en Pharmacie, est l'action de réduire un corps solide en poudre subtile. On l'appelle aussi lévigation, pulvérisation, etc. Voyez POUDRE, BROYEMENT, LEVIGATION, etc. Ce mot est formé du latin triturare, broyer, qui vient de tero, frotter, piler, briser.

La trituration des bois, des écorces, des minéraux, et des autres corps durs et secs se fait dans des mortiers de fer.

On emploie aussi ce terme quand on parle de briser, d'atténuer et de diviser en petites parties des matières humides. La trituration des corps humides se fait dans des mortiers de marbre ou de pierre, avec des pilons de bois, de verre, d'yvoire, etc.

Boerhaave observe que la trituration a une force merveilleuse pour dissoudre certains corps, et qu'elle les rend aussi fluides que s'ils étaient fondus par le feu ; de cette manière si on broie la poudre de myrrhe avec le sel de tartre, ils se dissoudront mutuellement l'un l'autre. Si on broie dans un mortier de la limaille de fer nouvelle et brillante avec le double pesant de soufre bien pur, le fer se dissoudra tellement, que si on le lave avec de l'eau, il donnera un vitriol de mars. Voyez FER et VITRIOL.

L'or trituré longtemps dans un mortier avec le sel de tartre donne une sorte de teinture, et trituré avec le mercure dans un mortier de verre, il se résout entièrement en une liqueur purpurine, et devient un très-puissant remède.

Le docteur Langelotte a écrit un traité fort curieux sur les grands effets de la trituration dans la chimie. Il décrit une façon particulière qu'il employait pour triturer l'or, et au moyen de laquelle il pouvait le rendre aussi fluide que par le moyen du feu, et faire un or potable par le seul mouvement d'un moulin. Voyez OR et AURUM.

Cet auteur, dans les Transactions philosophiques, parle de la manière dont il triturait l'or, et décrit deux machines ou moulins philosophiques servant à cet effet, avec l'eau desquels dans l'espace de quatorze jours, il réduisait une feuille d'or en une poudre brune, mettant ensuite cette poudre dans une cornue peu profonde qu'il plaçait sur un feu de sable, il augmentait le feu par degrés, et donnait à la fin un feu violent. Il avait par ce moyen quelques gouttes fort rouges, qui étant mises en digestion per se, ou avec de l'esprit-de-vin tartarisé, donnaient un véritable or potable.

L'auteur attribue en grande partie le succès de cette opération au sel de l'air qui durant le broyement se mêle abondamment, et s'unit avec l'or.

TRITURATION, se dit aussi, en Médecine, de l'action de l'estomac sur les aliments, qui les rend propres à la nutrition. Voyez ESTOMAC, etc.

Quelques médecins prétendent que la digestion se fait par la trituration, et non par la fermentation ; autrement que l'estomac ne fait autre chose que de broyer et atténuer les aliments pour les rendre propres à la nutrition. Voyez l'article DIGESTION, où cette matière est traitée amplement.

Ce système fit beaucoup de bruit, il y a quelques années, étant soutenu par le docteur Pitcarn et par d'autres ; mais il parait qu'il est maintenant fort tombé. La doctrine de la trituration n'est pas nouvelle. Erasistrate l'a soutenue anciennement dans toute son étendue, et les modernes n'ont fait que la renouveller.

Elle fut inventée du temps d'Hippocrate, c'est-à-dire, dans un temps où l'anatomie était encore peu connue, et c'est ce qui lui donna du cours. Certains médecins de ce temps-là croyaient que l'estomac n'était simplement que le réservoir des aliments solides ou secs : que ces aliments après avoir été délayés et broyés dans la bouche, étaient de nouveau broyés plus parfaitement dans l'estomac, et par ce seul moyen étaient convertis en chyle, mais que la boisson ne pouvant pas être broyée à cause de sa liquidité, allait dans les poumons et non dans l'estomac, où à raison de sa quantité, elle aurait plutôt nui à la digestion qu'elle n'y aurait aidé.

Hippocrate, comme nous voyons dans son quatrième livre des maladies, s'éleva fortement contre une opinion si visiblement contraire à la raison et à l'expérience ; et il nous apprend que s'il se donna cette peine, c'est parce qu'une telle erreur avait déjà beaucoup de partisans. Elle ne put pas tenir longtemps contre les raisons d'Hippocrate, et sa chute fut suivie de la ruine entière du système de la trituration dont elle était le fondement.

Mais Erasistrate la releva ; et cette doctrine après avoir été soutenue durant quelque temps, retomba dans l'oubli, d'où quelques auteurs modernes ont tâché inutilement de la retirer.

TRITURER LE GRAIN, (Critique sacrée) c'est l'action de séparer le grain d'avec la paille ; cette manœuvre s'opérait en deux manières chez les Juifs, soit avec des trainaux ou chariots armés de fer, soit plus ordinairement en faisant fouler le grain par des bœufs qui brisaient la paille avec la corne de leurs pieds. Comme on donnait des muselières à ces animaux afin qu'ils ne pussent toucher aux grains qu'ils foulaient, et que cependant l'ouvrage était fort pénible pour ces pauvres bêtes ; Moïse voulant inspirer aux Juifs des sentiments d'humanité à cet égard, défendit par une loi expresse de mettre des muselières aux bœufs qu'on employait à ces travaux fatiguans. S. Paul tire de cette loi la conséquence qu'il est juste que les ministres de l'évangile soient nourris aux dépens de ceux qu'ils instruisent. Au reste l'Ecriture fait quelquefois allusion à la manière de broyer le blé par le secours des bœufs : témoin ce passage du prophète Michée, iv. 15. " leve-toi, fille de Sion, je te donnerai une corne de fer, et tu froisseras plusieurs peuples ". (D.J.)