui en même tems nomment leurs propres magistrats, & se gouvernent selon leurs loix.

Le terroir du canton de Zurich est un pays de montagnes & de plaines que les habitans ont soin de bien cultiver ; il produit des grains, tandis que le lac & les rivieres fournissent du poisson ; mais la principale richesse des habitans consiste dans leur commerce & leurs manufactures. Zurich est la capitale du canton. Voyez son article. (D.J.)

ZURICH, lac de, (Géog. mod.) lac de Suisse, dans le canton de ce nom. Il a environ une lieue de largeur & neuf de longueur. Il est formé par la riviere de Lint, qui en sort à Zurich sous le nom de Lindmatt. Il abonde en diverses especes de poissons, & ses deux bords sont garnis de vignobles, de prairies, de jardins, de petites maisons de plaisance & de chaumieres. (D.J.)


ZURITA(Géog. mod.) petite ville d'Espagne, dans la Castille vieille, au voisinage de Tolede, & au bord du Tage ; cette place est une commanderie de l'ordre de Calatrava. (D.J.)


ZURMENTUM(Géog. anc.) ville de l'Afrique propre. Ptolomée, l. IV. c. iij. qui la marque dans les terres, la compte au nombre des villes situées au midi d'Adrumete. (D.J.)


ZURNAPAS. m. (Zoologie) nom arabe d'un animal fort singulier dans son espece, & qui paroît n'appartenir à aucun genre d'animaux connus ; il est appellé par les Latins camelopardalis, & giraffa par les Orientaux. Voyez #GIRAFFE>GIRAFFE.

On ne sait point si cet animal rumine ou non ; mais comme il a le pié fourchu, des cornes au front, qu'il manque de dents de devant à la mâchoire supérieure, & qu'il se nourrit de végétaux, il est plus que probable qu'il faut le ranger dans la classe des animaux ruminans.

C'est un bel animal, doux comme une brebis, & qui paroît né pour n'être pas sauvage. Sa tête est faite comme celle du cerf ; il a deux cornes obtuses, velues & de la longueur de six doigts ; la femelle les a seulement plus courtes que le mâle ; ses oreilles sont larges & semblables à celles des boeufs, ainsi que sa langue ; son col est à-peu-près de sept piés de long, droit & menu ; sa taille depuis la tête jusqu'à la queue, est d'environ dix-huit piés ; sa criniere est fort petite ; ses jambes sont longues & minces, & celles de derriere très-courtes, en comparaison de celles de devant.

Sa queue va jusqu'au jarret, & est couverte d'un poil très-épais ; il a le milieu du corps délié, & ressemble au chameau dans toute son allure ; quand il court, il leve ensemble les deux piés de devant, se couche sur le ventre, pose son col sur ses cuisses, & souffle comme le chameau. Quand il est debout, il a bien de la peine à paître l'herbe, à moins d'étendre beaucoup ses jambes de devant, ensorte que la nature semble l'avoir créé pour se nourrir dans son état sauvage, de feuilles d'arbres qu'il attrape avec facilité. Sa moucheture sur tout le corps est de la plus grande beauté, & a la maniere de celle du léopard. La couverture veloutée de ses cornes sembleroit indiquer qu'il appartient au genre des cerfs ; mais sa taille en differe totalement. (D.J.)


ZUROBARou ZURIBARA, (Géogr. anc.) ville de la Dace, selon Ptolomée, l. III. c. viij. Niger pense que ce pourroit être aujourd'hui Temeswar. (D.J.)


ZURZACH(Géog. mod.) gros bourg de Suisse, dans le comté de Bade, sur le bord du Rhin, à une lieue au-dessus de l'embouchure de l'Aar dans ce fleuve, & à cinq milles de Keisertoal. Ce bourg est fort connu par ses foires autrefois célebres, aujourd'hui tombées dans une grande décadence. Zurzach dépend pour le civil du baillif de Bade, & pour le spirituel, de l'évêque de Constance ; mais les deux religions, la catholique & la protestante, s'y professent également.

