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Catégorie parente: Beaux-arts
Catégorie : Architecture
S. m. (terme d'Architecture) grands et somptueux bâtiments, élevés par les anciens pour l'ornement et la commodité. Il faut distinguer les bains en naturels ou en artificiels. Les bains naturels sont ou froids comme l'eau des rivières, ou chauds comme ceux des eaux minérales, propres à la guérison de plusieurs maux. Voyez EAUX MINERALES, et plus bas BAIN en Médecine.

Les bains artificiels, qui étaient plutôt pour la propreté du corps que pour la santé, étaient chez les anciens des édifices ou publics ou particuliers. Les bains publics ont été en usage en Grèce et à Rome : mais les Orientaux s'en servirent auparavant. La Grèce connaissait les bains chauds dès le temps d'Homère, comme il parait par divers endroits de l'Odyssée ; et ils étaient ordinairement joints aux gymnases ou palestres, parce qu'en sortant des exercices on prenait le bain. Vitruve a donné une description fort détaillée de ces bains, par laquelle il parait qu'ils étaient composés de sept pièces différentes, la plupart détachées les unes des autres, et entremêlées de quelques pièces destinées aux exercices. Ces sept pièces étaient 1°. le bain froid, frigida lavatio, en Grec : 2°. l'elaeothesium, c'est-à-dire la chambre où l'on se frottait d'huîle ; 3°. le lieu de rafraichissement, frigidarium, 4°. le propnigeum, c'est-à-dire l'entrée ou le vestibule de l'hypocaustum ou du poêle ; 5°. l'étuve voutée pour faire suer, ou le bain de vapeur, appelé tepidarium ; 6°. le bain d'eau chaude, calida lavatio : auxquelles il faudrait joindre l'apodyterion ou garde-robe, si toutefois ce n'est pas la même chose que le tepidarium.

Quant aux bains détachés des palestres, il résulte de la description qu'en fait Vitruve : 1°. que ces bains étaient ordinairement doubles, les uns pour les hommes, les autres pour les femmes ; du moins chez les Romains, qui en ce point avaient plus consulté les bienséances que les Lacédémoniens, chez qui les deux sexes se baignaient pêle-mêle : 2°. que les deux bains chauds se joignaient de fort près, afin qu'on put échauffer par un même fourneau, les vases de l'un et de l'autre bain : 3°. que le milieu de ces bains était occupé par un grand bassin, qui recevait l'eau par divers tuyaux, et dans lequel on descendait par le moyen de quelques degrés ; 4°. ce bassin était environné d'une balustrade, derrière laquelle régnait une espèce de corridor, scola, assez large, pour contenir ceux qui attendaient que les premiers venus sortissent du bain : 5°. que les deux étuves, appelées laconicum et tepidarium, étaient jointes ensemble : 6°. que ces lieux étaient arrondis au compas, afin qu'ils reçussent également à leur centre la force de la vapeur chaude, qui tournait et se répandait dans toute leur cavité : 7°. qu'ils avaient autant de largeur que de hauteur jusqu'au commencement de la voute, au milieu de laquelle on laissait une ouverture pour donner du jour, et on y suspendait avec des chaînes un bouclier d'airain, qu'on haussait ou baissait à volonté, pour augmenter ou diminuer la chaleur ; 8°. que le plancher de ces étuves était creux et suspendu pour recevoir la chaleur de l'hypocauste, qui était un grand fourneau maçonné dessous, que l'on avait soin de remplir de bois et d'autres matières combustibles, et dont l'ardeur se communiquait aux étuves à la faveur du vide qu'on laissait sous leurs planchers : 9°. que ce fourneau servait non-seulement à échauffer les deux étuves, mais aussi une autre chambre appelée vasarium, située proche de ces mêmes étuves et des bains chauds, et dans laquelle étaient trois grands vases d'airain, appelés miliaria à cause de leur capacité ; l'un pour l'eau chaude, l'autre pour la tiede, et le troisième pour la froide. De ces vases partaient des tuyaux qui correspondant aux bains, y portaient par le moyen d'un robinet l'eau, suivant les besoins de ceux qui se baignaient.

