fagus, s. m. (Botanique) genre de plante à fleur arrondie et composée de plusieurs étamines qui sortent d'un calice fait en forme de cloche. Les embryons naissent sur le même arbre séparément des fleurs, et deviennent des fruits durs et pointus, qui s'ouvrent par la pointe en quatre parties et qui renferment ordinairement deux semences à trois côtes. Tournefort, Inst. rei herb. Voyez PLANTE.

HETRE, s. m. (Histoire naturelle, Botanique) le hêtre est un grand arbre, qui se trouve communément dans les forêts des climats tempérés de l'Europe. Il grossit, s'éleve, s'étend plus promtement, et fournit plus de bois qu'aucun autre arbre ; il prend une tige droite, dont la tête se garnit de beaucoup de branches : cet arbre se fait distinguer par son écorce qui est lisse, unie et d'une couleur cendrée fort claire ; en général, il plait à la vue par la grande vivacité qui l'annonce de loin. Ses feuilles ovales de médiocre grandeur et d'une verdure brillante sont placées alternativement sur les branches. Le hêtre donne au printemps des fleurs mâles ou chatons de figure ronde, qui paraissent en même temps que les feuilles. Le fruit qui vient séparement est renfermé dans une espèce de brou qui est hérissé de piquans, il s'y trouve ordinairement deux graines qui sont oblongues et triangulaires : on donne à ce fruit le nom de faine. Le brou, qui lui sert d'enveloppe, s'ouvre au mois d'Octobre, et laisse tomber le fruit ; c'est l'annonce de sa maturité.

Cet arbre, par sa stature et son utilité, se met au nombre de ceux qui tiennent le premier rang parmi les arbres forestiers ; il est vrai qu'à plusieurs egards il est inférieur au chêne, au châtaigner et à l'orme, qui ont généralement plus d'utilité ; mais le hêtre consideré par le volume de son bois, par la célérité de son accroissement, et par la médiocrité du terrain où il prospere, peut entrer en parallèle avec des arbres plus recommandables.

Cet arbre est très-propre à former un bois, lorsque la forme du sol et la qualité du terrain ne permettent pas au chêne d'y dominer. Le hêtre se plait dans les lieux froids sur le penchant et au sommet des montagnes ; il se contente d'un terrain peu substantiel ; il vient bien dans les terres crétacées, et même dans le sable et le grai, lorsqu'il y a un peu d'humidité ; il réussit surtout dans les terres grasses et argilleuses, lorsque le sable domine. Ses racines ne s'enfoncent pas si profondément que celles du chêne, mais dans les terrains dont on vient de parler, elles parviennent où celles du chêne ne pourraient pénétrer. Le hêtre craint la trop grande humidité, il se refuse aux terres fortes ou marécageuses, et à celles qui sont trop superficielles.

On élève le hêtre en semant la faine. Il faut qu'elle tombe d'elle-même pour être en parfaite maturité ; ce qui arrive dans le courant du mois d'Octobre : comme il serait difficile et couteux de la faire ramasser grain à grain, on rassemble et on enlève avec les deux mains tout ce qui se trouve sous les hêtres, graines, feuilles et enveloppes, que l'on met dans des sacs ; ensuite on vanne le tout, et quand la faine est bien nettoyée, on la passe à l'épreuve de l'eau dans un baquet, dont on rejette les grains que leur défectuosité fait surnager. On peut semer la faine depuis le mois d'Octobre jusqu'à celui de Février ; plus tôt on s'y prend, mieux elle lève : il est vrai qu'en se hâtant, il y a des risques à courir : les rats, les souris, les mulots, et tous les insectes qui vivent sous la terre en sont très-avides : en sorte que dans les années où ces animaux surabondent, ils détruisent presque tout le semis. Dans ce cas, on doit prendre le parti de conserver la faine pendant l'hiver dans du sable qu'il faut toujours tenir séchement pour l'empêcher de germer : cet avancement serait sujet à inconvénient ; la faine en levant jette au bout des feuilles seminales l'enveloppe de son amande ; si quand on seme, la germination était faite, les germes qui sont si faibles alors, resteraient couchés sous terre faute de point d'appui pour se relever et pousser dehors leur enveloppe. On ne peut semer la faine que dans un terrain léger et assez cultivé pour qu'il puisse favoriser la sortie des enveloppes dont on vient de parler. Quand on veut semer un grand canton, si le terrain a été cultivé de longue main pour rapporter du grain, on y fera faire un seul labourage à la charrue ; ensuite on semera la faine, même avec le sable si elle y a été mêlée ; puis, en y faisant passer la herse, elle se trouvera suffisamment enterrée. Si le semis a été fait après l'hiver, les graines leveront en moins d'un mois : les gelées de printemps ne lui causent aucun dommage. Les plants feront bien peu de progrès les premières années ; ils seront faibles, branchus, raffauts ; il faudra les couper après la quatrième année pour les fortifier et leur faire prendre une tige.