On a enchâssé dans la muraille de l'église paroissiale, une pierre rompue, où l'on voyoit en 1535, un fragment d'inscription antique qui portoit : M. Junio. M. F. Volt. Certo. Dom. Vien. Veteran. Mil. Leg. XIII. Geminae Certus & Amiantus Pii Haeredes Fecerunt. Quelques-uns ont imaginé de cette inscription que le Certus dont elle fait mention, avoit été le fondateur ou le réparateur de Zurzach ; mais ce n'est là qu'une imagination creuse qui n'est appuyée d'aucun titre. (D.J.)


ZUTPHEN(Géog. mod.) quartier des Pays-bas, dans la province de Gueldre, avec titre de comté. Ce comté a été un état possédé par des seigneurs héréditaires long-tems après l'érection de Gueldre en comté, & ensuite en duché. Aujourd'hui le comte de Zutphen est uni à la province de Gueldre ; il est séparé du Velau par l'Yssel du côté de l'occident ; il a au nord l'Over-Yssel, à l'orient l'évêché de Munster, & au midi le duché de Cleves. On y compte six villes, savoir Zutphen son chef-lieu, Doesbourg, Groll, Doetecum, Lochem & Bredevorde. (D.J.)

ZUTPHEN, (Géog. mod.) ville des Provinces-Unies, dans la province de Gueldre, sur le bord oriental de l'Yssel, capitale du comté de même nom, à deux lieues au sud-est de Déventer, à quatre d'Arnheim, à six au nord-est de Nimegue, & à vingt au levant d'Amsterdam. Cette ville bâtie depuis plus de huit siecles, est aujourd'hui bien fortifiée, & a été souvent attaquée. Elle fut prise d'assaut l'an 1572, par Frédéric de Tolede, fils du duc d'Albe, qui traita les habitans avec la derniere barbarie. Le comte Maurice de Nassau reprit cette ville sur les Espagnols en 1591 ; & depuis lors elle est restée sous la puissance des Provinces-Unies. Il est vrai que les François s'en rendirent maîtres en 1672 ; mais ils furent obligés de l'abandonner, ainsi que toute la Gueldre, en 1674. Le nom de Zutphen vient du mot veenen, qui dans la langue du pays signifie des prairies, & de celui de zudt, midi ; c'est donc comme qui diroit prairies méridionales. Long. 23. 45. latit. 52. 10.

Pitiscus (Samuel), littérateur, naquit à Zutphen, & mourut à Utrecht en 1717, à 90 ans. Il s'est fait connoître très-honorablement par son Lexicon antiquitatum romanarum, deux vol. in-fol. (D.J.)


ZUYDERZÉou ZUIDERZÉE, (Géog. mod.) grand golfe de l'Océan germanique, sur la côte des Pays-bas, & qui sépare la Frise occidentale de la Frise orientale. Ce golfe a été formé par l'inondation de la mer, qui étant entrée en 1225, selon Ubbo Emmius, par l'embouchure du Flévon (ou Flie) & de l'Ems, couvrit trente lieues de pays, dont il ne resta que la côte, qui forma dans la suite plusieurs îles qu'on nomme aujourd'hui Texel, Eyer-land, Fliland, Schelling & Ameland. Ainsi la West-Frisland ou Frise occidentale, fut séparée de la Frise orientale par une mer de dix ou douze lieues de large.

Le Zuyderzée signifie mer du midi ; & ce golfe est ainsi nommé, parce qu'il est au midi du grand Océan, duquel il est séparé par les îles que nous venons de nommer, & qui s'étendent jusque vis-à-vis de la Frise orientale. Le Zuyderzée baigne la nord-Hollande ou West-Frise, la Hollande méridionale, le duché de Gueldres, la seigneurie d'Utrecht, celle d'Over-Yssel & celle de Frise. (D.J.)


ZUZS. m. (Monnoie des Hébreux) nom d'une espece de monnoie des Hébreux qu'on croit avoir été du poids & de la valeur d'un denier romain d'argent ; mais ce mot ne se trouve que dans la version syriaque du nouveau Testament, & la vulgate l'a rendue par drachme. (D.J.)