A l'égard de l'arrangement ou disposition de ces divers appartements des bains, voici ce qu'on en sait : on y voyait d'abord un grand bassin ou vivier appelé en grec , en latin natatio et piscina, qui occupait le côté du nord, et où l'on pouvait non-seulement se baigner, mais même nager très-commodément. Les bains des particuliers avaient quelquefois de ces piscines, comme il parait par ceux de Pline et de Ciceron. L'édifice des bains était ordinairement exposé au midi, et avait une face très-étendue, dont le milieu était occupé par l'hypocauste, qui avait à droite et à gauche une suite de quatre pièces semblables des deux côtés, et disposées de manière qu'on pouvait passer facilement des unes dans les autres. Ces pièces nommées en général balnearia, étaient celles que nous avons décrites ci-dessus. La salle du bain chaud était une fois plus grande que les autres, à cause du grand concours du peuple qui y abordait, et du long séjour qu'on y faisait d'ordinaire.

Les anciens prenaient ordinairement le bain avant souper, et il n'y avait que les voluptueux qui se baignassent à la suite de ce repas. Au sortir du bain, ils se faisaient frotter d'huiles ou d'onguents parfumés par des valets nommés alyptae ou unctuarii. Les bains, si on en croit Pline, ne furent en usage à Rome que du temps de Pompée, dès lors les édiles eurent soin d'en faire construire plusieurs. Dion, dans la vie d'Auguste, rapporte que Mecène fit bâtir le premier bain public : mais Agrippa, dans l'année de son édilité, en fit construire cent soixante et dix. A son exemple, Neron, Vespasien, Tite, Domitien, Sevère, Gordien, Aurelien, Diocletien, et presque tous les empereurs, qui cherchèrent à se rendre agréables au peuple, firent bâtir des étuves et des bains avec le marbre le plus précieux, et dans les règles de la plus belle architecture, où ils prenaient plaisir à se baigner avec le peuple : on prétend qu'il y avait jusqu'à 800 de ces édifices répandus dans tous les quartiers de Rome.

La principale règle des bains était d'abord de ne les ouvrir jamais avant deux ou trois heures après midi, ensuite ni avant le soleil levé, ni après le soleil couché. Alexandre Sevère permit pourtant qu'on les tint ouverts la nuit dans les grandes chaleurs de l'été, et ajouta même la libéralité à la complaisance, en fournissant l'huîle qui brulait dans les lampes. L'heure de l'ouverture des bains était annoncée au son d'une espèce de cloche : le prix qu'il fallait payer pour entrer aux bains était très-modique, ne montant qu'à la quatrième partie d'un as, nommée quadrants, ce qui valait à peu près un liard de notre monnaie. Le bain gratuit était au nombre des largesses que les empereurs faisaient au peuple à l'occasion de quelque réjouissance publique : mais aussi dans les calamités on avait soin de lui retrancher cette commodité, ainsi que le plaisir des spectacles. (G)

* Tout se passait dans les bains avec modestie : les bains des femmes étaient entièrement séparés de ceux des hommes ; et c'aurait été un crime, si l'un des sexes avait passé dans le bain de l'autre. La pudeur y était gardée jusqu'à ce scrupule, que même les enfants puberes ne se baignaient jamais avec leurs pères, ni les gendres avec leurs beaux-peres. Les gens qui servaient dans chaque bain, étaient du sexe auquel le bain était destiné. Mais quand le luxe et la vie voluptueuse eurent banni la modestie, et que la débauche se fut glissée dans toute la ville, les bains n'en furent pas exempts. Les femmes s'y mêlèrent avec les hommes, et il n'y eut plus de distinction ; plusieurs personnes de l'un et l'autre sexe n'y allaient même que pour satisfaire leur vue, ou cacher leurs intrigues : ils y menaient les esclaves ou servantes pour garder les habits. Les maîtres des bains affectaient même d'en avoir de plus belles les unes que les autres, pour s'attirer un plus grand nombre de chalans.

Tout ce que les magistrats purent faire d'abord, ce fut de défendre à toutes personnes de se servir de femmes ou de filles pour garder les habits, ou pour rendre les autres services aux bains, à peine d'être notées d'infamie. Mais l'empereur Adrien défendit absolument ce mélange d'hommes et de femmes sous de rigoureuses peines. Marc Aurele et Alexandre Sevère confirmèrent cette même loi ; et sous leur règne, les bains des hommes et ceux des femmes furent encore une fois séparés, et la modestie y fut rétablie.

Les ustensiles ou instruments des bains, outre les vases propres à faire chauffer et à verser l'eau, étaient les baignoires, les étrilles. Voyez BAIGNOIRE, ETRILLE.

