S. f. (Vénerie) c'est un assemblage de chiens-courants destinés à chasser les bêtes fauves ou carnassières, cerfs, sangliers, loups, etc. Pour mériter le nom de meute, il faut que l'assemblage soit un peu nombreux. Cinq ou six chiens-courants ne font pas une meute : il en faut au-moins une douzaine, et il y a des meutes de cent chiens et plus.

Pour réunir l'agrément et l'utilité, les chiens qui composent une meute doivent être de la même taille, et ce qu'on appelle du même pied, c'est-à-dire qu'il ne faut pas qu'il y ait d'inégalité marquée entr'eux pour la vitesse et le fonds d'haleine. Un chien de meute trop vite est aussi défectueux que celui qui est trop lent, parce que ce n'est qu'en chassant tous ensemble que les chiens peuvent s'aider, et prendre les uns dans les autres une confiance d'où dépend souvent le succès de la chasse. D'ailleurs le coup d'oeil et le bruit sont plus agréables lorsque les chiens sont rassemblés. Les chasseurs qui veulent louer leur meute, disent qu'on la couvrirait d'un drap. Mais c'est un éloge que certainement il ne faut jamais prendre à la lettre.

On parvient à avoir des chiens de même taille et du même pied par des accouplements dirigés avec intelligence, et en reformant sévérement tout ce qui est trop vite ou trop lent. En général on chasse plus surement avec une meute un peu pesante. La rapidité du train ne laisse pas le temps de goûter la voie au plus grand nombre des chiens. Ils s'accoutument à ne crier que sur la foi des autres, à ne faire aucun usage de leur nez. Par-là ils sont incapables de se redresser eux-mêmes, lorsqu'ils se sont fourvoyés, de garder le change, de relever un défaut. Ils ne servent à la chasse que par un vain bruit qui même fait souvent tourner au change une partie des autres chiens et des chasseurs.

Les soins nécessaires pour se procurer et entretenir une bonne meute, doivent précéder la naissance même des chiens, puisqu'on n'obtient une race qui ne dégenere pas qu'en choisissant avec beaucoup d'attention les sujets qu'on veut accoupler.

Lorsque les petits sont nés, on leur donne des nourrices au moins pendant un mois. Quand ils sont parvenus à l'âge de six, on juge de leur forme extérieure, et on réforme ceux dont la taille, autant qu'on peut le prévoir, s'accorderait mal avec celle des autres chiens de la meute. Lorsqu'ils ont à-peu-près quinze mois, il est temps de les mener à la chasse. On les y prépare en les accoutumant à connaitre la voix, et à craindre le fouet soit au chenil, soit en les menant à l'ébat, soit en leur faisant faire la curée avec les autres.

Il serait presqu'impossible de former une meute toute composée de jeunes chiens.

Leur inexpérience, leur indocilité, leur fougue donneraient à tout moment dans le cours de la chasse, occasion à des désordres qui augmenteraient encore ces mauvaises qualités par la difficulté d'y remédier. Il est donc presque indispensable d'avoir d'abord un fonds de vieux chiens déjà souples et exercés. Si on ne peut pas s'en procurer, il faut en faire dresser de jeunes par pelotons de quatre ou cinq, parce qu'en petit nombre ils sont plus aisés à retenir.

Lorsque les jeunes chiens sont accoutumés avec les autres, qu'on les a menés à l'ébat ensemble, qu'on leur a fait faire la curée, qu'ils sont accoutumés à marcher couplés, on les mène à la chasse. Il faut se donner de garde de mêler ces jeunes chiens avec ceux qui sont destinés à attaquer. Dans ces premiers moments de la chasse, il ne faut que des chiens surs, afin qu'on puisse les rompre aisément pour les remettre ensemble, et faire tourner toute la meute à l'animal qu'on veut chasser. On garde donc les jeunes chiens pour les premiers relais. Encore ne faut-il pas les y mettre seuls. On gâterait tout si l'on en découpait un trop grand nombre à-la-fais. Lorsque l'animal qu'on chasse est un peu échauffé, et qu'il commence à laisser sur la terre et aux portées un sentiment plus fort de son passage, on cherche l'occasion de donner un relais. Ce moment est souvent celui du désordre, si on ne le donne pas avec précaution. Il faut premièrement laisser passer les chiens de meute. Ensuite on découple lentement ceux du relais, en commençant par les moins fougueux, afin que ceux qui le sont le plus, aient le temps de s'essouffler avant de rejoindre les autres. Sans cela des chiens jeunes et pleins d'ardeur s'emporteraient au-delà des voies, et on aurait beaucoup de peine à les redresser. Lorsque les jeunes chiens ont chassé pendant quelque temps, et qu'on est assuré de leur sagesse, ce sont eux dont on se sert pour attaquer, parce qu'ayant plus de vigueur que les autres, ils sont plus en état de fournir à la fatigue de la chasse toute entière. Un relais étant donné, les piqueurs doivent s'attacher à ramener à la meute les chiens qui pourraient s'en être écartés. Pour faciliter cet ameutement, il est nécessaire d'arrêter souvent sur la voie, et de-là résultent divers avantages.