ZUZIDAVA(Géog. anc.) ville de la Dace, selon Ptolomée, l. III. c. viij. (D.J.)


ZWEYBRUCK(Géog. mod.) en latin Bipontium, ville d'Allemagne capitale du Duché de Deux-Ponts, entre Sarbruck & Caseloutre. Les François nomment cette ville Deux-Ponts ; voyez-en l'article sous ce mot, ainsi que celui du duché de ce nom. (D.J.)


ZWINGENBERG(Géog. mod.) petite ville d'Allemagne, dans le cercle du Haut-Rhin, au landgraviat de Hesse-Darmstadt, entre Heidelberg & Francfort. Longit. 26. 12. latit. 49. 45. (D.J.)


ZWINGLIENSS. m. pl. (Hist. ecclésiast.) secte de sacramentaires du xvj. siecle, ainsi nommés de Ulric ou Huldric Zwingle leur chef, suisse de nation.

Cet hérésiarque, après avoir pris le bonnet de docteur à Bâle en 1505, & s'être ensuite distingué par ses talens pour la prédication, fut pourvu d'une cure dans le canton de Glaris, & ensuite de la principale cure de la ville de Zurich. C'est-là que peu de tems après que Luther eut commencé à semer ses erreurs, Zwingle en répandit aussi de semblables contre le purgatoire, les indulgences, l'intercession & l'invocation des saints, le sacrifice de la messe, le célibat des prêtres, le jeûne, &c. sans toutefois rien changer au culte extérieur. Mais quelques années après, lorsqu'il crut avoir assez disposé les esprits, il eut en présence du sénat de Zurich une conférence avec les catholiques, qui fut suivie d'un édit, par lequel on abolit une partie du culte & des cérémonies de l'église. On détruisit ensuite les images, & enfin on abolit la messe.

Quoique Zwingle convint en plusieurs points avec Luther, ils étoient cependant opposés sur quelques articles principaux. Par exemple, Luther donnoit tout à la grace dans l'affaire du salut ; Zwingle au contraire adoptant l'erreur des Pélagiens, accordoit tout au libre arbitre, agissant par les seules forces de la nature. Jusque-là qu'il prétendoit que Caton, Socrate, Scipion, Séneque, Hercule même & Thésée, & les autres héros ou sages de l'antiquité, avoient gagné le ciel par leurs vertus morales. Quant à l'eucharistie, Zwingle prétendoit que le pain & le vin n'y étoient que de simples signes ou des représentations nues du corps & du sang de Jesus-Christ, auquel on s'unit spirituellement par la foi, au-lieu que Luther admettoit la présence réelle, quoiqu'il ne convînt pas de la transubstantiation. Zwingle prétendoit que le sens de figure dans ces paroles hoc est corpus meum lui avoit été révélé par un génie. Et pour appuyer cette explication, il citoit quelques autres passages de l'Ecriture où le verbe est équivaut à significat ; mais il ne faisoit pas attention que la nature des choses & les circonstances n'ont nulle parité avec l'institution de l'eucharistie.

De tous les protestans, les Zwingliens ont été les plus tolérans, s'étant unis avec les Luthériens en Pologne & avec les Calvinistes à Genève, quoiqu'ils différassent des uns & des autres dans des points capitaux, tels que ceux que nous venons de remarquer. Le Zwinglianisme se glissa en Angleterre sous le regne d'Edouard VI. où Pierre martyr, qui étoit un pur Zwinglien, fut appellé par le duc de Sommerset, protecteur ou régent du royaume, pour travailler à la prétendue réformation ; & il fit exclure du livre des communes prieres tout ce qui avoit rapport à la présence réelle & à la transubstantiation, qu'on n'avoit pas encore abjurées du tems d'Henri VIII. Voyez PRESENCE REELLE & TRANSUBSTANTIATION.