Les bains particuliers, quoique moins vastes que les bains publics, étaient de la même force, mais souvent plus magnifiques et plus commodes, ornés de meubles précieux, de glaces, de marbres, d'or et d'argent. On pouvait s'y baigner à toute heure ; et l'on rapporte des empereurs Commode et Galien qu'ils prenaient le bain cinq ou six fois le jour. Mém. de l'Acad. des Belles Lettres, tome I. et III. (G)

* Parmi nous, les bains publics sur la rivière, ne sont autre chose que de grands bateaux appelés toue, faits de sapin, et couverts d'une grosse toile, autour desquels il y a de petites échelles attachées par des cordes, pour descendre dans un endroit de la rivière où l'on trouve des pieux enfoncés d'espace en espace, qui soutiennent ceux qui prennent le bain.

Nous appelons bains domestiques ceux que l'on pratique dans la maison des grands ou des particuliers : ils se prennent dans des baignoires de métal ; dans lesquelles l'eau est amenée par des conduits de plomb qui descendent d'un réservoir un peu élevé, rempli de l'eau du ciel, ou par le secours d'une pompe. Ces tuyaux garnis de robinets, viennent avant d'entrer dans la baignoire, se distribuer dans une cuve placée sur un fourneau, qui la tient dans un degré de chaleur convenable.

Ces bains sont composés d'un appartement distribué en plusieurs pièces : savoir d'une anti-chambre pour tenir les domestiques pendant que le maître est au bain, d'une chambre à lit pour s'y coucher au sortir du bain, d'une salle où est placée la baignoire, d'un cabinet à soupape ou d'une garde-robe, d'un cabinet de toilette, d'une étuve pour sécher les linges et chauffer l'eau, d'un dégagement, etc. Il est assez d'usage de placer deux baignoires et deux lits dans ces appartements, ces bains se prenant ordinairement de compagnie lorsqu'on est en santé.

Ces bains doivent avoir un petit jardin particulier pour faire prendre de l'exercice, sans être vu, aux personnes qui prennent ces bains plutôt par indisposition que par propreté.

Ces appartements sont ordinairement décorés de lambris, de peintures, de dorure, et de glaces. C'est dans cette occasion qu'un Architecte qui a du génie, peut donner carrière à son imagination, ces sortes de pièces n'étant pas susceptibles de la sévérité des règles de l'art. Au contraire j'estime que c'est dans ces sortes de pièces seulement qu'il convient de répandre de l'élegance et de l'enjouement : dans l'ordonnance de la décoration de ces petits appartements, les Vateaux, les Lancrets, peuvent y donner le ton, aussi-bien que les ornements arabesques, les plans de Chinois, les magots, etc. Tout est de leur ressort, pourvu qu'il y soit ajusté avec goût et discernement. (P)

BAIN de santé ou de propreté (en Médecine). Les Médecins toujours attentifs à chercher des secours contre les maladies, remarquèrent les bons effets qu'il produisait, et le mirent au nombre de leurs remèdes.

On ordonna le bain de différentes façons, c'est-à-dire, qu'il y en eut de chauds et de froids, de généraux et de particuliers.

Dans les bains généraux, soit chauds ou froids, le corps est plongé jusqu'au-dessus des épaules ; dans les particuliers, on ne trempe que la moitié du corps, ce qui s'appelle demi-bain. Celui où on ne trempe que les pieds et une partie des jambes, s'appelle pédiluve. On peut aussi rapporter aux bains particuliers les diverses espèces de fomentations, et les douches, Voyez FOMENTATION et DOUCHE.

Les différentes qualités de l'eau, que l'on emploie pour le bain, en changent la propriété. Dans les cas où on a intention de ramollir les fibres, et de procurer quelque relâchement dans toute l'habitude du corps, le bain chaud d'eau douce simple, ou mêlée avec des médicaments émolliens, satisfera à cette indication.

Quand il est question de resserrer la texture des fibres, de leur rendre le ressort qu'elles auront perdu, rien de plus convenable que le bain d'eau froide ; je déduirai par la suite les raisons de cette diversité.