L'objet de la chasse est de prendre surement la bête que l'on suit, et de la prendre avec certaines conditions, d'où résulte un plus grand plaisir. Or pour être sur, autant qu'il est possible, de prendre la bête qu'on a attaquée, il faut que les chiens soient dociles, afin qu'on puisse aisément les redresser : il faut que le plus grand nombre ait le nez fort-exercé, pour garder le change, c'est-à-dire, distinguer l'animal chassé d'avec tout autre qui pourrait bondir devant eux : il faut encore qu'ils soient accoutumés à chasser des voies froides, afin que s'il arrive un défaut, ils puissent rapprocher l'animal et le relancer. Lorsqu'une meute n'a pas cette habitude, qu'on pique au premier chien, et qu'on veut étouffer l'animal de vitesse, au lieu de le chasser régulièrement, on manque souvent son objet : le moindre défaut qui laisse refroidir les voies, n'est plus réparable, surtout lorsque le vent de nord-ouest souffle, ou que le temps est disposé à l'orage, les chiens ayant moins de finesse de nez, la voie une fois perdue ne se retrouve plus. On ne court pas ces risques à beaucoup près au même degré, avec des chiens accoutumés à chasser des voies un peu vieilles ; mais on ne leur en fait prendre l'habitude qu'en les arrêtant souvent lorsque le temps est favorable, et qu'on peut juger en commençant la chasse, que les chiens emporteront bien la voie. Ces arrêts répétés donnent aux chiens écartés le temps de se rameuter. Ils les mettent dans le cas de faire usage de leur nez, de goûter eux-mêmes la voie, et de s'en assurer de manière à ne pas tourner au change. Le bruit qui n'est pas un des moindres agréments de la chasse, en augmente : les chasseurs se rassemblent, le son des trompes, les cris des veneurs et des chiens donnent ainsi dans le cours d'une chasse différentes scènes qui deviennent plus chaudes à mesure que les relais se donnent, et que l'animal perd de sa force. Ces moments vifs et gradués préparent et amènent enfin la catastrophe, la mort tragique et solennelle de l'animal. C'est donc par la docilité qu'on amène les chiens d'une meute à acquérir toutes les qualités qui peuvent rendre la chasse agréable et sure. Ils y gagnent, comme on voit, du côté de la finesse du nez, et de son usage ; mais cette qualité est toujours inégale parmi les chiens malgré l'éducation ; et il en est quelques-uns que la nature a doués d'une sagacité distinguée : ceux-la ne changent jamais, quoi qu'il arrive. Le cerf a beau s'accompagner et se mêler avec une troupe d'autres animaux de son espèce, ils le démêlent toujours, et en reconnaissent la voie à travers les voies nouvelles, de sorte qu'ils chassent hardiment lorsque les autres chiens aussi sages, mais moins francs, balancent et semblent hésiter. On dit que ces chiens supérieurs sont hardis dans le change. Les piqueurs doivent s'attacher à les bien connaitre, parce qu'ils peuvent toujours en sûreté y rallier les autres.

La plupart des avantages qu'une meute puisse réunir, dépendent, comme on voit, de la docilité des chiens. Avec une meute sage, la chasse n'a presque point d'inconvénients qu'on ne prévienne ou qu'on ne répare. Il faut que la voix du piqueur enlève toujours surement les chiens, qu'il soit le maître de les redresser lorsqu'ils se fourvoyent, et que lorsqu'ils le suivent, il n'ait rien à craindre de leur impatience. L'usage de mener les chiens couplés lorsqu'on va frapper aux brisées, annonce une défiance de leur sagesse, qui ne fait pas d'honneur à une meute. Il est très-avantageux de les avoir au point de docilité où ils suivent le piqueur posément et sans désir de s'échapper, parce qu'alors on attaque sans étourderie, et qu'on évite un partage de la meute qui est très-ordinaire au commencement des chasses. Il est toujours possible d'arriver à ce degré, lorsqu'on en prend la peine. L'alternative de la voix et du fouet est un puissant moyen ; et il n'est point de fougue qui résiste à l'impression des coups répétés. Les autres soins qui regardent la meute, consistent à tenir propres le chenil et les chiens, à leur donner une nourriture convenable et réglée, à observer avec le plus grand soin les chiens qui paraissent malades, pour les séparer des autres. Voyez PIQUEUR et VENERIE.