ZWOL& par quelques-uns SWOL, (Géog. mod.) ville des Pays-Bas, dans la province d'Over-Yssel, au pays de Zallant ; elle est bâtie sur une éminence, près de la riviere d'Aa, qui en arrose les fossés, à une lieue de Deventer & à deux de Campen. C'est une place assez grande & fortifiée très-régulierement dans une situation avantageuse, parce que c'est le passage ordinaire de la Hollande, vers les frontieres de Frise, de Groningue & d'Over-Yssel. Zwol étoit autrefois libre & impériale, & elle se joignit avec Deventer & Campen, à la ligue des autres villes anséatiques. Willebrand de Oldenbourg, évêque d'Utrecht, la fit fermer de murailles l'an 1233. Elle tomba sous la puissance des Etats Généraux l'an 1580 ; & cette même année l'exercice de la religion catholique romaine y fut supprimé. Sa magistrature consiste en huit échevins & autant de conseillers qu'on change tous les ans par élection de douze personnes, qu'on choisit dans le conseil de la ville qui est composé de quarante huit des principaux bourgeois. Long. 23. 42. latit. 52. 31.

Lorsque la réformation s'établit à Zwol, il y avoit plusieurs maisons de religieux & de religieuses, & entr'autres deux maisons de chanoines, dont l'une eut pour prieur le frere de Thomas à-Kempis.

Mais quelque tems après, Torrentinus (Hermannus), né dans cette ville, devint le restaurateur des Belles-Lettres dans les Pays-Bas, à l'imitation de Rodolphe Agricola son précepteur, qui avoit tant contribué à les rétablir en Allemagne. Torrentinus se distingua par divers ouvrages, & principalement par son Elucidarius carminum & historiarum, qui tout petit & tout succint qu'il est, se trouve néanmoins le véritable original de ces vastes & immenses compilations, dont la trop grande & trop peu judicieuse étendue nous fatigue plus aujourd'hui qu'elle ne nous soulage. Je parle de ces grands dictionnaires historiques, dont le plan plus judicieusement rempli nous seroit d'une extrême utilité.

Il y a eu quantité d'éditions du petit ouvrage de Torrentinus en différens tems, en différens lieux, en différentes formes, & toujours augmentées par les éditeurs. La premiere est à Haguenaw en 1510. Robert Etienne en donna une nouvelle beaucoup meilleure & beaucoup plus ample en 1541 in-8°. Charles Etienne publia le même ouvrage en 1553, in-4°. Morel le fit réimprimer sous le titre de Dictionarium historicum, geographicum, poeticum, autore Carolo Stephano, Paris, 1567.

Ce dictionnaire prit une faveur si singuliere, qu'il s'en fit consécutivement plus de trente éditions, auxquelles succéda celle de Nicolas Lloyd donnée à Londres en 1670 in-fol. Ensuite Hoffman mit au jour son Lexicon universale, Basileae, 1677, en deux vol. & en 1683 en trois vol. in-fol. En France parut le Dictionnaire historique de Louis Morery, dont la premiere édition est de Lyon 1673, en un volume in-4°. La vingtieme édition, faite avec beaucoup de négligence, ainsi que toutes les autres, a été publiée en Hollande en 1740, en huit vol. in-fol. Le plus court seroit de refondre l'ouvrage en entier, le réduire à moitié, & en élaguer tous les articles de géographie & de généalogie. (D.J.)


ZYDRITESen latin Zydritae, (Géog. anc.) Arrien, dans son périple du Pont-Euxin, page 11. fait mention d'un peuple de ce nom, & dit que ce peuple qui étoit voisin des Machelones, des Hénioques & des Laziens, obéissoit à un roi nommé Pharasmanus. Il y en a qui veulent que ces Zydrites d'Arrien soient les Silisses de Procope, les Zeuliens & les Cercites de Strabon ; & le P. Hardouin croit que ce sont les Ampreutae de Pline. (D.J.)