De tous les arbres de nos forêts, le hêtre est celui dont la transplantation est moins de ressource ; soit que l'on veuille regarnir un grand canton de bois, ou en former un médiocre, on s'avise souvent de faire arracher de jeunes plants dans les forêts, et de les faire planter dans les places que l'on veut mettre en bois ; c'est un bien mauvais parti à prendre : il n'y aura guère moins de désavantage à se servir de jeunes plants venus en pepinière. On fait ordinairement ces plantations dans un terrain inculte, après n'avoir fait creuser que de fort petits trous ; la transplantation se fait fort négligemment, tout perit. Si l'on veut prendre de plus grandes précautions pour les creux et la culture, la dépense sera immense ; encore le succès sera-t-il fort incertain. Quoi qu'il en sait, si l'on veut risquer cette pratique, les plants d'environ deux pieds de hauteur sont les plus propres à transporter : ceux qui sont plus petits n'ont pas assez de racines. Il faut bien se garder de trop retrancher ni de la tête ni des racines ; on doit s'en tenir à couper le pivot, à tailler la petite cime, et à chicotter les branches.

Quoique le hêtre soit un grand et bel arbre, d'une forme régulière et d'un aspect agréable, on n'en fait nul usage pour l'ornement des jardins ; c'est un arbre commun, un arbre ignoble, on le méprise. Cependant il y a des terrains qui se refusent à la charmille, et où le hêtre formerait les plus belles et les plus hautes palissades : c'est surtout à ce dernier usage qu'on pourrait l'appliquer avec le plus de succès. Ces palissades brisent les vents et résistent à leur impétuosité mieux qu'aucun autre arbre ; il ne faut pas les tailler en été. Le hêtre fait beaucoup d'ombre, qui est nuisible à tout ce qui croit dessous : ses feuilles données en verd au bétail lui font une bonne nourriture ; quand elles sont seches on en peut faire des paillasses, et lorsqu'elles sont à demi pourries, elles sont propres à engraisser les terres.

Le bois du hêtre est d'une grande utilité ; mais on ne le fait servir qu'à de petits usages, qui, à la vérité, s'étendent à une infinité de choses. Nos charpentiers ne s'en servent pas ; il est trop cassant, trop sujet à la vermoulure. Cependant les Anglais, qui par la rareté du bois, sont obligés de faire usage de tout, trouvent moyen d'employer le hêtre à de gros ouvrages. Ecoutons Ellis, auteur anglais, qui a donné en 1738, sur la culture des arbres forestiers, un traité fort petit, mais qui contient beaucoup de faits. " Le bois du hêtre, dit cet auteur, est propre à faire des membrures et des planches dont on peut former des parquets, planchers de greniers, et faire des boiseries ; l'aubier de ce bois est celui de tous les arbres qui dure le moins, et où les vers font le plus grand dommage : il faut absolument l'enlever avant d'employer ce bois, qui sans cela, se tourmenterait pendant plusieurs années. Mais si on veut rendre les planches et les membrures de bonne qualité, il faut les jeter dans l'eau immédiatement après leur sciage, et les y laisser pendant quatre ou cinq mois. Plus les planches sont minces, moins le ver les attaque. Si l'on voulait employer le hêtre dans les bâtiments, il faudrait soutenir à trois pieds au-dessus de terre des grosses pièces de ce bois, faire du feu par-dessous avec des copeaux et du fagotage jusqu'à ce que les pièces aient pris une couleur noire et une croute ; il faut plonger ensuite les extrémités des pièces dans de la poix fondue, et les employer dans les étages élevés. Au lieu de couper cet arbre en hiver, comme cela se pratique ordinairement, il faut l'abattre dans le plus grand été, et dans la force de la seve. Par expériences faites, les arbres coupés en été, ont duré fort longtemps, et ceux coupés en hiver, ont été percés par les vers, et se sont pourris en fort peu d'années. Après que l'on aura coupé ces arbres en été, il faudra les laisser un an en grume, les retourner de temps en temps, ensuite les façonner, puis les jeter dans l'eau ". Les Charrons, les Menuisiers, les Tourneurs, les Layetiers, les Gainiers, les Sabottiers, etc. font grand usage de ce bois ; on lui donne de la consistance et de la durée, soit en vernissant la menuiserie, ou en passant à la fumée les autres ouvrages. Ce bois dure longtemps en lieu sec ; il est incorruptible sous l'eau, dans la fange, dans les marécages ; mais il périt bientôt s'il est exposé aux alternatives de la sécheresse et de l'humidité : c'est le meilleur de tous les bois à bruler et à faire du charbon.

La faine a aussi ses usages : elle a le goût de naisette ; mais l'astriction qui y domine la rend peu agréable à manger ; elle sert à engraisser les porcs et à faire de l'huile qui est bonne à bruler, à faire de la friture et même de la pâtisserie ; enfin on en fait du pain dans les temps de disette. Nous avons appris aux Anglais à s'en servir.

On ne connait encore qu'une espèce de hêtre qui a deux variétés ; l'une a les feuilles panachées de jaune, et l'autre les a panachées de blanc. On peut multiplier ces variétés en les greffant sur l'espèce commune.