On a encore divisé les bains en domestiques, qui sont ceux que l'on prend chez soi ou chez les Baigneurs, et que l'on compose de plusieurs façons ; il y en a de lait, de décoctions de plantes émollientes, d'eau de son, etc. en bains d'eaux minérales, qui sont ou thermales ou acidules, dont les effets sont différents, selon les principes que ces eaux contiennent : en bains d'eau de rivière, de fleuve ou de mer ; et en bains secs, tels que ceux d'esprit de vin ; ceux de vapeurs du cinabre, que l'on nomme fumigation, Voyez FUMIGATION : ceux de marc de raisin, de cendres, de sels, de sable, etc. auxquels on peut encore joindre l'application des boues ou bourbes sur tout le corps, qui se pratique en quelques endroits.

Pour expliquer l'action des bains, il faut d'abord poser pour principe que l'eau qui en fait la base, penetre par sa fluidité presque tous les corps, et surtout ceux dont la texture est assez lâche, pour que l'eau puisse trouver entre les fibres dont ils sont composés, des interstices que l'on appelle pores. Voyez PORE.

Le corps humain est un de ceux dans lesquels on en remarque en plus grand nombre ; la déperdition de substance à laquelle il est sujet par la transpiration, prouve assez ce que j'avance. Lorsque le corps se trouve exposé à un certain volume d'eau capable de le presser de tous les côtés, et dont chaque goutte a une pesanteur naturelle, elle s'insinue dans chacun de ses interstices, dont elle augmente la capacité par le relâchement que procure son humidité : parvenue après un certain temps jusqu'à l'intérieur du corps, elle se mêle avec le sang ; aidée d'ailleurs par les contractions réitérées du cœur, qui augmentent à proportion de la pression, elle détruit la cohésion trop fortes des molécules du sang, le fait circuler avec plus de facilité, et le rend plus propre aux secrétions ; augmente celle des esprits animaux, si nécessaire pour l'entretien des forces et l'exécution de toutes les fonctions, en même temps qu'elle met le sang en état de se dépouiller des parties nuisibles que son trop grand épaississement, ou sa trop grande lenteur à circuler, y avaient amassées.

Ces principes posés, il ne sera pas difficîle de déduire les raisons des phénomènes qu'on observe, selon le degré de chaleur ou de froid des eaux qu'on emploie, et la différence des matières dont elles sont imprégnées. En augmentant la chaleur de l'eau simple, on lui donne un degré d'élasticité dont elle est redevable aux parties ignées qu'elle contient, et qui la rendent plus pénétrante. Lorsqu'elle se trouve chargée de parties ferrugineuses, et chaudes en même temps, son ressort et son poids sont augmentés en raison réciproque de sa chaleur, et de la quantité de fer dont elle est chargée, et qui la rend propre à guérir plusieurs maladies qui ont pour cause l'embarras du sang dans ses couloirs. Si, au contraire, on emploie l'eau froide, les effets en seront différents ; car quoique la fluidité et l'humidité soient la même, le froid loin de dilater les pores de la peau, les resserre en quelque sorte, empêche une trop grande évacuation par la transpiration, porte le calme dans la circulation du sang, lorsqu'elle est déréglée, et détruit par ce moyen les causes des maladies occasionnées par ce dérangement. Willis nous en donne un exemple dans son traité de la Phrénésie, à l'occasion d'une fille qui fut guérie de cette maladie par un seul bain froid que l'on lui fit prendre : cette malade était dans cet état depuis plusieurs jours ; les saignées, les délayans, les amples boissons émulsionnées, etc. n'avaient pas pu diminuer la fièvre violente dont elle était attaquée, et la soif qui la dévorait. Le bain d'eau simple pris dans la rivière pendant un quart-d'heure, calma tous les accidents, lui procura un sommeil tranquille, et elle fut guérie sans avoir besoin d'autres remèdes. On trouve dans la pratique plusieurs exemples de ces guérisons miraculeuses arrivées par hasard ; car souvent des gens attaqués de phrénésie se sont jetés d'eux-mêmes dans des fontaines ou bassins, et ont été guéris.

Ce que l'on peut encore assurer, c'est que l'usage des bains de rivière, pendant les chaleurs de l'été, est un sur préservatif contre les maladies qui règnent ordinairement dans cette saison.