ZYGACTES(Géog. anc.) fleuve de la Thrace, près de la ville de Philippes, selon Appien, Bel. civ. lib. IV. qui dit que ce fut au passage de ce fleuve que le chariot de Pluton se rompit lorsqu'il emmenoit Proserpine, & que c'est en mémoire de cet accident que les Grecs avoient donné le nom de Zygactes au fleuve. L'édition de Tollius lit dans la traduction latine Zygastes, au lieu de Zygactes. (D.J.)


ZYGAENAS. m. (Ichthyologie) , grand poisson cétacée du genre des squali, selon le systême d'Artedi.

C'est un poisson extrêmement singulier & remarquable, en ce qu'il differe de tous les poissons du monde par la figure de sa tête, car elle n'est pas placée comme dans tous les autres poissons longitudinalement avec le reste du corps ; mais elle est placée transversalement comme la tête d'un maillet ou d'un marteau sur son manche. Cette tête ainsi posée forme un demi-cercle au front, & ce demi-cercle est si tranchant dans les bords, que quand ce poisson nage avec violence, il peut couper les autres poissons qu'il rencontre sur son passage. Ses yeux sont très-gros & placés à chaque bout de la tête, ensorte qu'ils peuvent mieux voir en bas, en haut, & de côté.

Dans la partie supérieure de son front, près des yeux, il y a de chaque côté un grand trou oblong qui lui sert, soit pour entendre soit pour sentir, ou peut-être pour ces deux choses. Sa gueule est très-grande, placée sous la tête & garnie de trois rangs de dents, larges, fortes, pointues, & tranchantes dans les bords. Sa langue est aussi grande que celle de l'homme ; son dos est noir, son ventre blanc. Sa queue est composée de deux nageoires inégales ; il a un cou au bout duquel est un conduit qui porte la nourriture dans son estomac. Son corps est très-long & arrondi ; il n'est point couvert d'écailles, mais d'une peau fort épaisse.

On le prend dans la Méditerranée, & quelquefois en différens endroits de l'Océan ; il est partout également horrible à voir ; il a la chair dure, de mauvais goût & de mauvaise odeur ; aussi les matelots qui le rencontrent prétendent qu'il leur porte malheur. Les Physiciens en jugent autrement, & le regardent avec admiration : on le trouvera gravé en son lieu dans les planches de cet ouvrage. Rondelet appelle ce poisson le marteau, & cette dénomination lui convient en effet. (D.J.)

ZYGAENA, (Géogr. anc.) île du golfe arabique. Ptolomée, l. VI. c. 7. la marque dans la partie septentrionale de ce golfe, environ à la hauteur de la ville de Bérénice. (D.J.)


ZYGI(Géog. anc.) peuples d'Asie. Strabon, l. II. p. 129. & l. II. p. 492. & Etienne le géographe, les comptent parmi les peuples qui habitoient le bosphore cimmérien pris dans un sens étendu ; & le premier les place entre les Athaei & les Heniochi. Les Zygi étoient des peuples féroces adonnés à la piraterie, & qui habitoient un pays d'accès difficile. (D.J.)


ZYGIANA(Géog. anc.) contrée de l'Asie mineure, dans la Bithynie, selon Ptolomée, l. V. c. I. (D.J.)


ZYGIES(Géog. anc.) peuples de la Libye extérieure. Ptolomée, l. IV. ch. v. les place vers la côte de la mer Méditerranée, au couchant du nôme maréotide. (D.J.)


ZYGOMAS. m. (Anatomie) c'est l'os de la tête communément appellé os jugale. Voyez OS. Ce mot vient de , jungo. Ainsi zygoma, à proprement parler, est la jointure de deux os.

Le zygoma n'est point un seul os, mais l'union & l'assemblage de deux apophyses ou éminences d'os, l'une de l'os temporal, l'autre de l'os de la pommette. Voyez Planches de l'Anatomie, & leur explic. Ces deux éminences ou apophyses sont jointes par une suture appellée zygomatique. Voyez ZYGOMATIQUE.


ZYGOMATIQUES. m. (Anatomie) se dit de l'arcade qui s'observe entre l'angle externe de l'orbite & le trou auditif externe, & qu'on appelle aussi zygoma. Voyez ORBITE AUDITIF & ZYGOMA.

On donne aussi ce nom aux deux apophyses qui la forment, dont l'une, qui est produite par l'os temporal, a sa base vers le trou auditif, & se portant horisontalement, vient s'engrener avec une autre bien plus courte produite par l'os de la pommette. Voyez TEMPORAL, POMMETTE, &c.

Le grand zygomatique est un muscle situé obliquement sur les joues entre la commissure des levres & l'os de la pommette ; il vient de l'apophyse zygomatique, & en passant obliquement il va s'insérer à l'angle des levres.

Le petit zygomatique vient de la partie moyenne de l'os de la pommette, & va en s'unissant avec quelques fibres de l'orbiculaire des paupieres, se terminer à la levre supérieure, environ au-dessus des dents canines.


ZYGOPOLIS(Géog. anc.) ville de la Colchide ; Strabon, l. XII. p. 548. qui en parle, semble la placer près de Trapezunte ; & Etienne le géographe croit qu'elle appartenoit au peuple Zygi. (D.J.)


ZYGOSTATES. m. (Littérat.) , magistrat qui chez les Grecs étoit établi pour veiller aux poids d'usage dans le commerce, & empêcher qu'on ne se servît ni de faux poids ni de fausses balances. Ce mot vient de , balance ; & le droit qu'on payoit pour la pesée des marchandises, se nommoit en conséquence . (D.J.)


ZYGRIS(Géog. anc.) ville du nôme de Libye sur la côte. Ptolomée, liv. IV. c. v. ne lui donne que le titre de villa. Elle est appellée Zygraena dans le concile de Chalcédoine. Le nom moderne est Solonet, selon Castald. (D.J.)


ZYMOLOGIES. f. (Chymie) c'est-à-dire discours, science, traité sur la fermentation ; c'est un terme moderne, ainsi que la belle doctrine de cette partie curieuse de la Chymie exposée dans plusieurs articles de ce Dictionnaire. Voyez FERMENTATION, EFFERVESCENCE, MIXTION, PUTREFACTION, &c. (D.J.)


ZYMOSIMETRES. m. (Physiq. générale) c'est un instrument proposé par Swammerdam, dans son traité latin de la respiration, pour mesurer le degré de la fermentation que cause le mêlange des matieres qui en sont susceptibles, & connoître quelle est la chaleur que ces matieres acquierent en fermentant, comme aussi le degré de chaleur des animaux. Boerhaave a profité de cette belle idée de Swammerdam, en engageant Fahrenheit à faire des thermometres de mercure, qui mesurent tous les degrés de froid & de chaud, depuis vingt degrés au-dessous de la glace, jusqu'à la chaleur des huiles bouillantes. (D.J.)


ZYRAS(Géog. anc.) fleuve de Thrace. Pline, liv. IV. c. xj. dit que ce fleuve mouilloit la ville de Dionysiopolis. Le pere Hardouin, au lieu de Zyras écrit Ziras. (D.J.)


ZZUÉNÉou ZZEUENE, (Géog. anc.) ville située sur la rive orientale du Nil, dans la haute Egypte, au voisinage de l'Ethiopie. Voyez SYENE.

C'est ici le dernier mot géographique de cet Ouvrage, & en même tems sans doute celui qui fera la clôture de l'Encyclopédie.

" Pour étendre l'empire des Sciences & des Arts, dit Bacon, il seroit à souhaiter qu'il y eût une correspondance entre d'habiles gens de chaque classe ; & leur assemblage jetteroit un jour lumineux sur le globe des Sciences & des Arts. O l'admirable conspiration ! Un tems viendra, que des philosophes animés d'un si beau projet, oseront prendre cet essor ! Alors il s'élevera de la basse région des sophistes & des jaloux, un essain nébuleux, qui voyant ces aigles planer dans les airs, & ne pouvant ni suivre ni arrêter leur vol rapide, s'efforcera par de vains croassemens, de décrier leur entreprise & leur triomphe ". (D.J.)