Il reste à présent à chercher la raison des effets du bain de mer, que l'on regarde comme le remède le plus salutaire contre la rage, et que je tâcherai de déduire des mêmes principes : ce qui ne sera pas impossible, en faisant attention d'abord, que la fluidité et l'humidité que nous trouvons dans l'eau commune, se rencontre dans l'eau de mer ; que sa pesanteur est augmentée par le sel qu'elle contient, et qui lui donne une qualité beaucoup plus pénétrante ; enfin, que la terreur du malade, née de l'appareil et du danger où il se trouve lorsqu'on le plonge, fait un contraste capable de rétablir le déreglement de l'imagination, qui est aussi dérangée dans ce cas que dans la phrénésie la plus violente : d'ailleurs, on prend la précaution d'aller à la mer pour y être plongé, lorsque l'on a le soupçon d'être attaqué de la rage, sans en avoir de certitude. Voyez RAGE.

On conçoit aisément que les bains de vapeurs pénètrent la texture de la peau, et parviennent par les pores jusqu'à l'intérieur, où elles occasionnent à peu près les mêmes effets que si l'on avait appliqué les médicaments dont on les tire ; c'est ce que l'on éprouve de la part de l'esprit de vin, de celui de vapeurs de cinabre, qui excitent même quelquefois la salivation, effet que produisent les frictions mercurielles ; enfin celui de marc de raisin, en pénétrant soit par sa chaleur, soit par les parties spiritueuses qu'il contient, donne de nouveau aux fibres le ressort qu'elles avaient perdu, et les rétablit dans leur état naturel.

On doit prendre les précautions suivantes pour tirer quelque fruit de l'usage du bain, de quelque espèce que ce soit : il faut se faire saigner et purger, le prendre le matin à jeun, ou si c'est le soir, quatre heures après le repas, afin que la digestion des aliments soit entièrement finie ; se reposer, ou ne faire qu'un exercice très-modéré après que l'on est sorti du bain ; enfin ne se livrer à aucun excès pendant tout le temps que l'on le prendra, et dans quelque saison que ce sait, ne point se baigner lorsque l'on est fatigué par quelque exercice violent. Voyez EAUX, EAUX THERMALES, EAUX ACIDULES ou FROIDES. (N)

BAIN, en Chimie, se dit d'une chaleur modérée par un intermède mis entre le feu et la matière sur laquelle on opere, et ce bain est différemment nommé, selon les différents intermèdes qu'on y emploie.

C'est pourquoi on dit bain de mer, ou par corruption bain-marie, lorsque le vase qui contient la matière sur laquelle on opere, est posé dans un autre vaisseau plein d'eau, de sorte que le vase soit entouré d'eau, et que le vaisseau qui contient l'eau, soit immédiatement posé sur le feu. Voyez nos figures de chimie. On pourrait aussi employer d'autres fluides que l'eau, comme l'huile, le mercure même, pour transmettre différentes chaleurs, ce qui ferait différentes espèces de bain-marie.

On dit bain de vapeur, lorsque le vase qui contient la matière est seulement exposé à la vapeur de l'eau qui est sur le feu. Voyez nos figures. Le bain de vapeur dans un vaisseau ouvert, ou qui laisse échapper la vapeur qui s'exhale de l'eau, est moins fort, c'est-à-dire donne une chaleur plus douce que ne la donne le bain-marie de l'eau bouillante : mais si le vaisseau est fermé exactement, et qu'on pousse le feu dessous, il devient plus fort que le bain-marie ; il tient alors de la force de la machine de Papin, ce qui fait voir qu'on peut faire un bain de vapeur très-fort, au lieu que le bain-marie ne peut avoir que les différents degrés de chaleur de l'eau tiede, de l'eau chaude, de l'eau frémissante, et de l'eau bouillante. Il est vrai que la chaleur de l'eau bouillante n'est point une chaleur invariable ; elle est différente selon que l'eau est différente, et suivant la différente pesanteur de l'air. L'eau bouillante qui tient en dissolution des sels, est plus chaude qu'une eau bouillante qui serait simple et pure. Voyez DIGESTOIRE.

La chaleur de l'eau bouillante est plus grande quand le baromètre est plus élevé, c'est-à-dire quand l'air est plus pesant ; et elle est moindre quand le baromètre est plus bas, c'est-à-dire quand l'air est plus leger. L'eau bouillante, sur le sommet d'une haute montagne, a moins de chaleur que l'eau bouillante dans un fond, parce que plus l'air est pesant, et plus il presse sur la surface de l'eau, et par conséquent plus il s'oppose à l'échappement des parties de feu qui sont en mouvement dans l'eau, et qui la traversent. C'est pourquoi la plus grande chaleur que puisse avoir l'eau, n'est pas dans le temps qu'elle bout le plus fort, c'est dans le premier instant qu'elle commence à bouillir. Ces connaissances ne sont pas inutiles : il faut y faire attention pour certaines expériences.

On dit bain de sable ou de cendre, lorsqu'au lieu d'eau on met du sable ou de la cendre. Voyez nos figures de Chimie.

Bains vaporeux, sont termes de Médecine qui ne signifient autre chose que ce qu'on entend en Chimie par bain de vapeur. Le bain vaporeux est une espèce d'étuve qui se fait en exposant le malade à la vapeur chaude d'une eau médicinale, ou de décoctions d'herbes appropriées à la maladie qu'on veut guérir. (M)

BAIN, en Chimie et à la Monnaie ; on dit qu'un métal est en bain, lorsque le feu l'a mis en état de fluidité : c'est alors qu'on le remue ou qu'on le brasse avec des cuillières de fer, si c'est argent ou cuivre : pour l'or, il ne se brasse point avec le fer, mais avec une espèce de quille faite de terre à creuset, et cuite. Voyez BRASSER, BRASSOIR, QUILLE.

BAIN, est un terme générique ; il se prend chez un grand nombre d'Artistes, et pour les liqueurs, et pour les vaisseaux dans lesquels ils donnent quelques préparations à leurs ouvrages.

BAIN ou BOUIN, terme d'Architecture ; on dit maçonner à bain ou à bouin de mortier, lorsqu'on pose les pierres, qu'on jette les moèllons, et qu'on assied les pavés en plein mortier. (P)

BAIN, mettre à bain, en Maçonnerie, c'est employer à la liaison des parties d'un ouvrage, la plus grande quantité de plâtre qu'il est possible ; on se sert du mot bain, parce qu'alors les pierres ou moèllons sont entièrement couverts et enduits de tous côtés.

BAIN, c'est ainsi que les Plumassiers appellent une poele de cuivre battu dans laquelle ils plongent ou jettent les plumes qu'ils veulent mettre en couleur. Ils donnent aussi ce nom à la matière colorante contenue dans la poele.

BAIN, se dit chez les Teinturiers, ou de la cuve qui contient les ingrédiens dans lesquels on met les étoffes pour les colorer, ou des ingrédiens même contenus dans la cuve ; ainsi l'on dit mettre au bain, et l'on dit aussi bain d'alun, bain de cochenille, &c.

BAIN, (chevaliers du) Histoire moderne ordre militaire institué par Richard II. roi d'Angleterre, qui en fixa le nombre à quatre, ce qui n'empêcha pas Henri IV. son successeur de l'augmenter de quarante-deux ; leur devise était, tres in uno, trois en un seul, pour signifier les trois vertus théologales. Leur coutume était de se baigner avant que de recevoir les éperons d'or : mais cela ne s'observa que dans le commencement, et s'abolit ensuite peu à peu, quoique le bain fût l'origine du nom de ces chevaliers, et que leurs statuts portassent que c'était pour acquérir une pureté de cœur et avoir l'âme monde, c'est-à-dire pure. L'ordre de chevalier du bain ne se confère presque jamais, si ce n'est au couronnement des rais, ou bien à l'installation d'un prince de Galles ou d'un duc d'Yorck. Ils portent un ruban rouge en baudrier. Cambden et d'autres écrivains disent que Henri IV. en fut l'instituteur en 1399, à cette occasion : ce prince étant dans le bain, un chevalier lui dit que deux veuves étaient venues lui demander justice ; et dans ce moment il sauta hors du bain, en s'écriant, que la justice envers ses sujets était un devoir préférable au plaisir de se baigner, et ensuite il créa un ordre des chevaliers du bain : cependant quelques auteurs soutiennent que cet ordre existait longtemps avant Henri IV. et le font remonter jusqu'au temps des Saxons. Ce qu'il y a de certain, c'est que le bain, dans la création des chevaliers, avait été longtemps auparavant en usage dans le royaume de France, quoiqu'il n'y eut point d'ordre de chevaliers du bain.

L'ordre des chevaliers du bain, après avoir été comme enseveli pendant bien des années, commença de renaître sous le règne de Georges premier, qui en créa solennellement un grand nombre. (G)




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